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Jean-Marc Ayrault

Homme politique français (Maulévrier, Maine-et-Loire, 1950).

1. L’ascension : des Trente Glorieuses à la génération Mitterrand

Issu d’une modeste famille plutôt conservatrice du Choletais, Jean-Marc Ayrault mène avec sérieux et rigueur des études d’allemand et devient professeur de cette discipline dans un collège de Saint-Herblain, dans la banlieue de Nantes.

Militant du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne au lycée puis à l’université, il entre au PS au début des années 1970, dans la dynamique de la refondation de cette formation politique au temps du congrès d’Épinay. Il anime très vite la section locale du parti, est élu conseiller général de Loire-Atlantique en 1976, puis, l’année suivante, à la faveur de la poussée et du succès de la gauche, ravit la municipalité de Saint-Herblain, accèdant ainsi au statut de plus jeune maire d’une commune de 30 000 habitants et davantage.

Après avoir envisagé de se présenter aux législatives de 1978 et 1981, il entre dans l’Hémicycle en 1986 et, depuis 1988, est régulièrement réélu député de la troisième circonscription de Loire-Atlantique.

Son ascension politique reflète les mutations et le développement socio-économiques du Grand Ouest, ainsi que, corrélativement, l’essor du PS dans cette région de tradition démocrate-chrétienne et dans la France plus généralement.

2. Un grand baron socialiste : maire de Nantes et président du groupe PS à l’Assemblée

En 1989, J.-M. Ayrault brigue avec succès la mairie de Nantes, pour être par la suite confortablement confirmé dans son poste de premier édile (1995, 2001, 2008). Prolongeant et accentuant un programme de grands travaux ébauché par ses deux prédécesseurs PS et RPR immédiats, il accompagne et soutient le développement d’une agglomération en proie alors aux difficultés de la reconversion (chantiers navals notamment) : à ce titre, il réaménage le centre-ville dans le cadre d’ambitieux projets d’urbanisme, développe les transports publics à l’échelle de la métropole (extension du réseau de tramways), et s’emploie à ouvrir cette dernière aux investissements internationaux comme aux délocalisations parisiennes (arrivée du TGV, construction de la cité des Congrès, édification de l’espace technologique Atlanpole…).

Soucieux de valoriser la qualité de vie nantaise, il s’attache à en dynamiser la scène culturelle. Il promeut l’histoire et la mémoire de la ville et encourage la conception puis l’ouverture, en 2012, d’un Mémorial de l’abolition de l’esclavage, rappelant notamment le passé de traite négrière du port. Enfin, il fait prendre à la municipalité comme à la communauté urbaine qu’il réorganise et dirige à partir de 2002 une nette orientation verte et durable. Ainsi peut-il s’honorer d’avoir transformé Nantes, ville active mais jusque-là présentant les traits d’une « belle endormie », en pôle de croissance, d’attraction et d’innovation – et par là-même en vitrine d’un socialisme municipal susceptible d’être étendu à l’ensemble du pays… Et en fief électoral.

En même temps qu’il s’ancre dans le paysage local, J.-M. Ayrault devient une figure de l’appareil socialiste et de la vie politique nationale. Constamment et facilement réélu à l’Assemblée depuis 1986, il intègre le bureau politique du PS et se voit confier la présidence de son groupe parlementaire en 1997, quand, après la dissolution du Parlement, la gauche l’emporte aux législatives, que le premier secrétaire Lionel Jospin est nommé chef du gouvernement, et que ce dernier choisit François Hollande pour lui succèder à la tête du parti. Entre les trois hommes à l’itinéraire et aux sensibilités politiques parallèles (ils évoluent chacun plus ou moins au cours de leur carrière d’un positionnement marqué à gauche au réformisme de tendance social-démocrate) voire aux caractères similaires (d’apparence austère, adeptes du rassemblement), les liens de confiance se resserrent.

Maillon essentiel et efficace dans la mise en œuvre du programme électoral de la nouvelle majorité, J.-M. Ayrault reste à la tête des députés socialistes quand ceux-ci passent dans l’opposition, en 2002 puis à nouveau en 2007, à la suite des défaites aux élections présidentielles de L. Jospin et de Ségolène Royal qu’il a tous deux soutenus. Proche de F. Hollande, il appuie la démarche de ce dernier lors des primaires du PS de 2011 puis participe activement, en tant que conseiller spécial, à sa campagne victorieuse pour la conquête de la présidence de la République. C’est donc logiquement qu’à son entrée en fonction le 15 mai 2012, le nouvel élu choisit son comparse et fidèle allié comme Premier ministre.

3. Premier ministre de la présidence Hollande : affres et aléas d’une fonction par temps de crise

Le cabinet qu’il compose de concert avec le chef de l’État se veut à l’unisson de la présidence « normale », apaisée et « irréprochable » que F. Hollande entend incarner. Ouvert aux alliés écologistes et radicaux, J.-M. Ayrault affiche clairement une volonté de renouvellement en même temps qu’une stricte parité homme/femme. Mais pour conjurer toute accusation d’inexpérience, aux nouveaux entrants s’adjoignent d’anciens ministres, cependant que sont promus des poids lourds et responsables majeurs de courants du PS.

Les mesures initiales prises par le gouvernement (réduction du salaire et du train de vie des membres de l’exécutif, réaménagement de la réforme des retraites en fonction de la pénibilité du travail, de l’entrée dans la vie active ou des maternités, hausse de l'allocation rentrée pour les familles…) valent au Premier ministre, comme à l’équipe qu’il anime, des cotes de confiance appréciables. Elles permettent en outre au PS et à ses alliés d’obtenir une confortable majorité à l’Assemblée nationale lors des élections législatives de juin.

Reconduit et élargi, le gouvernement de J.-M. Ayrault s’attèle au redressement des comptes dégradés de l’État, s’engageant dans la voie de la rigueur (gel des dépenses et liquidation de l’héritage fiscal du précédent quinquennat ; hausse générale des impôts malgré la confirmation de l’abrogation du projet sarkozien de TVA sociale…). Ces orientations ne tardent toutefois pas à susciter des remous à gauche, jusqu’au sein d’un PS hésitant à s’arrimer aux impératifs d’austérité imposés par le traité budgétaire européen. Il n’empêche : J.-M. Ayrault parvient à faire voter ce dernier par l’Assemblée et à infléchir plus nettement son action en faveur d’une politique de l’offre (instauration d’une banque publique de l’investissement, adoption d’un plan de compétitivité, sur fond de restriction budgétaire supplémentaire) ; toutes choses qui alimentent un peu plus les aspirations à la fronde dans son camp.

L’atonie de la conjoncture et l’inexorable montée du chômage s’ajoutent à l’impression qu’il donne de peiner à maîtriser la parole des ténors du gouvernement, jetant le doute sur sa capacité à diriger l’équipe exécutive. Sa passe d’arme avec Arnaud Montebourg à propos de la nationalisation envisagée puis rejetée de l’aciérie Mittal de Florange en fin d’année comme sa volonté de faire aboutir coûte que coûte son projet de grand aéroport à Notre-Dame-des-Landes près de Nantes contre l’avis des écologistes et les doutes d’une partie de l’opinion alimentent les rumeurs d’autoritarisme et contribuent à nuire à son image, le plongeant bientôt, à l’instar du président et de son équipe, dans des abîmes d’impopularité. En outre, la discrétion dont il fait preuve est perçue comme de la distance, celle-là même que les Français, inquiets et désabusés, prêtent alors plus que jamais à une classe ou « caste » politique supposément coupée des réalités du terrain. Pas plus qu’il ne parvient à donner à court terme des réponses à la crise économique, il ne conjure le désenchantement démocratique qui gagne l’ensemble du pays.

C’est aussi que J.-M. Ayrault comme F. Hollande tablent sur les bénéfices à long terme des choix qu’ils ont faits et des orientations qu’ils ont prises. Si l’accord conclu entre la plupart des partenaires sociaux au sujet de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi apporte en janvier 2013 une pierre à leur édifice, la poursuite de la crise budgétaire européenne, l’opposition conséquente et véhémente au projet de mariage homosexuel et la démission fracassante en mars de Jérôme Cahuzac – le charismatique ministre du Budget, coupable d’avoir dissimulé un compte bancaire en Suisse – font vaciller l’exécutif. Cette suite de déboires ravive, au sein d’une majorité amoindrie par une série de cinglantes défaites lors de législatives partielles et jusqu’au sein d’un PS tétanisé par le désaveu des électeurs et l’envol du Front national, la demande déstabilisante d’une autre politique, ouvertement de relance, et l’appel à un second souffle pour le quinquennat.

Pourtant, après avoir conduit habilement en septembre une réforme des retraites qui suscite bien des mécontentements dans son camp, il impose un surcroît de rigueur et programme une baisse des dépenses de l’État inédite depuis 1958 – non sans essuyer la colère de « bonnets rouges » bretons hostiles à la mise en place d’une écotaxe, un sentiment plus général de ras-le-bol fiscal au sein du pays, et maintes critiques dans sa majorité, jusque dans l’équipe qu’il dirige. De plus en plus contesté, et incapable, face à la crise, d’honorer la promesse présidentielle d’inversion de la courbe du chômage, il sauve néanmoins son poste à l’automne et, s’il annonce une remise à plat du système des impôts vite enterrée, il se voit confier par le chef de l’État, au tout début de 2014, la mission de mener à bien un pacte de responsabilité destiné à alléger sensiblement les charges des entreprises.

L’ampleur de la défaite des édiles socialistes aux élections municipales de mars contraint F. Hollande à se séparer de J.-M. Ayrault et à le remplacer par Manuel Valls, à la tête du gouvernement resserré et renforcé, dont le premier ne cessait de plaider la cause pour mener les réformes, et dont est à présent le second. Retrouvant son banc à l’Hémicycle, celui qui est redevenu simple député de Nantes peut toutefois dorénavant envisager un avenir et un destin européens…

Pour en savoir plus, voir les articles France : vie politique depuis 1958, Ve République.