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la Passion de Jeanne d'Arc

Drame historique de Carl Theodor Dreyer, avec Renée Falconetti (Jeanne), Eugène Silvain (Cauchon), Maurice Schutz (Nicolas Loyseleur), Antonin Artaud (Jean Massieu), Jean d' Yd (Nicolas de Houppeville).

  • Scénario : Carl Theodor Dreyer, Joseph Delteil
  • Photographie : Rudolph Maté
  • Décor : Jean Victor-Hugo, Hermann G. Warm
  • Montage : C. T. Dreyer, Marguerite Beaugé
  • Production : Société générale de films
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1928
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 210 m (environ 1 h 25)

Résumé

Les minutes du procès de Jeanne d'Arc en 1431 à Rouen, devant un tribunal ecclésiastique, sous l'autorité de l'armée d'occupation anglaise : « Le procès-verbal nous permet d'être témoin du drame d'une jeune femme croyante, confrontée à une cohorte de théologiens aveuglés et de juristes chevronnés ». Jeanne est conduite enchaînée, dans le château de Rouen, devant le tribunal qui l'assaille de questions. Elle fait front contre les outrages avec une humilité désarmante. Pour tenter de la confondre, on lui tend une lettre apocryphe du roi. Elle est amenée involontairement à blasphémer. L'évêque Cauchon ordonne qu'on la soumette à la torture. Terrifiée, elle signe son abjuration puis se rétracte. Jugée relapse, elle est conduite sur la place du marché de Rouen où elle sera brûlée vive. Le peuple crie alors sa révolte. L'armée anglaise réprime sauvagement le mouvement populaire.

Commentaire

Un poème visuel de l'aveu arraché

Après le succès en France du Maître du logis en 1926, la Société générale fait venir Dreyer du Danemark pour lui proposer un sujet historique. Entre Marie-Antoinette, Catherine de Médicis et Jeanne d'Arc, le choix du cinéaste est rapide. Il retrouve dans le destin de la jeune fille le thème du martyre et de l'intolérance religieuse qui parcourt son œuvre des Feuillets arrachés au livre de Satan (1921) à Dies irae (1943). Mais alors que la production contemporaine sur le même sujet, réalisée par Marc de Gastyne pour Aubert-Nathan avec Simone Genevois, la Merveilleuse Vie de Jeanne d'Arc, opte pour l'épopée historique spectaculaire, Dreyer ne retient que l'épisode final et condense les journées en une seule et épuisante séance de questionnement. Et surtout, bouleversé par le choc du Cuirassé Potemkine qu'il découvre, il prend le parti de cadrer le drame en gros plan, de centrer la mise en scène sur les seuls visages de Jeanne et des juges et d'éliminer toute référence extérieure au décor afin de mieux scruter l'âme de ses acteurs.

L'idée géniale de l'auteur est d'avoir conçu son drame à partir du handicap majeur de son moyen d'expression, le cinéma muet, et d'avoir délibérément voulu filmer la parole en actes par les seules images.

Pour cela, Dreyer n'a pas cherché à transposer les échanges verbaux entre Jeanne et ses juges au moyen d'habiles subterfuges. Au contraire, il condense admirablement le texte et scande son film sur une alternance entre plans de visages, de bouches, de regards, de gestes, de mimiques, et de brefs intertitres visuels que le spectateur lit quelques secondes après que les paroles ont été proférées par le personnage. Il en résulte une écoute d'une intensité inégalée, comme si le dialogue des personnages surgissait de l'intérieur même du spectateur. Pour la première fois, Dreyer donne à voir la parole, jusqu'au crépitement des flammes du bûcher final. Le destin du film sera aussi dramatique que celui de l'héroïne car le négatif brûlera deux fois avant que l'on retrouve miraculeusement, en 1984, une copie positive originale de 1928 dans un asile d'aliénés en Norvège…