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la Maison Tellier

La Maison Tellier
La Maison Tellier

Nouvelle de Guy de Maupassant, dont le titre est aussi celui d’un recueil dans lequel elle figure (1881).

Ancienne aubergiste, Mme Tellier, dite Madame, tient une maison close respectable et bien fréquentée. Un soir, les habitués trouvent porte close. L'établissement est « fermé pour cause de communion ». En effet, la patronne est partie avec ses cinq « filles » à la communion d'une nièce. Là, le temps d'une fête à la campagne, où elles s'amusent et assistent même à la messe, elles retrouveront leurs émois et leur innocence de jeunes filles. Le lendemain, tout rentre dans l'ordre : la maison rouvre ses portes.

Un an après Boule de suif, Maupassant confirme sa maîtrise et le ton de son œuvre autour d’une figure essentielle, celle de la femme. Vouées tour à tour au plaisir et à la piété, les « filles » voyageuses de Mme Tellier illustrent l’ambiguïté de leur sexe, mais aussi l’hypocrisie d’une société que l’auteur entend dénoncer et moquer .

À côté de « la Maison Tellier », chef-d'œuvre drolatique qui donne son titre au recueil, huit autres nouvelles déploient l'éventail du génie de l'écrivain : aristocrate jaloux (« Confession d'une femme) », paysans (« Farce normande »), amants illégitimes et mari trompé (« Une passion »), enfant amoureux (« Une veuve »), mère indigne (« la Veillée »), et encore noceurs, employés et bourgeois, toute une humanité, candide ou intéressée, y est dépeinte, sous l'apparence d'une totale impassibilité, avec le regard aussi acéré que celui d'un Manet ou d'un Toulouse-Lautrec.

Morceaux choisis

« Les filles, accoutumées aux soirées tumultueuses du logis public, se sentaient émues par ce muet repos de la campagne endormie. Elles avaient des frissons sur la peau, non de froid, mais des frissons de solitude venus du coeur inquiet et troublé.
Sitôt qu'elles furent en leur lit, deux par deux, elles s'étreignirent comme pour se défendre contre cet envahissement du calme et profond sommeil de la terre. Mais Rosa la Rosse, seule en son cabinet noir, et peu habituée à dormir les bras vides, se sentit saisie par une émotion vague et pénible. Elle se retournait sur sa couche, ne pouvant obtenir le sommeil, quand elle entendit, derrière la cloison de bois contre sa tête, de faibles sanglots comme ceux d'un enfant qui pleure. Effrayée, elle appela faiblement, et une petite voix entrecoupée lui répondit. C'était la fillette qui, couchant toujours dans la chambre de sa mère, avait peur en sa soupente étroite.
Rosa, ravie, se leva, et doucement, pour ne réveiller personne, alla chercher l'enfant. Elle l'amena dans son lit bien chaud, la pressa contre sa poitrine en l'embrassant, la dorlota, l'enveloppa de sa tendresse aux manifestations exagérées, puis, calmée elle-même, s'endormit. Et jusqu'au jour la communiante reposa son front sur le sein nu de la prostituée. »