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Paul Cézanne, <I>Pommes et oranges</I>

nature

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nature
nom féminin
(latin natura)

 Le monde physique, l'univers, l'ensemble des choses et des êtres, la réalité : Les merveilles de la nature.
 Ensemble de forces ou principe supérieur, considéré comme à l'origine des choses du monde, de son organisation : Rien ne se perd, rien ne se crée, c'est une loi de la nature.
 Ensemble des principes, des forces, en particulier de la vie, par opposition à l'action de l'homme : Elle faisait plus confiance à la nature qu'aux médecins.
 Ensemble de ce qui, dans le monde physique, n'apparaît pas comme (trop) transformé par l'homme (en particulier par opposition à la ville) : Partir en vacances en pleine nature.
 Ensemble des caractères, des propriétés qui font la spécificité des êtres vivants : Étudier la nature animale.
 Vie sexuelle, instinct, appétit sexuel : L'appel de la nature.
 Ensemble des caractères, des tendances, des traits constitutifs de la personnalité profonde de quelqu'un : Ce n'est pas dans sa nature de se livrer à de tels actes.
 Ensemble des caractères physiques de quelqu'un, en particulier du point de vue de sa santé, de sa résistance : Être de nature fragile.
 Ensemble des caractères, des propriétés qui définissent quelque chose : La nature du terrain.
 Contre nature, qui est en opposition avec les lois de la nature et, en particulier, qui va à l'encontre de la morale.
 D'après nature, selon le modèle que l'artiste a sous les yeux.
 De cette nature, de cette sorte, de ce genre : Un cri de cette nature.
 De nature à, propre à : Ce discours n'est pas de nature à apaiser les esprits.
 Familier. Disparaître, s'évanouir dans la nature, de telle manière qu'on ne retrouve plus quelqu'un, quelque chose.
 Être dans l'état de nature, nu.
 Être dans la nature des choses, se produire par une nécessité interne, être normal.
 Par nature, de nature, de façon innée, par tempérament.
 Payer en nature, en produits, en services et non en argent ; et, familièrement, en accordant ses faveurs, en acceptant des relations sexuelles.
 Petite nature, personne aux moyens physiques limités ; personne de faible résistance psychologique, qui ne supporte pas les émotions fortes.
 Vieux. Vice contre nature, perversion sexuelle.

Beaux-arts

 Figure petite nature, sculpture de taille intermédiaire entre la figure grandeur nature et la demi-nature.
 Nature morte, représentation d'objets inanimés (fruits et fleurs, gibier, nourritures, instruments, objets usuels ou décoratifs). [Pratiquée depuis l'Antiquité, la peinture de natures mortes a triomphé au XVIIe s. dans les Pays-Bas (les Hollandais Claesz., Heda, Van Huysum [fleurs], etc., les Flamands Snijders, Fyt…), en Espagne (bodegones), en Italie, en France (Desportes, Monnoyer). Chardin domine le XVIIIe s.]

Philosophie

 État de nature, situation dans laquelle se serait trouvée la société humaine, comme telle, avant le moment où les hommes, tout en vivant ensemble, n'auraient créé aucune institution commune et, de ce fait, n'auraient subi aucune autorité politique. (L'état de nature est un lieu commun de la philosophie politique des XVIIe et XVIIIe s.)
 Idée de nature, idée qui préside à l'organisation du cosmos, comme pour Aristote, ou à celle d'un être particulier.

Dès l'Antiquité, la nature apparaît comme une donnée brute livrée à l'activité humaine, et s'oppose ainsi à la culture : l'homme transforme le monde, lui donne un sens et par là même modifie sa propre nature.

La nature comme puissance créatrice

L'appréhension de la nature comme puissance créatrice incréée, souveraine et impersonnelle est sans doute la première qui se soit imposée aux hommes, lorsqu'ils avaient à se mesurer constamment aux « éléments naturels ». En tout cas, dès le VIe s. avant J.-C. ont fleuri, en Grèce, les traités Péri Phuséôs (« De la nature ») : Anaximandre, Anaxagore de Clazomènes, Parménide d'Élée, Héraclite d'Éphèse, puis Empédocle d'Agrigente et Épicure ont tour à tour appelé phusis le principe infini et inaltérable de toutes les choses finies et périssables.

La cosmologie d'Aristote

C'est Aristote qui a élaboré la plus ample systématisation de l'idée de nature, dans une cosmologie qui devait régner sans partage jusqu'à l'avènement de la physique de Galilée, et surtout de celle de Newton. Le mot grec phusis, que nous traduisons par « nature » (du latin nasci, natus: « naître », « né ») et qui a donné en français « physique », a la même racine que « ftus » et vient du verbe phuein, qui signifie « croître », « pousser », « faire croître » : en prononçant phusis, disait Aristote, on sent comme une poussée vivace de croissance. La nature est en effet la cause immanente qui « a en elle-même le principe de son mouvement ». Et, précise Aristote, « le dieu et la Nature ne font rien en vain ».

La nature est constituée de quatre éléments simples : eau, air, terre, feu. Au centre se trouve la terre (grave absolu et sec) ; à la périphérie, le feu (sec et léger absolu) ; dans l'intervalle, l'air (léger relatif et humide) et l'eau (humide et grave relatif). L'homme est un mixte composé de ces quatre éléments, appelés à rejoindre leurs « lieux naturels » dans le cosmos : géosphère (terre), hydrosphère (eau), atmosphère (air), pyrosphère (feu). Einstein ne cachait pas son admiration devant cette antique cosmologie qualitative, dont il subsiste des traces vivaces dans notre langage et nos mentalités, comme l'a montré Gaston Bachelard.

De natura rerum

Héritier de Démocrite et d'Épicure, le Latin Lucrèce dresse à son tour dans son poème De natura rerum l'image d'une déesse « libre, affranchie de maîtres superbes, gouvernant elle-même son empire sans contrainte et sans l'aide des dieux ». Cette idée de la nature, perpétuel théâtre de générations et de corruptions, où rien ne naît de rien mais où tout se transforme, a influencé tous les « systèmes de la Nature » panthéistes, matérialistes et athées.

En 1616, l'humaniste Giulio Cesare Vanini publiait ses Discours sur les secrets de la nature, reine et déesse des mortels : traduit devant un tribunal ecclésiastique, il soutint que « Dieu se manifeste à chaque instant, mieux que par de rares miracles souvent contestés, par ce grand miracle incontestable, incessant et toujours nouveau que nous appelons la nature ». Cette déclaration, jugée impie, le fit condamner au bûcher, et il fut brûlé à Toulouse le 9 février 1619, à l'âge de trente-quatre ans.

nature
adjectif invariable

 Familier. Qui ne déguise pas ses sentiments ; franc, jusqu'à la naïveté : Il est nature, il n'y a pas d'arrière-pensée chez lui.
 Qui se réfère aux dimensions réelles de quelqu'un, de quelque chose : Grandeur nature.
 Se dit d'aliments, de plats, de boissons servis, vendus ou consommés tels, sans aucune addition : Boire un thé nature, sans lait ni citron.
 Se dit des vins de base utilisés pour élaborer un vin mousseux. (Synonyme : tranquille.)

nature
adverbe

 D'une manière exacte, conformément à la vérité concrète : Peindre nature.

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