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America America

America America

Drame d'Elia Kazan, avec Stathis Giallelis (Stavros Topouzoglou), Frank Wolff (Vartan Damadian), Harry Davis (Isaac Topouzoglou), Elena Karam (Vasso Topouzoglou), Lou Antonio (Abdul), Gregory Rozakis (Hohannes Gardashian).

  • Scénario : Elia Kazan, d'après son roman, et sa nouvelle inédite Hamal
  • Photographie : Haskell Wexler
  • Décor : Gene Callahan
  • Musique : Manos Hadjidakis
  • Montage : Dede Allen
  • Production : E. Kazan, Charles S. Maguire (Warner Bros)
  • Pays : États-Unis
  • Date de sortie : 1963
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 2 h 48

Résumé

Parce que les Turcs massacrent les chrétiens, un jeune Grec s'embarque pour la terre promise, l'Amérique.

Commentaire

Conclusion provisoire

Aussi étrange que cela puisse paraître, et aussi différents soient-ils, une identique rupture unit Giono à Kazan. L'écrivain a dû connaître la prison, la mise à l'index, la honte attachée à son nom, pour changer radicalement de manière, tordre le cou à un lyrisme encombrant, et introduire du scepticisme là où l'on ne trouvait que de la crédulité. Pareillement, en rompant avec un maximum de publicité ses liens avec le parti de sa jeunesse, le Parti communiste, et en se refusant à l'acte d'héroïsme en face du maccarthysme, Kazan ne fait pas que changer d'opinion (après tout, c'est son droit absolu), il change de style. Et à la certitude larmoyante de ses premiers films répond désormais une incertitude enfiévrée.

De sorte qu'America America, qui retrace l'odyssée des émigrants grecs du début du xxe siècle, ne tire pas sa puissance émotionnelle de relents nostalgiques, mais de son actualité immédiate. Car rien n'est plus neuf que de fuir le crime pour finir soi-même criminel.

America America, c'est la boîte de Pandore. Quand on l'ouvre, le pire survient. Et le pire contraint ce jeune Grec, si pur, si désintéressé, en ses débuts dans l'existence, à tendre la main, à quêter le quarter qui, s'imagine-t-il, lui permettra d'humilier son prochain.

Kazan est catégorique : « Le petit cireur de chaussures deviendra un dur des rues de New York ». Et il ajoute : « Je pense toujours qu'un riche est forcément un salaud ».

Voilà pourquoi America America n'est que la provisoire conclusion de son enquête sur ses racines, et, en l'espèce, sur l'Amérique tout entière. Pour l'achever, il y faudra le meurtre du père (l'Arrangement), le sacrifice des fils (les Visiteurs), et la mise en doute de la machinerie qui aura, à son corps défendant, permis à l'illusion critique d'exister (le Dernier Nabab). Mais c'est dans America America, qui célèbre, par son approche volontairement documentariste, la fin du romanesque, que tout aura été dit : à savoir que la trahison est dans la nature même de l'homme. Et que l'artiste ne peut que l'enregistrer.

Sans ciller. Et sans espoir de pardon.

Tout est trahison, même ce sentiment de réalité que procure le cinéma. Pour l'attester, Kazan aura payé le prix fort.