pénates
Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».
Divinités romaines protectrices de l'État (pénates publics), ou de la maison et de la famille (pénates privés).
« Pénate » viendrait de penus, qui désigne la partie intérieure de la maison, le tablinum, où les représentations des pénates, d'ivoire, d'argent et de terre cuite sont placées et où l'on entrepose également les vivres. Les pénates privés ont pour fonction de protéger la famille, de lui assurer sa survie, en lui portant bonheur et prospérité. Le paterfamilias est à même de choisir les dieux à honorer comme pénates ; en cas de déménagement, les pénates suivent la famille.
Les pénates publics, protecteurs de l'État, garants de l'immortalité de Rome, importés par Énée après la chute de Troie (peut-être ceux d'Apollon et de Poséidon bâtisseurs des murailles d'Ilion ?), sont installés dans la partie la plus reculée du temple de Vesta, après avoir été conservés à Lavinium et à Albe la Longue. Nul n'est autorisé à les voir, si bien que l'existence même du Palladion a été remise en question. (Pourtant Pline, qui n'est pas homme particulièrement superstitieux, affirme qu'un certain Metellus, en 241 av. J.-C., perd la vue dans un incendie pendant qu'il enlève le Palladion du temple de Vesta.)
Confondus avec les Lares, autres divinités du foyer, les pénates privés s'en différencient par leur origine italique (les Lares étant d'origine étrusque) et par leur mobilité : on emmène les pénates avec soi quand on quitte le foyer domestique. Cette confusion est d'autant plus grande que les pénates publics sont liés à un lieu précis. Au final, pénates et Lares désignent toutes les divinités honorées dans une maison.
Au cours de la fondation d'Albe la Longue par Ascagne, un grand prodige se produit. On a construit, pour les représentations des dieux qu'Énée a apportées de Troade puis établies à Lavinium, un temple doté d'une pièce d'accès interdit. Du temple de Lavinium, les statues sont transportées jusqu'à cet endroit. Le matin suivant, bien que les portes soient restées parfaitement closes et qu'aucune trace d'effraction ou de dommage ne soit visible, ni sur les portes, ni sur les toits, ni sur les murs, on constate que les effigies de bois se sont déplacées au cours de la nuit. Elles sont ensuite découvertes, posées sur leurs anciens socles. On les transporte de nouveau de Lavinium, avec des supplications et des sacrifices propitiatoires. Mais elles retournent au même endroit, de la même façon. Alors on s'interroge sur ce qu'il convient de faire, car on ne veut ni vivre séparé des dieux ancestraux, ni retourner habiter sur l'ancien site. Finalement, on décide de laisser demeurer en place les pénates et de faire partir d'Albe des gens qui, en nouveaux colons, se réinstalleront à Lavinium et s'occuperont des divinités. Six cents hommes déménagent ainsi avec leurs maisonnées, préposés de surcroît à la garde des objets sacrés.
