En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Ma nuit chez Maud (Six Contes moraux, III)

Comédie dramatique d'Éric Rohmer, avec Jean-Louis Trintignant (le narrateur), Françoise Fabian (Maud), Marie-Christine Barrault (Françoise), Antoine Vitez (Vidal).

  • Scénario : Éric Rohmer
  • Photographie : Nestor Almendros
  • Décor : Nicole Rachline
  • Musique : Mozart
  • Montage : Cécile Decugis
  • Production : Les Films du Losange
  • Pays : France
  • Date de sortie : 1969
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 50

Résumé

Catholique, installé depuis peu à Clermont-Ferrand, le narrateur remarque, à la messe, la blonde Françoise, dont il décide qu'elle sera sa femme. Un ami d'enfance, Vidal, marxiste, lui présente la brune Maud, libre penseuse et divorcée. Celle-ci manque de peu le faire déroger à ses principes de fidélité. Françoise, qui sort d'une liaison qui l'a meurtrie avec un homme marié, hésite à s'engager dans une nouvelle aventure et se trouve indigne du narrateur. Celui-ci, pour la rassurer, lui raconte que lorsqu'ils se sont rencontrés, il sortait de chez sa maîtresse. Cinq ans plus tard, ils sont mariés, ont un petit garçon et rencontrent par hasard Maud, remariée, mais déjà déçue. Devant le trouble de Françoise, le narrateur, sur le point de lui avouer que rien ne s'est passé entre lui et Maud, comprend que l'amant de Françoise n'était autre que l'ex-mari de Maud et décide de garder le silence.

Commentaire

Hasard, nécessité et Providence

Troisième de la série des « Contes moraux », mais quatrième dans l'ordre chronologique du tournage parce que Rohmer tenait absolument à Jean-Louis Trintignant, ce film, au sujet austère et réalisé en noir et blanc, assied la réputation du cinéaste, après le succès d'estime de la Collectionneuse. Il le catalogue en même temps dans le genre sérieux (on y parle de marxisme, de religion, du pari de Pascal), l'aspect comédie n'étant perçu que bien plus tard. Le film repose pourtant, comme toute la série, sur la mauvaise conscience, le narrateur n'ayant de cesse de justifier ses choix par des arguments parfois spécieux, manifestant clairement le décalage entre les principes moraux qu'il énonce et ses actes : Maud ne l'accuse-t-elle pas d'être « un chrétien honteux, doublé d'un don Juan honteux » ?

C'est à l'évidence le film le plus clair sur la problématique qui traverse toute l'œuvre de Rohmer. Les hommes sont-ils libres, soumis aux desseins de la Providence ou aux lois de la matière ? L'univers est-il chaos ou cosmos, fruit du hasard, de la nécessité ou de quelque plan divin ? Dans cette perspective, Rohmer offre trois variations, nous laissant la possibilité de choisir. Vidal, en bon déterministe, doit croire que les lois de la nature et de la société sont plus fortes que les aspirations individuelles. Maud, qui tient à sa liberté de pensée et de comportement, ne peut qu'échouer dans son désir de vie conjugale. « J'aime les gens qui savent ce qu'ils veulent », lance-t-elle au narrateur. Mais sait-elle ce qu'elle veut ? Lui, au moins, au prix de quelque entorse à ses principes, a ce qu'il a voulu. Rarement film a abordé de telles questions de façon aussi concrète et avec un tel humour.