Coupe du monde de football : 1990

La xive Coupe du monde de football a eu lieu en Italie en 1990.

La quatorzième Coupe du monde, disputée en Italie, ne restera pas gravée dans les mémoires. Tous les ingrédients étaient pourtant réunis pour que le Mondiale soit le théâtre de la fête du football : des stades flambants neufs, magnifiques écrins à la disposition d'un public coloré et connaisseur, un service d'ordre paré à toute éventualité, un corps arbitral dûment chapitré... et surtout une belle brochette de stars du ballon rond prêtes à en découdre. À l'arrivée, le spectacle offert n'a pas répondu, loin s'en faut, à ce bel arsenal de promesses. Les raisons de cette faillite relative, elles tiennent dans une formule sans ambages : l'enjeu tue le jeu. Les différentes formations deviennent ainsi calculatrices à tout prix, plus soucieuses d'anihiler les velléités offensives de l'adversaire que de se livrer sans arrière-pensées (115 buts seulement ont été marqués). L'observateur subit dès lors les doubles, voire les triples réseaux défensifs où un libéro et deux stoppeurs sont la clef de voûte d'un 5-3-2 (parfois même 5-4-1) qui fait la part belle aux apôtres de la rigueur. À ce petit jeu, il était écrit que le trophée reviendrait à l'équipe la plus apte à satisfaire aux exigences de ladite rigueur : condition physique irréprochable, maîtrise des schémas tactiques, art consommé de la contre-attaque... Aussi l'Allemagne de l'Ouest s'est-elle logiquement imposée, Beckenbauer disposant de son propre aveu du meilleur groupe qu'il ait jamais eu à sa disposition. On pourra regretter que sa victoire en finale contre l'Argentine le fût à l'issue d'un non-match émaillé d'incidents d'arbitrage, mais les coéquipiers de Diego Maradona ne méritaient pas de l'emporter tant leur parcours fut laborieux. Finalement, les seuls éclairs émanèrent des prétendues petites équipes qui ont fait mieux que se défendre, à l'instar d'un Cameroun, glorieux porte-drapeau du continent africain. Le football moderne est entré dans une nouvelle ère, celle où les individualités s'effacent au détriment de collectifs bien huilés et sans imagination.

Le bilan des 24 équipes

Angleterre

Depuis le drame du Heysel en, 1985, les occasions sont rares pour les footballeurs anglais de s'exprimer au plan international. C'est dire que ce Mondiale constituait une chance qu'ils ont su saisir, obtenant une méritoire quatrième place. Aux origines de ce bon parcours, on trouve des individualités de tempérament (David Platt, Paul Gascoigne, Chris Waddle), un important volume physique, un Peter Shilton bon pied, bon œil à 40 ans sonnés et... une bonne dose de réussite... Qu'en pensent les Lions indomptables, victimes de ces Britanniques retrouvés ?

Argentine

Vainqueurs de la République fédérale d'Allemagne en 1986, au Mexique, les Argentins se sont cette fois inclinés en finale devant ces mêmes Allemands à la suite d'un penalty litigieux, concédé à quelques minutes de la fin du temps réglementaire. Personne ne s'en plaindra, car la sélection de Carlos Bilardo, brutale et trop défensive, a bénéficié d'une chance inouïe pour arriver en finale, perdant même son match d'ouverture contre le Cameroun sur un magistral coup de tête du Rennais François Oman Biyik. Objet d'un marquage serré et en forme physique plus que moyenne, Diego Maradona, grâce à des ouvertures millimétrées, réussira néanmoins à mettre en valeur les qualités de son ailier vif-argent Claudio Caniggia. Un éclair au sein d'une formation sans âme.

Autriche

Les Autrichiens n'ont pas confirmé les bonnes dispositions qu'ils avaient affichées lors des matchs amicaux précédant la compétition. C'est un jeu dénué de toute imagination qu'ils ont développé au cours de ce Mondiale, ne parvenant finalement qu'à battre la modeste équipe des États-Unis. Un déclin qui annonçait leur défaite historique concédée cet automne face aux îles Féroé (0-1) et à leur pittoresque gardien de but coiffé d'un bonnet en laine. Dans le jargon footballistique, c'est ce qui s'appelle prendre une casquette.

Belgique

Les grands malchanceux de la compétition. Sous la houlette du toujours sémillant Guy Thys, la Belgique a pratiqué un football léché et des plus limpides. Quant à son meneur de jeu, l'Auxerrois Enzo Scifo, il a éclaboussé la compétition de sa classe, justifiant la confiance de Guy Roux, qui lui a permis de renaître en Bourgogne.

Brésil

Le Brésil a disparu prématurément et ce n'est plus un accident. Larazoni a misé sur les mercenaires européens, pourquoi pas, mais, plus grave, son équipe a épousé les principes du Vieux Continent en abandonnant les vertus du jeu à la brésilienne. Les « vert et or » auront certes gagné en rigueur, mais beaucoup perdu en créativité. Bien qu'injuste, leur élimination en huitièmes de finale contre leurs voisins argentins, outrageusement dominés pendant les 90 minutes de la rencontre, ne fera pas pleurer dans les chaumières comme en 1986 au Mexique.

Cameroun

Qui aurait osé parier un seul centime sur la présence des valeureux Lions indomptables en quarts de finale ? Hâtivement préparés par un Soviétique inconnu, en proie à de multiples tracasseries internes, les Camerounais sont parvenus à l'union sacrée pour étonner la planète foot. Impressionnants de vélocité et de puissance, rigoureux derrière, généreux devant, ils ont terrassé successivement Argentins, Roumains et Colombiens avant de céder pendant les prolongations contre l'Angleterre, à l'issue d'un match mémorable. En lieu et place de leurs foucades habituelles, les Camerounais ont substitué un jeu cohérent, une parfaite maîtrise et la « révélation » même tardive d'individualités. L'avant-centre Roger Milla restera le symbole de cette épopée, extraordinaire joker dont l'entrée régulière en fin de rencontre était synonyme de but marqué et de victoire. Quant aux rues de Yaoundé, elles ont vu déferler un peuple tout à la joie des triomphes de son équipe.

Colombie

Faisant fi du climat empoisonné qui avait accompagné leur préparation, les Colombiens ont abandonné leur légendaire nonchalance pour présenter un groupe opiniâtre au sein duquel le Montpelliérain Carlos Valderrama a parfaitement rempli son rôle de maître à jouer. Et Higuita, le facétieux gardien volant, a régalé le public, mais pas ses coéquipiers, en étant le complice bien involontaire des Camerounais en huitièmes.

Corée du Sud

L'évocation du parcours sud-coréen suscite un sentiment mitigé. Jamais ridicules, fins techniciens, il n'a manqué aux Asiatiques qu'un peu de réussite pour accrocher leurs adversaires. Mais les Coréens ne sont plus des néophytes de l'épreuve. Aussi était-on en droit d'attendre de leur part une plus grande maturité et de meilleurs schémas tactiques.

Costa Rica

L'entraîneur yougoslave Bora Milutinovic est bien le sorcier annoncé. Auteur d'un excellent parcours à la tête du Mexique en 1986, il a récidivé avec le Costa Rica, lui insufflant enthousiasme et joie déjouer. À l'image de son portier Conejo « Lapin agile », d'une souplesse étonnante, les Costariciens furent la bouffée d'oxygène et la révélation d'un Mondiale calculateur par excès.

Écosse

Il est écrit que les Écossais ne franchiront jamais le premier tour d'une Coupe du monde, avivant du même coup les regrets de l'équipe de France, tant leur prestation fut triste. Un engagement de tous les instants ne rime à rien quand il est au service d'une formation en panne d'imagination. La sélection écossaise accumule les poncifs du football britannique sous son plus sombre aspect : laborieux, ennuyeux et rugueux.

Égypte

Il n'y a plus de petites équipes. La formation égyptienne a confirmé l'adage au terme d'un Mondiale de bonne facture. Magistralement organisée défensivement, seul un manque d'audace offensive l'aura empêchée de franchir le premier tour. Quant au portier Ahmad Shoubeir, il s'inscrit dans la lignée des grands gardiens africains, aux sorties aussi spectaculaires qu'efficaces.

Eire

Le « fighting spirit » irlandais a encore de beaux jours devant lui. C'est en soumettant ses adversaires à une pression physique permanente que l'Eire a réussi à se qualifier pour les quarts de finale sans gagner une seule rencontre (4 nuls). Devant elle, son rival déjoue, ne sait pas comment contrecarrer ce « kick and run » forcené, qui lui donne le tournis. Un jeu simple mais efficace.

Émirats Arabes Unis

Rangés au rôle de faire-valoir, les Émirats Arabes Unis ont été incapables de dépasser cette fonction. Sans doute leur inexpérience en matière de joutes internationales suffit-elle à expliquer une faible culture tactique et des lacunes d'ordre physique. Il n'empêche qu'on espérait un visage un peu plus enthousiaste de la part d'une formation pourtant dirigée par un Brésilien, et non des moindres, Carlos Alberto.

Espagne

La sélection espagnole a soufflé le chaud et le froid : le chaud avec quelques beaux joueurs susceptibles d'éclairer le jeu à tout moment (José Michel, Emilio Butragueno) et la possession d'un art indéniable de la contre-attaque ; le froid avec de fréquentes brutalités et l'incapacité surtout à maintenir une emprise sur le match. Les protégés de Suarez ne progressent plus, au sein d'une formation qui ronronne son football.

États-Unis

L'irruption des États-Unis sur la scène internationale éveillait la curiosité. Après leurs trois défaites, il est clair que les jeunes Américains sont encore loin d'avoir le niveau suffisant, s'ils entendent jouer un rôle plus intéressant lors de la prochaine Coupe du monde, qu'ils organiseront.

Italie

Sur leur sol, les Transalpins ont échoué dans la conquête d'un quatrième titre mondial. Leur défaite en demi-finale face aux Argentins aura plongé tout un peuple dans l'affliction en même temps qu'elle a ruiné les espoirs d'un groupe pourtant bien préparé. En effet, si les hommes de Vicini devaient se montrer contractés par l'importance de l'enjeu pendant le premier tour, on retrouvait dès les huitièmes une équipe sûre de son fait, à la remarquable assise défensive et surtout magistralement emmenée par le duo d'attaque « chic et choc » Baggio-Schillaci. Ce dernier, Sicilien bon teint aux allures de bagnard en cavale, aura fait rêver l'Italie entière, terminant meilleur buteur avec 6 réalisations. En définitive, seule une coupable hésitation de son gardien Zenga, jusque-là irréprochable, aura coûté une issue plus glorieuse à une formation qui méritait peut-être mieux que la troisième place.

Pays-Bas

Où était passée la formidable armada orange, celle qui avait déferlé lors de l'Euro 1988 ? Certes, Ruud Gullit était encore convalescent, Rijkaard, Van Basten et autres Koeman sous le poids d'une saison harassante, mais cela n'explique pas tout... Les Néerlandais ont développé un jeu stéréotypé, n'espérant leur salut qu'en la personne de stars sur les rotules et par trop capricieuses. Leo Beenhakker, promu entraîneur quelques semaines auparavant, n'a pas rempli son contrat... à l'image de sa sélection.

République fédérale d'Allemagne

Disposant de la meilleure équipe allemande depuis longtemps, mélange d'artistes et de joueurs de devoir, alliant solidarité et complémentarité, Franz Beckenbauer a su parfaitement gérer son groupe, assumer son rôle de favori. Dans cette tâche, il fut bien aidé par le trio « italien de l'Inter de Milan », Brehme, Matthaüs, Klinsmann. Un gage de sécurité, une assurance tout risque. Une vedette dans chaque ligne qui stabilise et rassure l'ensemble. Davantage que la prestation fournie devant l'Argentine, c'est l'ensemble d'une œuvre qui se trouve aujourd'hui consacré et lui vaut de rejoindre le Brésil et l'Italie sur le podium des triples champions du monde.

Roumanie

Les Roumains possèdent d'excellentes individualités, qui font désormais les beaux jours des clubs européens, mais celles-ci éprouvent du mal à se fondre dans un collectif hésitant quant à la tactique à adopter. Et puis, toujours cette absence relative d'enthousiasme qui est bien le dénominateur commun aux équipes de l'Est.

Suède

Incapables de prendre le moindre point en trois rencontres, perdant à chaque fois par la plus petite des marges (2-1), les Suédois n'ont convaincu personne. Cette faillite, autant individuelle que collective, a cerné les limites d'un football scandinave qui s'exporte mal malgré l'apport de ses vedettes évoluant dans les meilleurs clubs étrangers.

Tchécoslovaquie

On attendait une équipe lourde et empruntée, on aura découvert une sélection rigoureuse et entreprenante à l'image de son athlétique gardien Jan Stejskal et de son avant-centre Tomas Skuhravy au remarquable jeu de tête. Au terme d'un parcours sans faute, mais sans éclat, la Tchécoslovaquie ne succombera qu'en quarts de finale face aux Allemands, confirmant le renouveau de son football.

URSS

La sélection soviétique vieillit et vieillit plutôt mal. Renvoyés dans leurs foyers dès le premier tour, les Russes pourront certes invoquer un arbitrage défavorable, mais ils n'ont plus rien du rouleau compresseur de 1986. Aux sources de cette défaillance, une lassitude autant morale que physique ; l'osmose entre la sélection et le Dynamo Kiev finit par être préjudiciable au groupe.

Uruguay

La Céleste a paru transformée. Rugueuse à l'extrême en 1986, les coéquipiers de Enzo Francescoli ont cette fois misé sur leurs qualités typiquement sud-américaines, vivacité et sens du spectacle. Beaucoup de bonnes intentions certes, mais des espérances déçues. Un véritable stratège et surtout un buteur digne de ce nom faisaient en effet défaut à une équipe réconciliée avec les amateurs de football.

Yougoslavie

Minés par des querelles internes, cueillis à froid d'entrée par la République fédérale d'Allemagne (1-4), les Yougoslaves ont su pourtant se ressaisir à temps pour accéder aux quarts de finale où, réduits à dix à la suite de l'expulsion de leur milieu de terrain Sabanadzovic, ils seront sortis par les Argentins aux tirs au but. L'occasion pour eux de démontrer qu'ils n'étaient pas seulement une addition de solistes pétris de classe, mais aussi un collectif de premier ordre placé sous la baguette magique du néo-Marseillais Dragan Stojkovic. (→ football.)