Ostracisme

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».

Bannissement soumis au vote.

L'ostracisme, qui appartient au droit public athénien, entre en vigueur au ve siècle av. J.-C. Il s'agit d'une sorte de sentence de bannissement pour une durée de dix ans, prononcée à l'encontre d'un citoyen (en général important) dont on estime qu'il représente un danger pour la démocratie. La victime a dix jours pour quitter la cité. Ce n'est pas une peine infamante : les biens de l'ostracisé ne sont pas confisqués et, peut-être paradoxalement, en exilant un personnage, on reconnaît sa puissance et son autorité ; à son retour, éventuellement avant la période de dix années s'il a bénéficié d'une amnistie, le banni retrouve ses biens et ses droits.

Avec le temps, la démocratie étant parfaitement établie, l'ostracisme devient un moyen facile de se débarrasser d'un citoyen gênant. Le vote d'ostracisme a lieu chaque année, par l'assemblée du peuple, en présence des archontes et de la Boulé. À la date fixée, l'agora est ceinte d'une barrière dans laquelle dix portes, une par tribu, sont aménagées. Les citoyens sont invités à venir déposer dans l'urne de leurs tribus respectives le jeton (ostrakon) sur lequel chacun a gravé le nom du personnage devant être banni. Ce jeton de terre cuite est placé à l'envers afin que le secret soit préservé. Pour que le vote soit valide, il fallait le suffrage de 6 000 votants au moins (quorum), mais il faut peut-être comprendre que 6 000 jetons doivent désigner le même citoyen pour qu'il soit frappé d'ostracisme. Quoi qu'il en soit, quand ce nombre n'est pas atteint, les choses demeurent en l'état.

C'est en 487 av. J.-C. que l'ostracisme est voté la première fois, contre Hipparque, fils de Charmos et proche du tyran Hippias ; en 486, Mégaclès, fils d'Hippocratès, de la famille des Alcméonides, est ostracisé à son tour. Les trois années suivantes, on bannit les seuls amis des tyrans ; la quatrième année, on commence à exiler tout citoyen des autres partis, qui paraît trop puissant. Il s'agit de protéger la démocratie contre la tyrannie. Plus tard, on rappelle les exilés et on établit que ceux qui seront frappés d'ostracisme résideront entre le promontoire Géreste et le cap Scyllæon, sous peine d'être déchus définitivement de leurs droits politiques.

Parmi les autres personnages ayant subi l'ostracisme, on compte Xanthippe, Aristide, Thémistocle, Cimon, Thucydide, l'homme politique fils de Mélésias. Hyperbolos est le dernier à être ostracisé, en 416, non parce qu'il serait dangereusement puissant, mais en raison de sa méchanceté et de son infamie.

Cette institution n'est pas propre à Athènes. Elle est également en vigueur à Argos, à Milet, et à Syracuse où elle prend le nom de « pétalisme », du nom de la feuille d'olivier sur laquelle on inscrit le nom de l'éventuel ostracisé. Cependant, les Syracusains abolissent cette institution assez vite car ceux qui, par leur crédit ou leur vertu, sont les plus capables de servir la patrie, s'éloignent des affaires publiques et mènent une vie retirée ; ne songeant qu'à faire valoir leurs biens, ils se laissent aller à la mollesse et à la volupté. Parallèlement, les citoyens les plus vils, les plus arrogants se mêlent au gouvernement et provoquent des émeutes parmi la population, divisant ainsi les partis. La licence et la violence s'installent. Ce dérèglement général amène donc les Syracusains à abroger le pétalisme.

Variante

Aristote attribue l'institution de l'ostracisme à Clisthène (508-507 av. J.-C.) – qui, dit-on, en a été la première victime –, mais, semble-t-il, Solon en avait le projet.