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pygargue

Pygargue
Pygargue

Symbole de noblesse, de puissance et de force, le pygargue à tête blanche peuple les côtes marines d'Amérique du Nord, les lacs ou les rivières.

1. La vie du pygargue

1.1. Un pêcheur tout à fait exceptionnel

Le pygargue à tête blanche se nourrit essentiellement de poissons. De son poste d'affût, le dos au soleil, en tenant compte du sens des vagues dont les mouvements peuvent altérer la visibilité, il peut repérer sa proie jusqu'à, parfois, plus de 1 000 m. Il quitte alors son perchoir et fond directement sur l'objet de sa convoitise, que le poisson soit mort ou vivant. Le pygargue marque même une préférence pour les poissons morts qui flottent retournés à la surface des eaux, car il repère beaucoup plus facilement leur ventre blanc. Les poissons qui se nourrissent en surface seront également des victimes potentielles, comme ceux qui viennent frayer dans les eaux peu profondes.

Contrairement au balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), qui n'hésite pas à s'immerger lorsqu'il capture un poisson, le pygargue a, lui, une technique très personnelle : il « cueille » littéralement ses proies et les enlève de la surface des eaux en ne mouillant que l'extrémité des pattes. En arrivant près du poisson repéré, l'oiseau tend une patte, ou deux si celui-ci est gros, et le « ramasse » avant de l'emporter au loin. Malgré son habileté, il lui arrive d'échouer dans sa manœuvre, surtout lorsqu'il a jeté son dévolu sur un poisson vivant.

Le pygargue peut également pêcher en vol. La prospection et la détection des proies se font alors en vol plané ; s'il est trop haut, l'oiseau se met à tournoyer en cercles serrés pour perdre de l'altitude le plus vite possible.

Troisième technique pour se procurer du poisson : le dérober au balbuzard. Il lui faut alors attaquer par-dessous et forcer celui-ci à prendre de l'altitude. Aucune feinte ne pourra empêcher l'assaillant, virtuose de l'air, de mener à bien ses manœuvres, jusqu'à ce que le balbuzard lâche sa proie. Là, avec une rapidité et une agilité extraordinaires, le pygargue s'en saisit avant que celle-ci ne touche terre.

1.2. Prêt à tout pour se nourrir

Le régime alimentaire du pygargue à tête blanche, dans la plupart des régions où il vit et tout au long de l'année, repose essentiellement sur le poisson. Il lui arrive toutefois de faire quelques entorses à son régime. Il capture ainsi fréquemment des oiseaux, comme la foulque d'Amérique et, s'il le faut, des petits mammifères tels que les lapins ou les rats d'eau.

La proportion de poissons ingérés, notamment pendant la période de reproduction, peut atteindre, pour certains oiseaux, jusqu'à 100 % de la consommation totale de nourriture. Certains individus en arrivent même à se spécialiser en ne capturant plus qu'une seule espèce. Les écarts de régime ont lieu lors de circonstances précises. En période de nidification, certains pygargues tirent parti de ressources largement disponibles et proches de leur territoire. L'aliment de base du pygargue peut alors devenir le rat musqué ou, plus souvent, les oiseaux d'eau (jusqu'à 80 % du total des proies). Sur certaines îles, les pygargues vont même jusqu'à extraire de leurs terriers des macareux, des pétrels ou d'autres oiseaux marins.

En hiver et en automne, à l'époque de la migration et en période de chasse, les oies sauvages et les canards blessés viennent diversifier les repas quotidiens des pygargues de l'intérieur.

Enfin, selon les disponibilités, ceux-ci peuvent consommer de jeunes loutres de mer, des calmars, des lagopèdes, etc.

En quête de charognes

Les observations menées sur les comportements alimentaires des pygargues montrent qu'il existe une différence entre adultes et immatures : ces derniers, en général plus nomades, se nourrissent plus volontiers de charognes. Mais, pour repérer celles-ci, tous les pygargues procèdent de la même manière. Comme les vautours, ils se servent d'indices signalant la présence d'un cadavre d'animal : rassemblements de goélands pour des poissons morts, comportement particulier des corvidés ou de l'aigle royal pour d'autres animaux. Dès qu'une carcasse a été trouvée par d'autres charognards, les pygargues arrivent très rapidement. S'ils tombent sur un aigle royal, ils ne le délogent pas, mais, dès que celui-ci est parti, la bagarre éclate pour obtenir une part du butin.

En hiver, le voisinage d'abattoirs ou de grands élevages industriels, de porcs notamment, attire les pygargues.

L'union fait la force

L'union fait la force



Pour tuer des mammifères ou des oiseaux vivants, les pygargues à tête blanche n'hésitent pas à faire équipe. Ainsi, pour capturer des lapins, ils se repartissent les rôles. Pendant que certains se postent alentour, prêts à l'attaque, les autres servent de rabatteurs en piétinant les buissons pour en déloger les petits mammifères ! De même, les attaques organisées par plusieurs pygargues pour les prises d'oiseaux sont fréquentes. Elles ont pour but d'affoler les volatiles et d'en isoler certains, alors plus faciles à capturer. Enfin, lorsqu'un oiseau d'eau est trop lourd pour celui qui l'a tué, un partenaire vient souvent l'aider pour tirer et amener le cadavre à terre afin de le consommer.

1.3. En groupe pour survivre l'hiver

Alors qu'il se montre particulièrement ferme dans la défense de son territoire, notamment en période de reproduction, le pygargue à tête blanche adopte en hiver une attitude tolérante vis-à-vis de ses congénères.

Les mauvais jours correspondent en effet, pour les oiseaux nordiques, à une période de vie communautaire. La recherche de nourriture, indispensable lors des dures conditions hivernales, est beaucoup plus facile et plus efficace en groupe. Ce comportement social permet en outre aux adultes appariés de maintenir leurs liens et aux jeunes de former de nouveaux couples.

Mais cette vie grégaire ne va pas toujours sans problèmes : ainsi, sur les lieux où ils se nourrissant, les pygargues se montrent parfois agressifs. Ces quelques accrocs ne les empêchent pas de mener, pendant tout l'hiver, leurs activités en commun, allant même jusqu'à jouer ensemble ! Un de leurs jeux consiste à prendre dans leurs serres une petite branche et, après avoir pris de l'altitude, à la lâcher. Deux ou trois partenaires essaient alors de la rattraper en vol avant qu'elle ne touche terre. Les oiseaux s'amusent également avec des objets glanés sur le sol, qu'ils projettent en l'air avec le bec (pommes de pin, feuilles, etc.). Enfin, on observe des bains collectifs qui semblent avoir une grande importance dans l'activité sociale du groupe.

Les migrations constituent un autre moment de regroupement, différent selon les deux sous-espèces reconnues en Amérique du Nord. Haliaeetus leucocephalus alascanus niche au printemps dans le Nord et migre vers le Sud en août ; quant à lui, Haliaeetus leucocephalus Leucocephalus niche à l'automne et migre vers le Nord au printemps.

La défense du territoire

Dès qu'arrive la saison de la nidification, le pygargue redevient territorial et défend son nid avec virulence contre toute intrusion. En général, la stratégie de défense du mâle consiste à se tenir bien en vue sur un arbre élevé, non loin du nid, la tête blanche, très visible, jouant le rôle d'un « phare d'avertissement ». Lorsque la dissuasion ne suffit pas, les poursuites s'engagent.

Les pygargues nichent pour la première fois à partir de leur 7e ou 8e année. Le couple se forme pendant l'hiver ou lors de la migration de retour.

De fantastiques parades aériennes

Les parades des pygargues sont éblouissantes. Ces exercices de voltige sont accompagnés de puissantes vocalises. L'instant le plus spectaculaire est sans doute celui où les deux partenaires s'agrippent soudainement par les serres, en plein vol, et tombent en tournoyant... ne se séparant que juste avant de toucher le sol.

Dès que cette acrobatique rencontre a eu lieu, le couple ainsi formé s'occupe activement de la construction du nid. Souvent, il ne s'agit, en fait, que de renforcer celui de l'année précédente. Les années passant, le nid peut atteindre des dimensions impressionnantes. Ainsi, après 36 années de services, un nid de pygargue fut détruit par un orage : il mesurait 3 m de large pour 6 m d'épaisseur, et pesait près de 2 tonnes !

Le nid doit être situé à proximité d'une zone d'alimentation offrant également des opportunités pour installer des postes de surveillance. L'endroit doit être tranquille, d'accès facile, et les oiseaux doivent pouvoir s'y abriter en cas d'intempéries. Il s'agit en général d'un grand arbre ou, à défaut, d'un rocher.

Les préparatifs terminés, les oiseaux s'accouplent.

Les préludes à l'accouplement

Les préludes à l'accouplement



Une succession d'attitudes de communication entre le mâle et la femelle sont nécessaires pour que l'accouplement puisse se dérouler dans les meilleures conditions. La femelle fait les premiers pas, puis le mâle s'approche en s'inclinant, bat des ailes et étale sa queue, tandis que sa partenaire baisse la tête. Les deux oiseaux sont alors prêts à s'accoupler. Ces postures, accompagnées d'émissions vocales caractéristiques, permettent d'apaiser les tensions et l'agressivité, de stimuler les protagonistes et d'harmoniser leurs comportements.

1.4. Un droit d'aînesse très développé

Six jours à peine après les premiers accouplements, la femelle dépose son premier œuf dans le nid. La ponte se compose habituellement de deux œufs, parfois de trois, mais rarement d'un seul. La couvaison commence dès que le premier œuf, de couleur blanche, est pondu. Le père et la mère y participent à tour de rôle, mais la femelle assure une grande partie du travail. L'oiseau qui couve ne quitte que très rarement le nid, sauf en cas de danger : il attend toujours que le conjoint soit prêt à prendre la relève pour s'envoler.

Mais, malgré la vigilance des deux parents, il arrive que la couvée n'aboutisse pas. Elle peut être dérangée, par l'homme souvent, ou détruite par les intempéries. Si cette destruction intervient en début de cycle, il peut y avoir une ponte de remplacement, mais si elle se produit après 30 jours, les oiseaux abandonnent le nid ; ils ne se reproduiront pas cette année-là.

Des parents attentifs

Un peu plus de un mois (de 34 à 35 jours) s'écoule avant l'éclosion des œufs. Lors des deux premières semaines après la naissance des aiglons, les parents s'occupent constamment de leurs nouveau-nés, allant même, aux heures les plus chaudes de la journée, jusqu'à écarter leurs ailes au-dessus d'eux pour leur faire un maximum d'ombre.

Au début, les jeunes ne quittent pas le centre du nid. Puis, progressivement, ils rampent, à l'aide de leurs moignons d'ailes, vers les bords. Dès la 3e semaine, ils vont y passer pratiquement tout leur temps, attendant la nourriture, lissant longuement leurs embryons de plumes brunes et scrutant les environs. C'est ainsi que, jour après jour, ils grandissent et se transforment. La prise de poids est différente entre les mâles et les femelles : d'environ 150 g par jour pour les premiers, elle est de 180 g pour les secondes. En revanche, les mâles développent plus tôt leur plumage, et quittent le nid avant les femelles.

La nourriture est apportée par les deux parents. À partir de la 4e semaine, les aiglons commencent à se servir directement sur les proies, mortes ou vivantes. L'aîné, plus grand et plus fort que les autres, profite de sa position pour se servir le premier, et, si la nourriture n'est pas en quantité suffisante, les autres, plus chétifs, ne pourront survivre. Il n'est pas rare d'ailleurs de voir l'aiglon le plus fort infliger de si mauvais traitements aux autres qu'il accélère leur décès !

Vers la 9e semaine, les jeunes pygargues, qui ont commencé à battre des ailes dès l'âge de un  mois, quittent tant bien que mal le nid et s'installent dans les arbres à proximité. Les parents les incitent d'ailleurs à se jeter dans le vide en les appelant par des cris et en jouant avec de la nourriture. Les aiglons ne volent convenablement qu'après 77 jours en moyenne. Très vite, ils peuvent alors tuer tout seuls leurs proies, même si les adultes continuent à les nourrir après la sortie du nid. Les liens familiaux ne commencent réellement à se relâcher que deux mois après l'envol des jeunes.

Mues et plumages

Mues et plumages



Le pygargue n'acquiert son plumage définitif que lors de sa 4e ou 5e année. Son plumage, très sombre, s'éclaircit au fur et à mesure des mues. Pour les adultes, celles-ci débutent à l'époque de la nidification : entre novembre et décembre pour Haliaeetus leucocephalus leucocephalus et au début du printemps pour Haliaeetus leucocephalus alascanus. Celles des jeunes commencent en général plus tôt. Elles durent de cinq à six mois, mais peuvent se prolonger pendant presque toute une année ! Il n'y a apparemment pas de « phases de coloration » chez cette espèce, tous les oiseaux présentant le même plumage. Il est très difficile de fixer une chronologie entre âge et plumage tant les variations individuelles sont importantes.

1.5. Milieu naturel et écologie

Oiseau pêcheur, le pygargue à tête blanche installe son territoire de nidification en fonction de critères bien précis. Tout d'abord, il lui est indispensable de pouvoir disposer d'arbres ou, dans certaines régions, de falaises capables de recevoir son énorme nid et de servir de poste d'affût pour la pêche. Une étude menée dans le sud de l'Alaska en 1982 par Hodges et Roberts sur 3 850 nids, montre que ceux-ci sont presque tous édifiés sur des conifères vivants. Seulement 6 % d'entre eux se trouvent sur des arbres morts et aucun n'a été trouvé au sol. En revanche, sur les côtes nord de l'Alaska et sur les îles Aléoutiennes, partout où il n'y avait pas d'arbres disponibles, les pygargues s'installaient sur des îlots, des falaises ou des éminences rocheuses.

Le site choisi doit obligatoirement se trouver à proximité d'une zone de ressources alimentaires. Ainsi, le nid se trouve en moyenne distant de 400 à 500 m (jamais à plus de 3 km) de points d'eau poissonneux ; en Alaska, 90 % des nids sont même situés à moins de 200 m de l'eau.

La zone la plus importante de nidification du pygargue à tête blanche se situe surtout dans le nord-ouest des États-Unis, du centre de l'Alaska à l'ouest, et au nord, de l'embouchure du Saint-Laurent à l'est du Canada. Il est résident tout le long de la côte est des États-Unis, jusqu'en Floride, en Louisiane et au Texas et, également, dans les États du Centre et sur la côte ouest jusqu'en Californie du Sud.

Les mouvements migratoires

Si les ressources alimentaires et les conditions climatiques le permettent, le pygargue à tête blanche a tendance à être sédentaire et à ne pas s'éloigner de son site de nidification. Les oiseaux nichant dans le Sud, notamment en Floride, des jeunes et des subadultes en majorité, partent au printemps (avril) et migrent rapidement vers le nord-est des États-Unis et le sud du Canada. Cette migration inversée ne serait pas provoquée par la grande chaleur qui règne dans le Sud à cette saison (beaucoup d'oiseaux adultes y sont sédentaires). Les jeunes échappent sans doute de cette façon à la compétition avec les adultes pour la nourriture, moins abondante en cette période. Les oiseaux reviendront dans le Sud dès l'automne.

Les oiseaux du Nord, qui nichent dans des contrées où les eaux gèlent en hiver, sont poussés à migrer vers le sud, mais tendent à rester le plus au nord possible. Les non-nicheurs migrent vers le sud à la fin de l'été. Les régions qui reçoivent le plus ces hivernants sont l'Ouest et le Centre-Ouest. Le retour s'effectue au début du printemps. À la fin de l'été et au début de l'automne, les deux sous-espèces de pygargues se côtoient dans le nord-est des États-Unis et le sud du Canada.

Les ravages de la conquête de l'Ouest

Les terres de prédilection du pygargue ont connu de telles modifications que les réductions de population n'ont pas cessé depuis à peu près 250 ans. La conquête de l'Ouest fut dramatique pour les pygargues : sur les territoires vierges apparurent les fermes, les cultures, les élevages, et, surtout, les hommes et leurs fusils. On pense qu'avant l'arrivée des colons européens, il y avait environ 250 000 pygargues à tête blanche sur le territoire des États-Unis. À cause de la chasse intensive qui leur a été faite, de la destruction de leur habitat, ainsi que de l'usage de pesticides (en particulier le DDT), leur population a décliné de façon catastrophique, jusqu'à descendre à 1 000 individus à peine dans les années 1960. L'espèce a, depuis, fait l'objet de programmes de sauvetage.

Le dernier recensement, qui remonte à 1991, faisait état d'une population totale d'environ 70 000 individus.

Malheureusement, les dommages causés par l'homme à l'environnement continuent. Pourtant, on sait bien maintenant que la présence des grands prédateurs comme le pygargue à tête blanche est révélatrice de la richesse du milieu naturel dans lequel on les trouve. Ce n'est pas le rapace qui limite l'abondance des proies sur son territoire mais bien l'inverse ! Le penchant du pygargue pour les animaux morts, poissons ou mammifères, blessés ou malades, le rend particulièrement utile comme « éboueur » de la nature.

2. Zoom sur... le pygargue à tête blanche

2.1. Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus)

Le pygargue à tête blanche fait partie de ces grands oiseaux entièrement conçus pour la prédation. Une structure puissante, des ailes longues et larges, bien digitées à leur extrémité et particulièrement adaptées aux longs vols planés, des pattes munies de serres redoutables, un bec tranchant et une vue perçante sont les atouts de ce seigneur de la nature. Sa cagoule de plumes d'une blancheur éclatante et son œil jaune sont très caractéristiques.

Le pygargue à tête blanche est morphologiquement très proche de son cousin, le pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla). Cette ressemblance se retrouve même dans de nombreux traits de leurs comportements. De plus, on a constaté que lorsque le pygargue à queue blanche vieillit, sa tête et son cou s'éclaircissent énormément, alors que certains pygargues à tête blanche peuvent conserver une tête marquée de brun. Leur aire de répartition se chevauchant exceptionnellement dans le détroit de Béring, on a pensé que le pygargue à tête blanche était issu d'une récente évolution du pygargue à queue blanche. Malgré ces ressemblances, le pygargue à tête blanche se distingue de son cousin par sa queue arrondie et non cunéiforme, et de l'aigle royal par l'absence de plumes sur la moitié du tarse.

D'une taille variant de 71 à 96 cm, le pygargue possède une envergure assez impressionnante : jusqu'à 2,44 m ! Les femelles sont toujours plus fortes que les mâles. La différence de taille et de poids, comme chez tous les rapaces, est très nette, entre le mâle, plus petit (pas plus de 4,13 kg), et la femelle (5,35 kg en moyenne), même s'il y a parfois des « grands » mâles et des « petites » femelles. L'épaisseur du bec à la base est de 29,6 à 34,6 mm chez le mâle alors qu'elle est de 32,6 à 41,2 mm chez la femelle. Pour la longueur, le bec du mâle va de 41,7 à 54,3 mm, celui de la femelle est compris entre 50,4 et 60,6 mm. Ces différences permettent de reconnaître le sexe des poussins au nid dès le 40e jour sans risque d'erreur, ce qui est un phénomène plutôt rare.

Une autre particularité étonnante des pygargues réside dans le fait que les jeunes ont une plus grande envergure que leurs aînés. Cela est peut-être lié à leur différence de comportement : dans les premières années de leur vie, les jeunes sont en effet plus erratiques et plus migrateurs que les adultes. Il leur est donc indispensable de posséder une « voilure » plus performante.

Si la morphologie du pygargue est bien celle d'un prédateur, un seul de ses sens est réellement adapté à son comportement de chasseur : la vue. Comme celle des autres rapaces, l'acuité visuelle du pygargue est remarquable. Celui-ci est ainsi capable de détecter un poisson mort à plus d'un kilomètre. En revanche, son odorat est quasi inexistant. L'ouïe est fine, mais moins développée que chez les rapaces nocturnes ; elle lui sert davantage dans la communication avec ses congénères que pour détecter ses proies.

Le pygargue est souvent décrit comme un oiseau « bruyant et criard ». Ses manifestations vocales, en particulier ses alarmes, sont parfois comparées à des « rires hennissants ». Mais leurs variations en tonalité et volume sont en fait très élaborées. Les cris émis lors des parades nuptiales ou des accouplements sont, notamment, d'une grande diversité. Des observations menées sur des couples de pygargues ont permis de noter une différence entre les vocalises des mâles et celles des femelles. Les jeunes, au nid, produisent, quant à eux, des sons d'une tonalité profonde, qui montent et descendent.

Les sous-espèces

On distingue deux sous-espèces de pygargue à tête blanche : Haliaeetus leucocephalus leucocephalus ;

Haliaeetus leucocephalus alascanus.

PYGARGUE À TÊTE BLANCHE

Nom (genre, espèce) :

Haliaeetus leucocephalus

Famille :

Accipitridés

Ordre :

Falconiformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Grand rapace au plumage sombre ; queue, tête et cou blancs. Pas de dimorphisme sexuel, mais femelle plus forte que le mâle

Envergure :

De 1,70 à 2,44 m

Poids :

5,7 kg pour la plus grosse femelle

Répartition :

Amérique du Nord

Habitat :

Côtes maritimes, lacs, rivières

Régime alimentaire :

Poissons, mammifères, charognes

Structure sociale :

Grégaire en hiver, territorial lors de la nidification. Couple uni

Maturité sexuelle :

En général à 5 ans, parfois avant

Saison de reproduction :

Novembre-décembre

Nombre de jeunes par couvée :

De 1 à 3 œufs, blanc mat

Durée d'incubation :

De 34 à 35 jours

Effectifs :

70 000 oiseaux environ (recensement 1991)

Statut :

Espèce protégée faisant l'objet d'un programme de réintroduction aux États-Unis

 

2.2. Signes particuliers

Tête

Couverte de cette fameuse « cagoule » de plumes blanches, la tête du pygargue est dotée d'un bec particulièrement fort et robuste. Celui-ci est si épais à sa base qu'il ne forme presque aucun angle avec le front et la gorge de l'oiseau, accentuant ainsi ce profil « fuyant », caractéristique des grands aigles. La mandibule supérieure, plus longue que la mandibule inférieure, se termine en une pointe recourbée, dure et acérée. À la base du bec se trouve la cire, épaisseur charnue en général jaune comme les pattes, dans laquelle viennent s'ouvrir les narines. Chez le pygargue à tête blanche, celles-ci ont la forme allongée d'une fente, alors que, chez les autres rapaces, elles sont souvent plus arrondies.

Yeux

Ronds, profondément encastrés sous les arcades sourcilières protectrices, les yeux renforcent l'air farouche et féroce du pygargue à tête blanche.

Comme chez les autres rapaces, ils sont munis de deux fovéas (« trous » rétiniens où se concentrent les cellules visuelles), ce qui rend la vision centrale comme la vision latérale particulièrement nettes. L'iris, sombre chez les poussins, est jaune chez l'adulte.

Pattes

Les pattes du pygargue à tête blanche possèdent des doigts plutôt courts, munis de serres très longues et arquées. Celles-ci pénètrent sans effort dans la peau et la chair de ses victimes, sous une simple pression des doigts. Le jeu des tendons qui resserrent les doigts lorsque la patte est fléchie permet d'accentuer encore cette pression. Sous les doigts, des sortes de « pelotes » charnues, extrêmement rugueuses et antidérapantes, permettent à l'oiseau de se saisir des proies les plus glissantes, comme les poissons, et de ne pas les laisser s'échapper. Contrairement à ceux de l'aigle royal, les tarses (zone comprise entre le talon et les doigts) du pygargue à tête blanche ne sont pas totalement recouverts de plumes.

3. Les autres espèces de pygargues

Le pygargue à tête blanche appartient au genre Haliaeetus. Les huit espèces de ce genre possèdent de nombreuses caractéristiques communes : des ailes larges, une queue moyenne à courte, de forme arrondie ou cunéiforme, un bec fort et puissant, de petites pattes avec des tarses nus, sauf à leur base, et des pieds aux serres puissamment développées. Les adultes ont, excepté une espèce (Haliaeetus sandfordi), un plumage contrasté montrant des parties blanches très visibles à la tête, au cou, à la queue ou aux ailes. Les jeunes sont ternes et uniformes. Le genre Haliaeetus fréquente surtout les côtes maritimes, les lacs et les rivières. Aucun des membres de ce genre, pourtant très répandu, n'a élu domicile sur les côtes et les vastes bassins fluviaux d'Amérique du Sud ou en Antarctique.

3.1. Pygargue blagre (Haliaeetus leucogaster)

Identification : tête, cou et toutes les parties inférieures sont d'un blanc pur qui contraste fortement avec le dessous des ailes brun foncé, presque noir ; queue grise à la base et cunéiforme ; envergure : 1,80 m (mâles) et 2,18 m (femelles). Il est considéré comme étant le plus svelte et le plus gracieux du groupe.

Répartition : sur les côtes de l'Inde et du Sri Lanka, à l'est jusqu'à la Chine du Sud, le sud de l'Australie et la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée et l'archipel de Bismarck. Il fréquente de préférence les côtes maritimes mais aussi, très souvent, les eaux de l'intérieur. Il évite les grandes forêts.

Comportement : les jeunes sont protégés et gardés par la femelle pendant que le mâle pourvoit au ravitaillement. Le pygargue blagre est un nicheur résident et migrateur (les jeunes oiseaux australiens effectuent un voyage de près de 2 000 km !).

Alimentation : même si le poisson est à la base de l'alimentation, l'éventail des proies est large ; jeunes hérons, petits crocodiles, serpents de mer, chauves-souris frugivores (roussettes). Assez peu charognard, cet oiseau digère intégralement les os et les arêtes, ne rejetant que les plumes ou poils de ses victimes.

Statut, effectifs : espèce commune, mais effectifs en déclin.

3.2. Pygargue de Sanford (Haliaeetus sanfordi)

Identification : plumage brun-noir ; tête claire, presque dorée ; pattes jaunes et bec noir ; envergure : de 1,70 à 2,10 m.

Répartition : il n'existe que sur l'archipel des îles Salomon, dans le sud-ouest de l'océan Pacifique. Là, il s'installe aussi bien le long des côtes que dans les forêts denses. Il niche jusqu'à plus de 1 200 m d'altitude.

Comportement : il se rapproche plus de celui des aigles vrais que de celui des aigles de mer.

Alimentation : les gros oiseaux ou certains mammifères sont à la base de son régime.

Statut, effectifs : espèce vulnérable, effectifs en déclin.

3.3. Pygargue vocifère (Haliaeetus vocifer)

Identification : tête, cou et toutes les parties inférieures, blancs, le reste du corps est brun-noir avec des zones rousses aux ailes ; œil et cire du bec jaunes ; bec noir ; envergure de 1,90 m à 2,30 m.

Répartition : à proximité de l'eau des rivières, des lacs et des côtes boisées d'Afrique, au sud d'une ligne reliant le Sénégal et le Soudan.

Comportement : commun et bruyant, il a été surnommé « la voix de l'Afrique » ! Il peut être très grégaire lorsque la nourriture est abondante. Les couples sont extrêmement unis, tout au long de l'année. C'est un nicheur résident.

Alimentation : 90 % de la nourriture est composée de poissons pêchés, morts ou vivants. De jeunes oiseaux d'eau et des charognes complètent son régime alimentaire.

Statut, effectifs : espèce commune dont les effectifs semblent stables.

3.4. Pygargue de Madagascar (Haliaeetus vociferoides)

Identification : tête blanc-gris, reste du corps brun sombre, moucheté de roux ; queue courte et blanche ; cire et pattes blanchâtres ; envergure de 2 m environ.

Répartition : à Madagascar, il se trouve toujours près de l'eau, principalement le long de la côte ouest et sur quelques lacs intérieurs.

Comportement : nicheur résident ; il n'hésite pas à s'approcher des hommes.

Alimentation : des poissons (anguilles parfois) et, occasionnellement, des charognes.

Statut, effectifs : en danger critique d'extinction, effectifs – moins de 100 couples reproducteurs – en déclin.

3.5. Pygargue de Pallas (Haliaeetus leucoryphus)

Identification : tête, nuque, haut du dos clairs, presque dorés ; reste du corps brun sombre avec une barre transversale blanche au milieu de la queue ; envergure de 2 m (mâle) à 2,25 m (femelle).

Répartition : niche (jusqu'à 4 500 m au Tibet !) en Asie centrale, du Kirghizistan à la Mongolie, au sud de l'Iraq, au nord de l'Inde et en Birmanie ; hiverne en Iraq, dans le nord de l'Inde et un peu en Indochine ; réside de préférence vers les eaux intérieures et très rarement sur la côte en hiver.

Alimentation : poissons morts, charognes, oiseaux d'eau jeunes ou malades.

Statut : vulnérable, effectifs en déclin.

3.6. Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla)

Identification : tête et cou blanc jaunâtre ; corps brun ; bec jaune pâle et pattes jaune vif ; queue blanche et cunéiforme ; envergure : de 2 à 2,25 m.

Répartition : Islande, Laponie, Allemagne, Pologne, nord de la Grèce, Sibérie jusqu'au nord de la Chine. Réintroduit dans les îles Britanniques. Une sous-espèce, plus pâle, niche au Groenland. Il fréquente les côtes maritimes, les lacs et les rivières.

Comportement : il préfère les animaux morts ou vole les proies d'autres oiseaux. Il est très fidèle, tout au long de l'année, à son site de nid, qu'il ne quitte que pour des raisons climatiques particulières.

Alimentation : poissons, oiseaux d'eau, mammifères et charognes.

Statut, effectifs : la chasse et l'utilisation de pesticides avaient entraîné une forte régression de l'espèce et ont failli provoquer sa disparition. Des plans de réintroduction liés à sa protection, ont permis sa réinstallation sur les îles Britanniques et une augmentation des populations. L'espèce récupère depuis 1970, et ses effectifs sont en hausse sur l'essentiel de son aire de répartition (à l'exception du sud-est de l'Europe). Elle est classée dans la catégorie « préoccupation mineure » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (U.I.C.N.).

3.7. Pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus)

Identification : le 3e plus grand aigle du monde. Envergure maximale : près de 2,50 m (femelles) ; plumage noirâtre, épaules blanches ; queue cunéiforme et blanche comme les cuisses ; bec jaune, fort et arqué. La couleur noire de la sous-espèce nicheuse en Corée, Haliaeetus p. niger, ne serait, en fait, qu'une phase de couleur de l'espèce.

Répartition : niche au Kamtchatka, sur les côtes de la mer d'Okhotsk, sur l'île Sakhaline et dans le nord de la Corée. Hiverne jusqu'au Japon, en Chine du Nord et en Corée. Il se trouve principalement sur les côtes maritimes.

Comportement : chasseur impressionnant, il construit son nid sur de gros arbres qui semblent conditionner sa présence dans son aire de répartition. Il est sédentaire ou migrateur partiel.

Alimentation : gros poissons, oiseaux, mammifères. Les poissons échoués, les mollusques, les crabes et les charognes complètent ce menu éclectique.

Statut, effectifs : espèce vulnérable, effectifs faibles (environ 5 000 individus) et en baisse.

4. Origine et évolution du pygargue

Les pygargues, comme tous les rapaces diurnes, sont traditionnellement placés dans l'ordre des falconiformes. Mais la classification de ces oiseaux est encore controversée. Ainsi certains auteurs classent-ils les familles des accipitridés (pygargues et aigles), des pandionidés (balbuzard pêcheur) et des sagittariidés (serpentaire) dans l'ordre des accipitriformes, ne laissant que les seuls faucons (famille des falconidés) dans l'ordre des falconiformes.

La lignée des accipitridés est apparue au début de l'éocène, il y a environ 50 millions d'années. Entre 30 et 35 millions d'années, les fossiles de cette famille sont nombreux en Europe et sur le continent américain. Les pygargues eux-mêmes remonteraient à environ 25 millions d'années, au miocène inférieur. Haliaeetus piscator, découvert en France, est âgé de 10 millions d'années. Quant au pygargue à tête blanche, on en connaît des fossiles vieux d'environ 1,5 million d'années en Amérique du Nord.

Les pygargues sont actuellement représentés par huit espèces du genre Haliaeetus et deux espèces du genre Ichthyophaga.

5. Le pygargue et l'homme

Comme tous les grands oiseaux de proie, le pygargue a depuis toujours fortement impressionné l'imaginaire humain. Ce « héros du ciel », par la force, la puissance, la majesté qu'il dégage, symbolise plus que tout autre le pouvoir. Mais les ravages provoqués par la conquête de l'Ouest ont failli causer la perte de cet oiseau, pourtant devenu l'emblème des États-Unis !

5.1. L'aigle de Washington : une exagération

Jusqu'au milieu du xviiie siècle, l'affirmation de Magnus, selon laquelle « ... les pygargues nagent en ne se servant que d'une patte qui est palmée, la seconde, armée de serres puissantes, sert à capturer les proies », était communément admise. Le naturaliste Carl von Linné apporta les preuves à l'encontre de cette croyance en faisant, le premier, en 1760, une description précise du pygargue à tête blanche. Il commit juste l'erreur de considérer le jeune, au plumage brun, comme appartenant à une espèce différente.

Mais la plus remarquable des confusions est, sans conteste, celle du peintre naturaliste John James Audubon. En 1814, alors qu'il remontait le cours supérieur du Mississippi, celui-ci rencontra un aigle pêcheur « très grand », qu'il surnomma l'« aigle de Washington ». Après des années de recherches, il put, en 1827, tuer un exemplaire de cette espèce si rare. Malheureusement, la peau de ce spécimen unique a disparu, et seule reste la description du naturaliste d'un oiseau vraiment gigantesque, avec une envergure de près de 3,50 m ! Il semble que ce géant était, en fait, un jeune pygargue aux mensurations largement surestimées !

5.2. Le symbole de tous les pouvoirs

Depuis la plus haute antiquité, toutes les sociétés ont emprunté les attributs des grands rapaces comme symboles du pouvoir. Le nombre de pays, d'empereurs, de rois et de chefs qui ont utilisé la symbolique de l'aigle pour leurs étendards ou leurs armes est considérable.

Zeus, maître des dieux pour les Grecs, se servait de l'aigle comme « porteur de foudre », et Jupiter, son homologue romain, se faisait apporter ses lances par un aigle, avant de se rendre au combat.

Le pygargue partage d'ailleurs les faveurs des hommes avec l'aigle royal, le préféré de toutes les puissances impérialistes. Les empereurs germaniques, se voulant héritiers de Rome, placent l'aigle dans leurs armoiries. En France, l'aigle est choisi par Napoléon Ier pour figurer sur ses armes.

Pour la plupart des tribus amérindiennes, l'aigle royal était aussi considéré comme d'origine divine, et donc vénéré comme tel. Néanmoins, ce sont des plumes de pygargue que l'on retrouve sur des parures, notamment celles de la confédération amérindienne des Iroquois. Des os, des serres et des becs de pygargues ont souvent été retrouvés dans les sépultures indiennes et nombre de gravures rupestres, notamment sur la côte nord-ouest des États-Unis, représentent cet oiseau.

Le pygargue à tête blanche, très présent dans le folklore américain, a été choisi comme emblème des États-Unis en 1782, quelque cinq ans avant la proclamation de la Constitution, par un comité présidé par Benjamin Franklin. Cet emblème se devait d'incarner l'idéal d'un peuple uni, courageux, fort et généreux. La majorité se prononça en faveur du pygargue, malgré l'opposition de Franklin. Celui-ci trouvait en effet, tout comme le peintre naturaliste Audubon, que cet oiseau possédait « une bien mauvaise morale », qu'il était « malhonnête, lâche », et bien d'autres choses encore. Au rapace, il préférait… le dindon sauvage ! Ce dernier est moins majestueux certes, mais l'histoire est facétieuse car les plumes de cet oiseau sont utilisées aujourd'hui dans la confection des parures amérindiennes en remplacement de celles du rapace.

5.3. L'homme au secours du pygargue

La chasse et la destruction des habitats naturels par l'homme furent les premières causes de diminution des pygargues. Vinrent ensuite la pollution directe ou indirecte (eaux polluées), et surtout l'utilisation de pesticides, qui décimèrent les populations. Le DDT, utilisé à partir de 1947, eut pour effet de réduire l'épaisseur de la coquille des œufs et coïncida avec une très forte diminution de la reproduction. En outre, l'ingestion de proies tuées par des plombs de chasse fit mourir de saturnisme nombre d'oiseaux.

Devant la disparition inexorable du pygargue américain, due en grande partie à l'homme, des scientifiques se sont mobilisés.

Le coup d'envoi de la campagne de sauvetage de cette espèce, protégée depuis 1973 par l'Endangered Species Act, a été donné en 1976, lorsque deux oiseaux furent lâchés dans l'État de New York. Cette technique de réintroduction commence à partir d'enclos où sont enfermés des jeunes de 6 à 9 semaines environ, et ce pendant 1 à 2 mois. Ils sont nourris mais ne voient jamais les hommes qui s'occupent d'eux. Lorsqu'ils sont relâchés, on continue de les alimenter près de l'enclos pour les « fixer » sur les lieux.

En Europe un programme de préservation du pygargue à queue blanche a été mis en œuvre, avec une campagne de réintroduction en Écosse couronnée de succès.

Le sauvetage du pygargue semble en très bonne voie. Il est aujourd'hui possible d'espérer voir ce magnifique « roi des airs » se réinstaller aux abords des lacs et des rivières que fréquentaient ses ancêtres. Ses capacités d'adaptation sont suffisantes pour que les modifications d'habitats, si elles ne sont pas irréversibles, ne l'empêchent pas de conserver sa place parmi la faune prestigieuse des espaces américains.

5.4. L'intime des dieux

Déjà, dans l'Antiquité, les rapaces, symboles du Soleil et donc de la lumière, avaient une place privilégiée auprès des dieux. Pour les Grecs, seuls les aigles pouvaient fixer le Soleil sans être aveuglés. Les mythes et les légendes concernant le pygargue ne manquent pas. Les Romains croyaient qu'il était le seul oiseau à cohabiter avec les résidents des cieux. Aristote croyait que le pygargue à queue blanche emmenait ses jeunes à une hauteur extraordinaire pour les confronter à l'épreuve de l'astre solaire.

Malheur à celui qui montre un quelconque éblouissement en clignant des yeux ou en pleurant, car il sera immédiatement sacrifié !

Dans les croyances populaires, il est dit que l'aigle a de la difficulté à pondre des œufs. Afin de stimuler la femelle, le mâle dépose dans son nid une pierre blanche (certains auteurs parlent même de deux pierres, l'une « mâle » et l'autre « femelle »). Selon ces légendes, ces pierres se trouvent alors investies d'un pouvoir de guérison universel. Il suffit de s'en procurer une, de l'enfermer dans la peau d'un animal sacrifié, pour que ce talisman protège de toute naissance prématurée les femmes enceintes et les femelles prêtes à mettre bas.

Cette croyance se retrouve dans les mythes qui président à la naissance des grandes cités religieuses. À Delphes, par exemple, l'emplacement où la ville fut édifiée, désigné comme « nombril » (omphalos) du monde, était symbolisé par une pierre blanche tombée du ciel (des serres d'un aigle, pour certains), là où Apollon, dieu de la Lumière du Soleil, avait tué le serpent Python. On raconte ailleurs que ces pierres blanches protégeaient l'aire du rapace de tous les empoisonnements ; l'oiseau en prenait grand soin en les nettoyant fréquemment avec des herbes rares. Celui qui portait ces pierres miraculeuses pouvait devenir invisible...

De ce mythe, on retrouve en Amérique du Nord des traces véhiculées chez les colons installés dans le sud du Canada. Selon celles-ci, « dans chaque nid », les pygargues conservent un « galet de quartz blanc ». En référence à cette histoire, les ornithologues américains ont vérifié la présence d'objets blancs dans les nids et ont réalisé des expériences sur l'attrait particulier qu'auraient ces objets pour les oiseaux. La démonstration a été faite que les pygargues jouent volontiers avec des bouteilles en plastique blanc, comme avec n'importe quel objet de n'importe quelle couleur, trouvé au hasard.