Schwärmerei

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la philosophie ».


Substantif allemand dérivé de schwärmen, au sens propre « essaimer ».


La Schwärmerei fut un concept polémique fort usité dans les disputes qui opposaient les différentes confessions au temps de la Réforme. Luther taxait autant les théologiens que les laïcs d'exaltation lorsqu'ils s'écartaient de la thèse de la justification par la foi et qu'ils ne s'effrayaient pas d'accomplir sur le mode révolutionnaire leurs rêves visionnaires. Ceux qui « cherchent des révélations particulières, ou des visions, sont des incroyants qui méprisent Dieu », peut-on lire dans ses Tischreden(1).

Morale, Politique

Terme traduisible par « fanatisme », « enthousiasme », « exaltation » ou encore « ferveur ».

À la suite de Luther, Kant dénonça le fanatisme en général comme une entreprise de dépassement des limites de la raison humaine. Puisque les Idées sont de l'ordre du suprasensible, aucune connaissance légitime n'en était possible. Plus particulièrement, Kant rejetait le fanatisme moral, qui plaçait le mobile de l'action ailleurs que dans la loi. Car toute action qui n'était pas exécutée par pur respect pour le devoir, où résidait véritablement le sublime, ne pouvait prétendre à la moralité(2).

Marx accusera la bourgeoisie, devenue dominante, d'avoir noyé « dans l'eau glaciale du calcul égoïste » les frissons sacrés de la pieuse ferveur. La Schwärmerei trouvera en l'occasion une assignation historique déterminée(3).

Jean-François Goubet

Notes bibliographiques

  • 1 ↑ Luther, M., Propos de table, ch. XXVIII, « Les exaltés, schismatiques et sectaires », trad. L. Sauzin, Aubier, Paris, 1992, p. 264.
  • 2 ↑ Kant, E., Critique de la raison pratique, Académie royale des sciences de Prusse, Reimer, puis de Gruyter, Berlin, à partir de 1900, t. V, p. 85s.
  • 3 ↑ Marx, K., Manifeste du parti communiste, trad. M. Rubel et L. Evrard, in Œuvres, Économie, t. 1, Gallimard, Paris, 1994, p. 164.