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la Surprise de l'amour

Marivaux
Marivaux

Comédie de Marivaux, en 3 actes et en prose, créée à Paris par les Comédiens-Italiens (1722).

Une comtesse veuve et un chevalier délaissé, tous deux inconsolables, sont amenés à l'amitié, puis au mariage. Parallèlement se tissent les amours d’une femme de chambre et d’un valet, Colombine et Arlequin, et celles de deux villageois, Pierre et Jacqueline.

Autour du premier couple de la comtesse et de Lélio, Marivaux en fait évoluer deux autres ; le tout donne l'impression d'un jeu de miroirs devant lequel serait dansé un ballet géométrique. Par l'impression d'exquise généralité que produisent ces trois couples différents et tous réels, l'écrivain suggère que le jeu qui se passe sous les yeux du spectateur rejoint l'universel.

Fort du succès de sa pièce, l’auteur en donne une nouvelle version en 1727, la Seconde Surprise de l’Amour.

Morceaux choisis

colombine, arrêtant Arlequin. Un petit mot, s’il vous plaît. Oserait-on vous demander d’où vient cette férocité qui vous prend à vous et à votre maître ?
Arlequin À cause d’un proverbe qui dit, que chat échaudé craint l’eau froide. […]
colombine Remarquez-vous qu’il n’ose nous regarder, Madame ? Allons, allons, levez la tête, et rendez-nous compte de la sottise que vous venez de faire.
Arlequin, la regardant doucement. Par la jarni, qu’elle est jolie !
la comtesse Laisse-le là, je crois qu’il est imbécile.
colombine Et moi je crois que c’est malice. Parleras-tu ?
Arlequin C’est que mon maître a fait vœu de fuir les femmes, parce qu’elles ne valent rien.
colombineImpertinent !
Arlequin Ce n’est pas votre faute, c’est la nature qui vous a bâties comme cela, et moi j’ai fait vœu aussi. Nous avons souffert comme des misérables à cause de votre bel esprit, de vos jolis charmes, et de votre tendre cœur.
colombine Hélas ! quelle lamentable histoire ! Et comment te tireras-tu d’affaire avec moi ? Je suis une espiègle, et j’ai envie de te rendre un peu misérable de ma façon.

(Acte I, scène 6).