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Elmer Gantry, le charlatan

Elmer Gantry

Drame de Richard Brooks, avec Burt Lancaster (Elmer Gantry), Jean Simmons (sœur Sharon Falconer), Arthur Kennedy (Jim Lefferts), Shirley Jones (Lulu Bains), Dean Jagger (William L. Morgan), Patti Page (sœur Rachel Fowler), Edward Andrews (George Babitt), John McIntire (le révérend Pengilly).

  • Scénario : Richard Brooks, d'après le roman de Sinclair Lewis
  • Photographie : John Alton
  • Décor : Edward Carrere
  • Musique : André Previn
  • Montage : Marjorie Fowler
  • Production : Bernard Smith
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1960
  • Son : couleurs
  • Durée : 2 h 25

Résumé

Le Midwest, dans les années 1920. Elmer Gantry, commis-voyageur au passé douteux, rejoint la troupe de l'évangéliste Sharon Falconer. Sa fougue et ses talents oratoires en font bientôt une vedette…

Commentaire

Les ambiguïtés de l'évangélisme

Dans les années 1950, on admirait principalement Richard Brooks pour son réformisme généreux et combatif. L'« honnête homme » du cinéma américain convainquait plus par sa droiture que par ses qualités de metteur en scène. Elmer Gantry constitue à cet égard une exception : le courage, la rigueur intellectuelle du réalisateur y sont, plus que jamais, présents, mais la démonstrativité s'efface ici au bénéfice d'une approche sensuelle, intimiste, émouvante et lucide du sujet. Brooks réussit à nous offrir un « dossier » particulièrement minutieux et objectif du phénomène évangéliste, tout en serrant au plus près l'évolution psychologique, les rapports passionnels et conflictuels du couple Sharon-Gantry. Il est à la fois Jim Lefferts, le journaliste agnostique, qui scrute d'un œil froid les activités du « cirque » évangéliste, et Gantry, l'animateur-vedette de ce spectacle populaire et outrancier où se révèlent crûment les hantises de la société américaine. Il est, aussi, profondément fasciné par la figure rayonnante, pathétique, de Sharon Falconer, dont la pureté transcendante s'impose à chacun.

L'ajout au titre français du mot « charlatan » simplifie outrageusement le propos d'un film qui a pour principale qualité une remarquable absence de préjugés à l'égard de son protagoniste. Elmer Gantry, au vrai, n'est pas un banal charlatan. C'est un croyant sincère – en même temps qu'un pécheur avoué –, un « vendeur » matois et plein de gouaille, un homme du peuple instinctif et entreprenant, un manipulateur de foules doté d'un punch peu commun, un orateur inspiré, grisé par ses propres harangues. C'est aussi, et surtout, un homme amoureux…

Elmer Gantry dit des choses singulièrement actuelles, voire définitives, sur l'évangélisme et la religion-spectacle, mais sa force et sa résonance émotionnelle lui viennent d'ailleurs. Elles tiennent à ce que le héros, idolâtré, puis renié par une foule versatile, devient le jouet des chimères qu'il propage. Grisé par l'illusion du pouvoir, il ne parvient pas à « réformer » la femme qu'il aime plus que tout au monde. Derrière les naïvetés du show religieux, derrière les manifestations primaires, grossières et hystériques de la foi collective, se profilent le mystère d'une vocation singulière, le drame individuel de la privation et du renoncement volontaires.