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Italie : architecture

Venise, le Grand Canal
Venise, le Grand Canal

1. Une architecture étroitement liée à la vie publique

L'architecture italienne est étroitement liée à la vie publique, et le morcellement politique a entraîné de bonne heure l'éclosion d'écoles provinciales qui proposent une architecture en harmonie avec le site. → Italie.

2. Deux tendances : la structure et le décor

Deux tendances fondamentales s'affrontent parfois mais ne sont pas forcément contradictoires : celle qui fait prévaloir l'organisation géométrique de l'espace, les rapports de volumes, la structure, et celle qui donne la plus large place au décor, à l'animation des surfaces, aux effets de matière et de polychromie. Ainsi dans le cas de la Renaissance du xve s., la première tendance, plus intellectuelle, l'emporte en Toscane avec Brunelleschi, Alberti et B. Rossellino, et la seconde, plus sensualiste, en Italie du Nord avec Giovanni Antonio Amadeo et les Lombardo, alors que c'était plutôt l'inverse à l'époque romane. Mais l'on ne peut dire que le baroque, romain ou piémontais, sacrifie nettement à l'une plutôt qu'à l'autre.

3. Créer un décor pour la vie urbaine

La vocation majeure de l'architecture italienne est de créer un décor pour la vie urbaine. La ville doit d'abord sa physionomie à un grand nombre d'églises, d'abord celles des couvents avec des cloîtres et diverses dépendances. La cathédrale, ou duomo, n'a pas toujours l'importance qui devrait correspondre à sa fonction, comme on l'observe à Bologne, où San Petronio la fait presque oublier, pour la même raison que le « Santo » à Padoue. Mais il arrive aussi qu'elle soit l'orgueil de la cité, comme à Pise, à Sienne, à Florence, à Orvieto ou à Milan. Son baptistère forme parfois un édifice indépendant et de dimensions notables, comme à Florence, à Pistoia, à Pise, à Parme, à Crémone ou à Padoue.

4. La place

La place italienne est l'héritière du forum antique et le cœur vivant de la cité. Elle est le plus souvent d'origine médiévale et assemble alors les principaux édifices, notamment ceux de la commune, selon un parti souple et harmonieux jusque dans l'irrégularité, qui s'accommode des réfections ou des apports de la Renaissance et de l'art baroque. Tel est le cas à Florence avec la piazza della Signoria, à Sienne avec l'extraordinaire hémicycle du Campo, à Pistoia, Volterra, Pérouse, Todi, Assise et Gubbio, où le décor médiéval est particulièrement intact, à Modène, Parme, Crémone, Côme, etc. Au lieu d'une place unique, la ville peut avoir pour centre communal deux places communicantes : ainsi à Vérone – où celle du marché, la piazza delle Erbe, s'articule en équerre avec l'aristocratique piazza dei Signori –, à Venise (place Saint-Marc et Piazzetta), à Brescia, à Bergame, Bologne. Il y en a même trois à San Gimignano, à Mantoue, à Padoue, à Vicence. Mais il arrive aussi que la place soit une création homogène de la Renaissance, comme celle de la Santissima Annunziata à Florence et celle de Pienza, que Pie II fit dessiner par B. Rossellino, ou de la scénographie baroque, qui triomphe à Rome avec la place tracée par le Bernin devant Saint-Pierre, la place Navone, etc., mais aussi à Turin, à Lecce et dans plusieurs villes siciliennes. Parmi les monuments sculptés qui polarisent souvent le décor des places, il faut citer au moins les fontaines : gothiques à Sienne et à Pérouse, de la Renaissance à Florence, Bologne, Messine et Palerme, baroques enfin, comme le sont les plus célèbres de Rome.

5. Le palais

Dans l'art italien, une grande part revient à l'architecture civile, dont le produit le plus typique est le palais. La plupart des villes italiennes de quelque importance conservent des palais privés, parfois romans, plus souvent gothiques, de la Renaissance, baroques ou néo-classiques. Il y a, bien entendu, des caractéristiques propres aux palais romains, toscans, génois, vénitiens, etc. Il faut souligner l'importance des édifices publics, qui doivent surtout leur origine au mouvement des communes : hôpitaux, tribunaux, résidences des capitaines du peuple, salles de réunion et surtout ces palais communaux, dont chacun, de la Lombardie et de la Vénétie à l'Ombrie, reste l'orgueilleux symbole de la cité. Mais l'évolution presque générale des principautés italiennes vers des régimes de type monarchique est illustrée aussi, en milieu urbain, par des édifices privilégiés : les résidences seigneuriales, royales ou pontificales. Il s'agit souvent de forteresses que leurs possesseurs, au cours des siècles, ont plus ou moins remaniées, agrandies ou embellies, afin d'en faire l'insigne de leur puissance et le théâtre de la vie de cour. Si l'aspect médiéval est particulièrement bien respecté à Palerme dans le palais des rois normands, à Naples dans le Castel Nuovo des monarques angevins et aragonais, à Milan dans le Castello Sforzesco, à Vérone dans le château des Della Scala (Scaligeri), à Ferrare dans celui des Este, la part de la Renaissance l'emporte au palais ducal d'Urbino, modèle du genre, au Vatican et, moins nettement, à Mantoue, dans l'immense et complexe « reggia » des Gonzague, le palais ducal, qui incorpore un premier palais gothique et le castello San Giorgio. Il arrive aussi qu'une résidence relève entièrement de l'art des temps modernes et offre de ce fait une structure plus homogène, comme c'est le cas à Florence avec le palais Pitti, à Rome avec les palais pontificaux du Latran et du Quirinal, à Parme avec le palais des Farnèse, dit la Pilotta, à Modène avec celui des Este ou encore avec les palais royaux de Turin et de Naples.

Certaines demeures princières de plaisance méritent l'appellation de palais : ainsi le palais du Te, que Jules Romain édifia et décora, aux portes de Mantoue, pour Frédéric II Gonzague. L'Italie monarchique du xviiie s. offre des exemples frappants de résidences d'apparat auxquelles l'influence française n'est pas étrangère : le palais de chasse de Stupinigi, construit par Juvarra, près de Turin, pour Victor-Amédée II, le palais de Colorno, domaine des ducs de Parme, les palais royaux de la maison de Bourbon et surtout celui de Caserte, dont l'architecture colossale, œuvre de Luigi Vanvitelli, commande la perspective d'un jardin qui a la majesté de Versailles.

6. L'abbaye et le château fort

L'importance du milieu urbain n'a pas empêché l'architecture d'affirmer sa présence aux portes des villes et dans les campagnes. La preuve en est d'abord dans les abbayes : celles des Bénédictins (dont le mont Cassin reste la plus illustre), celles des Cisterciens, les couvents des ordres mendiants, les chartreuses (celle de Pavie en tête), et de nombreux sanctuaires de pèlerinage, expression artistique de la piété populaire. On trouve aussi beaucoup de châteaux forts, notamment en Piémont, en Lombardie, en Vénétie, en Toscane, en Ombrie et, grâce à Frédéric II de Hohenstaufen, dont la personnalité marque l'incomparable Castel del Monte, en Apulie. Témoins de la période féodale avec leurs donjons, leurs crénelages et leurs mâchicoulis à consoles très hautes, ils peuvent refléter dans leur aménagement le goût des époques postérieures.

7. La villa et le jardin

Le château n'est cependant pas l'élément le plus caractéristique du paysage italien. Ce rôle revient à la villa, héritière de la tradition latine. Il s'agit d'un domaine d'agrément ou de prestige, dépourvu de tout caractère féodal. Les villas datent surtout des xvie, xviie et xviiie s. Elles sont nombreuses et belles en Vénétie, en Lombardie du Nord et autour de villes telles que Gênes, Florence, Lucques, Rome, Naples, Palerme. Le bâtiment d'habitation peut aussi bien se réduire à une maison très simple que prendre l'aspect d'un palais fastueux, comme c'est le cas en Vénétie avec certaines villas de Palladio (comme celle de la Rotonda) ou d'inspiration palladienne, à Rome (mais autrefois hors du milieu urbain) avec celles des, papes et des cardinaux, aux environs de Rome avec le palais Farnèse de Caprarola, imposante construction pentagonale d'Antonio da Sangallo le Jeune et de Vignole. Mais la villa est un ensemble dans lequel le jardin peut compter autant que la demeure. Le maniérisme et l'âge baroque ont fait la beauté des jardins italiens, dont le style se définit par une certaine fantaisie dans la disposition d'éléments réguliers par eux-mêmes et par la place importante qu'y occupent les morceaux d'architecture et de sculpture. Les jardins Boboli, à Florence, ceux de la villa d'Este, à Tivoli, et de la villa Lante, près de Viterbe, figurent parmi les plus réputés.