cybernétique

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la philosophie ».


Du grec kubernèsis, « action de manœuvrer un bateau », et au figuré « action de diriger, de gouverner ».

Épistémologie, Philosophie de l'Esprit, Sciences Cognitives

Nom donné dans les années 1940-1950 à un programme de recherche visant à développer une science de l'esprit, conçu comme un système autorégulé de traitement logique de l'information, transformant des informations d'entrée, des inputs, en informations de sortie, des outputs.

Le projet cybernétique de modélisation du fonctionnement de l'esprit qui se constitue en 1943 autour de N. Wiener(1), W. Mc. Culloch et W. Pitts(2), puis de J. von Neumann, s'inscrit dans une démarche résolument non mentaliste qui appréhende l'intelligence indépendamment de toute considération psychologique. La pensée est réduite à l'activité du cerveau assimilé à une machine. En 1957, H. von Foerster fonde la « seconde cybernétique » et initie la recherche de modèles de réseaux de neurones formels imitant grossièrement l'architecture neuronale et destinés à reproduire les capacités de perception de formes.

Le programme cybernétique a engendré un ensemble de disciplines aux méthodes et paradigmes très différents voire antagonistes, regroupées depuis les années 1980 sous l'égide des « sciences cognitives »(3). Dans la lignée de la première cybernétique, l'étude de mécanismes de contrôle subordonnés à la réalisation de tâches définies a priori vise la construction d'automates capables d'imiter certains comportements humains. Mais imitation ne signifie pas modélisation. L'extériorité du concepteur vis-à-vis de l'automate et le dualisme entre le mécanisme et sa finalité contredisent la définition purement matérialiste de la pensée. L'ambition du courant connexionniste, issu de la seconde cybernétique, est d'inscrire le télos dans l'immanence du système pour rendre compte de l'autonomie du vivant et du caractère auto-organisé de son activité(4). Le système observé devient alors observant et sa finalité apparaît comme le produit émergeant des processus de couplage qui le constituent et qui le relient à son environnement.

Pour leurs détracteurs, c'est la parenté des disciplines héritières de la cybernétique qui est remarquable, bien plus que leur divergence. Ils dénoncent la valeur épistémologique de leurs modèles de traitement de l'information, dits « computo-représentationnels », subordonnés à une perspective dualiste (sujet-objet) qui n'est pas celle du vivant. La relation d'interaction entre un système vivant et son environnement est productrice de sens, elle n'informe pas le système mais informe l'environnement.

Isabelle Peschard

Notes bibliographiques

  • 1 ↑ Wiener, N., Cybernetics or Control and Communication in the animal and the machine, MIT Press, Cambridge (Mass.), 2 éd., 1947.
  • 2 ↑ McCulloch, W., et Pitts, W., « A Logical Calculus of the Ideas Immanent in Nervous Activity », in Embodiment of Mind, MIT Press, éd. W. McCulloch, 1943.
  • 3 ↑ Dupuy, J.-P., Aux origines des sciences cognitives, La Découverte, Paris, 1994.
  • 4 ↑ Bechtel, W., Abrahamsen, A., le Connexionisme et l'esprit, La Découverte, Paris, 1993.
  • Voir aussi : Van de Vijer, G. (éd.), New Perspectives on Cybernetics, Self-Organisation, Autonomy and Connectionism, Kluwer Academie Publisher, Dordrecht, 1992.