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rat musqué

Rat musqué
Rat musqué

Réputé pour sa fourrure, ce petit rongeur de la famille des campagnols doit son nom à la forte odeur qu'il dégage. Originaire d'Amérique du Nord où il vit depuis plus de 500 000 ans, il s'est acclimaté avec succès en Eurasie tempérée, où il a été introduit au début du xxe siècle.

Introduction

Les rongeurs forment l'ordre le plus important parmi les mammifères, avec près de 2 000 des 5 400 espèces actuellement décrites. Leur histoire ancienne est bien mieux connue que celle des grands mammifères, car la fréquence des restes fossiles identifiés dans les terrains sédimentaires, principalement des dents, permet aux géologues de dater les sols. Paramys atavus, le plus ancien rongeur connu, vivait en Amérique du Nord au paléocène supérieur, il y a quelque 50 millions d'années.

Sa famille, celle des paramyidés, colonise déjà l'Europe dès cette époque, tandis qu'apparaît, en Amérique du Nord et en Mongolie, une famille voisine, celle des sciuravidés. C'est de ceux-ci sans doute qu'est issu le grand groupe des rongeurs myomorphes, auquel appartient le rat musqué. Avec leurs cousins, les lemmings et les campagnols, on place les rats musqués dans la sous-famille des arvicolinés. Le plus ancien genre connu du groupe, Pryomimomys, vivait au pliocène inférieur, il y a environ 5 millions d'années : Pryomimomys insuliferus en Eurasie et Pryomimomys mimus en Amérique du Nord.

En Europe, le genre se divise en plusieurs branches, l'une d'elles évolue en Dolomys, puis en Mimomys et enfin en Arvicola, qui comprend les campagnols terrestre et amphibie contemporains (« rats d'eau »). En Amérique, il donne naissance, au pliocène, au genre Pliopotamys, dont une espèce, Pliopotamys minor, est l'ancêtre direct du rat musqué actuel, Ondatra zibethicus. Entre ces deux animaux que séparent quelque 3 millions d'années, quatre espèces différentes s'échelonnent : Pliopotamys meadensis, Ondatra idahoensis, Ondatra annectens et Ondatra nebracensis. Leurs descriptions reposent surtout sur l'analyse de leurs dents qui permettent de dater précisément le passage d'une espèce à l'autre.

Le rat musqué de Floride, Neofiber alleni, s'est sans doute différencié de la lignée du rat musqué au début du pléistocène, tandis que le rat musqué de Terre-Neuve, longtemps considéré comme une espèce distincte, ne se serait individualisé qu'à la fin de la glaciation de Würm.

Aujourd'hui, les rats musqués ont largement colonisé l'Europe et l'Asie tempérée malgré la lutte de l'homme pour les combattre, car ils sont des fouisseurs remarquables qui minent les rives et les berges avec constance.

La vie du rat musqué

Nénuphars, roseaux ou joncs au menu

Comme la plupart des rongeurs, le rat musqué consomme surtout des végétaux. Cependant, vivant près de l'eau, il ne dédaigne pas les petits crustacés, poissons ou amphibiens qui passent à sa portée lorsqu'il part en quête de plantes aquatiques, qui constituent l'essentiel de son menu.

Le rat musqué adulte, mâle ou femelle, se nourrit dans l'eau, alors que les plus jeunes restent volontiers sur les berges. L'espèce adapte son régime aux saisons et aux disponibilités locales. Au printemps et en été, l'animal cueille à la surface de l'eau les plantes facilement accessibles comme les joncs ou les roseaux. En Amérique du Nord, les roseaux les plus recherchés sont les scirpes (Scirpus) et les massettes (Typha), aussi appelées « quenouilles » au Québec. Ces dernières représentent 70 % de l'alimentation des rats musqués en Louisiane, qui complètent leur régime avec des herbes (15 %), d'autres végétaux (10 %) et des invertébrés, notamment les moules et les écrevisses (5 %). En Europe, les rats musqués montrent un goût particulier pour les nénuphars blancs (Nymphea alba).

Très opportuniste lorsqu'il vit dans un milieu riche en plantes diverses comme le long d'une rivière ou d'un canal, le rat musqué peut aussi se contenter d'une seule plante, quand il vit dans un marais où le choix est limité.

L'hiver, il est plus volontiers carnivore, chassant de petites proies telles que mollusques, grenouilles et poissons. Toutefois, il profite de la rare végétation qui persiste en cette saison et va chercher au fond de l'eau les rhizomes et les parties immergées des plantes, comme le potamot (Potamogeton) et l'utriculaire (Utricularia). Pour les atteindre, il creuse la glace dès les premières gelées d'automne et y pratique un orifice qu'il maintient ouvert tout l'hiver.

Il est important pour le rat musqué que le plan d'eau habité soit d'une profondeur suffisante pour ne pas geler complètement, préservant ainsi de l'eau libre sous la glace où l'animal peut circuler aisément, cueillir la végétation aquatique et respirer en profitant des bulles d'air prisonnières.

Une plate-forme pour les repas

En toute saison, le rat musqué consomme sa nourriture hors de l'eau. L'endroit choisi pour ces repas est souvent le même, et les débris végétaux qui s'y accumulent le font vite ressembler à une sorte de petite plate-forme.

Dans les régions septentrionales, l'hiver, avec la neige et la glace, le rat musqué, s'il habite une zone où il n'est pas dérangé, empile des débris des végétaux qu'il prélève au fond de l'eau et construit une sorte de dôme autour de l'orifice qu'il a creusé dans la glace pour avoir accès aux plantes immergées. Ce dôme protecteur, consolidé avec de la boue, lui permet de déguster au sec et à l'abri sa nourriture aquatique. Il le protège aussi des prédateurs. Les eaux gelées peuvent ainsi être émaillées de ces petites cloches.

Aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau

Les rats musqués vivent en couple sur des plans d'eau calme ou des rivières lentes qu'ils partagent avec d'autres. Sur les étangs et les marais d'Amérique du Nord, la densité varie de 7 à 87 animaux à l'hectare, selon la richesse végétale. Ainsi, les riches marais du Manitoba, au Canada, abritent de 46 à 52 rats musqués à l'hectare.

Conquérir le domaine idéal

Après les crues de printemps qui détruisent la plupart des huttes de l'année précédente, les couples redélimitent leur territoire et les luttes sont vives pour s'approprier les meilleurs sites : un plan d'eau entre 1,20 et 3,60 m de profondeur où la végétation est dense. Les femelles sont alors aussi belliqueuses que les mâles et, à la fin du printemps, tous les adultes ont des cicatrices. D'ailleurs, ces manifestations d'agressivité sont presque les seuls échanges entre ces animaux peu sociables ; néanmoins, on observe parfois quelques discrets coups de museau d'un mâle sur le dos ou les épaules d'une femelle ou encore d'une mère sur ceux de ses petits.

Le domaine que défend le couple, d'environ 60 m de diamètre, comporte au centre une hutte ou un terrier, un « quai » pour y aborder ou une plate-forme utilisée pour les repas et de nombreux chenaux tracés dans la dense végétation aquatique.

Une espèce plutôt nocturne

Parfaitement adapté à sa vie amphibie grâce à son pelage imperméable, à ses pattes postérieures partiellement palmées et à sa queue écailleuse, le rat musqué s'éloigne rarement de son plan d'eau, qu'il explore à toute heure de la journée lorsque le temps est suffisamment humide et froid ou qu'il y a du brouillard. Toutefois, l'espèce est plutôt nocturne, et l'animal préfère les nuits sombres aux nuits de pleine lune. En revanche, il restreint ses activités lors des grosses chaleurs et des périodes de sécheresse. Il peut être contraint de déménager si la sécheresse vide son plan d'eau.

Un plongeur émérite

Le rat musqué prospecte seul son domaine aquatique, il en parcourt les chenaux, nageant en glissant à la surface. N'utilisant que ses pattes postérieures pour avancer, il garde les pattes avant jointes sous le menton et peut couvrir ainsi de 3 à 5 km par heure.

Au moindre bruit suspect ou lorsqu'il est surpris, il plonge en faisant claquer sa queue sur l'eau, ce qui avertit les autres rats musqués alentour d'un danger potentiel. En plongée, il se meut surtout grâce à sa queue, dont l'aplatissement latéral augmente l'efficacité. D'ordinaire, ses plongées durent 2 ou 3 minutes environ, mais, en cas de danger, il peut rester immergé près d'un quart d'heure sans remonter. Ses promenades sont ponctuées d'arrêts pour se nourrir, se sécher ou se réchauffer au sec lorsque l'eau est très froide.

Un animal bagarreur

Un animal bagarreur



Bien que de taille modeste, le rat musqué est un grand batailleur. Les affrontements entre congénères sont surtout nombreux au printemps, lorsque les femelles entrent en œstrus et que les limites des territoires sont remises en cause. Tentant de blesser son adversaire à coups d'incisives, le rongeur défend vivement ses droits.

Son agressivité est aussi un moyen de survie ; lorsqu'il est surpris loin de l'eau, il fait face et se bat farouchement.

Des jeunes gardés au sec dans un terrier immergé

Lorsque le couple se forme au printemps, il construit une hutte ou un terrier, selon la configuration du milieu. La hutte, de 1 à 2 m de diamètre et de 1 m de haut, est faite de roseaux et de boue et s'appuie sur un support immergé ou sur un tapis de végétation. Elle se compose d'une chambre abritée de l'humidité, à laquelle l'animal accède par un tunnel s'ouvrant sous la surface de l'eau.

Le terrier, creusé dans la berge d'une rivière, a également son entrée sous le niveau de l'eau. Jusqu'à 10 m de galeries conduisent à une chambre située au-dessus du niveau des eaux, où la femelle élève seule les petits ; le mâle, au moment des naissances, s'isole parfois dans une chambre périphérique de la hutte.

Un nombre variable de portées selon le climat

La période d'accouplement des rats musqués atteint son apogée en avril-mai. À la belle saison, au Canada, la femelle a, en moyenne, deux portées de sept petits ; en revanche, aux États-Unis, elle peut se reproduire tout au long de l'année, mais avec des portées moins nombreuses. En Louisiane, par exemple, celles-ci sont de deux à trois portées.

Une indépendance vite acquise

Après une courte gestation, de 25 à 30 jours, de un à onze petits rats musqués naissent dans la chambre ; leur sexe varie en fonction des années et des régions. Ils sont nus, pèsent 22 g et mesurent environ 10 cm. Au bout d'une semaine, ils sont couverts d'un pelage gris-brun ; à cet âge, la femelle transporte ses petits fermement accrochés à ses mamelles, elle peut plonger en les tenant par la peau du dos, mais le plus souvent elle nage en surface. Lorsqu'elle quitte le nid, elle les recouvre soigneusement de végétaux pour les protéger du froid.

Quand ils ont entre 14 et 16 jours, les petits rats musqués ouvrent leurs yeux ; ils commencent alors à grimper, à nager et à plonger seuls.

Le sevrage intervient vers 21 ou 28 jours, les jeunes sont alors indépendants et la femelle prépare une nouvelle mise-bas. Elle creuse une autre chambre si la portée reste dans la hutte, mais souvent les jeunes s'installent près du nid. Ils sont matures après leur premier hiver, bien qu'en Louisiane certaines femelles gestantes soient à peine âgées de huit semaines.

Pour tout savoir sur le rat musqué

Rat musqué (Ondatra zibethicus)

Le rat musqué est le plus grand de tous les arvicolinés. Bien que n'atteignant pas le poids de 2 kg, c'est un géant par rapport aux campagnols. Sa morphologie l'en distingue également, probablement en raison de son mode de vie plutôt aquatique. Son pelage est constitué de poils de jarre et de poils de bourre imperméables. Sa silhouette est massive, la tête, épaisse et courte, rattachée sans transition au corps, les yeux comme les oreilles petits. Les pattes postérieures, courtes et en partie palmées, ont des pieds et des orteils bordés d'une frange de poils raides qui augmentent leur surface pendant la nage.

Le nom de rat musqué provient de l'odeur de sécrétions émises par une paire de glandes débouchant dans l'orifice génital. Les animaux des deux sexes en sont pourvus, mais, pendant la saison de reproduction, elles sont nettement plus développées chez le mâle. Leur sécrétion huileuse, mélangée à l'urine, est déposée tout au long des déplacements, sur la hutte, dans le terrier et sur les sites d'alimentation, indiquant ainsi aux autres rats musqués que le territoire est occupé.

Les deux sexes se ressemblent tant extérieurement qu'il est facile de confondre un mâle et une femelle.

Le pelage, doux et soyeux, est, chez les deux sexes, rouge foncé à noir sur le dos et beaucoup plus clair – de blanchâtre à brun pâle – sur le ventre. Les longs poils du dos et des flancs, qui se rassemblent en petits pinceaux le long desquels l'eau s'écoule au sortir de l'étang, dissimulent le sous-poil dense et imperméable qui protège parfaitement l'animal. Le renouvellement de cette fourrure dure pratiquement toute l'année chez l'adulte, avec des pics d'intensité au printemps et à l'automne. Au début de la pousse du nouveau poil, la peau change de couleur et les pigments passent dans les poils en croissance. Sur le ventre, elle s'éclaircit jusqu'à devenir blanc crème. Le nouveau pelage apparaît d'abord le long de la nuque et des flancs en deux minces bandes latérales qui forment un dessin en fer à cheval plus foncé que le pelage ancien. Ce dessin s'étend progressivement à l'ensemble du corps.

Les jeunes, qui sont plus sombres que les adultes et dont le pelage paraît plus laineux, muent deux fois durant la première année.

Le rat musqué peut plonger et rester en apnée près d'un quart d'heure et parcourir jusqu'à 90 m sans remonter à la surface. En hiver, il utilise les bulles d'air prisonnières sous la glace pour renouveler le contenu de ses poumons, mais reste moins longtemps dans l'eau.

Sa double vie aquatique et terrestre contraint l'animal à réguler sa température corporelle, notamment en ralentissant son rythme cardiaque selon la température de l'eau dans laquelle il plonge. Le rythme normal de 200 battements par minute est ralenti de 50 % quand l'animal plonge dans une eau à 35 °C, de 34 % dans une eau à 20 °C et de 24 % seulement dans une eau à 2 °C. Ce ralentissement des battements cardiaques lui permet à la fois d'économiser l'oxygène dont il a besoin et de maintenir son corps à basse température.

L'allure du rat musqué à terre est l'amble, ou bien encore un galop constitué d'une série de petits bonds. Mais les déplacements à terre restent limités, il préfère l'eau où il entre, la plupart du temps, d'une façon discrète. Souvent, le rat musqué ne sort que sur des postes d'alimentation entourés d'eau où il peut se reposer, nettoyer son pelage ou manger. Ces postes sont souvent recouverts de petites crottes sans que l'animal d'ailleurs n'y dépose pour autant tous ses excréments, qu'il émet plutôt au hasard de ses déplacements.

RAT MUSQUÉ

Nom (genre, espèce) :

Ondatra zibethicus

Sous-famille :

Arvicolinés

Famille :

Cricétidés ou muridés (parfois placé dans une famille à part entière, les arvicolidés)

Ordre :

Rongeurs

Classe :

Mammifères

Identification :

Petit, de forme arrondie ; pelage brun et serré ; queue longue et aplatie latéralement ; pieds semi-palmés

Taille :

de 22,9 à 32,5 cm (tête et corps) ; de 18 à 29,5 cm (queue)

Poids :

De 0,681 à 1,816 kg

Répartition :

Amérique du Nord, sauf la toundra ; au sud, Californie, Floride et Mexique ; Eurasie (introduction)

Habitat :

Eaux douces et saumâtres ; lacs, marais, rivières, étangs, canaux

Régime alimentaire :

Surtout végétarien, quelques nourritures animales

Structure sociale :

Monogame et bagarreur

Maturité sexuelle :

Entre 6 semaines et 8 mois, selon la latitude

Saison de reproduction :

De mars à septembre, au nord ; toute l'année, au sud

Durée de gestation :

De 25 à 30 jours

Nombre de jeunes par portée :

De 1 à 11 ; de 2 à 6 portées par an, selon la latitude

Poids à la naissance :

22 g

Longévité :

3 ans en nature ; 10 ans en captivité

Effectifs, tendances :

Espèce abondante sur toute son aire de répartition.

Statut :

Commerce très important pour sa viande et sa fourrure

 

Signes particuliers

Appareil reproducteur

Chez les rats musqués, les papilles génitales des deux sexes sont très semblables et il faut pratiquement palper les animaux pour les distinguer. La femelle possède une ouverture génitale qui peut se cicatriser en dehors de la saison de reproduction. Elle est pourvue de trois ou quatre paires de mamelles. Les mâles, eux, ne possèdent pas de tétons, fait rarissime chez les mammifères.

Fourrure

La couleur de base du poil est dite « agouti ». La robe agouti est liée à trois gènes dominants et indépendants : le gène A donne le pelage agouti proprement dit du rat musqué sauvage. Le gène B est responsable d'une pigmentation noire, qui domine chez les sujets mélaniques. Le gène C permet que le pelage soit complètement coloré ; son absence partielle ou totale entraîne un albinisme plus ou moins marqué.

Tête et pattes antérieures

Le rat musqué possède une tête assez large. Ses yeux sont petits ainsi que ses pavillons auriculaires ; ses longues vibrisses l'aident dans ses prospections nocturnes. Non palmées, ses pattes antérieures se terminent par des mains équipées de 4 grands doigts pourvus de griffes solides, tandis que le pouce est seulement recouvert d'un ongle. L'animal se sert de ses pattes antérieures pour creuser, cueillir ou porter la nourriture à sa bouche, ainsi que pour nettoyer sa fourrure.

Crâne

Le crâne du rat musqué est caractéristique de celui des rongeurs. La dentition est réduite : il ne possède, par demi-mâchoire, qu'une incisive et trois molaires, l'espace vide entre celles-ci se nommant le diastème. Les incisives, à très longue racine et très solides, ont une croissance continue, mais pas les molaires, comme c'est le cas chez les campagnols. Les lèvres se ferment derrière les incisives, permettant à l'animal de ronger même sous l'eau.

Les autres rats musqués, les lemmings et les campagnols

Avec 151 espèces, parfois bien difficiles à reconnaître les unes des autres, et 28 genres, les arvicolinés représentent une vaste sous-famille de rongeurs, classée, selon les auteurs, dans la famille des cricétidés ou dans celle des muridés – elle est parfois elle-même élevée au rang de famille (arvicolidés). Les arvicolinés sont limités aux zones froides et tempérées de l'hémisphère Nord, en Amérique du Nord comme en Eurasie. Ils fréquentent le plus souvent des milieux ouverts comme la toundra, les prairies, les zones de buissons et les forêts claires, et se rencontrent rarement dans les forêts denses tempérées. Les campagnols forment l'essentiel de la famille. Le genre Microtus ne compte pas moins d'une soixantaine d'espèces (dont une vingtaine auparavant incluse dans le genre (Pitymys). Le campagnol des champs, Microtus arvalis, est l'un des rongeurs les plus prolifiques, dont les pullulations sont craintes des agriculteurs. Il se rencontre en Eurasie, de la France au fleuve Ienisseï, en Sibérie. D'autres genres ont des répartitions plus limitées : Amérique du Nord, montagnes d'Asie centrale ou encore Alpes Dinariques dans le cas du campagnol de Martino, Dinaromys bogdanovi.

Parmi les espèces les plus nordiques se trouvent les lemmings des toundras boréales. On en connaît une vingtaine d'espèces classées en cinq genres (Lemmus, Myopus, Lagurus, Eolagurus, Dicrostonyx). Les populations des lemmings comme celles des campagnols des champs, connaissent des pullulations cycliques.

Le plus grand des arvicolinés est le rat musqué, Ondatra zibethicus. Également plus grands que la moyenne de la sous-famille, son cousin d'Amérique du Nord, Neofiber alleni, et les deux espèces du genre Arvicola, propres à l'Ancien Monde : le campagnol amphibie, Arvicola Sapidus (souvent appelé « rat d'eau »), et le campagnol terrestre d'Europe, ou grand campagnol, Arvicola terrestris.

Rat musqué « à queue ronde » (Neofiber alleni)

Appelé « rat musqué à queue ronde » en anglais (round-tailed muskrat), il n'a pas de nom commun en français.

Identification : ressemble au rat musqué, mais plus petit : de 16,3 à 22,7 cm de long et queue de 9,9 à 16,8 cm, pour un poids de 187 à 357 g (poids moyen du mâle, légèrement supérieur à celui de la femelle : 279 g) ; pieds postérieurs peu palmés, bordés d'une petite frange de poils natatoires ; queue cylindrique, non aplatie ; pelage doux et soyeux, formé de poils de bourre bien serrés, plutôt gris, et de longs poils de jarre bruns et brillants ; face ventrale plus claire que le dos et les flancs.

Répartition : Floride et sud de la Géorgie, et en particulier le marais d'Okefenokee. Zones humides, surtout fondrières, prairies inondées et bordures de marais plutôt que lacs et marais eux-mêmes.

Alimentation : exclusivement végétarien. Consomme, la plupart du temps dans un cercle de 9 m de diamètre autour de sa hutte, des plantes comme le panic (Panicum hemitomon),, les joncs ou les laîches, recherchant les parties aériennes ou souterraines, selon le cas.

Structure sociale : généralement un seul individu par hutte. Plus sociable et moins belliqueux que le rat musqué, il tolère davantage la vie en groupe.

Comportement : bien moins aquatique que le rat musqué ; discret et prudent, plutôt nocturne. Composées de graminées sauvages accumulées, les huttes sont plus légères et moins bien isolées que celles du rat musqué. Elles ne le protègent pas bien du gel. Ce sont des dômes arrondis, de 18 à 61 cm de diamètre à la base, et de 30 à 46 cm de hauteur ; la chambre intérieure peut faire 10 cm.

Reproduction : tout au long de l'année, surtout à la fin de l'automne et au début de l'hiver. Gestation de 26 à 29 jours ; de 4 à 6 portées de 1 à 4 jeunes par an. Poids à la naissance : 12 g ; sevrage : entre 14 et 18 jours. Les jeunes ressemblent aux adultes à 1 mois et sont matures à 90 ou 100 jours.

Effectifs : localement abondant, parfois de 100 à 300 animaux à l'hectare ; la population peut disparaître à 85 % après une crue.

Campagnol amphibie (Arvicola sapidus)

Communément appelé rat d'eau.

Identification : silhouette massive ; de 17 à 22 cm de long et queue de 11 à 13,5 cm pour un poids de 150 à 280 g ; poils moins longs et moins lustrés que chez le rat musqué ; fourrure assez semblable à celle des campagnols ; de brun à brun foncé sur le dos et les flancs, plus clair sur la partie ventrale ; oreilles et yeux petits, adaptations à la nage très discrètes.

Répartition : plaine et montagne, jusqu'à 1 500 m d'altitude dans les Alpes et 2 000 m dans les Pyrénées ; berges des rivières au cours lent, particulièrement si les rives sont couvertes d'une dense végétation d'herbes et de graminées ; ruisseaux et fossés inondés ; péninsule Ibérique et France (sauf les départements du Nord, du Nord-Est et de la Corse).

Alimentation : herbivore ; de nombreuses espèces végétales (joncs).

Comportement : relativement diurne, évite cependant les heures de grande lumière ; terrier creusé dans la berge du cours d'eau, parfois plusieurs galeries débouchent sous le niveau même de l'eau, et au milieu duquel un nid d'herbes sèches est bâti.

Reproduction : de mars à octobre ; mâles et femelles se poursuivent parfois dans l'eau ; gestation de 3 semaines ; plusieurs portées de 6 jeunes en moyenne durant la belle saison. Le renouvellement des générations est rapide, tant les prédateurs sont nombreux (rapaces et carnivores terrestres).

Statut : vulnérable, effectifs en baisse.

Campagnol terrestre (Arvicola terrestris)

Aussi appelé grand campagnol et rat taupier.

Identification : plus petit que le rat d'eau ; de 12 à 22 cm de long et queue de 7 à 11 cm ; pelage plus clair, pouvant prendre de nombreuses teintes, queue plus courte et museau moins pointu que le rat d'eau. Les vrais critères d'identification sont anatomiques, en particulier au niveau crânien.

Répartition : toute l'Europe et l'Asie. En France, présence dans le Nord, le Centre et l'Est ; entre la France et l'Espagne, une population dans les Pyrénées. La sous-espèce Arvicola terrestris terrestris, vivant en milieu aquatique, se rencontre à basse altitude. La sous-espèce Arvicola terrestris scherman, qui habite les prairies fraîches et humides des paysages ouverts de 200 à 2 000 m d'altitude (montagnes du sud et du centre de l'Europe ; c'est elle que l'on trouve dans les Pyrénées), les galeries peuvent descendre à 1 m sous terre et sont ponctuées de taupinières ; elle est élevée par certains auteurs au rang d'espèce, Arvicola scherman.

Alimentation : herbivore strict.

Comportement : souterrain et nocturne à la mauvaise saison ; plus diurne aux beaux jours.

Reproduction : comparable à celle du campagnol terrestre.

Effectifs : jusqu'à 1 200 individus à l'hectare.

Milieu naturel et écologie

À travers toute l'Amérique du Nord, le rat musqué habite des milieux dont la richesse en ressources alimentaires est de valeur inégale, ce qui peut expliquer les variations de densité de population (de 7,4 à 64,2 rats musqués en moyenne à l'hectare). La densité varie aussi avec les saisons ; à l'automne, lorsque tous les jeunes sont nés, les effectifs augmentent et les déplacements d'animaux, chassés ou attirés par une végétation abondante, élèvent la densité jusqu'à 154 rats musqués à l'hectare.

Une pression sur la végétation

L'impact des rats musqués sur le milieu naturel, loin d'être négligeable, s'observe lors de cycles pluriannuels encore mal connus au cours desquels les densités varient de façon marquée. Dans les marais à scirpes (Scirpus olneyi), en Louisiane, ces cycles ont été analysés par des chercheurs comme P.L. Errington dans les années 1950 et 1960 ou G.H. Lowery Jr dans les années 1970.

Quand les rats musqués sont peu nombreux, les scirpes poussent abondamment ; cette richesse providentielle leur permet de nourrir très facilement leurs jeunes. Une augmentation de la population s'ensuit, correspondant à une pression croissante sur la végétation qui va être, finalement, surexploitée. Alors détruite, elle ne peut plus nourrir les animaux, qui meurent de faim : la densité s'effondre brutalement. Sur les marais riches en scirpes, il faut de 10 à 14 ans pour qu'un tel cycle s'accomplisse ; sur un marais plus pauvre, la durée du cycle est plus longue, car la population ne peut y croître aussi vite. Sur l'ensemble de la Louisiane, comme dans d'autres régions des États-Unis ou du Canada, on peut trouver à chaque instant des populations à divers stades de ce cycle.

Une cohabitation aisée avec le ragondin

En Louisiane, le ragondin (Myocastor coypus), d'origine sud-américaine, a été introduit au début du xxe siècle. Ce gros rongeur aquatique (jusqu'à 10 kg) cohabite aisément avec le rat musqué, car leurs régimes alimentaires sont différents. De plus, en Louisiane, le ragondin fréquente surtout les marais d'eau douce, tandis que le rat musqué se reproduit bien dans les marais d'eau saumâtre où, durant environ trois ans tous les dix ans, s'observent de très fortes densités de l'espèce.

Une adaptation thermique perpétuelle

À terre ou sous l'eau, le rat musqué recherche un certain confort thermique et adapte sa température corporelle à la température ambiante. Au-dessous de 10 °C, l'animal dépense de l'énergie pour se réchauffer ; au-dessus de 25 °C, il en consomme pour se rafraîchir. Quand l'eau est entre 20 et 30 °C, il a chaud ; utilisant sa queue et ses pattes pour se rafraîchir, il diminue l'isolement thermique que constitue son pelage et fait baisser son métabolisme. Mais, le plus souvent, l'eau est à – 10 ou – 12 °C ; aussi doit-il augmenter sa température avant de plonger.

À terre, le rongeur maintient l'intérieur de son terrier à une chaleur assez constante. Au Canada par exemple, la température y varie de – 9 °C à + 30 °C selon les saisons, alors que la température extérieure oscille entre – 34 °C et + 34 °C. Par très grands froids, les rats musqués, à l'ordinaire peu sociables, se serrent les uns contre les autres sans agressivité. Cette tolérance semble d'ailleurs très importante pour la survie des populations les plus septentrionales.

D'innombrables prédateurs

Les principaux prédateurs du rat musqué sont les rapaces, l'alligator du Mississippi, les serpents, certains gros poissons carnivores et les mammifères comme le raton laveur, la loutre de rivière et le vison américain.

La sécheresse, en vidant marais et étangs, ainsi que les conflits intraspécifiques chassant les individus de leur domaine exposent les rats musqués à leurs multiples prédateurs. D'ailleurs, lorsqu'ils sont trop nombreux, on observe un arrêt spontané de la reproduction et des agressions fatales sur les jeunes par les rats musqués adultes.

Le cas du vison (Mustela vison) fut étudié dès les années 1940 par P. L. Errington. Il a été établi qu'une grande partie des rats musqués consommés par le mustélidé sont, en fait, des animaux déjà morts, et que très peu d'entre eux sont réellement capturés et tués par le vison.

Le rat musqué et l'homme

Gibier convoité ou ravageur des cultures

En Amérique du Nord, sa patrie d'origine, le rat musqué est considéré comme une valeur économique importante en zone rurale, tant le piégeage pour le commerce de sa fourrure est source de revenus. Au contraire, en Eurasie, où il arriva au début du xxe siècle, il est plutôt vu, en raison de ses talents de fouisseur, comme une nuisance.

Une fourrure fort appréciée

À peine installés sur le continent nord-américain, les Européens commencèrent à capturer le rat musqué pour utiliser sa fourrure ; ils ne faisaient d'ailleurs que reproduire les gestes des Amérindiens. Pourtant, le rongeur n'a pris une véritable valeur marchande qu'au début du xxe siècle. À cette époque, sa fourrure servait surtout à la fabrication de chapeaux dits « de castor », le nom de rat musqué n'étant guère attrayant. Elle a aussi été assemblée pour ressembler à une fourrure de phoque, et était commercialisée sous le nom de « phoque d'Hudson » (Hudson seal). Aujourd'hui, elle est toujours utilisée (sous son vrai nom)udHu pour confectionner, notamment, des gants, des chapeaux et des manteaux.

Des fermes d'élevage aux résultats peu convaincants

Dans les années 1925-1930, plusieurs États nord-américains ont cherché à faire véritablement de l'élevage de rats musqués. Les résultats ont été variables, mais ne se sont pas révélés supérieurs à la gestion d'un marais naturel et au piégeage des rats musqués sauvages. En 1938, au Canada, alors que 1 million de ces rongeurs étaient piégés, seulement 5 000 peaux étaient produites en ferme. Plusieurs éléments sont à l'origine du peu de succès des élevages. Les chiffres de 124 à 185 couples par hectare sont difficiles à obtenir en enclos. La reproduction en captivité est irrégulière et des maladies liées à la surpopulation artificielle peuvent apparaître. De plus, ces animaux de nature belliqueuse se battent et s'entre-tuent.

Étant donné leurs piètres résultats, les fermes d'élevage de rats musqués sont aujourd'hui pratiquement abandonnées.

Un mets apprécié

La fourrure du rat musqué n'est pas le seul attrait de ce petit animal pour l'homme. En effet, le musc lui-même, cette sécrétion huileuse qu'émettent ses glandes périanales, a eu un usage commercial important, avant que n'apparaissent les fixateurs de parfums synthétiques. D'une manière générale, le musc animal, mélangé à faible dose aux parfums, renforce leur odeur et en fait durer l'effet en ralentissant l'évaporation.

Cette substance, dont l'animal se sert afin de délimiter son territoire, a également un usage plus particulier parmi les piégeurs d'Amérique du Nord, qui en déposent sur les pièges pour les « marquer » et leur donner une odeur naturelle, attirant ainsi les autres rats musqués.

Quant à la chair de l'animal, elle est encore, à l'occasion, consommée en Amérique du Nord, selon une pratique certainement très ancienne. Des restes de rats musqués, datés de 260 ans avant notre ère par la méthode du carbone 14, ont été retrouvés en Louisiane sur un ancien site amérindien. Aujourd'hui, il existe de nombreuses recettes pour préparer cette viande, que l'on prétend meilleure à l'automne. Il faut la faire un peu macérer dans la saumure avant la cuisson, et il faut veiller à retirer la glande à musc sans la percer. Pendant la saison de reproduction, la viande est d'ailleurs imprégnée de cette odeur.

La viande de rat musqué est ainsi commercialisée dans une grande partie de l'Amérique du Nord. Aux États-Unis, elle est commercialisée dans certaines régions sous le nom de « lapin des marais » (marsh rabbit)..

Une colonisation rapide

En Europe, l'histoire du rat musqué se confond avec celle de son invasion à partir de quelques lâchers et des tentatives faites pour restreindre cette invasion.

Pour diminuer la profusion des roseaux qui envahissaient les étangs locaux, a eu lieu en Tchécoslovaquie, en 1905, la première introduction de rats musqués. Les quelques individus initialement implantés se sont rapidement reproduits et le résultat a rapidement dépassé les espérances. En 1914, on estimait à deux millions le nombre de rats musqués dans toute la Bohême ; en 1933, ils avaient colonisé quelque 200 000 km2.

D'autres lâchers ont été organisés, comme en Finlande en 1922, ou en France dans les années 1920. Là, des fermes d'élevage ont d'abord été créées, mais, en 1930, les premiers animaux en liberté, échappés ou lâchés volontairement, se reproduisaient déjà dans la nature en Normandie, dans les Ardennes et en Alsace, et, en 1960, la moitié nord du pays, jusqu'à la Loire et la frontière suisse, était colonisée. Les populations de rats musqués ont ensuite atteint le sud de la France.

En Grande-Bretagne, l'espèce a été introduite en 1929 ; des lâchers ont aussi été effectués en Suède (en 1944) et dans l'ex-URSS .

En Europe, le rat musqué est accusé de causer des dommages importants aux digues et aux canaux par ses galeries. De plus, il s'attaque aux céréales, aux betteraves, aux plantes maraîchères et parfois même à l'écorce des arbres.

Le rat musqué est désormais trop bien installé pour envisager de l'éradiquer. Il n'est possible que de réguler ses populations, quand cela est nécessaire. Diverses méthodes de lutte ont été testées, parmi lesquelles le dépôt d'appâts empoisonnés avec du chlorophacinone déposés sur des radeaux flottants. En raison des effets néfastes de ce poison – ainsi que ceux de la bromadiolone, utilisée contre le ragondin – sur le reste de la faune (empoisonnement d'espèces de mammifères non ciblées tels le castor, la loutre, le vison ; accumulation dans les tissus des rapaces, etc.), les méthodes préventives consistant à gêner l'installation des rongeurs, ainsi que le tir et le piégeage sont désormais privilégiés – un arrêté ministériel de 2007 indique que « l'emploi de la lutte chimique avec des appâts empoisonnés est réservé à des cas exceptionnels ».