Télésilla
Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».
Poétesse argienne, qui défend sa cité lors de la bataille de Sépéia en 494 av. J.-C.
Née dans une maison d'illustre renom, Télésilla n'en est pas moins d'une nature maladive. Elle interroge l'oracle de Delphes sur la manière de retrouver quelque force. Apollon lui répond de se mettre aux services des Muses. Aussi Télésilla se consacre-t-elle à la poésie lyrique et à la musique. Son talent est si grand qu'elle ne tarde pas à devenir un objet d'admiration, notamment de la part des femmes.
Lors de l'affrontement avec les Spartiates de Cléomène Ier, les Argiens subissent une sévère défaite. Nombreux sont les morts durant le combat. Les rescapés se réfugient dans un bois sacré d'Argos où, pensent-ils, ils seront à l'abri. Mais les soldats de Cléomène mettent le feu aux broussailles et les Argiens périssent dans l'incendie. Plus rien n'empêche Cléomène de donner l'assaut contre la cité, vide d'hommes. Télésilla fait alors monter sur les remparts tous les esclaves, et tous ceux qui ont été considérés trop jeunes ou trop vieux pour prendre part au premier affrontement. Elle exhorte les jeunes femmes à récupérer les armes laissées dans les maisons et celles qu'elles trouveront dans les temples. Puis la jeune poétesse poste ses guerrières aux endroits stratégiques de la ville, là où elle sait que Cléomène attaquera. L'affrontement a lieu et les femmes commencent à se battre avec la meilleure vigueur, encouragées par leur propre faiblesse. Mais bientôt les Spartiates modèrent leur ardeur : tout guerriers qu'ils sont, ils ne peuvent se résoudre à tuer des femmes, fussent-elles leurs ennemies ; leur honneur les en empêche. Et si par malheur ils sont vaincus, alors la honte viendra s'ajouter à la défaite. Aussi Cléomène ordonne-t-il à ses hommes de cesser le combat et de se retirer.
Télésilla, pour ce haut fait, est honorée par les Argiens comme il se doit. Elle est représentée sur une colonne, en face du temple d'Aphrodite ; des livres sont épars à ses pieds, mais ses regards tombent sur son casque qu'elle tient dans une main et dont, semble-t-il, elle s'apprête à se coiffer. Une fête la célèbre, où hommes et femmes échangent leurs vêtements.
Variante
Lors de l'attaque, guidées par Télésilla, les femmes saisissent des armes, se campent sur les créneaux, et forment une ceinture de défense autour des remparts, à la grande stupéfaction des ennemis. Cléomène est repoussé, après avoir vu succomber un grand nombre des siens ; et Démarate, l'autre roi, qui a pénétré dans l'intérieur et occupé le quartier dit Pamphyliaque, est chassé par elles de cette position. La ville est ainsi sauvée. Les femmes qui ont péri sont ensevelies dans la voie Argienne, et à celles qui ont survécu, on accorde le privilège d'élever, comme monument à leur valeur, une statue au dieu Arès. Pour réparer les vides laissés par le massacre que fit Cléomène des hommes, on marie les femmes aux citoyens les plus distingués des villes voisines. Et encore, il semble que les femmes tiennent en médiocre estime leurs époux, et ne les acceptent dans leur lit qu'avec dédain ; de telle sorte qu'une loi autorise, à cette occasion, les nouvelles mariées à se mettre une barbe au menton quand elles couchent avec leur mari. Quand revient l'anniversaire de cette bataille, on célèbre les « Injurieuses ». C'est une fête au cours de laquelle on revêt les femmes de la tunique et de la chlamyde masculines, et les hommes, du péplos et du voile.
Voir aussi : Erginos (Variante 2)
