Polycrité
Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».
Héroïne naxienne.
Polycrité, sœur de Polyclès qui est le chef des Naxiens, est une jeune desservante d'Apollon ; le temple s'élève à quelque distance de la cité même de Naxos, alors assiégée par les Milésiens et leurs alliés. Afin d'interdire aux habitants toute possibilité de fuite, ils ont édifié, autour de la ville, une fortification, derrière laquelle ils font le siège.
Polycrité, par sa beauté, séduit Diognétos, le chef des Érythréens alliés des Milésiens. Diognétos ne tarde pas à lui envoyer des messages : il serait en effet impie de prendre de force une des servantes du temple d'Apollon. Au début, Polycrité ne prête guère attention aux égards de Diognétos, ennemi de sa patrie ; mais, comme il insiste, par des messages toujours plus nombreux, elle lui fait savoir qu'elle ne se laissera pas tenter tant qu'elle n'aura pas eu l'engagement qu'il fera ce qu'elle voudra. Diognétos, ne soupçonnant aucune tromperie, jure par Artémis qu'il la comblera dans tous ses désirs. Polycrité commence alors à l'entretenir de cette fortification que les Milésiens ont élevée autour de sa cité, du siège qu'ils font ; elle supplie Diognétos de prendre en pitié sa situation et les malheurs de Naxos. À ces mots, Diognétos entre dans une colère terrible, dégaine son épée et s'apprête à tuer la jeune vierge. Mais soudain il s'aperçoit combien elle est sincère et, surtout, combien il est amoureux d'elle. Sur le moment, il reste indécis, ne sachant que faire. Le lendemain, il lui garantit son concours. Trois jours plus tard, les Milésiens célèbrent les Thargélies, en l'honneur d'Apollon et d'Artémis, au cours desquelles le vin le meilleur coule à flots. C'est aussi le moment que choisit Diognétos pour trahir ses alliés Milésiens. Polycrité, entre-temps, a fait parvenir dans la cité, dissimulé dans un gâteau, un message destiné à son frère : que les Naxiens se tiennent prêts, cette nuit même ils pourront donner l'assaut à leurs ennemis ; qu'ils guettent le signal lumineux. Après bien des hésitations, car il se demande si ce n'est pas là un piège qu'on lui tend, Polyclès décide finalement d'ajouter foi au message. La nuit même donc, les Naxiens franchissent les fortifications, ouvertes grâce à Diognétos et massacrent les Milésiens encore étourdis de leurs festivités. Dans l'obscurité, Diognétos, qu'on ne reconnaît pas, est tué. Au matin, après la victoire, les Naxiens honorent Polycrité comme une héroïne : ils la couvrent de tant et tant de cadeaux qu'elle en meurt, étouffée. Les habitants l'enterrent aux frais de la cité, après lui avoir consacré une hécatombe de brebis. On dit que les Naxiens ont rendu les mêmes honneurs à Diognétos.
