Claude Lefort

Philosophe français (Paris 1924-Paris 2010).

Biographie

Claude Lefort a suivi une carrière universitaire classique : professeur à l'université de Nancy, puis à celle de Caen, avant de devenir directeur d'études à l'École des hautes études.

En 1964, il fonde avec Cornelius Castoriadis le groupe Socialisme ou Barbarie, où s'amorce l'étude centrale des relations du totalitarisme et de la démocratie. Les textes publiés dans la revue qui porte le nom du groupe sont réunis dans Éléments d'une critique de la bureaucratie, 1971, et forment une partie de l'Invention démocratique (1981), qui reprend des essais de dates diverses : à l'ancienne classe dirigeante de l'URSS s'est substituée une bureaucratie sans que rien ne soit modifié dans les rapports sociaux, ni dans l'exploitation du prolétariat ; la situation est pire dans les pays dits communistes que dans les pays capitalistes où ceux qui luttent contre l'oppression, conservent une certaine marge de manœuvre. Ces articles rédigés dans le feu des batailles idéologiques, peuvent aujourd'hui sembler très théoriques, mais ils témoignent d'une réflexion ouverte au dialogue et en constante recherche conceptuelle. De nombreux courants de la gauche critique s'inspireront, au lendemain de Mai 68, de cette théorie originale et forte de la démocratie.

Claude Lefort fut un proche de Merleau-Ponty ; on lui doit l'édition d'écrits posthumes de ce dernier, auquel il a, en outre, consacré un ouvrage, Sur une colonne absente, 1978.

Un combat pour la démocratie

L'idée force de Claude Lefort, à savoir qu'une société se définit par le sort qu'elle fait à la tension et à la scission, le conduit à s'interroger sur l'œuvre de Machiavel en 1972 ; le philosophe s'applique à définir la nature des rapports entre le politique et l'idéologique. En consacrant un ouvrage à L'archipel du Goulag (Un homme en trop, 1976), il cherche moins à traiter le « cas Soljenitsyne » qu'à repérer comment un État totalitaire conduit son projet fantasmatique d'unification de la société.

Claude Lefort s'est séparé de Cornelius Castoriadis, en 1981, à propos de la réponse apportée par chacun quant à la forme à donner à la démocratie pour que le projet d'« autonomie », individuelle et sociale, qu'il assigne aux citoyens devienne réalité. Castoriadis soutenait que le parti avait été supplanté par l'armée en URSS ; toutefois la divergence la plus forte, et la plus durable, entre les deux hommes, concerne la nature de la démocratie moderne. Castoriadis oppose à Lefort la perspective « d'un régime véritablement démocratique… dans lequel je participe effectivement à l'instauration des lois sous lesquelles je vis », tandis que Lefort juge la démocratie inséparable de la représentativité et qu'il s'efforce d'appuyer sa réflexion sur les grandes œuvres de la philosophie politique.