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Orphée

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Poème fantastique de Jean Cocteau, avec Jean Marais (Orphée), Maria Casarès (la Princesse), François Périer (Heurtebise), Marie Dea (Eurydice), Édouard Dhermitte (Cégeste), Pierre Bertin, Juliette Gréco.

  • Scénario : Jean Cocteau
  • Dialogues : Jean Cocteau
  • Photographie : Nicolas Hayer
  • Décor : Jean d'Eaubonne
  • Montage : J. Sadoul
  • Musique : Georges Auric et extraits d'Orphée de Glück
  • Production : André Paulvé
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1950
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 52

Résumé

À la suite d'un étrange accident dont il a été le témoin, Orphée, un poète comblé d'honneurs, pénètre dans un monde interdit, sous la conduite d'une mystérieuse Princesse et de son chauffeur Heurtebise. Est-il victime d'un sortilège ? De retour dans son foyer, il néglige sa femme Eurydice, ne vivant que dans le souvenir de la Princesse et cherchant à capter des messages radiophoniques qu'il croit envoyés par elle. Eurydice est renversée par des motocyclistes : avec l'aide d'Heurtebise, Orphée parvient à l'arracher au royaume des morts, sous la promesse de ne plus jamais la regarder. Une imprudence fatale les sépare à nouveau. Dans la ville, la révolte gronde contre les caprices d'Orphée. Le Tribunal de l'au-delà fera tomber les masques : la Princesse aime Orphée et en est aimée, Heurtebise aime Eurydice. Tous deux se sacrifieront pour rendre le couple à sa médiocre vie terrestre.

Commentaire

Le cauchemar d'un démiurge

Jean Cocteau reprend et développe ici les thèmes esquissés dans son premier film, le Sang d'un poète (1930), et que l'on retrouve aussi dans nombre de ses poèmes, romans ou pièces (dont la version théâtrale d'Orphée, 1925, différente de l'œuvre cinématographique) : la solitude de l'artiste, les « morts » – ou mortifications – successives qui jalonnent son destin, les incertitudes de l'inspiration, la recherche d'un ailleurs qui transcende la promiscuité des relations humaines, la traversée du miroir symbolisant le passage d'un monde à l'autre. Tous ces thèmes seront encore repris dans son dernier film, le Testament d'Orphée (1960), où reparaissent, entre autres, la Princesse et Heurtebise, exactement tels qu'on les a laissés ici, Cocteau lui-même succédant à Jean Marais dans le rôle, quasi autobiographique, d'Orphée. Ces trois films – les plus personnels de sa carrière de cinéaste – forment une sorte de trilogie de la création poétique, conçue comme un vagabondage organisé, au carrefour du mythe, du conte fantastique et du subconscient.

Orphée est en outre un film riche en truquages : effet de travelling mate lors de la marche tâtonnante dans la « zone » intermédiaire entre la vie et la mort, faux yeux peints sur les paupières de la Princesse, utilisation de bacs à mercure filmés à l'horizontale pour suggérer l'entrée dans le miroir, etc. Des détails curieusement réalistes viennent à la traverse : sifflets de train, évocation de la faune de Saint-Germain-des-Prés, décor des ruines de Saint-Cyr. Il est possible que l'auteur ait été influencé par l'expressionnisme allemand (Nosferatu le Vampire, notamment), le « Livre des Morts » tibétain ou des cauchemars consécutifs à l'usage de l'insuline. Reste une œuvre pleine d'énigmes, qui nous transporte, selon Chris Marker, dans « le territoire le plus avancé de la démiurgie ».