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Madame de

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des films ».

Drame psychologique de Max Ophuls, avec Danielle Darrieux (la comtesse Louise de), Charles Boyer (le général), Vittorio De Sica (le baron Donati), Jean Debucourt (le bijoutier), Lia Di Leo (Lola), Mireille Perrey (la nourrice).

  • Scénario : Max Ophuls, Marcel Achard, Annette Wademant, d'après le roman de Louise de Vilmorin
  • Dialogues : Marcel Achard
  • Photographie : Christian Matras
  • Décor : Jean d'Eaubonne
  • Costumes : Georges Ammemkov, Rosine Delamare
  • Musique : Georges Van Parys (thème d'Oskar Straus)
  • Montage : Boris Lewin
  • Production : France-London Films, Indusfilms, Rizzoli Films
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1953
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 40

Résumé

Madame de… (son nom ne sera jamais prononcé, couvert par des bruits de fond ou masqué par un objet ou le cadre de l'écran) est l'épouse élégante et frivole d'un général d'artillerie, aristocrate fortuné. Pour éponger quelques dettes, elle vend à son bijoutier des boucles d'oreilles en diamant offertes par son mari, qu'elle feint ensuite d'avoir perdues. L'affaire fait grand bruit mais le bijoutier accommodant sauve la situation en revendant le joyau au mari, qui l'offre à sa maîtresse, qui le perd au jeu ; il est racheté par un séduisant diplomate qui l'offre à Madame de, dont il s'est épris. Ce petit jeu va tourner au drame : Madame de découvre le grand amour. Son mari, délaissant les règles de la courtoisie, provoque son rival en duel. Madame de en meurt.

Commentaire

Un vaudeville racinien

Le point de départ de ce film, l'avant-dernier qu'ait réalisé Max Ophuls, est emprunté à un court récit de Louise de Vilmorin, dont la donnée mélodramatique a été considérablement étoffée. Si le schéma, en effet, reste le même (des bijoux perdus et retrouvés qui font le malheur d'une femme), le développement suit une toute autre courbe. Dans l'œuvre écrite, Mme de reste coquette jusqu'au bout : elle prend froid au bal et meurt en paix entre son mari et son amant réunis à son chevet, offrant à chacun une des boucles symboles de son inconstance. La fin du film, au contraire, nous fait basculer dans un climat de haute tension dramatique : on n'est plus dans le ton du vaudeville fin de siècle, mais dans celui de la pure tragédie. Le remue-ménage mondain cède le pas à une exaspération des sentiments, d'autant plus émouvante que jamais on ne dérape dans le pathétique. Il n'est pas exagéré d'évoquer le climat racinien, ou celui de la Princesse de Clèves.

Toute la force de l'œuvre filmée procède de sa technique. Max Ophuls y reprend et développe les thèmes de l'amour impossible qui étaient déjà au centre de deux de ses meilleurs films : Liebelei (Allemagne, 1933) et Lettre d'une inconnue (États-Unis, 1948). Certaines séquences (la valse qui n'en finit pas, le duel) se répètent presque identiquement d'un film à l'autre. Mais jamais l'impulsion romantique n'avait atteint ce point de stridence. L'élégante virtuosité de la caméra (chaque mouvement d'appareil traduit un élan du cœur, un sursaut ou une crispation du sentiment), la finesse du dialogue, la somptuosité du cadre, le raffinement de la musique, une interprétation de premier ordre (entre deux acteurs parfaits, Danielle Darrieux rayonne de féminité et de passion contenue), tout concourt à la perfection harmonique d'une œuvre sans faille.