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le Samouraï

Film policier de Jean-Pierre Melville, avec Alain Delon (Jeff Costello), Nathalie Delon (Jeanne), François Périer (le commissaire), Cathy Rosier (Valérie).

  • Scénario : Jean-Pierre Melville, avec la collaboration de Georges Pellegrin, d'après le roman de Joan MacLeod The Ronin
  • Photographie : Henri Decae
  • Décor : François de Lamothe
  • Musique : François de Roubaix
  • Montage : Monique Bonnot, Yolande Maurette
  • Production : CICC-Filmen (Paris) /Fida (Rome)
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1967
  • Son : couleurs
  • Durée : 1 h 35

Résumé

Jeff Costello est un tueur professionnel, vivant dans une hautaine solitude, à l'écart du monde où il ne consent à pénétrer que pour des « missions », accomplies avec une précision d'automate. Jeanne, sa maîtresse, lui sert parfois d'alibi. Mais un policier habile, qui le suit à la trace, est sur le point de le confondre. Par sécurité, ses commanditaires décident de l'abattre. Pris entre deux feux, Jeff préférera mourir, en samouraï.

Commentaire

Féerie noire

Le film porte en exergue une phrase que le metteur en scène prétend avoir tirée du « Bushido » (code d'honneur des anciens guerriers japonais), mais qui est en fait de son invention : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n'est celle du tigre dans la jungle, peut-être… » C'est une clef symbolique de l'œuvre : Jean-Pierre Melville, en effet, a toujours manifesté, dans ses films de Résistance comme dans ses films policiers, une prédilection pour les solitaires, les combattants de l'ombre, marginaux de fait ou de tempérament, les reclus à la limite de l'introversion. Les schémas classiques, sur lesquels il brode librement, se trouvent ainsi rehaussés par une aura de concentration, physique et morale, qui affecte ses personnages et leur confère une noblesse d'anges déchus. Lui-même se reconnaît volontiers dans cette faune d'individus au verbe rare et au caractère bien trempé, au point qu'on peut parler, ici comme dans Bob le Flambeur (1956) ou le Doulos (1962), d'autoportrait, ou, selon ses propres termes, d'« analyse d'un cas de schizophrénie effectuée par un paranoïaque ».

Mais c'est d'abord du côté du film noir américain, avec ses héros marqués par le destin, sa dramaturgie rigoureuse, voire ses stéréotypes, qu'il convient d'aller chercher les sources du Samouraï, comme de tous les « thrillers » signés Melville. On n'est pas loin ici, comme le remarque Jean Tulard, d'un policier – de série B – tel que Tueur à gages (Frank Tuttle, 1942), et Alain Delon retrouve le comportement, le costume, l'angélisme morbide et jusqu'à certains tics d'Alan Ladd. Il ne s'agit pas pour autant d'un pastiche. Melville a su créer un univers bien à lui, mi-parisien mi-hollywoodien, à base de poésie nocturne, de froideur décorative et de miroitements, dont ce film, sobrement linéaire, exprime la quintessence. Des effets détonants (les escaliers en façade, ornement d'immeuble typiquement américain), une utilisation habile du complexe urbain (les couloirs du métropolitain), un rythme soutenu parachèvent cette sorte de féerie noire, dont les images bleu de nuit d'Henri Decae excellent à traduire l'envoûtement.