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vampire

Vampire
Vampire

Cette chauve-souris d'Amérique latine, à l'origine mystérieuse, si prompte à grimper furtivement sur les mammifères endormis pour leur sucer le sang, est pour les hommes une figure de cauchemar. Mais, pour ses congénères, c'est un être doté d'une extrême sociabilité, capable de partager sa nourriture.

Introduction

Les chauves-souris vampires ont d'abord été classées dans une famille particulière appelée vampiridés, puis desmodontidés. La singularité de leur régime alimentaire, hématophage, justifiait, aux yeux des taxinomistes, la création d'une famille à part entière. De nos jours, celle-ci a été supprimée, les vampires ayant été intégrés dans la grande famille des phyllostomidés (au sein de laquelle ils forment la sous-famille des desmodontinés), dont font aussi partie de nombreuses autres espèces de chiroptères, aux régimes alimentaires variés (frugivores, nectarivores, insectivores, carnivores).

Les phyllostomidés auraient évolué en Amérique du Sud à partir de formes primitives insectivores telles qu'Icaronycteris, qui fait partie des plus anciens fossiles connus de chauves-souris : il date du début de l'éocène (au tertiaire), il y a environ 52 millions d'années. Mais on connaît mal l'origine des vampires au sein des phyllostomidés. Tous les fossiles retrouvés, plutôt récents, datent du quaternaire (pléistocène et holocène).

Outre les espèces actuelles, on en a découvert trois autres, aujourd'hui disparues : Desmodus archaeodaptes, de Floride, Desmodus stocki, des États-Unis et du Mexique, et, enfin, Desmodus draculae (dont le nom s'inspire du héros de l'écrivain Bram Stoker, Dracula), un vampire de grande taille découvert au Venezuela, et présent également au Brésil, et qui existait peut-être encore assez récemment. La rareté des fossiles a obligé les chercheurs à reconstituer l'évolution des phyllostomidés à partir de données empruntées à la fois à la morphologie, l'immunologie, la biochimie, l'étude des chromosomes, etc. Selon ces données, il a été avancé que les vampires proviennent d'un rameau de la lignée de chauves-souris omnivores dotées, aujourd'hui encore, de certains caractères primitifs, et rassemblées dans le genre Macrotus. Alors que les vampires actuels vivent en Amérique latine, on a trouvé aux États-Unis, dans des terrains du pléistocène vieux de quelques dizaines de milliers d'années, des fossiles de deux, voire de trois espèces de vampires. L'extinction de certains groupes de grands mammifères, leurs proies, et la rigueur des hivers à la fin du pléistocène, incompatible avec leur métabolisme, ont sans doute entraîné la disparition de ces vampires nord-américains.

Il existe trois espèces de vampires actuelles, cantonnées à l'Amérique du Sud et à l'Amérique centrale : le vampire commun, Desmodus rotundus, le vampire à ailes blanches, Diaemus youngi, et le vampire à pattes velues, Diphylla ecaudata.

La vie du vampire

Des lieux obscurs abritent des colonies nombreuses

Lorsqu'il n'est pas en quête de nourriture, le vampire gîte dans des lieux obscurs, cavités souterraines, arbres creux ou arches des ponts. Animal sociable, il est rarement isolé, et vit en colonies constituées de 20 à 100 individus le plus souvent, mais certaines grottes abritent jusqu'à 5 000 vampires en même temps ! Des études menées au Costa Rica sur la vie sociale de vampires s'abritant durant la journée dans des troncs d'arbres creux, les mâles se rencontrent soit en essaims de « célibataires », dans des arbres que les femelles ne fréquentent pas, soit individuellement, dans des gîtes mixtes où chacun d'eux défend âprement un petit territoire et où une hiérarchie s'établit. Le mâle dominant occupe le haut de la cavité, là où les femelles ont l'habitude de se rassembler, et les subordonnés s'installent au-dessous. Les femelles, elles, constituent de petits groupes de 8 à 12 adultes accompagnés de leurs jeunes. La composition de ces groupes varie selon les jours, mais certaines femelles peuvent constituer des noyaux stables pendant plusieurs années. Contrairement aux mâles, qui sont inféodés à leurs territoires, les femelles changent périodiquement de gîte et rencontrent ainsi de nouveaux mâles avec lesquels elles s'accouplent.

Des naissances toute l'année

Mâles et femelles sont sexuellement actifs tout au long de l'année, sans période de reproduction déterminée. Lorsque des femelles et plusieurs mâles territoriaux occupent le même abri, c'est le mâle dominant qui assure la plupart des accouplements.

La gestation dure sept mois, à l'issue desquels la femelle donne le jour à un nouveau-né bien développé ; les yeux sont ouverts et la tête, tout comme le dos, est recouverte de poils.

Du sang régurgité pour le petit

Au cours du premier mois, le nouveau-né reste accroché à sa mère. Du sang régurgité s'ajoute au lait dès l'âge de 2 mois. À partir de 4 mois, le petit accompagne sa mère dans sa recherche nocturne de nourriture. Un mois plus tard, il atteint la taille adulte. La jeune femelle reste en général dans le groupe maternel. Le petit mâle quitte ce groupe au bout d'environ un an, à sa maturité sexuelle.

Des animaux qui s'entraident

Des animaux qui s'entraident



Quand les vampires reviennent bredouilles au gîte, ils sont nourris de sang régurgité par leurs compagnons. Ceux-ci assurent ainsi leur survie, puisqu'un vampire meurt d'inanition s'il est privé de sang pendant 60 heures.

Signe de la forte cohésion du groupe, ces dons ne se font pourtant qu'entre animaux apparentés ou vivant depuis longtemps ensemble. Dans ce dernier cas, les rôles de receveur et de donneur alternent régulièrement.

Des ultrasons pour se repérer la nuit

À la nuit tombée, les vampires quittent leur gîte et s'envolent à la recherche de nourriture. Ils volent vite, sans détours, et souvent à faible hauteur. Leur activité est liée à l'intensité de la clarté lunaire. Lorsque celle-ci est trop importante, ils attendent que la lune se couche et évitent ainsi de se faire repérer par les prédateurs tels que les rapaces nocturnes.

Patrouillant sur 3 à 4 km chaque nuit pendant deux heures, les femelles d'un même gîte « chassent » sur des terrains adjacents et parfois même se nourrissent du sang de la même proie ; en revanche, si elles font partie de deux groupes différents, elles n'ont jamais la même zone d'alimentation. Les mâles, eux, ne consacrent qu'une heure et demi environ à la recherche de nourriture ; les dominants, très sédentaires, se nourrissent à proximité immédiate du gîte, les mâles « célibataires », nettement plus vagabonds, couvrent plus de 10 kilomètres par nuit.

L'écholocation

Pour s'orienter dans la nuit noire, les vampires utilisent, comme tous les microchiroptères, un système sophistiqué de localisation acoustique appelé écholocation. La chauve-souris émet des ultrasons ; ces brefs cris, très aigus, inaudibles pour l'oreille humaine, se propagent dans l'air. Ils sont réfléchis par les obstacles rencontrés qui les modifient soit par leur structure, soit, éventuellement, par leur mouvement.

Chaque cri engendre ainsi un écho perçu par le système auditif du vampire. C'est la comparaison de l'écho reçu avec le cri émis qui renseigne l'animal sur la direction, la distance, la vitesse des objets environnants, ainsi que sur leur taille, leur forme et leur nature. Chaque cri d'orientation d'un vampire commun est composé de 2 à 4 harmoniques dont les fréquences varient entre 30 et 100 kilohertz (pour l'homme, le seuil supérieur de sensibilité auditive n'est que de 20 kilohertz). La durée du cri est brève – environ 1 millième de seconde – et son intensité plutôt faible, mais sa fréquence est très rapide : de l'ordre de 10 cris par seconde en moyenne lorsque l'animal est en vol de croisière, et de 75 cris par seconde au moment où il se pose.

Les vampires n'ayant pas à détecter des proies de très petite taille, leur système de localisation acoustique est bien moins perfectionné que celui des chauves-souris insectivores. Il leur permet tout de même de déceler, dans la plus complète obscurité et à 1 mètre de distance, un fil de 1 millimètre de diamètre.

Sautiller même à reculons

Sautiller même à reculons



Le vampire se distingue des autres chauves-souris par l'étonnante agilité avec laquelle il se déplace au sol. Prenant appui sur la plante des pieds et les callosités des pouces des mains, il peut marcher, courir et sautiller comme un lutin, tant en avant que sur le côté, ou même à reculons.

Se nourrir de sang toutes les nuits

Le sang des vertébrés prélevé la nuit constitue l'unique ressource alimentaire du vampire, qui peut localiser très précisément ses proies dans l'obscurité au seul bruit de leur respiration.

Une morsure discrète

Le vampire se pose à proximité de sa victime, en général pendant son sommeil, sa grande agilité au sol lui permettant de s'approcher et de grimper sur elle très légèrement et sans faire aucun bruit.

Grâce à la subtilité de ses sens tactile, thermique et olfactif, le vampire sélectionne une petite région de peau richement vascularisée, et mord. Maintenant la peau avec ses incisives inférieures, il l'entaille avec ses incisives supérieures tranchantes, et en arrache fréquemment un fragment. Cependant la morsure est indolore et l'animal endormi ne se rend le plus souvent compte de rien.

Une langue qui sert de paille

Pour faciliter l'absorption du sang, le vampire agite la langue et s'en sert comme d'une paille pour mieux prélever le sang. Après un repas qui dure entre 10 et 40 minutes, il regagne son gîte, le ventre plein, jusqu'à la nuit suivante.

Selon les régions et les proies, les vampires ne mordent pas leurs victimes aux mêmes parties du corps. Au Mexique, les vaches sont mordues surtout au cou ou sur les flancs, alors que, en Bolivie, elles le sont sur le dos, au niveau de la ceinture pelvienne. Les vampires se nourrissent essentiellement aux dépens du bétail et de la volaille. Selon une étude menée sur l'île de la Trinité, les bovins seraient leurs victimes préférées, puis, dans l'ordre, les chevaux, mulets, ânes, chèvres, cochons, volailles, moutons, chiens et, enfin, l'homme.

Les indications concernant l'alimentation sur les animaux sauvages ne sont guère nombreuses. Toutefois, sur des îles au large des côtes chiliennes, ce sont les otaries, les pélicans et les cormorans qui fournissent du sang au vampire. Au Venezuela, un gros rongeur de 50 kg, le cabiai (ou capybara), est également visé. On a aussi retrouvé du sang d'écureuil dans un estomac de vampire, et, au Mexique, des chercheurs ont observé des traces caractéristiques de morsure dans la région cervicale d'une couleuvre. Les cerfs, les tapirs, les pécaris et les singes seraient aussi victimes des vampires.

Détection de la chaleur du sang

Détection de la chaleur du sang



Sensible aux radiations infrarouges, le nez du vampire lui permet, avant la morsure, de sélectionner à distance – à une quinzaine de centimètres –, les endroits du corps de sa victime les plus chauds, c'est-à-dire ceux qui présentent des vaisseaux sanguins à fleur de peau. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est effectivement pas l'odeur du sang qui attire le vampire, mais sa chaleur. Des expériences en nature au Costa Rica ont montré que des vaches au cou badigeonné de sang n'étaient pas plus mordues que celles dont le cou avait été lavé à l'eau.

Pour tout savoir sur le vampire

Vampire commun (Desmodus rotundus)

Le vampire se distingue des autres chauves-souris par un ensemble de caractéristiques liées à son régime alimentaire hématophage. La tête, à elle seule, permet de le reconnaître immédiatement. Les grandes oreilles triangulaires indiquent une ouïe particulièrement fine, notamment sensible aux sons de basse fréquence. La sensibilité auditive intervient dans le processus d'écholocation, qui permet à l'animal de s'orienter dans l'obscurité à l'aide d'ultrasons. Les grands yeux vifs et les centres visuels cérébraux importants soulignent le rôle de la vue, assez bien développée, qui complète le système auditif d'orientation.

Sur le museau, très court, deux replis charnus autour des narines contiennent des cellules sensorielles sensibles aux radiations infrarouges émises par les objets chauds, et permettent à l'animal la détection à distance d'une proie à sang chaud. Le système olfactif intervient dans l'identification de celle-ci, ainsi que pour la reconnaissance entre individus de la même espèce : le vampire flaire toujours sa victime avant de la mordre, ou ses congénères quand il les rencontre.

Grâce à de très nombreuses vibrisses lui conférant un toucher singulièrement délicat, l'animal peut percevoir la pression exercée par l'extrémité d'un cheveu humain, ou le moindre frémissement de la proie au moment de la morsure.

Le vol, en revanche, ne présente aucune particularité notable. L'aile est assez courte, mais plutôt large. Comme chez toutes les chauves-souris, elle résulte du prolongement des os de la main et du développement d'une membrane partant des flancs et reliant entre eux les différents membres.

La collecte de la nourriture est servie par une grande agilité locomotrice. La marche est lente et circonspecte. Lorsque le vampire, sur ses quatre pattes, s'approche d'une proie, les jambes et les avant-bras sont maintenus dans une position proche de la verticale, le corps étant nettement au-dessus du sol. Pour se déplacer plus rapidement – jusqu'à 2 m par seconde –, les vampires courent et sautillent. Ils sont également capables de s'envoler directement à partir d'une surface horizontale. Ils s'accroupissent alors et sautent verticalement en se projetant en l'air grâce à une poussée des bras, suivie de celle des pouces. Parfois, il s'agit d'une esquive : dans ce cas, l'animal se projette, à son gré, dans n'importe quelle direction – en arrière ou sur les côtés. Tout, en effet, contribue à favoriser l'aisance des déplacements au sol : la robustesse de l'humérus et du fémur, les cannelures facilitant l'insertion des muscles sur les os de la jambe, le remarquable développement du pouce, avec ses trois callosités, une articulation de l'épaule particulièrement mobile, et enfin l'absence de queue et la réduction de la membrane reliant les jambes entre elles.

Le sang est un aliment peu énergétique, composé presque exclusivement d'eau (80 %) et de protéines (20 %). Pour subvenir à ses besoins, le vampire est obligé d'en consommer de grandes quantités. L'estomac, de forme tubulaire, peut se distendre considérablement au cours du repas. Son volume peut septupler, et certains animaux se goinfrent au point de ne plus pouvoir s'envoler et de devoir digérer sur place ! La vascularisation importante de cet estomac permet une absorption rapide de l'eau et donc une concentration du sang ingéré. L'eau absorbée est très rapidement rejetée : un vampire commence à uriner quelques secondes après avoir commencé son repas. Son urine abondante, peu concentrée, entraîne l'élimination, au cours de la première heure, de 25 % du volume de sang ingéré. Le vampire se débarrasse de la sorte d'un poids inutile, tout en conservant les substances nutritives. De 4 à 6 heures plus tard, l'urine est devenue dix fois plus concentrée, et permet alors d'éliminer l'urée provenant de la dégradation des protéines absorbées.

VAMPIRE COMMUN

Nom (genre, espèce) :

Desmodus rotundus

Classe :

Mammifères

Ordre :

Chiroptères

Famille :

Phyllostomidés

Identification :

Chauve-souris de taille moyenne ; museau court ; narines surmontées de 2 replis charnus ; incisives supérieures proéminentes et tranchantes ; pouce très développé ; pas de queue

Taille :

Tête et corps de 7 à 9 cm ; 35 cm d'envergure

Poids :

De 25 à 45 g

Répartition :

Du Mexique au nord de l'Argentine et du Chili

Habitat :

Forêts et savanes tropicales et subtropicales ; jusqu'à 3 800 m d'altitude

Régime alimentaire :

Sang, principalement de mammifères

Structure sociale :

Les mâles sont territoriaux et défendent un gîte où s'abrite un groupe de femelles et de jeunes

Maturité sexuelle :

À un an

Saison de reproduction :

Toute l'année

Durée de gestation :

7 mois

Sevrage :

De 9 à 10 mois

Nombre de jeunes par portée :

1

Poids à la naissance :

De 5 à 7 g

Longévité :

Jusqu'à 18 ans en liberté, 19 ans et demi en captivité

Effectifs, tendances :

Inconnus. Beaucoup plus nombreux avec l'élevage intensif du bétail

Statut, protection :

Répandue sur toute son aire de répartition, l'espèce subit des persécutions parce qu'elle transmet la rage

 

Signes particuliers

Feuille nasale

Les narines des vampires sont entourées de deux bourrelets concentriques, le premier en forme de M, le second en forme de U renversé, dont l'ensemble constitue la feuille nasale. Au niveau de cet organe, de nombreuses cellules stimulées par des radiations infrarouges émises par les corps chauds permettent de repérer les zones de la peau riches en vaisseaux sanguins.

Dentition

Le vampire ne possède que 20 dents, non couvertes d'émail, soit par demi-mâchoire : I 1/2 ; C 1/1 ; PM 1/2 ; M 1/1. La grande incisive supérieure est proéminente et acérée, les inférieures sont bilobées. Leur spécialisation est liée au mécanisme de la morsure. Lorsque la gueule est fermée, les extrémités des incisives supérieures viennent se loger dans 2 petites cavités creusées dans la mandibule, derrière les incisives inférieures. Par frottement du bord antérieur de la canine supérieure contre le bord postérieur de la canine inférieure, ces dents s'aiguisent d'elles-mêmes. Les incisives supérieures s'aiguisent par leurs va-et-vient dans les cavités mandibulaires. L'usure due à ces frottements est compensée par une croissance continue des dents.

Langue

Longue (2 cm environ) et cylindrique, la langue a, sur sa face supérieure, un profond sillon facilitant l'écoulement de la salive. Sur l'autre face, deux canaux parallèles permettent la montée du sang dans la cavité buccale. La langue passe entre les deux paires d'incisives inférieures, et dans une échancrure de la lèvre. Les mouvements de va-et-vient très rapides faciliteraient et accéléreraient le passage du sang jusqu'à la bouche, et maintiendraient la plaie ouverte.

Membres supérieurs

L'aile, comme celle de toutes les chauves-souris, comporte le bras, l'avant-bras et la main à 5 doigts. Les métacarpes et les phalanges du 2e au 5e doigt sont très allongés et servent d'armature à une membrane cutanée, le patagium, jouant le rôle de surface portante.

Les autres chauves-souris d'Amérique tropicale

Les chauves-souris se rencontrent partout sauf dans les zones polaires, mais c'est dans les régions tropicales du Nouveau Monde qu'elles sont le plus nombreuses et le plus diversifiées : environ 260 espèces sur les quelque 950 décrites, soit plus du quart des chiroptères. Ainsi, 3 kilomètres carrés de forêt guyanaise hébergent plus de 50 espèces de chauves-souris différentes, alors que 100 kilomètres carrés de forêt équatoriale au Gabon en abritent 35. Cet écart est moins important entre l'Asie et l'Amérique : pour des surfaces similaires, la péninsule de Malacca d'une part, le Costa Rica et Panamá d'autre part possèdent respectivement environ 90 et 110 espèces de chiroptères.

Par ailleurs, dans les forêts tropicales américaines, le nombre d'espèces de chauves-souris équivaut à peu près à celui des autres espèces de mammifères.

Les chiroptères d'Amérique tropicale se répartissent en 9 familles et 81 genres. Six de ces familles sont endémiques de ce continent : les noctilionidés (2 espèces), les mormoopidés (8 espèces), les phyllostomidés (qui, avec environ 143 espèces, réunissent plus de la moitié des espèces chiroptères du Nouveau Monde), les natalidés (5 espèces), les furiptéridés (2 espèces) et les thyroptéridés (2 espèces) ; les trois autres familles – les emballonuridés, les molossidés et les vespertilionidés – sont également représentées dans l'Ancien Monde.

Certaines espèces, comme les vampires, ont un régime très spécialisé ; d'autres, au contraire, sont omnivores et se nourrissent en partie de végétaux et en partie d'animaux, des invertébrés surtout. Selon leur alimentation, on distingue 6 grandes catégories de chauves-souris : les hématophages ; les insectivores – qui sont les plus nombreuses – ; les frugivores, les nectarivores, les piscivores et les carnivores.

Les chauves-souris hématophages

Trois espèces (dont Desmodus rotundus) faisant partie de la grande famille des phyllostomidés.

Vampire à ailes blanches (Diaemus youngi)

Identification : très semblable au vampire commun ; pouces plus courts : extrémité des ailes blanche.

Répartition : du Mexique au nord de l'Argentine, ainsi qu'à Trinité-et-Tobago ; absent à l'ouest des Andes. Espèce rare.

Alimentation : sang d'oiseaux surtout, de mammifères parfois.

Vampire à pattes velues (Diphylla ecaudata)

Identification : oreilles courtes et arrondies, gros yeux brillants ; pouces courts, pattes velues.

Répartition : du sud des États-Unis à la Bolivie (excepté les Guyanes, l'ouest des Andes et la majeure partie du bassin amazonien). Espèce plutôt solitaire et rare.

Alimentation : sang d'oiseaux essentiellement.

Les chauves-souris insectivores

Un peu plus de la moitié des chauves-souris d'Amérique tropicale se nourrissent d'insectes, soit la totalité des espèces des familles des emballonuridés, des mormoopidés, des natalidés, des furiptéridés, des thyroptéridés, des vespertilionidés et des molossidés ; 20 % des phyllostomidés ; un seul noctilionidé, le petit noctilion, Noctilio albiventris.

Les insectes sont généralement capturés en vol, parfois aussi lorsqu'ils sont posés au sol ou dans la végétation.

Les chauves-souris frugivores

Environ 32 % des chauves-souris des régions néotropicales, appartenant toutes à la famille des phyllostomidés ; les espèces les plus abondantes sont Carollia perspicillata, et celles des genres Artibeus, Sturnira. Les graines de 10 % des plantes forestières néotropicales seraient disséminées grâce à ces chauves-souris.

Les chauves-souris nectarivores

Une trentaine de phyllostomidés, pour la plupart appartenant à la sous-famille des glossophaginés. Elles interviennent dans la pollinisation de plus de 500 espèces de plantes.

Glossophage de Pallas (Glossophaga soricina)

Identification : petite taille ; museau allongé ; langue extensible munie d'une sorte de brosse ; abondant et largement répandu du Mexique à l'Argentine.

Alimentation : nectar, pollen, insectes.

Les chauves-souris piscivores

Une espèce en Amérique tropicale, appartenant à la famille des noctilionidés.

Noctilion pêcheur (Noctilio leporinus)

Identification : 60 cm d'envergure pour 70 g ; museau de bouledogue, caractéristique ; pelage ras et orangé ; longues pattes ; pieds énormes ; orteils pourvus de griffes acérées ; dégage une forte odeur de poisson.

Répartition : surtout régions marécageuses.

Alimentation : petits poissons, qu'il repère par écholocation grâce aux perturbations que ces animaux provoquent à la surface de l'eau, puis qu'il gaffe à l'aide des griffes de ses orteils ; gros insectes aquatiques.

Les chauves-souris carnivores

Trois espèces forestières de la famille des phyllostomidés, qui semblent partager les ressources alimentaires là où elles cohabitent.

Trachops (Trachops cirrhosus)

Identification : 40 g en moyenne ; nombreuses verrues proéminentes sur le museau.

Répartition : assez commune du sud du Mexique au nord de la Bolivie.

Alimentation : grenouilles, lézards, insectes.

Chrotopterus (Chrotopterus auritus)

Identification : grande taille ; 80 g environ ; longs poils laineux ; grandes oreilles.

Répartition : peu abondante, du sud du Mexique au nord de l'Argentine.

Alimentation : rongeurs, passereaux, gros insectes.

Faux vampire (Vampyrum spectrum)

La plus grosse chauve-souris américaine. Espèce assez rare, dont les effectifs sont en diminution.

Identification : de 130 à 190 g ; envergure de près de 1 m ; grandes oreilles ; museau allongé.

Répartition : du sud du Mexique au nord de la Bolivie.

Alimentation : surtout oiseaux et chauves-souris.

Milieu naturel et écologie

Bien que le mot vampire soit originaire d'Europe centrale (étymologiquement, il pourrait venir d'un mot turc [uber] signifiant « sorcière »), c'est dans les régions les plus chaudes d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud que l'on trouve les vrais vampires. Un certain nombre d'invertébrés, comme les sangsues, les tiques et de nombreux insectes (punaises, puces, moustiques), se nourrissent de sang, mais, chez les vertébrés, les vampires sont les seuls à avoir adopté ce régime alimentaire. Il est d'ailleurs assez paradoxal que ces chauves-souris hématophages soient apparues et aient évolué uniquement en Amérique, continent qui, avant l'introduction du bétail par les Européens, était relativement pauvre en grands mammifères. D'autres parties du monde, comme l'Afrique, avec ses grands troupeaux d'herbivores, semblaient, a priori, plus favorables. Sur ce point, le mystère demeure.

Des trois espèces existant actuellement, le vampire commun, Desmodus rotundus, est celle qui a l'aire de répartition la plus étendue. Présent du Mexique à l'Argentine et au Chili, il évite pourtant la région des hauts plateaux mexicains ainsi qu'une bonne partie de la cordillère des Andes. Toutefois, on le trouve à plus de 1 000 m d'altitude (2 300 m au Mexique, 2 600 m en Colombie et même 3 800 m au Pérou). Les vampires se rencontrent dans les deux hémisphères, dans les régions où la température hivernale minimale est au moins égale à 10 °C.

Un animal lié aux climats chauds

L'étude de la physiologie du vampire montre que cette chauve-souris est incapable d'hiberner. Par ailleurs, le sang étant un aliment peu énergétique, maintenir la température corporelle constamment élevée alors que la température ambiante est basse nécessiterait, de la part de l'animal, l'absorption d'une quantité de nourriture bien supérieure à ses capacités. Voilà pourquoi l'espèce est introuvable sous des climats tempérés.

Dans l'archipel des Antilles, elle n'est présente aujourd'hui que dans l'île de la Trinité, mais elle l'était autrefois à Cuba, comme en témoigne la découverte de fossiles dans deux grottes de cette île.

La capacité d'adaptation de l'espèce est étonnante : elle vit aussi bien en pleine forêt amazonienne que dans les forêts décidues (dont les feuilles des arbres tombent à la saison sèche) d'Amérique centrale, dans les forêts sèches à épineux, dans les savanes, les zones cultivées et même dans les déserts côtiers du Pérou et du Chili. Si le vampire est plutôt rare au sein des grands massifs forestiers de l'Amérique latine, c'est sans doute parce que les grands mammifères y sont peu nombreux.

En expansion grâce au bétail domestique

En revanche, le vampire se multiplie facilement dans les régions d'élevage, où le bétail introduit par l'homme lui fournit des ressources quasi illimitées. Au Costa Rica, par exemple, la comparaison entre les échantillonnages effectués dans deux localités, l'une située en forêt primaire (non touchée par l'homme), l'autre dans une zone d'élevage bovin, révèle que les vampires ne constituent dans le premier cas qu'environ 1 % du total des chauves-souris capturées, alors que leur proportion s'élève à 13 % dans la seconde, avec une densité estimée à 1 vampire pour 10 hectares.

Voisinage de vampires

Un certain partage des ressources alimentaires existe entre le vampire commun, le vampire à ailes blanches, Diaemus youngi, et le vampire à pattes velues, Diphylla ecaudata, les deux derniers préférant le sang des oiseaux. Leurs répartitions sont relativement similaires ; toutefois, le vampire à pattes velues et le vampire à ailes blanches sont tous deux absents des déserts côtiers situés au pied de la cordillère des Andes, tandis que le vampire commun évite la majeure partie du bassin amazonien.

L'importance de leurs populations respectives est très différente : Desmodus rotundus est, de loin, l'espèce la plus courante, les deux autres étant à peu près aussi rares l'une que l'autre. Comme les gîtes propices aux chauves-souris sont souvent limités, la cohabitation de plusieurs espèces, hématophages ou non hématophages, dans le même trou d'arbre ou la même cavité souterraine, est assez fréquente. Au Costa Rica, par exemple, une grotte abritait, outre des vampires communs, deux espèces de chauves-souris frugivores, une espèce nectarivore et une insectivore. Dans ces espaces communs, il n'existe que des relations de voisinage, et les vampires forment généralement des groupes isolés des autres espèces.

Prédateurs et parasites

Les vampires peuvent être capturés par des chouettes et divers serpents – couleuvre, crotale et boa. Les chouettes les saisissent en vol, alors que les serpents les surprennent au gîte.

Parfois, les chauves-souris se mangent entre elles : la grosse chauve-souris carnivore Chrotopterus auritus, que les Américains appellent « faux vampire laineux », a été observée au Brésil en train de manger... un vrai vampire.

Comme la plupart des chauves-souris, les vampires abritent toutes sortes de parasites, souvent hématophages comme eux. Dans leur pelage et sur leur peau vivent divers acariens et tiques, certaines punaises et des mouches au corps aplati et aux toutes petites ailes. Certains parasites, dont les mouches hématophages, sont liés à une espèce particulière. Des vers vivent aussi dans les intestins ou les membranes des vampires.

Régulation des populations

Les facteurs naturels qui contribuent à limiter les populations de vampires sont difficiles à déterminer. Dans les grands massifs de forêts primaires, il s'agit probablement de la faible densité des proies. Dans des régions d'élevage, il faut chercher autre chose, peut-être le manque de gîtes favorables, ou l'apparition plus ou moins cyclique d'épidémies de rage, qui peuvent accroître la mortalité des vampires ou éliminer leurs proies.

Le vampire et l'homme

Fils du diable ou esprit malin ?

Les Amérindiens faisaient peu de cas des morsures de cette chauve-souris, découverte au xvie siècle par les Européens à la suite de la conquête du Mexique. En revanche, depuis le début du siècle, les éleveurs, aidés par les spécialistes, recherchent les moyens de protéger le bétail des assauts des vampires.

Vrais et faux vampires

L'histoire de la nomenclature des vampires est significative. Elle montre combien la légende et la réalité ont souvent été confondues.

Bien que les vampires aient été connus dès la conquête du Mexique par Hernán Cortés, il faut attendre 1760 pour que Buffon baptise « vampire » une grosse chauve-souris d'Amérique du Sud, dont il décrit les mœurs hématophages en se fondant sur des témoignages de voyageurs à leur retour du Nouveau Monde. À la même époque, Carl von Linné la décrit sous le nom de Vespertilio spectrum. Il s'agit, en fait, de l'actuel Vampyrum spectrum, le faux vampire, qui, s'il est carnivore, n'est pas un buveur de sang. Nul doute que les termes choisis par ces naturalistes pour dénommer cet animal ont été inspirés par sa grande taille et son aspect peu engageant.

À partir de cette époque et pendant tout le xixe siècle, les zoologistes des muséums européens ont tendance à appeler « vampires » toute une série d'espèces de chauves-souris en général de grande taille, souvent des phyllostomidés, c'est-à-dire possédant l'étrange feuille nasale attribut de cette famille. De là à leur attribuer des mœurs de vampires, il n'y avait qu'un pas. C'est ainsi que sont apparus à cette période des Vampyrus, Vampyrops et autres Vampyressa, qui n'ont en fait rien du vampire. On a même baptisé « vampires » de grandes chauves-souris mangeuses de fruits de l'Ancien Monde : la plus grande chauve-souris du monde, la roussette de Malaisie, une chauve-souris frugivore de 1,70 m, a ainsi été décrite en 1792 sous le nom de Pteropus vampyrus.

En revanche, le vrai vampire reçoit, en 1810, le nom anodin de « phyllostome [à bouche en forme de feuille] arrondi » (Phyllostoma rotundus) ! En 1822, le Français Desmarest découvre que cette petite chauve-souris se nourrit de sang et peut s'attaquer à l'homme. C'est Oldfield Thomas qui, en 1901, lui donne son nom définitif de Desmodus rotundus.

Le vampire sorti des tombeaux

Nombreux sont les mythes et légendes évoquant des créatures suceuses de sang. En Orient, on peut citer, par exemple, les striges (oiseaux de nuit), et les goules qui dévorent les cadavres dans les cimetières. En Europe, le mot vampir, sans doute originaire des Balkans, fait son apparition au xviiie siècle (en Allemagne en 1732).

À l'origine, le vampire est censé être l'esprit d'un mort qui sort la nuit de sa tombe et prend des aspects variés : un animal (grenouille, araignée ou puce) chez les Roms vivant dans les pays slaves, ou un légume (citrouille, pastèque), ou un autre objet inanimé ailleurs, pour aller sucer le sang d'une personne endormie. Celle-ci deviendra vampire à son tour. On notera que, dans les croyances européennes, les chauves-souris ne sont pas associées au vampirisme. Seule la découverte, au xvie siècle, de l'existence d'une chauve-souris hématophage que les scientifiques vont appeler « vampire » va permettre – bien ultérieurement – cette association, qui, aujourd'hui, est bien ancrée dans les esprits.

Vampires et esprits malins

On pourrait s'attendre à une figuration du vampire dans toutes les mythologies, ainsi que dans les arts et l'artisanat des pays où l'espèce est prospère. Curieusement, on la rencontre au contraire plutôt rarement : ainsi il n'en existe aucune trace dans la culture aztèque. En revanche, les Mayas connaissaient bien cet animal : pour eux, la zotziha, ou maison des chauves-souris, est l'une des étapes qui conduit les mourants dans les entrailles de la terre. C'est la demeure du dieu-vampire, ou « chauve-souris de la mort » (camazotz), qui décapite ses victimes. Chez les Arawaks des Guyanes, plusieurs mythes évoquent des chauves-souris géantes qui dévorent ou sucent le sang des êtres humains.

Sur l'île de la Trinité, les morsures des vampires sur des hommes sont attribuées à un esprit malfaisant appelé « soucouyant ». C'est généralement une vieille femme, qui se dépouille la nuit de son apparence humaine et, pour se déplacer, se transforme en boule de feu. Elle pénètre dans les maisons par le trou de la serrure, ou à travers des fissures.

Les premières « victimes » européennes

Les récits des premiers voyages européens et les mythes amérindiens en témoignent : l'homme a, de tout temps, été l'une des proies du vampire. Ainsi, au retour d'un périple dans les régions qui constituent l'actuel Costa Rica, le voyageur au long cours Benzoni écrivait en 1565 : « Il y a de nombreuses chauves-souris qui mordent les gens au cours de la nuit ; on les trouve le long de la côte jusqu'au golfe de Paria et dans d'autres régions, mais nulle part ailleurs elles ne provoquent autant de dommages que dans cette province ; je les ai rencontrées en plusieurs endroits, sur la côte et particulièrement à Nombre de Dios, où, alors que je dormais, elles m'ont mordu aux orteils si délicatement que je n'ai rien senti, mais, au matin, j'ai trouvé les draps (...) baignés de sang... »

Morsures sélectives

Chez l'homme, le vampire choisit de préférence les pieds, les mains et certains endroits de la tête, en particulier le bout de l'oreille. Ce sont en fait les surfaces les plus riches en vaisseaux capillaires. Les tonsures pratiquées par certains peuples Amérindiens, comme les Yanomami du haut Orénoque, sont apparemment une aubaine pour ces chauves-souris, qui les apprécient tout particulièrement.

Au Mexique, une enquête a établi que les chauves-souris vampires s'en prennent le plus souvent aux enfants des deux sexes et préfèrent les femmes aux adultes masculins. Cet ordre de préférence (jeunes, puis femelles et ensuite seulement mâles) vaut également pour d'autres proies, en particulier les bovins. En ce qui concerne ces derniers, le chercheur suisse Dennis Turner estime que la sélection est déterminée par l'épaisseur de la peau, faible chez le veau, moyenne chez la vache, maximale pour le taureau, ainsi que par le degré d'exposition : les veaux dorment plus longtemps et ils restent plus isolés les uns des autres que les adultes.

Sans qu'on sache très bien pourquoi, les vampires s'en prennent à certains individus plutôt qu'à d'autres : sur l'île de la Trinité, par exemple, un enfant de 14 ans a subi des morsures sur les membres, le dos et le visage pendant deux années consécutives, alors que son frère et sa mère, qui vivaient sous le même toit, n'ont jamais été importunés. Seul le cochon que cette famille possédait a lui aussi été mordu.

Pour l'homme, il est d'ailleurs facile de se protéger des morsures au cours du sommeil, puisqu'il suffit de dormir sous une moustiquaire. Il n'en va pas de même pour le bétail…

Un mythe cinématographique

Si la littérature vampirique apparaît au début du xixe siècle, c'est, à la fin du siècle, en 1897, l'écrivain Bram Stoker qui va donner au vampirisme son plus célèbre héros, Dracula (1897). C'est aussi lui qui, pour la première fois, associe la figure maléfique du vampire à la chauve-souris. Le nom de Dracula est quant à lui lié, étymologiquement, au dragon et au diable (le premier est d'ailleurs associé au second dans la symbolique chrétienne médiévale) : il a pour racine drac, qui signifie « diable » en roumain et qui dérive du latin draco, « dragon ».

C'est surtout avec le septième art que le thème du vampirisme va se développer. La plupart des films de vampires tirent leur origine du Dracula de Bram Stoker. Les deux premiers qui s'en inspirent ont été portés à l'écran respectivement en 1922 par F. W. Murnau (Nosferatu le vampire) et en 1931 par Tod Browning (Dracula), et annoncent la naissance de ce mythe contemporain. Dracula a, depuis, été adapté un nombre considérable de fois, et est devenu un mythe à part entière au sein de celui des vampires.

Le mythe de Dracula a fixé dans l'imaginaire l'association vampires/chauves-souris. Bouclant la boucle, en 1988, des paléontologues ont associé Dracula aux chauves-souris, en baptisant Desmodus draculae les restes fossiles d'une chauve-souris hématophage retrouvés au Venezuela dans des terrains du pléistocène.

Porteur de la rage

Pour se nourrir, une chauve-souris vampire prélève en moyenne 20 ml de sang par jour (soit un peu plus de 7 litres en une année). Sa salive contenant des substances anticoagulantes, la plaie peut continuer de saigner plusieurs heures après son départ. On a beaucoup spéculé autour des conséquences de ces morsures sur la santé et à la productivité du bétail. Une recherche faite sur des élevages de vaches, en Équateur, a montré que la production de lait n'était pas perturbée par ces pertes de sang occasionnelles. En fait, les prélèvements de sang effectués par les vampires sont minimes par rapport au volume total de sang du bétail, ou même de l'homme, ne provoquant pas de problème particulier.

En revanche, les vampires peuvent, en se nourrissant, transmettre un certain nombre de maladies aux conséquences beaucoup plus graves, en particulier la rage. Le virus infeste la victime par l'intermédiaire de la salive de la chauve-souris, puis s'attaque au système nerveux et entraîne des altérations du comportement, des paralysies et, presque toujours, la mort. Comme tous les mammifères (l'homme ne fait pas exception), les vampires sont eux-mêmes sensibles à ce virus, dont ils peuvent mourir. Pour des raisons encore mal connues, on assiste périodiquement à des épidémies migratrices qui entraînent une mortalité massive pour les bovins et animaux domestiques et, dans une moindre mesure, pour les chauves-souris.