argées

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».

Les argées sont, à Rome, vingt-sept ou trente mannequins de jonc, représentations d'hommes ligotés aux pieds et aux mains, que, chaque année, le 14 mai, on jette dans le Tibre, depuis le plus vieux pont de Rome, le pont Sublicius, dont la construction remonte à Ancus Martius. Cette cérémonie, qui porte également le nom d'Argées, se déroule en présence des vestales, de la femme du flamen Dialis, des pontifes et des préteurs. Vingt-sept chapelles, distribuées dans les différents quartiers de la ville, sont nommées « argées » : le 17 mars, on les visite au cours d'une procession solennelle. La fête des Argées apparaît comme un complément à cette dernière cérémonie.

Hypothèses sur la signification de ce rite

Deux d'entre elles sont à relier aux premiers temps de Rome : à la venue des Grecs – que l'on appelle alors « Argiens » –, et à celle de l'Arcadien Évandre en Italie.

Quand les Grecs débarquent sur le sol italien, ils se heurtent à l'hostilité des indigènes : ces derniers sacrifient systématiquement les prisonniers. Mais Héraclès-Hercule, avec sa « double nationalité », protecteur des uns et objet d'admiration des autres, met un terme à cette coutume barbare, sans la renier pour autant : il suggère de substituer aux êtres vivants leurs simulacres. La fête des Argées est donc un substitut à la violence des Romains.

Évandre et les Arcadiens, établis en Italie, accueillent froidement les exilés Grecs, devenus leurs voisins et qui, en quelque sorte, empiètent sur leur « espace vital ». La cérémonie des Argées maintient vivace leur inimitié envers les Argiens, leur rappelle qu'ils sont des ennemis.

On a dit aussi que l'origine des Argées serait une grande famine qui aurait frappé Rome. Pour la faire cesser, on aurait offert un sacrifice humain, en 440 av. J.-C. ; un dicton aurait couru alors : « Les sexagénaires à bas du pont. »

Cette cérémonie serait une offrande en l'honneur du dieu-fleuve Tiberinus (pour qu'il continue à supporter le pont au-dessus de lui ?) ; on a également mis ce rituel en relation avec le toit (fait de jonc) des chapelles, qui, chaque année, est rénové ; en rappelant que les Vestales se débarrassent, en les jetant dans le Tibre, de toutes les saletés accumulées dans le temple de Vesta.