C'est à la fin de l'année 1972 que l'idée de faire d'Angoulême le lieu privilégié de la bande dessinée a germé dans l'esprit de quelques passionnés. Une exposition intitulée « Dix millions d'images » est alors organisée ; libraires, éditeurs, dessinateurs s'y retrouvent pour leur plus grand plaisir et le public suit avec un tel engouement que la municipalité décide, devant le succès populaire, de créer un salon spécialement dédié à la bande dessinée. La première édition du salon est inaugurée moins de deux ans plus tard. Hugo Pratt signe l'affiche, un homme de dos en noir et blanc. Le festival d'Angoulême est né, son développement dépassera les prévisions les plus folles.
Tandis que la bande dessinée vit une époque de mutation intense – les années 1970 voient la création de nombreuses revues spécialisées comme l'Écho des Savanes, Fluide Glacial, (À Suivre), Circus ou Métal hurlant –, le festival doit cependant faire face à une situation économique difficile. Sa pérennité passera par une politique ambitieuse : Angoulême ne sera pas seulement la ville de la bande dessinée durant quelques journées, elle le sera tout au long de l'année. C'est ainsi que, en 1982, est créée au sein de l'École Régionale des Beaux-Arts une section spécialisée : « L'Atelier-École de BD », atelier axé sur la formation.
En 1989, le festival fête ses quinze ans d'existence. Nombre d'auteurs célèbres y ont déjà été maîtres de cérémonie : Hergé, Eisner, Reiser, Moebius, Gotlib, Tardi, Bilal… À la fois événement culturel et manifestation grand public, le salon devient aussi le rendez-vous incontournable de toute la profession. En 1990, la création d'un « Marché international des droits », qui réunit des éditeurs venus des quatre coins de la planète pour négocier l'achat et la vente de droits d'utilisation des œuvres publiées ou en cours de production, fait d'Angoulême la capitale mondiale annuelle de la bande dessinée.
En 1996, la manifestation développe son action de promotion de la bande dessinée toute l'année en France ainsi qu'à l'étranger, notamment avec une exposition sur la bande dessinée européenne. Cette exposition, qui tourne aux États-Unis pendant plus d'un an, rejoindra le continent asiatique. En 1997, l'exposition « Sur les traces d'André Juillard », qui met en valeur le patrimoine de la ville, conduit les partenaires locaux à jouer le jeu : la ville se colore et vit au rythme du festival, ce qui a pour conséquence de développer le tourisme culturel. Car chaque année le nombre de visiteurs et de fans ne cesse d'augmenter.
À l'aube des années 2000, le festival amorce un changement : il s'ouvre davantage au jeune public et aux nouvelles technologies de l'image (multimédia, Internet). En 2001, il met le manga japonais à l'honneur et, prolongeant son action en faveur de la formation, crée le « Pavillon des Jeunes Talents », visant à informer le public sur les voies d'accès aux métiers de la bande dessinée et de l'image. La manifestation enregistre cette année-là un record de fréquentation.
L'édition 2003 reste dans les annales comme une édition historique. Tout d'abord François Schuiten et Benoît Peeters, les créateurs des Cités obscures, emmurent le théâtre de la ville de manière spectaculaire (avec la collaboration de Claude Renard et Frémok). Ensuite sont créées des « Rencontres internationales », lesquelles présentent de manière informelle la production d'un auteur en s'appuyant sur des supports multimédias. Le public peut ainsi découvrir une œuvre de l'intérieur et apprécier la part de créativité qu'exige un tel travail. Dave McKean, Katsuhiro Otomo, Art Spiegelman et Jirô Taniguchi se prêtent notamment à l'expérience.
En 2005, le festival est marqué par la présidence de Zep, dont le goût pour la fantaisie festive enthousiasme les milliers de visiteurs, ainsi que par deux innovations : la création des « Concerts de dessins », événement scénique et musical, et l'ouverture d'un espace permanent consacré aux bandes dessinées asiatiques, notamment japonaises et coréennes : l'Espace Manga – Manhwa. L'édition 2006 apporte aussi son lot de nouveauté puisque le festival produit pour la première fois un court métrage de fiction, « Entre quatre planches », réalisé par Les Requins Marteaux. Enfin, les éditions suivantes s'évertueront à mettre en valeur la dimension vivante et spectaculaire du neuvième art grâce à des ateliers spécifiques comme « Les 24h de la bande dessinée », les « Impro BD » ou encore les « Rencontres dessinées ».