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Saint-Pétersbourg

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Fondée en 1703 par Pierre le Grand, capitale de la Russie de 1715 à la révolution, Saint-Pétersbourg voit se développer une vie musicale dès les premières années de son existence. Les victoires militaires de Pierre le Grand donnent lieu à des fêtes où sont exécutés des kanty (chants panégyriques). En 1711, un oukaze ordonne la formation d'orchestres militaires, lesquels vont fréquemment servir à animer les festivités dans les palais des nobles. Dès les années 1720, des troupes théâtrales, des ensembles et des chœurs allemands, français, italiens, viennent faire des tournées à Saint-Pétersbourg. Pendant plus d'un demi-siècle (1735-1795, années correspondant aux règnes d'Élisabeth Petrovna et de Catherine II), ce seront les maîtres italiens qui domineront la vie musicale pétersbourgeoise. Les compositeurs autochtones apparaîtront à partir des années 1770 et s'imposeront peu à peu, d'abord parallèlement aux Italiens, puis de plus en plus indépendamment.

Francesco Araja est le premier Italien à se produire en Russie avec un opera seria en langue italienne, La Forza dell'amore e dell'odio (1737), suivi d'Alexandre aux Indes (1743), Scipion (1745), Mithridate (1747). En 1755, Araja fait représenter le premier opera seria sur un texte russe de Soumarokov, Céphale et Procris. En 1757, la troupe italienne de l'impresario Giovanni Battista Locatelli donne à Saint-Pétersbourg, puis à Moscou, des représentations d'opera buffa.

Après Araja, Saint-Pétersbourg verra passer successivement Vincenzo Manfredini (1758-1769 et 1798-99), dont l'Olympiade donnée en 1762 ne plaît guère à Catherine II ; Baldassare Galuppi (1765-1768), qui joue un rôle important en tant que directeur de la chapelle impériale, et qui forme les premiers compositeurs russes ; Tommaso Traetta (1768-1775), auteur d'une remarquable Antigone (1772) ; Giovanni Paisiello (1776-1783), qui écrit pour Saint-Pétersbourg son Barbier de Séville (1782), antécédent de celui de Rossini ; Giuseppe Sarti (1784-1802), qui devint le musicien attitré du prince Potemkine et qui fut, comme Galuppi, un pédagogue estimé ; Domenico Cimarosa, maître de chapelle à la cour de 1787 à 1791.

Les Italiens ont trouvé à Saint-Pétersbourg un remarquable matériel humain avec les chanteurs de la chapelle impériale, formation prestigieuse qui descendait d'un chœur de chantres moscovites, et possédait des traditions vocales vieilles de deux siècles. Réservés originellement à la seule musique religieuse, les chœurs de la chapelle se sont scindés en deux parties, au milieu du xviiie siècle, une partie restant attachée à l'art religieux, l'autre passant au service de l'opéra et de la musique profane. L'orchestre de la cour, fondé sous Élisabeth Petrovna, s'est réparti, lui aussi, entre le théâtre et les bals donnés à la cour.

Jusqu'à la fin des années 1770, c'est la cour qui centralise l'essentiel de la vie musicale. Les représentations sont données au théâtre de l'Ermitage, à l'intérieur du palais d'Hiver, en attendant que Catherine II fasse construire le grand théâtre en annexe du palais. Mais à Saint-Pétersbourg, les représentations et les concerts publics se multiplient rapidement dans les palais et les hôtels particuliers appartenant à la noblesse, chez les Razoumovski, les Stroganov, le général Stcherbatchov, au théâtre du Corps des pages.

La croissance architecturale de la ville favorise l'extension de la vie musicale puisqu'elle fournit des locaux ; certains mécènes font construire spécialement des bâtiments pour les spectacles, ainsi le comte Yagoujinski. En 1779, l'entrepreneur Knipper organise des représentations d'opéras au Théâtre de Bois (ancien Théâtre allemand) ; en 1783, le Grand Théâtre de pierre est construit, dans lequel vont alterner des œuvres italiennes, françaises et russes. Le journal les Nouvelles de Saint-Pétersbourg passe des annonces de cours de piano et de harpe. Des cours de musique sont organisés à l'Académie des beaux-arts, dans les pensionnats et les collèges. Parmi les musiciens étrangers de passage à Saint-Pétersbourg, il faut citer le violoniste et compositeur Antonio Lolli, l'abbé Vogler, le clarinettiste Anton Stadler, le violoniste français Paisible.

C'est à Saint-Pétersbourg que sont représentés les premiers opéras-vaudevilles russes. En 1772 est joué Aniouta sur un texte de Mikhaïl Popov, dont la musique est perdue. En 1779, le Meunier, sorcier fourbe et marieur de Sokolovski, que l'on s'accorde à considérer comme le premier opéra russe connu. Les vingt dernières années du siècle sont dominées par deux noms russes : Pachkévitch, chef d'orchestre du théâtre Knipper, auteur de l'Auberge de Saint-Pétersbourg (1782), l'Avare (1782), les Débuts du règne d'Oleg (1790, en collaboration avec Sarti et Cannobio, sur un livret de Catherine II) ; et Fomine, qui se révèle en 1786 à l'Ermitage avec le Preux Boïeslavitch de Novgorod, suivi des Cochers au relais (1787) et du remarquable mélodrame Orphée et Eurydice (1792). À la même époque (à partir de 1775), Saint-Pétersbourg découvre l'opéra-comique français de Grétry, Philidor, Favart, Monsigny, dont l'influence s'exerce sur les Russes parallèlement à celle de l'opéra italien.

En 1796, la chapelle impériale, dirigée jusque-là par des Italiens, passe aux mains de Bortnianski, qui en assure la direction jusqu'en 1825.

Dans le premier tiers du xixe siècle, la vie musicale pétersbourgeoise reste passablement occidentalisée. De 1801 à 1811, c'est Boieldieu qui est le musicien attitré de la cour. Il faudra attendre 1836, avec la représentation de la Vie pour le tsar de Glinka au théâtre Marie, puis son Rouslan et Ludmilla en 1842, pour que les bases de l'école russe s'affirment à Saint-Pétersbourg, en dépit des réticences d'une partie de la noblesse. Pendant ce temps, les musiciens étrangers les plus prestigieux se succèdent à Saint-Pétersbourg : Liszt (1843), Schumann (1844), Berlioz (1847, second voyage en 1867-68). En 1862, Verdi fait représenter à Saint-Pétersbourg la Force du destin.

L'essor de la musique nationale va correspondre avec la formation du groupe des Cinq, rassemblé à Saint-Pétersbourg autour de Balakirev en 1857-1862, et dont le mentor est le critique d'art Vladimir Stassov. En 1862, Balakirev fonde l'École gratuite de musique, dont les concerts révèlent les œuvres de la jeune génération russe. De son côté, le conservatoire de Saint-Pétersbourg, fondé la même année par Anton Rubinstein, avec un effectif pédagogique presque exclusivement étranger (parmi lesquels Leschetitski en piano, Wieniawski en violon), prône l'enseignement musical d'après les traditions occidentales. Avec l'entrée de Rimski-Korsakov au conservatoire, comme professeur de composition (1871), les deux tendances, russe et occidentale, vont peu à peu s'y équilibrer.

Au théâtre Marie, inauguré en 1860, les représentations d'opéras russes se succèdent : Judith (1863) et Rogneda (1865) de Serov, Boris Godounov (1874) de Moussorgski, le Démon (1875) de Rubinstein, la Nuit de mai (1880), Snegourotchka (1882) de Rimski-Korsakov, l'Enchanteresse (1887), la Dame de pique (1890) de Tchaïkovski, le Prince Igor (1890) de Borodine. La plupart de ces créations sont dirigées par Félix Napravnik, chef d'orchestre du théâtre de 1869 à 1914.

En 1883, la direction de la chapelle impériale est confiée à Balakirev, qui prend Rimski-Korsakov comme assistant. En même temps, un nouveau cénacle, prenant la relève du groupe des Cinq depuis longtemps désuni, se rassemble autour du mécène Mitrofan Belaiev. Il est constitué de Rimski-Korsakov et de plusieurs de ses élèves, notamment Glazounov et Liadov. En 1885, Belaiev fonde les Concerts symphoniques russes dont Rimski-Korsakov prend la direction.

Un événement important est la représentation de la Tétralogie de Wagner à Saint-Pétersbourg au cours de la saison 1888-89.

Depuis le milieu du siècle, il existe à Saint-Pétersbourg plusieurs importantes maisons d'éditions musicales dont Bessel (1869), Jurgenson (1870) et Belaiev (1885). La critique musicale est représentée par Stassov, César Cui, Hermann Laroche, dans les Nouvelles de Saint-Pétersbourg, le Messager théâtral et musical, la Revue musicale (Mouzykalnoie Obozrenie) ; en 1894, le musicologue Findeisen fonde la Gazette musicale russe qui existera jusqu'en 1918. À la veille de la révolution, André Rimski-Korsakov, le fils du compositeur, fonde et dirige la revue musicologique le Contemporain musical, à laquelle est adjointe une Chronique rendant compte de l'essentiel de la vie musicale de la capitale.

Vers la fin du xixe siècle, les activités musicales de Saint-Pétersbourg cèdent le pas à celles de Moscou. Néanmoins, c'est du conservatoire de Saint-Pétersbourg que sortiront les deux révolutionnaires russes de la musique, Stravinski et Prokofiev, qui consomment la rupture avec la tradition académique de l'enseignement prodigué au conservatoire.

En 1905, à la suite des agitations consécutives aux événements politiques, la direction du conservatoire fut confiée à Aleksandr Glazounov. Au cours de la période 1905-1917, le corps professoral était constitué, entre autres, d'Essipova (piano), Auer (violon), Verjbilovitch (violoncelle, jusqu'en 1911), Liadov (harmonie, composition), Steinberg (composition, à partir de 1908), Glazounov (composition), Yerchov (classe d'opéra), Nicolas Tcherepnine (direction d'orchestre). En 1900-1912, les Soirées de musique contemporaine ont fait connaître les œuvres de Debussy, Strauss, Reger, Mahler, Schönberg, ainsi que celles de Prokofiev, Stravinski, Miaskovski.

(Pour la période postrévolutionnaire, → LENINGRAD.)