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Les Chaussettes Noires

Groupe français de rock formé en 1960 à Paris par Eddy Mitchell (chant), William Benaïm (guitare solo), Tony d'Arpa (guitare d'accompagnement), Aldo Martinez (basse) et Jean-Pierre Chichportich (batterie).

Premier groupe français, les Chaussettes noires ont joué un rôle plus sociologique que strictement musical dans l'avènement joyeux du rock dans l'Hexagone au début des années 1960. Leur succès immédiat a suscité, un peu partout dans le pays, la formation d'orchestres du même type : un chanteur, trois guitares, une batterie. À l'origine, les Chaussettes s'étaient autobaptisées les Five Rocks. Mais un accord passé, dans leur dos, via Europe 1, entre Barclay, qui les enregistre en décembre 1960, et la marque Stemm, qui veut relancer les chaussettes de couleur noire, en a décidé autrement. Les cinq garçons découvrent leur vrai nom, a priori ridicule mais qui va contribuer à leur spectaculaire notoriété, en s'entendant à la radio. Le chanteur, Claude Moine, dix-huit ans, originaire de Belleville, devient Eddy Mitchell. Les trois guitaristes, William Benaïm, Tony d'Arpa et Aldo Martinez, conservent, eux, leur véritable identité, aux consonances savoureuses, mystérieuses. Pieds-noirs, ils habitent Créteil. Enfin, le batteur, copain d'Eddy, s'appelle Jean-Pierre.

La recette des Chaussettes. Leur premier 45 tours, contenant notamment Tu parles trop (adaptation française de You Talk Too Much, tube américain du moment), et Be Bop A Lula (d'après Gene Vincent, idole d'Eddy), sort le 27 janvier 1961 et bénéficie d'un bouche à oreille fulgurant. Il est suivi, en mars, d'un deuxième super 45 tours dont les ventes vont dépasser les 800 000 exemplaires grâce à Daniela, immense tube français signé Georges Garvarentz, et Eddie sois bon (reprise très approximative de Johnny B. Goode de Chuck Berry). Cet engouement est dû à la fois au talent évident du chanteur et à l'amateurisme euphorique de ses quatre complices (parfois, le batteur, Jean-Pierre, est remplacé par un professionnel de studio, Armand Molinetti, et Aldo laisse le contrebassiste Jean Bouchety jouer à sa place). Toute leur gloire tient à ce paradoxe étonnant. D'un côté, la voix claire, juste prometteuse, d'Eddy. De l'autre, le jeu basique, simple, facile à reproduire, donc accessible, des quatre musiciens. Les Chaussettes noires, c'est le succès à la portée de tous. Succès qui s'enchaînent, tandis que les concerts dégénèrent. Pendant deux ans, ou presque, c'est la folie. De Dactylo Rock, Noël de l'an dernier ou le Twist fin 1961, à Volage, Je reviendrai bientôt et Parce que tu sais, extrait de la bande originale du film Comment réussir en amour, en 1962, rien ne semble devoir tempérer l'irrésistible adhésion du public à ce groupe qui, entre-temps, a changé de batteur (il s'appelle, désormais, Gilbert Bastelica) et s'est enrichi d'un saxophoniste (Mick, d'abord, puis Michel Gaucher).

Fin de partie. Pourtant, de fil (de chaussette) en aiguille (d'électrophone), l'aventure s'effrite, inévitablement. Le service militaire disperse les membres du groupe à partir de l'été 1962, poussant Eddy Mitchell vers une carrière solo qui le tente légitimement. Pour Eddy, les Chaussettes noires ne sont plus à la hauteur de son ambition. Sa version de Be Bop A Lula 63, avec grand orchestre, en apporte l'époustouflante démonstration. C'est la séparation. Sans Eddy, le groupe ne survit pas longtemps, malgré deux super 45 tours style Beatles, en 1964. Et le renfort de l'excellent guitariste Paul Benaïm, à la place de Tony, n'y change rien. Une époque s'achève. L'adolescence du rock français. Aldo Martinez deviendra le secrétaire de Coluche et participera activement aux Restaurants du Cœur, jusqu'à sa disparition en 1996.