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littérature slovaque

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Les Slovaques, de même que les Tchèques, doivent leur première écriture aux prêtres byzantins Constantin et Méthode (863, date de leur arrivée en Grande Moravie). Les écrits fondateurs concernent leurs vies et leurs œuvres. Ils sont écrits en vieux slave. Pendant la période de l'humanisme et de la renaissance, la littérature se développe essentiellement dans le cadre de la religion. Elle est écrite en latin, en allemand ou en tchèque. Les protestants slovaques acceptent le tchèque de la Bible de Kralice pour langue liturgique. Après la bataille de la Montagne Blanche (1620), les prêtres tchèques de la Réforme se réfugient dans les monastères en Slovaquie, et le tchèque devient alors la langue d'expression des protestants. Les écrits mondains (poésies amoureuses, satiriques, récits de voyage...) ne commencent à se répandre qu'à l'époque baroque, faute d'une très faible classe des citadins.

Pour en savoir plus, voir l'article Slovaquie.

La naissance de la littérature slovaque moderne

Sous l'influence du siècle des Lumières français naît la littérature classique lovaque. Les auteurs,issus en général du milieu clérical, partisans du panslavisme, s'inspirent des œuvres antiques, dans la forme (les systèmes métriques) ainsi que dans le contenu. La littérature doit prouver que la langue naissante équivaut à d'autres langues européennes. Les représentants de ce courant sont J. Kollar (1793-1852), l'auteur du chantre Fille de Slava, le philologue J. Safarik (1795-1861), K. Kuzmany (1806-1866, Bela, Ladislav) écrivant en tchèque. Puis J. I. Bajza (1754-1836), qui le premier propose une langue slovaque codifiée, est l'auteur du premier roman slovaque les Aventures et Expériences du jeune René, inspiré du Télémaque de Fénelon et du Candide de Voltaire. A. Bernolak (1762-1813), donne peu après Bajza une autre version du slovaque, elle devient la langue d'expression de J. Holly (1785-1849, Idylles, Élégies, Svatopluk, inspirés par Ovide, Virgile, Théocrite). À la même période apparaît le théâtre slovaque avec J. Chalupka (1791-1871, Kocurkovo, pièce satirique).

Une troisième tentative de codifier le slovaque (1843) réussit à se faire accepter grâce à L. Stur (1815-1856). Stur est l'auteur principal du réveil national. Avec son groupe des jeunes poètes romantiques, influencés par des mouvements révolutionnaires ainsi que par la littérature allemande, ils ont consciemment travaillé à émanciper le peuple slovaque et sa culture. Leurs poèmes sont patriotiques, issus de la tradition populaire, la forme est régulière mais suit le rythme naturel du langage. Les plus belles œuvres de cette période sont dues à J. Kral (1822-1876, la Vierge enchantée dans le Vah et étrange Jean) et A. Sladkovic (1820-1872, Marina, Detvan). Mentionnons aussi J. Botto (1829-1881) et S. Chalupka (1812-1883).

Réalisme

Après la Révolution de 1848, les idéaux romantiques se sont effondrés et le réalisme commence à apparaître dans la littérature. Il est difficile de délimiter le réalisme slovaque dans le temps, parce qu'il n'apparaît que rarement dans sa forme pure. Les œuvres réalistes contiennent souvent aussi des caractéristiques du romantisme, comme les descriptions de la grandeur et de la beauté de la nature. Le genre principal de cette période est la prose, influencée par les auteurs russes. Les récits se déroulent en général à la campagne. Les auteurs se soucient de la magyarisation du peuple. Le premier parmi les réalistes fut S.H. Vajansky (1847-1916, le Rejeton sec), suivi d'écrivains plus psychologisants, M. Kukucin (1862-1928, l'Idiot du village, la Maison dans le pré), B. Slancikova dite Timrava (1867-1915, Tapakovci), qui critique le monde rural en utilisant l'ironie, ainsi que l'auteur du récit de guerre les Héros, J. Jesensky (1874-1945, les Démocrates). Parmi les auteurs réalistes se distingue le poète P. Orszagh-Hviezdoslav (1849-1921), dont l'œuvre abondante a marqué les générations des poètes à venir (la Femme du garde champêtre, Ezo Vlkolinsky, poèmes épiques ; les Sonnets sanglants (1919), réaction à la guerre). Le théâtre réaliste poursuit l'oeuvre de Chalupka, les pièces sont satiriques, influencées également par Tchékhov – J. Palarik (1822-1870, Incognito, Réconciliation au temps de la moisson), J.Gregor-Tajovsky (1874-1940, la Loi des femmes). Sous l'influence du modernisme tchèque et des poètes français, notamment Verlaine, apparaissent au début du xxe siècle les poètes symbolistes Ivan Krasko (1876-1958, Nox et solitudo) et Vladimir Roy (1885-1936), dont l'œuvre porte des traces d'impressionnisme.

La période de l'entre-deux-guerres

Le bouillonnement culturel de la jeune République tchécoslovaque touche tous les domaines artistiques. Des artistes de première importance apparaissent en littérature, arts plastiques, photographie, architecture et musique. La littérature n'est plus concernée par le souci d'identité nationale, de nouveaux thèmes ainsi que de nouveaux courants artistiques virent le jour. Cette période est souvent appelée « ouverture des fenêtres sur le monde ».

Pour la prose on a d'un côté les écrivains qui restent fidèles au milieu traditionnel de la prose slovaque – le village – et de l'autre, la nouvelle génération des écrivains qui placent leurs personnages dans le monde urbain, notamment I. Horvath (1904-1960, Laco et Bratislava, le Visa pour l'Europe), influencé par la littérature allemande et française. M. Urban (1904-1982), dans son roman expressionniste et psychologique le Fléau vivant, peint le changement que subit le village, en particulier les conséquences de la guerre. J. Ciger-Hronsky (1896-1961, Jozef Mak, le Pain) contribue également à la destruction de l'image idéalisée du monde rural, qui est l'héritage des auteurs romantiques. Il est le premier des auteurs de la « prose lyrisée », caractérisée par une écriture chargée d'éléments poétiques, et dont les successeurs sont M. Figuli (1909-1995, Trois Chevaux marrons), F. Svantner (1912-1950, la Fiancée des montagnes), D. Chrobak (1907-1951, Dragon est de retour), et plus tard R. Jasik (1919-1960, la Place de St. Élizabeth). Marqués par la violence de la Seconde Guerre mondiale, ils décrivent une nature exaltée, personnalisée, fatale (leurs romans sont souvent adaptés par le cinéma), la vie à la campagne apparaît dans tout son hardiesse et sa cruauté, contrastant avec les auteurs réalistes du début du siècle. Un peu à part se situe G. Vamos (1901-1956, les Atomes de dieu), comme pessimiste et autobiographique.

La poésie est représentée par les deux figures majeures que sont J. Smrek (1898-1982) et B. Lukac (1900-1979). Le premier écrit sous l'influence du vitalisme et du futurisme, son œuvre est fraîche et optimiste. Il est connu comme poète de la femme, ses recueils majeurs sont les Journées galopantes et le Poète et la femme. La poésie de Lukac est plus sombre, influencée par Valéry et Claudel. Il commence par des méditations intimes Sur l'amour non aimant. La désillusion et la crise politique due au fascisme le conduisent vers le désespoir qu'il exprime dans Babel et Moloch. Leur contemporain, V. Beniak (1894-1937, Popolec, Igric), poète original et difficile à classer et combine des motifs populaires et le vers modernes.

Influencés par les futuristes et structuralistes russes, ainsi que par la poésie tchèque, les écrivains groupés autour de la revue Dav s'enthousiasment pour les idées marxistes. Un des plus importants parmi eux fut L. Novomestsky (1904-1976, Saint au-dehors du village), qui, comme de nombreux autres écrivains initialement engagés à gauche, a été persécuté pendant la période stalinienne. À ses côtés, on trouve les poètes D. Okàli (1903-1987) et J. Ponican (1902-1978), P. Jilemnicky (1901-1949), auteur du roman la Boussole en nous.

Le surréalisme entre dans la poésie slovaque à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il doit être placé dans le contexte des surréalistes tchèques, leur influence fut réciproque. Ce mouvement prend une grande ampleur, les auteurs surréalistes révolutionnent la forme de la poésie slovaque, introduisant le vers libre. Il s'agit de V. Reisel (1919), S. Zary (1918), R. Fabry (1915-1982), P. Buncak (1915), A. Marecin (1923), J. Rak (1915-1969), qui, malgré l'époque, refusent tout engagement, ce qui est la cause de leur silence après 1948. En contrepoint des œuvres surréalistes, on trouve l'œuvre spirituelle de la moderne catholique (R. Dilong (1905-1986), P.G. Hlbina (1908-1977), J. Silan (1914-1984), J. Haranta (1909-1983), K. Strmen (1921)), dont les poèmes gardent une forme régulière. Ils se sont inspirés de la Poésie pure (1925) de H. Brémond.

La création dramatique de l'époque est représentée par I. Stodola (1888-1977, la Femme du berger, Notre Monsieur le ministre).

La littérature d'après 1948

Comme dans tous les pays du bloc socialiste, une littérature officielle, celle du réalisme socialiste, fut imposée comme mode d'expression aux écrivains. Le cadre de la création littéraire, l'Union des écrivains slovaques, proposait des thèmes convenables (l'insurrection slovaque, l'industrialisation, la lutte des classes) et blâmait les écrivains n'obéissant pas à ses directives. Son rôle fut paradoxal. Dans les années 1950, elle était le prolongement du pouvoir et appliquait les ordres avec rigueur, mais ce fut en son sein que sont nées les critiques ouvertes du régime. Après 1948, quelques écrivains se sont exilés (Hronsky, Vamos, Dilong, Lahola), d'autres furent emprisonnés (Novomestsky), d'autres exécutés (Clementis). Certains préfèrent se taire (Lukac, Beniak, Urban). De nombreux auteurs ne peuvent rien publier, mais certains continuent à écrire, « pour le tiroir » (J. Silan, P. Buncak).

La période de l'après-guerre jusqu'en 1956 a été celle d'une censure rigoureuse. Néanmoins, quelques œuvres de cette époque gardent un intérêt littéraire. Tel est le cas de la saga le Vin Rouge de Frantisek Hecko (1905-1960) et du recueil Quand on deviendra mûr, du poète M. Rufus. Certains écrivains qui, plus tard, condamneront le régime écrivent dans une sorte de vague d'enthousiasme (Tatarka, Minac, Mnacko, Karvas). Après la critique de l'époque stalinienne, la production littéraire peut reprendre, Lukac, Novomestsky, Silan, Hronsky, Beniak, sont réhabilités. L'écrivain n'est plus perçu comme l'instrument du pouvoir. La poésie retrouve la sphère intime. Influencés par les formes poétiques des surréalistes ainsi que par leur imaginaire, les poètes slovaques examinent l'univers de l'amour, il naît alors une poésie sensuelle, où le corps est aussi doué d'un sens (le sang, le visage, les yeux) – traces des symbolistes. Plusieurs générations se succèdent. D'abord M. Rufus (1929, l'Alphabet, les Cloches), M. Valek (1927-1991, les Attouchements, l'Attirance, l'Amour dans la chair de poule), V. Mihalik (1926, Appassionata), P. Buncak (1915), puis plus métaphysiques, proche du tchèque V. Holan, J. Buzzassy (1935, la Beauté mène la pierre), et P. Horov (1914-1915). Autour de la revue Jeune Création, se forme un groupe d'auteurs dont le langage se distingue par l'utilisation de métaphores concrètes : L. Feldek (1935), J. Stacho (1936-1995, le Voyage de noces, le Corps pur bilatéral), J. Mihalkovic (1935, les Résidences d'hiver), J. Ondrus (1932). L'œuvre de S. Strazay (1940),à part se situe, minimaliste et presque narratif, l'auteur décrit le quotidien. Quant à A. Plavka (1907-1982), disciple de Hviezdoslav, il s'inspire du folklore.

Un moment de rupture dans la poésie slovaque a lieu avec le manifeste du groupe les Coureurs solitaires, I. Laucik (1944), P. Repka (1944), I. Strpka (1944). Sous l'influence des idées de S.J. Perce et de la génération beat, ils s'engagent à faire une poésie qui soit une vie, et non pas son image. Ils accusent les générations précédentes de poètes d'être des « chevaliers sans chevaux », trop esthétisants et sans un contenu réellement sensible. Ils introduisent le terme du « poème ouvert », qui n'est pas une amertume de l'auteur vers le lecteur, mais signifie au contraire que le lecteur doit aussi être poète pour saisir le poème.

La normalisation des années 1970 arrête les expérimentations prometteuses. La poésie devient plus naïve, de nombreux poètes décident d'écrire pour les enfants (Feldek, Hevier). Elle devient plus rationnelle et se tourne vers la nature (J. Strasser, J. Svantner). D'autres écrivent des textes pour la musique (K. Peteraj, I.Kolenic). Dans la dernière génération des poètes se distinguent E. Groch (1957) et P. Maczovsky (1966).

La prose slovaque contemporaine peut être divisée en deux courants thématiques. D'un côté, les écrivains qui situent leur œuvre dans le mouvement de l'histoire et dont les écrits sont une critique de l'époque ; de l'autre, les auteurs qui, déçus par les effets de l'engagement sur la littérature, se tournent vers la vie des gens ordinaires. Dans le premier courant se situent L. Mnacko (1919-1994, la Mort s'appelle Engelchen, les Reportages attardés, critique des procès manipulés des années 1950) qui décrit l'homme engagé, ainsi que V. Minac (1922). Dominik Tatarka (1913-1989) est l'écrivain le plus remarquable de cette génération. Comme Minac et Mnacko, il débute au sein de l'Union des écrivains slovaques et adopte le style du réalisme socialiste. Il est le premier à prononcer une critique ouverte du régime, le Démon du consentement (1956), un des rares intellectuels slovaques à être signataire de la Charte 77. Son œuvre est en large partie une autobiographie esthétisée, son vocabulaire très expressif accentue l'intensité de son expérience (la Vierge enchanteresse, les Gribouillis). Toute l'œuvre de V. Sikula (1936-2001), Il n' y a pas une brasserie sur chaque colline, les Ornements, se situe dans le second courant. Ses récits se déroulent chaque fois dans le paysage de la campagne de la Slovaquie de l'Ouest et ses héros sont des paysans. Il insiste sur l'importance des valeurs proprement humaines (l'amour, l'amitié, la générosité) et sur la prédominance de la partie « non historique » de la vie de l'homme. On trouve des idées du même ordre chez P. Jaros, auteur d'un des romans d'après-guerre le plus lu (l'Abeille millénaire) et A. Bednar (1914, la Montagne en verre). Le clivage équivalent est typique pour J. Johanides (1934, la Balade d'Orava la plus triste, le Crime qui punit), inspiré de Sartre, ses personnages se trouvent déchirés entre l'homme privé et l'homme public.

En poésie comme en prose, dans les années 1960, apparaît une nouvelle génération d'auteurs. Ils sont marqués par les écrivains du réalisme magique d'Amérique du Sud (Borges, Cortázar, Marqués). Ils enrichissent la prose slovaque dans la forme de la narration comme dans son imagerie. Il s'agit de l'œuvre existentielle et asociale de D. Mitana (les Années du chien, Patagonie, la Recherche de l'auteur perdu, 1946) et de l'œuvre poétique de D. Dusek (la Position près du cœur, 1946 le Thermomètre). L'œuvre ironique de P. Vilikovsky est originale (1941, le Cheval dans l'escalier, Casanova slovaque) et inspire aussi le jeune auteur postmoderne P. Pistanek (1960, Rivers of Babylone).

Dans les années 1970 apparaît le courant de la littérature féminine. Par les thèmes de la femme-maîtresse, de la femme-mère et de la femme-citoyenne (la prose de Milka Zimkova (1931)), se trouvent réunis les poèmes sensibles de Masa Halamova (1908-1995), l'œuvre plus réflexive de Mila Haugova (1942) aux poèmes provocants et dérangeants de Tatjana Lehenova (1961). D'autres figures se rattachent à ce courant : Lydia Vadkerti-Gavornikova (1932), Alta Vasova (1939) et Gizela Slavkovska (1945).La création dramatique de l'époque est en grande partie satirique. Les auteurs les plus importants sont P. Karvas (1920) et I. Bukovcan (1921-1975). Les jeunes théâtres des années 1960 sont des lieux de création. Inspirés souvent de l'œuvre des tchèques Voskovec et Werich, ils produisent par exemple l'œuvre de S. Stepka (1944, Janosik, le Département féminin), où ses textes ne sont que des esquisses qui permettent aux acteurs d'improviser. On y trouve aussi le couple des humoristes : J. Satinsky (1940) et M. Lasica (1941), En n'attendant pas Godot, Soirée, la Nouvelle Joyeuse, et aussi l'auteur d'avant-garde V. Klimacek (1959, Bigbeat, la Gorgée).