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FARC-EP

sigle de Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia-Ejército del Pueblo, Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée du peuple

Guérilla la plus importante de la Colombie, née en 1964 du regroupement de plusieurs milices d'autodéfense paysannes contrôlées par le parti communiste.

Origines

L'assassinat le 9 avril 1948 à Bogota de Jorge Eliecer Gaitán – avocat marxiste et leader libéral qui a tenté de mobiliser les classes populaires contre l'oligarchie – déclenche des émeutes sanglantes (el bogotazo) dans la capitale et dans les grandes villes. Ces révoltes, suivies d'une violente répression, ouvrent une période de guerre civile larvée d'une cruauté extrême (la violencia) et font plus de 200 000 morts. Confrontées à la répression militaire, des milices d'autodéfense paysanne, libérales et communistes, apparaissent dans les années 1950. Refusant de remettre leurs armes contre l'amnistie, elles se réfugient dans le maquis, où elles constituent une éphémère « République indépendante de Marquetalia », durement réprimée par les forces armées colombiennes avec l'aide des États-Unis. En 1964, le parti communiste colombien (PCC) s'appuie sur les rescapés de ces milices pour fonder les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ; Jacobo Arenas (1917-1990) en fait la branche armée paysanne du PCC. Après sa mort, Manuel Marulanda Vélez (1930-2008) prend la tête du mouvement, qui s'impose dans huit provinces du pays.

Idéologie, financement et recrutement

Ancrées dans la pauvreté du monde rural, les FARC se définissent alors comme une organisation politico-militaire marxiste-léniniste d'inspiration bolivarienne. Elles affirment, aux côtés d'autres groupes armés qui se constituent – l'Armée de libération nationale (ELN), guérilla pro-castriste fondée en 1966, l’Armée populaire de libération (EPL), d'inspiration maoïste en 1967, en 1973, le Mouvement révolutionnaire du 19 avril (M-19), populiste de gauche privilégiant la guérilla urbaine – prendre la défense des paysans pauvres contre les classes de riches, s'opposer à l'influence des États-Unis en Colombie, à la privatisation de l'exploitation des ressources naturelles et aux multinationales. Elles prélèvent sur les éleveurs de bétail un impôt révolutionnaire (la vacuna, « vaccin ») et ont recours aux enlèvements contre rançon pour assurer leur financement à partir de 1983.

Dans les années 1980, la Colombie devient le premier producteur mondial de cocaïne ; l'argent sale issu du narcotrafic corrompt toutes les couches de la société. Plus lucratif que l'« impôt révolutionnaire », le narcotrafic devient la première source de revenus des FARC et modifie singulièrement la nature de la guérilla et la motivation des combattants. En cédant aux narcotrafiquants une partie des territoires qu'elles contrôlent, les FARC obtiennent, en contrepartie, une part des bénéfices. Aux populations paysannes, qui leur assurent denrées alimentaires et forces vives (une majorité de mineurs de moins de quinze ans, le plus souvent analphabètes, sont enrôlés par les FARC, ainsi que des jeunes femmes, qui constituent plus d'un tiers des effectifs), elles offrent leur protection contre les paramilitaires d'extrême droite, des escadrons de la mort constitués dans les années 1980 par des propriétaires terriens pour pallier les défaillances de l'armée.

L'échec des initiatives de paix

En 1982, les FARC, qui comptent alors quelque 2 000 guérilleros, réorganisent leur appareil militaire (ajoutant à leur sigle celui d’Armée du peuple [EP]),et deviennent une force structurée en fronts sous l’autorité d’un état-major. À la faveur de la tentative de pacification nationale sans précédent lancée par le président conservateur Belisario Betancur (1982-1986), elles signent pourtant l’accord de cessez-le-feu de La Uribe en 1984, s’engageant à mettre fin aux enlèvements et forment, l'année suivante, une coalition électorale avec les communistes – l'Union patriotique (UP) –, mais l'assassinat systématique par les paramilitaires entre 1985 et 1994 de ses militants et dirigeants – plus de 3 000 morts et 1 000 « disparus », dont deux candidats à la présidence de la République et une centaine d'élus – conforte la conviction des FARC de poursuivre la lutte armée pour prendre le pouvoir. Entre 1996 et 1998, plusieurs coups de force spectaculaires mettent les forces colombiennes dans une situation délicate tandis que les effectifs des FARC passent d'environ 8 000 combattants en 1990 pour atteindre 18 000 en 2002.

En 1998, le président conservateur Andrés Pastrana Arango engage des pourparlers difficiles avec les FARC, et leur propose un plan de paix destiné à lutter contre le trafic de drogue et à mettre fin à la violence armée. Les FARC obtiennent alors le contrôle administratif d'une zone démilitarisée de 42 000 km2 dans le sud-ouest du pays, concession qui provoque la colère des mouvements paramilitaires, marginalisés. Mais en juillet 2000, l'octroi par l'administration Clinton d'une aide exceptionnelle de 1,3 milliard de dollars pour financer la lutte contre le narcotrafic et les guérillas (« plan Colombie »), renvoie les FARC dans la lutte armée. Moribond, le processus de paix est définitivement enterré par son initiateur le 20 février 2002. La candidate des Verts à la présidentielle de mai, la Franco-Colombienne Íngrid Betancourt ainsi que sa directrice de campagne Clara Rojas, enlevées le 23 février 2002, sont deux des 59 otages politiques (Gilberto Echeverri, ex-ministre de la Défense, une vingtaine d'élus locaux, 34 soldats et policiers) que les FARC (qui détiennent, en outre, 800 otages civils pour lesquels ils exigent une rançon), veulent échanger contre la liberté de 500 guérilleros incarcérés. Dans ce but, elles réclament régulièrement la démilitarisation de deux zones dans les municipalités de Pradera et de Florida. Cette demande se heurte aux conditions fixées par Álvaro Uribe Vélez, nouveau chef de l'État élu en mai 2002 grâce à son programme de fermeté, qui exige que les pourparlers soient menés sous les auspices des Nations unies, que l'accord permette la libération de tous les otages, et qui exclue la démilitarisation de toute portion du territoire.

Le repli

En réponse à la campagne anti-terroriste (plan Patriota) lancée en 2004, conjointement par le gouvernement colombien et les États-Unis, les FARC se dissimulent dans la montagne et dans la jungle, d'où elles multiplient leurs attaques. Si, en juin 2005, le gouvernement colombien libère une cinquantaine de guérilleros, la mort, dans des circonstances non élucidées, de 11 députés de l'assemblée départementale du Valle del Cauca, en 2007, détenus par les rebelles depuis avril 2002, contribue au blocage de la situation. Fin août 2007, le président Uribe accepte la médiation de son homologue vénézuélien, Hugo Chávez, visant à un accord humanitaire sur l'échange de 500 guérilleros emprisonnés contre 39 otages politiques. L'initiative est appuyée notamment par la France. Le 10 janvier 2008, la libération de C. Rojas et de Consuelo González est suivie par celle de quatre autres otages relâchés le 27 février puis, le 2 juillet, par celle de quinze otages dont Í. Betancourt, trois otages américains et onze militaires colombiens, lors de l'opération Jaque. Le 1er mars 2008, Raúl Reyes, numéro 2 des FARC, est tué lors d'un raid de l'armée colombienne contre un camp de la rébellion situé en Équateur. En mai, le décès de M. Marulanda est annoncé et Guillermo León Sáenz alias « Alfonso Cano », lui succède. Conforté par ces succès dans sa politique de fermeté, le président Uribe écarte dans un premier temps tout échange de prisonniers, exige la libération unilatérale de l’ensemble des militaires et policiers aux mains de la guérilla et, en mars 2010, ordonne la capture de Cano. Toutefois, alors que s’annonce la succession du chef de l’État après l’élection présidentielle fixée en mai, le projet d’accord humanitaire refait surface et avec la médiation de Piedad Córdoba, sénatrice de l’opposition du mouvement libéral « Pouvoir citoyen » et représentante du mouvement Colombiens et Colombiennes pour la paix (CCP), les FARC libèrent plusieurs de leurs otages, dont, le 30 mars, le sergent Pablo Emilio Moncayo, qui, après plus de douze années de captivité, était leur plus ancien prisonnier.