mediaContent,habsons,idMedia=1102238,,Interview d'un officier français évacué de Diên Biên Phu, 26 mars 1954
Interview d'un officier français évacué de Diên Biên Phu, 26 mars 1954
« Si je ne partais pas le matin suivant, ça serait fini »
Le lieutenant Bernard Le Roux a bénéficié d'une des dernières évacuations sanitaires du fort de Diên Ben Phu. Il raconte ici comment il est parvenu à s'évader des lignes vietnamiennes derrières lesquelles il avait été fait prisonnier.
Depuis le 13 mars, l'État-major français a décidé de « fixer » l'armée viet cong autour du fort de Diên Bên Phu, défendu par plusieurs camps retranchés. Mais le site, une cuvette, est mal choisi et l'armée du général Giap occupe rapidement les hauteurs qui entourent le fort, les relie par tout un réseau de pistes, et fait céder l'un après l'autre les « points d'appui » (P.A.) français.
À partir du 28 mars le fort est totalement encerclé, la DCA vietnamienne empêche l'aviation française de ravitailler les 12000 assiégés, qui se rendront le 7 mai.
Institut des Archives Sonores
« J'ai pris la résolution de m'en aller. Vraiment, cela devenait excessivement pénible, je n'ai pas mangé depuis 48 heures et j'ai senti que si je ne partais pas le matin suivant, ça serait fini je ne pourrais pas m'en sortir.
La nuit était dure quoique calme d'un point de vue militaire, et le matin à huit heures, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai regagné la piste Pavie qui longeait le PA sur la face ouest. Je suis descendu, non pas par les chicanes des compagnies, qui, elles, étaient toujours barrées, mais par une espèce de passage que les Viets avaient fait dans les barbelés, certainement avec des bengalores.
Lorsque j'arrive à 200 mètres du PA j'entends un cri assez violent. Je me retourne. C'étaient deux Viets qui sur le P.A. m'appelaient et faisaient des signes pour que je rentre. Je n'ai absolument pas répondu, et dans l'état où j'étais, ça ne me dérangeait pas du tout. J'ai continué à me diriger vers le sud, vers le centre, ils m'ont appelé une seconde fois, je m'attendais à tout moment à recevoir ou des rafales ou une équipe venue me rechercher. Je pense qu'ils ont dû me considérer comme tellement insignifiant, qu'ils ont dû me laisser la charge de rentrer.
Après avoir parcouru les trois kilomètres qui me séparaient des premiers postes, je suis arrivé auprès d'un poste tenu par la Légion, qui m'a d'ailleurs très bien accueilli, et qui m'a fait immédiatement transporter en ambulance sur l'antenne chirurgicale. »