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Albert Jacquard

Jeu d’enfant
Jeu d’enfant

Généticien et essayiste français (Lyon 1925-Paris 2013).

Scientifique et vulgarisateur reconnu , il s'est aussi distingué par la ferveur de ses engagements humanistes.

1. Un multi-diplômé au parcours atypique

Élève puis étudiant brillant, il entre en 1945 à l’École polytechnique, dont il sort (1948) ingénieur des Manufactures de l’État. Il intègre ensuite l’Institut de statistiques, dont il est diplômé en 1950. Il entre alors (1951) à la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita), comme ingénieur de méthode et d’organisation, puis secrétaire général adjoint. En 1962, il devient chargé de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), dont il obtient le diplôme en 1965. Il sera aussi rapporteur auprès de la Cour des comptes et directeur adjoint au service de l’équipement du ministère de la Santé publique.

À l’approche de la quarantaine, période charnière de sa vie, il décide de changer de voie et d’abandonner le haut fonctionnariat pour la recherche scientifique. En 1966, âgé de 41 ans, il obtient un certificat de génétique et part étudier la génétique aux États-Unis (université de Stanford), se spécialisant dans la génétique des populations. Rentré en France, il dirige le service de génétique de l’INED. À 45 et 47 ans, il enchaîne deux doctorats, l’un de génétique (1970), l’autre de biologie humaine (1972). À Partir de 1973, il devient enseignant-chercheur, en Belgique et à Paris. Parallèlement, de 1973 à 1985, il officie comme expert en génétique auprès de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). L’ensemble de ses travaux lui valent la reconnaissance de la communauté scientifique, et il recevra la titre de docteur Honoris causa de plusieurs universités. Il sera par ailleurs nommé officier de la Légion d’honneur et commandeur de l’Ordre national du mérite (1980).

2. Un humaniste militant

Albert Jacquard est aussi un écrivain prolifique. À côté de publications purement scientifiques (Structures génétiques des populations, 1970 ; Génétique des populations humaines, 1974), c’est aussi un vulgarisateur de talent (Moi et les autres, 1983 ; la Légende de la vie, 1992 ; les Hommes et leurs gènes, 1994), qui s’adresse aussi à la jeunesse (Deux sacrés grumeaux d’étoile, 1993 ; Moi, je viens d’où ? et C’est quoi l’intelligence, avec Marie-José Auderset, 1989).

Mais il s’est surtout fait connaître par ses combats humanistes. En premier lieu contre les préjugés raciaux et la notion même de race : « La leçon première de la génétique est que les individus, tous différents, ne peuvent être classés, évalués, ordonnés » (Éloge de la différence, 1978, sans doute son ouvrage le plus connu). Prônant non la tolérance mais « l’amour des différences », il écrit également Tous différents, tous pareils (1991).

À partir des années 1990, militant à gauche (J’accuse l’économie triomphante, 1996), d’affinités altermondialistes (il est partisan de la décroissance comme modèle économique), il s’engage pour l’égalité des droits et contre l’exclusion. Il participe notamment à la création de l’association Droits devant !! (1994), puis milite aux côtés de l’abbé Pierre pour le droit au logement – iI évoque son combat social dans le Souci des pauvres (1996).

Souhaitant pour l’avenir une société plus humaine, Albert Jacquard se prononce également contre le brevetage du vivant, pour l’abandon du nucléaire et le désarmement (Exigez ! Un désarmement nucléaire total, avec Stéphane Hessel, 2012), mais aussi pour l’officialisation de l’enseignement de l’espéranto, le développement du logiciel libre, et contre la notation à l’école. Dans Mon utopie (2006), il décrit sa société idéale : une société sans compétition entre les hommes, où seraient imprescriptibles le droit au soin et le droit au logement, et où « tout serait école ».