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Hallelujah

Hallelujah

Drame musical de King Vidor, avec Daniel L. Haynes (Zeke), Everett McGarrity (Spunk), Harry Gray (le père), Nina Mae McKinney (Chick), William Fountaine (Hot Shot), Harry Gray (le pasteur), Fannie Belle De Knight (Mamy), Victoria Spivey (Missy Rose), les Dixie Jubile Singers.

  • Scénario : Wanda Tuchock, Richard Shayer, Ransom Rideout, King Vidor
  • Photographie : Gordon Avil
  • Décor : Cedric Gibbons
  • Musique : Irving Berlin
  • Production : King Vidor, Irving Thalberg
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1929
  • Son : noir et blanc
  • Durée : environ 2 900 m (1 h 50)

Résumé

Zeke et son grand frère Spunk vont à la ville vendre une récolte de coton. Zeke se laisse séduire par Chick, une entraîneuse, perd l'argent de la vente et tue involontairement son frère dans une bagarre. Il devient prédicateur après avoir obtenu le pardon de son père, mais tombe à nouveau amoureux de Chick. Leur vie commune est troublée par l'irruption de « Hot Shot », l'ancien protecteur de Chick, qui enlève la jeune femme. Final tragique dans les marais : Chick est tuée et Zeke étrangle « Hot Shot ».

Commentaire

Un silence sonne le glas du muet

Parce qu'il se rendit compte à temps que le son risquait de faire revenir le cinéma à l'âge de la caméra fixe, le réalisateur de la Foule signa le premier vrai chef-d'œuvre du parlant. L'obsession du mouvement va en effet de pair avec celle, maniaque, de la synchronisation dans Hallelujah où règne avant tout l'idée même de la mobilité. La séquence de la poursuite dans les marais est à cet égard un véritable archétype : source de multiples reprises (Elmer Gantry, le Démon des armes, etc.), elle doit moins au seul suspense qu'au mariage totalement inédit de longs travellings avec une respiration haletante, un bruissement de feuilles, un cri d'oiseau ou des bruits de pas dans la vase. Parfois rien : et ce silence, enfin perceptible, sonne le glas du muet.

Coup d'essai, coup de maître, le premier film parlant de King Vidor ne succède pas fortuitement au trop méconnu Mirages, premier film important sur Hollywood réalisé au moment même où l'auteur devait abandonner son idiome natif. Après cette production délicieusement faisandée, dont la maîtrise absolue ne peut qu'aviver les nostalgies, Vidor, qui n'avait plus rien à prouver (ni à faire) dans le muet, peut prendre tous les risques et affronter non seulement le parlant, mais un tournage en extérieur avec une distribution intégralement noire.

Et Hallelujah « swingue » énormément : negro spirituals, blues et « tap dance » font une intrusion remarquée dans le cinéma et sont la véritable carte de visite d'un film adulé en France où Jean-Georges Auriol lui consacre un numéro spécial de la Revue du cinéma. Vidor sut allier le charisme des têtes d'affiche venues de Broadway à l'aspect « documentaire » de son film : il évoquera dans son autobiographie les corrections de mise en scène indiquées par de véritables prêtres baptistes, présents à Memphis lors du tournage de la séquence du baptême dans la rivière.

Bien évidemment le « bon Noir » n'est pas absent de ce film si « tomiste » ; sa voix est chuintante, et son imaginaire envahi par la plus désolante superstition ; en bref, c'est un grand enfant qui a le rythme dans la peau. La série ouverte par les affreux Noirs de Naissance d'une nation n'allait se clore qu'un demi-siècle plus tard, après l'emploi jusqu'à la nausée du brave domestique de couleur (« Oh non, Mam'zell Scarlett ! Pas les rideaux ! ! »). Mais Hallelujah inaugure une autre série d'images qui appartient à la musique et dont le caractère extatique, relié ici à son origine religieuse, sera avant longtemps un des plus sûrs atouts de libération – du moins au nord de la ligne Mason-Dixon.