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jaïnisme

Danse sacrée
Danse sacrée

L'une des trois grandes religions de l'Inde, dont le nom vient du terme « jina » (victorieux) appliqué à son fondateur Mahavira, contemporain du Bouddha, Mahavira étant considéré comme le 24e Tirtha˙nkara.

Par jaïnisme (ou jinisme), on entend tout ce qui a trait à la personne, aux enseignements, à la communauté entière de celui que la tradition donne pour le vingt-quatrième Jina (le conquérant « victorieux »). Celui-ci est le dernier des Tirthankara (« constructeurs du gué ») qui mène à la délivrance. Il est connu aussi sous divers autres noms, dont celui de Mahavira (« Grand Héros »). Il est, dit-on, né, comme le Bouddha éponyme du bouddhisme, au vie s. avant J.-C., dans une famille princière de l'Inde gangétique orientale, et il a, dans ces mêmes contrées, mené la vie de religieux errant. Mais, au contraire du Bouddha, qui recommandait de trouver vers le salut une « voie moyenne », lui et les jaïna, ses sectateurs, ont cru nécessaire la pratique de rigoureuses austérités. Dans l'histoire du jaïnisme, Mahavira, penseur éminent, est présenté comme un réformateur de l'Église précédemment instituée par Parshva, le vingt-troisième, et, semble-t-il, le plus ardemment vénéré des Tirthankara.

Prédicateur et organisateur de génie, il avait rassemblé une communauté nombreuse, dont il avait confié la charge à onze disciples. L'un d'entre eux, qui transmit à son propre élève les paroles du Maître, est à l'origine de la tradition scripturaire, qu'un premier concile aurait tenté de fixer dès le ive-iiie s. avant J.-C. Mais l'histoire du jaïnisme à ses débuts nous est assez mal connue.

Les jaïna font état de hautes protections, de patronages royaux : sans doute les exagèrent-ils. Néanmoins, l'expansion de la communauté vers l'ouest et le sud de l'Inde, son épanouissement au Moyen Âge – qu'attestent une abondante littérature et de nombreux monuments, ainsi que la réunion d'importants conciles à Mathura et à Valabhi à la fin du ve s. – n'ont été possibles que grâce à la tolérance et même à la bienveillance des souverains d'alors. Il est établi que plusieurs monarques des dynasties du Deccan furent des fidèles convaincus et que, au xie-xiie s., un ministre et un roi jaïna gouvernèrent le Gujerat. Au reste, le prosélytisme jaïna, qui, sur le sol de l'Inde, a suivi à peu près les mêmes voies que les missions bouddhistes, ne s'est jamais diffusé, semble-t-il, hors du sous-continent.

Depuis le Moyen Âge, la communauté, persécutée par les hindous au sud, par les musulmans au nord, s'est peu à peu amenuisée. Ses fidèles se répartissent en deux sectes, celle des « nus » (digambara) et celle des « blancs » (shvetambara), dont la séparation date de l'an 79 avant J.-C. Ceux-là sont, pour la plupart, installés comme cultivateurs au Deccan ; ceux-ci se rencontrent surtout à l'ouest, au Rajasthan et au Gujerat, où ils sont souvent à la tête d'importants négoces. En outre, des hommes d'affaires jaïna, qui, pour beaucoup, sont tout à la fois actifs et dévots, ont leurs établissements dans les principaux centres industriels et commerciaux de l'Inde. Les religieux, cependant, sillonnent les chemins à pied, reconnaissables à divers insignes : couleur et drapé du vêtement, sortes de plumeaux en fils de laine ou en plumes de paon et parfois pièce de mousseline sur la bouche ; ne sont nus, chez les digambara, que certains maîtres particulièrement accomplis, en nombre infime. Les moines mendient leur nourriture et enfreignent le moins possible la règle d'ahimsa : tenue pour l'un des préceptes fondamentaux du jaïnisme, celle-ci interdit la violence, recommande innocuité et charité ; les fidèles affirment leur souci de la respecter, si bien que, pratiquement, tout jaïna est végétarien.

La doctrine nous est connue par une masse considérable d'Écritures : canon des shvetambara, codifié à Valabhi (fin du ve s.) ; Écritures « procanoniques » des digambara, lesquels nient l'authenticité de tout canon. Les principes essentiels sont identiques dans l'une et l'autre secte. De même que Mahavira et le Bouddha paraissent avoir prêché en langue « vulgaire », les Écritures jaïna les plus anciennes sont rédigées en prakrits, idiomes linguistiquement plus récents et moins nobles que le sanskrit, auquel les docteurs auront ensuite recours. Les livres anciens ont fait l'objet de plusieurs séries de commentaires extrêmement utiles malgré leurs défauts.

Au reste, les jaïna n'ont pas seulement à leur actif des œuvres d'exégèse ou des traités philosophiques. Écrivains infatigables, ils ont composé en sanskrit, en prakrits et dans les parlers néo-indo-aryens, ou encore dans des langues dravidiennes, des contes, des romans édifiants, des « histoires universelles », où se retrouvent, adaptées, les légendes des grands cycles narratifs de l'Inde. Leur communauté est célèbre par ses bibliothèques, conservatoires de manuscrits, qui nous transmettent des œuvres de toutes les provenances.

Des monuments qu'ils édifièrent, il reste aujourd'hui, malgré les déprédations, un assez grand nombre de temples, diverses représentations des vingt-quatre Tirthankara, des statues monolithes géantes de tel personnage de leur mythologie, dont la pose figure le détachement parfait, ainsi qu'une multitude de pièces de dimensions réduites.

La doctrine jaïna a tenté d'englober des éléments manifestement hétérogènes. Comme la plupart des écoles de pensée qui se sont affirmées vers la moitié du Ier millénaire avant notre ère et comme les croyances indiennes en général, le jaïnisme tient pour des lois bien établies le dogme de la rétribution des actes (karman) et de la réincarnation ; l'homme, cependant, peut y échapper par un effort héroïque, au terme duquel il parvient à l'extinction totale (nirvana) ou délivrance (mukti), qui est réalisation et accomplissement parfaits (siddhi). Les siddha, monades spirituelles égales entre elles, sans rien qui leur soit supérieur, siègent au sommet du cosmos, au faîte de la coupole où il s'achève. La vie laïque ne permet pas de consacrer son énergie à cette ascèse libératrice : la vie de religieux – de sramane –, au contraire, la facilite en la réglant. Aussi, les préceptes édictés par Mahavira, bien qu'ils aient été adaptés assez tôt à l'intention des hommes restés dans le monde, valent, fondamentalement, pour ceux qui répudient tous les attachements séculiers.

La doctrine est symbolisée par l'indissociable « triple joyau » (tri-ratna) des justes : foi, connaissance et conduite. Les jaïna ont, d'ailleurs, élaboré une théorie des normes de connaissance qui s'insère dans une logique originale, sorte de relativisme ou de dogmatisme conditionnel, a-t-on dit, qui s'exprime par deux démarches complémentaires : la « doctrine des multiples possibilités », de caractère synthétique, et la « doctrine des méthodes d'approche », plutôt analytique. Au reste, le jaïnisme est un substantialisme pluraliste qui insiste sur la réalité du changement. Il reconnaît l'existence de cinq « masses d'être ». L'âme, qui est « vie », se distingue nettement de tout ce qui n'est « pas vie » : matière, espace, mouvement et arrêt – à quoi, parfois, est ajouté le temps. L'espace se répartit entre le cosmos et son enveloppe, ultra-cosmique. Le premier se compose de trois mondes que l'on figure en superposition. C'est dans le monde médian que se situent notre « continent » et la portion de celui-ci qui forme l'Inde, où règnent les lois du temps (à révolution cyclique) et du karman.

Devient karman, quand elle pénètre dans l'âme, avec laquelle elle « se conjoint » aussitôt, la matière subtile qui résulte des intentions et volitions antérieures. Tant qu'elle est enchaînée à la matière, l'âme est logée dans des organismes corporels (d'espèces diverses) auxquels elle est coextensive. Considérant l'ensemble de ces mécanismes, les jaïna ont établi une table de catégories ontologique et morale plus compréhensive que celle qui a été rappelée ci-dessus. Cette table distingue sept principes – neuf si l'on tient compte ici du mérite et du démérite. Ce sont : la vie (c'est-à-dire l'âme) et la non-vie ; l'influx de la matière karmique dans l'âme ; l'endiguement et l'élimination de ce flot ; la servitude et la libération de l'âme.

C'est à évacuer, dès avant sa maturation, le karman précédemment accumulé que visent les mortifications ascétiques. L'influx karmique est, d'autre part, arrêté par une série d'observances soigneusement définies. Au reste, l'éthique jaïna enseigne cinq vœux fondamentaux que doivent prononcer tous les fidèles : vœux majeurs des moines, vœux mineurs (consolidés par sept règles supplémentaires) des laïques. Tout jaïna s'engage solennellement à : 1° ne pas nuire aux êtres vivants ; 2° ne pas mentir ; 3° ne pas s'approprier ce qui n'a pas été donné ; 4° ne pas manquer à la chasteté ; 5° ne pas s'attacher aux possessions matérielles. Quand, enfin, au terme de multiples réincarnations et de longs efforts, l'âme parvient à se libérer de toute matière karmique, elle abandonne aussitôt les organismes corporels et, allégée, s'élève droit au sommet du monde, où elle rejoint toutes les autres âmes parfaites ; dès lors, elle réalise sa nature profonde, qui est pure connaissance : de cette réalisation vient sa béatitude.

Seule la discipline religieuse prépare à cette libération. Moines et nonnes, cependant, ne pourraient poursuivre leur carrière sans l'aide généreuse des laïques, qui leur font l'aumône d'abris, de vêtements, etc., et surtout, régulièrement, de nourriture. À ces dévots, hommes et femmes, les religieux doivent, en retour, dispenser l'enseignement, l'assistance morale et spirituelle : telle est la distribution des devoirs au sein de cette communauté quadripartite, dont l'organisation a été très systématique. Les religieux adaptent leurs sermons à des auditoires extrêmement variables : foules entassées dans de vastes salles, familles offrant chez elles l'aumône quotidienne, individus venus demander conseil à un directeur de leur choix. Ils se consacrent à l'étude et à la méditation ; ils ne participent pas aux cultes des temples, où se déroulent des cérémonies que récusent d'ailleurs certaines sectes et qui sont souvent inspirées du rituel hindou.

Malgré l'extrême diversité de leurs préoccupations, un vif sentiment de solidarité anime les membres de cette communauté jaïna, qui, sur le sol de l'Inde, avec un destin inégal, en s'adaptant aux circonstances sans rien renier d'essentiel, a courageusement professé une foi dont les bases ont été jetées au cours du Ier millénaire avant notre ère. Aujourd'hui encore, tous les jaïna, des plus fortunés et des plus érudits aux plus humbles, s'efforcent de pratiquer, éventuellement de réinterpréter, la règle ahimsa ; avec une conviction profonde, ils proclament leur respect de toute vie.