lectisterne
Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».
Banquet offert aux dieux présents en effigie.
Le lectisterne, probablement introduit par les Étrusques à Rome, de même que les Livres sibyllins, est une cérémonie religieuse d'origine grecque, au cours de laquelle un banquet solennel est offert aux dieux. Les images des divinités sont placées sur des coussins ; devant les trois lits (lecti), les tables sont chargées de nourriture et de boissons. À sa manière, le peuple participe au lectisterne, par un cortège de spectateurs et de suppliants. Le lectisterne, qui permet de se rapprocher des dieux, renforce aussi l'entente entre les habitants ; il est le moyen d'accéder à la pax deorum, la « paix des dieux ».
Voir aussi : Religion des Romains
Les lectisternes ont lieu, notamment, en période difficile (sécheresse, épidémie, etc.), mais ils sont aussi une manière pour les Romains d'exprimer aux divinités leur reconnaissance.
Le premier qui se soit tenu est destiné à enrayer une épidémie, dont on ne connaît ni la cause, ni le remède ; en d'autres termes, on ne constate aucun accroc à la pax deorum. Les Livres sibyllins sont alors consultés. Ce lectisterne a lieu en 399 av. J.-C. ; il dure huit jours ; les dieux sont groupés par deux : Diane et Hercule divinisé ; Mercure et Neptune ; Apollon et Latone ; mais la cérémonie a également la mission de gommer les différences sociales, puisque plébéiens et patriciens, réunis, honorent les dieux. Le peuple, de fait, laisse éclater sa joie. Les gens s'amusent et se réconcilient avec leurs ennemis de la veille. Nombre d'entre eux se rendent en procession sur le lieu du lectisterne et supplient les dieux afin qu'ils se montrent miséricordieux (supplicatio).
Le deuxième lectisterne est institué en 217, après la défaite de Trasimène lors de la deuxième guerre punique, et regroupe les douze divinités du panthéon.
Les Romains ont un autre mot pour désigner cette cérémonie religieuse : pulvinar (« coussin » ; au pluriel, pulvinaria). Les fêtes grecques équivalentes sont appelées « théoxénies ».
Si à l'origine le lectisterne est essentiellement religieux, il est indéniable que par la suite les politiques ont vu dans cette manifestation un moyen détourné d'apaiser le peuple, en procurant à ce dernier quelques distractions : ainsi, aux lectisternes suivants, se mêlent des jeux publics, les « jeux scéniques ».
Le premier lectisterne
Après un hiver rigoureux, l'intempérie du ciel et les brusques variations de l'atmosphère, ou toute autre cause, amenèrent un été pestilentiel et funeste à tous les êtres vivants. Comme on ne voyait ni motif ni terme à ce mal incurable, en conséquence d'un sénatus-consulte on eut recours aux Livres sibyllins. Les duumvirs, chargés des cérémonies sacrées, firent, pour la première fois, un lectisterne dans la ville de Rome ; et, pendant huit jours, pour apaiser Apollon, Latone et Diane, Hercule, Mercure et Neptune, trois lits demeurèrent dressés dans le plus magnifique appareil. Les particuliers célébrèrent aussi cette fête solennelle : dans toute la ville on laissa les portes ouvertes, et l'on mit à la portée de chacun l'usage commun de toutes choses : tous les étrangers, connus ou inconnus, étaient invités à l'hospitalité : on n'avait plus même pour ses ennemis que des paroles de douceur et de clémence ; on renonça aux querelles, aux procès ; on ôta aussi, durant ces jours, leurs chaînes aux prisonniers, et depuis on se fit scrupule de remettre aux fers ceux que les dieux avaient ainsi délivrés.
Tite-Live
