Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Klee (Paul) (suite)

Klee avait espéré « ne jamais revoir la guerre », et le conflit mondial accéléra certainement sa fin. Dès 1946, sa célébrité était un fait acquis à l’échelle mondiale. Celui dont l’œuvre apparaissait à René Crevel comme « un musée complet du rêve » n’a peut-être pas entretenu avec les profondeurs oniriques la familiarité que cet enthousiasme supposerait. Mais sa prodigieuse fécondité, sa capacité de renouvellement, sa ductilité (qui lui a permis de prêter à l’extrême connaissance toutes les séductions de l’art naïf) lui ont valu une influence considérable. Il a joué, et il joue encore, dans la pédagogie esthétique du xxe s., un rôle essentiel.

Principaux écrits de Klee

• Tagebücher von Paul Klee, 1898-1918 (Cologne, 1957). Trad. fr. : Paul Klee. Journal (Grasset, 1959).

• « Schöpferische Konfession », dans Tribüne der Kunst und Zeit (Berlin, 1920). Trad. fr. : « Confession créatrice » dans l’Entremonde (Delpire, 1957).

• Über die moderne Kunst (Berne, 1945). Trad. fr. dans : Paul Klee par lui-même et par son fils Félix Klee (les Libraires associés, 1963).

• Das bildnerische Denken, texte des cours donnés au Bauhaus en 1921-22 (Bâle, 1956). Trad. fr. : la Pensée créatrice (Dessain et Tolra, 1973).

• Pädagogisches Skizzenbuch (Munich, 1925). Trad. fr. (extraits) dans le recueil : Paul Klee, théorie de l’art moderne (Gonthier, 1964).

G. L.

 W. Grohmann, Paul Klee, sa vie, son œuvre, son enseignement (Flinker, 1954). / J. Spiller, Paul Klee (Bâle et Stuttgart, 1956 ; trad. fr., Gérard, Verviers, 1964). / G. di San Lazzaro, Klee (Hazan, 1958). / N. Ponente, Klee (Skira, Genève, 1960). / C. Roy, Paul Klee aux sources de la peinture (Club français du livre, 1964). / J.-L. Ferrier, Paul Klee, les années 20 (Denoël, 1971). / C. Geelhaar, Paul Klee et le Bauhaus (Bibl. des Arts, 1972).

Klein (Melanie)

Psychanalyste d’origine autrichienne (Vienne 1882 - Londres 1960).


Dans le prolongement de l’œuvre de Freud*, Melanie Klein fait partie des novateurs qui ont profondément changé et approfondi la théorie psychanalytique : la meilleure preuve en est le climat de passion qui entoura et entoure encore sa vie et ses œuvres. Née à Vienne, elle mène une vie familiale et culturelle sans histoire jusqu’à sa rencontre avec la psychanalyse : elle se fait analyser à Budapest par S. Ferenczi et commence à travailler sous sa direction comme psychanalyste d’enfant : c’est sur ce terrain que ses innovations décisives vont provoquer des mutations irréversibles dans le champ analytique. Elle reprend une analyse, cette fois sous la direction de Karl Abraham, à Berlin, mais celui-ci meurt, comme étaient morts deux autres initiateurs de Melanie Klein : sa sœur, qui lui avait appris à lire et écrire ; son frère, qui l’avait initiée à l’art et à la culture. Elle s’installe alors à Londres (1926) : c’est là que vont se développer autour d’elle des polémiques violentes, axées sur l’opposition entre Anna Freud, la fille du maître, et elle. Des colloques, des disputes, des menaces d’exclusion parsèment sa vie professionnelle ; après sa mort, en 1960, se fonde un « Melanie Klein Trust », qui protège le destin théorique de celle que Jacques Lacan* appelle « une tripière de génie ».

Les changements apportés à la théorie analytique par les recherches de Melanie Klein dépendent d’abord de sa pratique ; analyste d’enfants, Melanie Klein dispose d’un matériel différent du matériel de la cure d’adulte : des jeux, des dessins, des déplacements dans l’espace, à la place d’un discours ordonné par la règle fondamentale de l’espace analytique de l’adulte. Mais, avec ce matériel, elle affirme découvrir la même réalité que celle de l’adulte formé. C’est donc dans un champ essentiellement fantasmatique que Melanie Klein se déplace et agit, soignant les inhibitions intellectuelles, les dyspraxies d’enfant. Melanie Klein effectue une description du monde fantasmatique de l’enfant : c’est là que se découvrent l’angoisse et le fonctionnement complexe d’une agressivité féroce qui vient annuler l’imagerie de l’enfance innocente, déjà entamée par l’énoncé freudien de la perversion polymorphe de l’enfant.

C’est ainsi que Melanie Klein en arrive à décrire la genèse du complexe d’Œdipe : elle le considère en effet non plus comme une structure matricielle donnée d’emblée, mais comme le résultat d’une longue évolution, qui se traduit dans les fantasmes inconscients d’enfant. De cette situation dépend le rôle fondamental de la mère dans le système de Melanie Klein : la mère, lieu de la toute première culture (nourriture, rapport au monde), mais aussi cause de toutes les séparations : naissance, puis sevrage. Le système de concepts de Melanie Klein fonctionne autour de la notion de clivage : entre le fantasme et le réel, entre la mère et l’enfant, entre bon objet et mauvais objet, entre agressivité et angoisse. Dans le Complexe d’Œdipe éclairé par les angoisses précoces (1945) se trouve le plus clairement exposé l’ensemble des mécanismes pré-œdipiens : « Mon expérience m’a conduite à penser que, dès le début de la vie, la libido est entremêlée d’agressivité génératrice d’angoisse ; celle-ci agit profondément et à tous les stades sur le développement de la libido. » Tel est le mécanisme originel : le support libidinal entraîne un couplage irréversible entre angoisse et agressivité. L’agressivité comme rapport au monde entraîne à son tour des équivalences entre les objets ; ils apparaissent simultanément comme bons et/ou mauvais, réglés par des « oscillations rapides entre buts et objets différents, auxquelles correspondent des oscillations dans la nature des défenses ». Ainsi, par exemple, John, décrit dans la Contribution à la théorie de l’inhibition intellectuelle (1931), trouve « tous pareils » le poulet, la glace, le verre et les crabes « parce qu’ils sont tous bruns, et cassés et morts » ; le seul trait commun entre tous ces objets équivalents réside dans l’agressivité de John, qui tue de la même façon « les crabes, mais aussi les poulets, qui signifiaient les bébés, la glace et le verre, qui représentaient la mère et s’en trouvaient salis et abîmés, ou tués eux aussi ». Il est clair que la situation de l’objet, indéterminé à l’origine, dépend de la position de l’enfant-sujet, en proie à un mécanisme d’oscillation implacable. Le prototype de cette relation d’ambivalence est la relation au sein maternel, premier objet du désir, mais aussi premier objet donné et retiré : « Satisfaction et frustration façonnent dès sa naissance la relation du petit enfant à un bon sein aimé et à un mauvais sein détesté [...] ; chaque objet peut donc être alternativement bon ou mauvais. » L’ensemble des dispositifs de la situation d’angoisse et d’agressivité a été désigné par Melanie Klein en 1946 comme position schizo-paranoïde ; là s’exprime la relation entre le clivage, donné par la position schizoïde et la séparation d’avec le réel, et l’agressivité, dirigée contre l’extérieur et contre l’intérieur et suscitant la persécution paranoïaque par les objets ou contre ceux-ci.