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Fêtes galantes

Paul Verlaine
Paul Verlaine

Recueil de poèmes de Paul Verlaine (1869).

Le titre du recueil fait référence à l’art français du début du xviiie siècle qui, après une période d’oubli, suscite un nouvel intérêt à la fin du second Empire. La « fête galante » est un thème majeur dans l’œuvre du peintre Antoine Watteau, à travers lequel Verlaine exprime sa propre nostalgie d’un amour gracieux, frivole et facile, parfois cruel. Car le poète restitue ses sentiments au moyen d’images, dans un climat d’évocation qui préfigure l’esthétique du symbolisme. La liberté de la forme rejoint la liberté du ton dans des poèmes – 22 au total – composés de strophes courtes, où Verlaine à la fois raconte et interroge le mystère de l’enchantement.

Morceaux choisis

Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! – et nous aimions ce jeu de dupes.

Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles sous les branches,
Et c'étaient des éclairs soudains de nuques blanches,
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.

Le soir tombait, un soir équivoque d'automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme, depuis ce temps, tremble et s'étonne.

(Extrait de « Les Ingénus »

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

– Te souvient-il de notre extase ancienne ?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

– Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.

– Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.

Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

(Extrait de « Colloque sentimental »)