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poule d'eau

Poule d'eau
Poule d'eau

Seuls les hochements de queue faisant apparaître les plumes blanches peuvent attirer le regard sur ce petit oiseau d'eau, si discret qu'il passe souvent inaperçu, mais qui est pourtant l'un des plus répandus au monde, puisqu'il se rencontre aussi bien dans les îles peu fréquentées que sur les canaux d'Amsterdam.

Introduction

La poule d'eau appartient à la famille des rallidés, une très vaste famille qui compte environ 150 espèces et couvre le monde entier (à l'exception des pôles). Les plus lointains ancêtres de ces oiseaux souvent furtifs, habitant des milieux plus ou moins aquatiques et à la végétation dense, seraient apparus il y a environ 70 millions d'années, au créatcé supérieur.

Les dépôts du quaternaire, particulièrement riches en restes fossiles, ont montré que certains rallidés ont effectué de longues migrations jusque dans des îles océaniques lointaines qu'ils ont colonisées avec succès. Une fois installés sur ces îles où aucun prédateur ne les menaçait, ils ont perdu leur aptitude au vol, devenant aptères. L'arrivée de l'homme avec ses compagnons, rats, chats, chiens et autres mammifères, a parfois été dramatique pour ces oiseaux.

Partout victimes de l'expansion des explorations humaines, les rallidés ont connu l'extinction d'au moins 22 espèces depuis le xviie siècle. Plusieurs espèces sont aujourd'hui encore menacées de disparition.

La famille des rallidés appartient à l'ordre des gruiformes. De formes et de couleurs très différentes, la dizaine de familles qui le composent ont en commun l'absence de jabot, l'habitude de voler le cou tendu et les pattes traînant vers l'arrière, et de donner naissance à des oisillons  nidifuges (qui quittent rapidement le nid après l'éclosion).

La poule d'eau est une lointaine cousine du kagou huppé (ou cagou), Rhynochetos jubatus, emblème de la Nouvelle-Calédonie et unique représentant des rhynochétidés, des grues (gruidés), ou encore des outardes (otididés). Sa famille, celle des rallidés, est la plus nombreuse de l'ordre des gruiformes, et la seule, avec celle des grues, à avoir une répartition mondiale.

La vie de la poule d'eau

Des territoires sous haute surveillance

Quand vient la fin de l'hiver, les poules d'eau mâles se mettent en quête d'un territoire de nidification à proximité d'une surface d'eau calme ou courante, bordée par une végétation suffisamment dense pour leur permettre de se dissimuler. Chaque mâle, dès qu'il a choisi son espace, le parcourt en poussant des cris sonores et en hochant sa queue, dont les plumes blanches du dessous font comme un signal lumineux. Il marque ainsi sa présence et affirme sa propriété. Lorsqu'un autre mâle franchit la frontière de son domaine, le propriétaire fonce sur lui tête baissée, exhibant les couleurs vives de son bec et de son bouclier frontal, gonflant les ailes et agitant la queue. Si l'intrus ne bat pas en retraite, il le poursuit, à la course ou à la nage, en agitant les ailes. Si l'oiseau indésirable persiste, c'est la bagarre : les deux adversaires se font face, le corps basculé en arrière, battant des ailes, et échangent de vigoureux coups de patte. Parfois, ils se reculent un instant pour récupérer, puis reprennent le combat. Quand les protagonistes cessent enfin leur pugilat, ils s'éloignent dos à dos, les ailes gonflées, mettant en évidence le motif noir et blanc du dessous de leur queue. Sans cesser de s'observer, chacun rejoint son territoire. Au bout de quelques mètres, ils recommencent à picorer, comme si de rien n'était : le conflit est terminé. Mais l'endroit où les deux oiseaux se sont séparés est dès lors considéré comme un point de la limite territoriale. À chaque nouvelle querelle, cette frontière peut être remise en cause et déplacée suivant le résultat de la rencontre.

Tous ces comportements agressifs, plus ou moins ritualisés, ont lieu sur l'eau aussi bien que sur terre. Les poules d'eau défendent leur domaine pendant toute la saison de nidification, qui, dans les régions tempérées, dure de mars jusqu'à fin août, mais les combats s'engagent surtout au début de cette période, quand les territoires sont encore mal définis.

Sédentarité ou migration

À la fin de l'été, le comportement territorial disparaît. Les jeunes quittent leurs lieux de naissance. Les couples se séparent, sauf dans les rares cas où la richesse du territoire et la clémence du climat leur permettent d'y demeurer l'hiver. Animal extrêmement adaptable, la poule d'eau est, à cette saison, aussi bien sédentaire que migratrice, vivant solitaire et erratique ou en groupe lâche de plusieurs dizaines d'individus, selon la région et le climat. L'important est pour elle de trouver un endroit où l'eau ne gèle pas et où la nourriture est suffisante. C'est ainsi que des poules d'eau viennent passer l'hiver sur le lac de Genève et retournent nicher au printemps trois kilomètres plus loin, dans de petits marécages des montagnes avoisinantes.

En Europe, les déplacements ne dépassent pas quelques dizaines ou quelques centaines de kilomètres, bien que certaines poules d'eau aient atteint le Tchad ou le Mali après avoir traversé la mer Méditerranée et le désert du Sahara. Ces vols migratoires s'effectuent toujours de nuit et par temps clair, ce qui permet à l'oiseau de repérer du ciel les plans d'eau qui brillent comme un miroir. Un cadavre trouvé dans les Alpes à 3 200 m d'altitude est peut-être la preuve que les poules d'eau volent très haut durant leurs migrations ; en temps normal, elles ne s'élèvent que de quelques mètres.

Une exploration continuelle du territoire

Active avant le lever du jour et jusqu'après le coucher du soleil, la poule d'eau passe la journée à parcourir son territoire à pied ou à la nage, en inspectant le sol, la végétation riveraine ou la surface de l'eau, toujours à la recherche de nourriture. Elle peut plonger la tête sous l'eau, même parfois le corps entier, pour saisir un mets qui l'intéresse, et nage, donnant un coup de bec à droite, un coup de bec à gauche, et hoche régulièrement la queue pour montrer ses plumes blanches. À terre, elle se faufile dans la végétation dense des berges, où elle se précipite parfois sur une proie volante, insecte ou libellule. Elle se promène tranquillement en picorant de-ci, de-là sur des espaces dégagés comme les berges nues, les pelouses de parc ou les labours, mais sans jamais s'éloigner de l'eau, qu'elle rejoint à la moindre inquiétude. Elle grimpe volontiers dans les branches des buissons en utilisant ses pattes aux longs doigts et en s'aidant de ses ailes.

Elle ne s'arrête que pour faire sa toilette ou se reposer un instant, mais sans jamais cesser de surveiller son domaine. Dès qu'elle perçoit quelque chose de suspect, elle court sur l'eau en se maintenant à la surface grâce à ses battements d'ailes et va se cacher dans la végétation la plus proche. Si elle trouve l'abri trop éloigné, elle décolle d'un vol rapide et direct, avant de replonger très vite pour se dissimuler dans la végétation.

Une alimentation terrestre et aquatique

La poule d'eau se nourrit de tout ce qu'elle peut attraper : bourgeons, pousses, feuilles, fleurs, fruits et graines de nombreuses plantes terrestres ou aquatiques (graminées, phragmites, renoncules, mousses, joncs, carex, lentilles d'eau, potamots, fruits de nénuphars, mûres, céréales). Elle avale aussi de petits animaux : vers, mollusques (surtout des escargots d'eau et des coquillages), petits crustacés, araignées, toutes sortes d'insectes, et, à l'occasion, alevins, têtards, charognes ou même des œufs d'oiseaux aussi gros que ceux du colvert. Mais les éléments végétaux semblent dominer.

Opportuniste, la poule d'eau s'adapte aux ressources locales. Elle peut ainsi adopter un régime beaucoup plus spécialisé et, par exemple, consommer surtout du riz quand elle vit près des rizières. Dans certains zoos, des poules d'eau sauvages s'installent dans les mangeoires des flamants ou des canards et partagent leur repas.

Les couples construisent ensemble le nid

Dans les régions tempérées, les poules d'eau se reproduisent de mars à fin août, avec un maximum d'intensité entre avril et juillet. Lorsque, partis de leurs zones d'hivernage, les oiseaux arrivent sur les sites de nidification, les mâles s'installent aussitôt. De façon très inhabituelle, ce sont les femelles qui entrent en compétition entre elles pour pouvoir s'accoupler. Certaines femelles se voient élues sitôt après l'installation des mâles, tandis que les autres poursuivent leur chemin et tentent leur chance un peu plus loin. Quand une femelle pénètre sur son territoire, le mâle s'approche d'elle en posture d'intimidation et la salue en plongeant le bec dans l'eau tout en émettant des sons graves et sourds. Elle s'écarte d'abord, puis lui fait face et l'imite. Après avoir répété plusieurs fois ce cérémonial, les deux partenaires nagent et se nourrissent ensemble ou se reposent en se becquetant mutuellement la tête et le cou. L'accouplement a lieu soit à terre, soit sur une des plates-formes de parade que le mâle a construites dès le début de la saison de reproduction.

Pendant 3 à 5 jours, le mâle apporte les matériaux de construction, et la femelle élabore le nid, toujours dans un endroit très discret, sur l'eau ou à terre dans la végétation dense du rivage, à l'abri d'un buisson ou même dans un arbre, jusqu'à 8 m de hauteur.

Un nid très élaboré

Un nid très élaboré



À la différence des plates-formes de parade et des plates-formes de repos, qui ne sont faites que d'un amas de végétaux tassés, le nid est très élaboré. L'assise, généralement façonnée avec des branchettes, des joncs ou des roseaux, supporte une confortable litière en forme de coupe constituée de feuilles, de touffes d'herbe, de brins de jonc, de lanières de roseaux, relativement bien assemblés et constamment enrichis par des végétaux verts que le mâle apporte tout au long de la période d'incubation. Le nid mesure environ 15 cm de haut et 25 cm de diamètre extérieur. Quand il est situé sur l'eau, il est arrimé au fond ou à la végétation de surface. À plus de 20 cm au-dessus du niveau de l'eau, les oiseaux construisent une rampe d'accès.

Mâle et femelle couvent chacun leur tour

La femelle pond en général de 6 à 8 œufs au rythme de un par jour. Ovales, brillants, de couleur crème, tachetés et ponctués de brun, de pourpre et de noir, ils pèsent chacun 25 g et mesurent en moyenne 43 × 31 mm. La couvaison commence avec la ponte du dernier œuf, dure 3 semaines et est assurée en alternance par le mâle et la femelle. L'éclosion de tous les œufs est presque simultanée, et ne dure que quelques heures à peine.

Les poules d'eau sont des oiseaux nidifuges, c'est-à-dire que les petits sont capables de quitter le nid dès qu'ils sont sortis de l'œuf. Les jeunes poules d'eau naissent couvertes, d'un duvet noir, sauf sur la tête, qui est presque chauve et d'un rouge aussi vif que celui de leur bec et de leur plaque frontale. Les premiers-nés attendent la fin des éclosions sans guère s'éloigner et en restant sous la garde vigilante des parents. Mais ils peuvent déjà nager et remonter dans le nid.

Une grande famille

Quand tous les œufs sont éclos, la famille quitte le nid, qui pourra être utilisé pour une seconde couvée. Elle alterne alors les promenades sur l'eau avec des périodes de repos qui ont lieu sur des plates-formes spécialement aménagées à cet effet. Ce sont, comme les plates-formes de parade, de simples amas de végétaux tassés par les activités des oiseaux.

Durant les 3 ou 4 premières semaines de leur vie, les oisillons sont entièrement dépendants de leurs parents pour l'alimentation. Pour mieux les inciter à leur offrir de la nourriture, ils agitent leurs petites ailes et tendent le cou, mettant en valeur le rouge du bec et de la tête, qui a un effet stimulateur. Les parents les nourrissent en leur offrant du bout du bec des débris végétaux et des animaux. Ils leur apprennent aussi à reconnaître les aliments comestibles en faisant semblant de picorer quelque chose pour attirer l'attention du petit qui, par imitation, va s'en emparer et l'avaler. Quand ils sont affamés, les jeunes émettent aussi de petits cris qui stimulent le nourrissage des parents et les aident à les retrouver plus vite dans la végétation dense. En cas de danger, ils s'enfuient en courant ou en nageant, ou se cachent en plongeant. Ils peuvent aussi se dissimuler sous la végétation terrestre ou aquatique. Il leur arrive également de se réfugier sous le plumage de l'adulte. On connaît même des exemples de poules d'eau transportant à bout de bec leurs petits, à la nage et même en vol, pour les soustraire plus rapidement à un danger.

Le modèle des aînés

Imitant les adultes, les jeunes poules d'eau apprennent vite et savent se nourrir vers 25 jours, mais elles continuent à se faire alimenter par leurs parents jusqu'à 45 jours. Jusque-là recouvertes de duvet, elles acquièrent leur plumage juvénile entre 40 et 50 jours.

En général, une deuxième couvée succède à la première avant même que celle-ci n'ait atteint l'âge de l'indépendance (en moyenne, entre 70 et 80 jours). C'est alors le mâle qui prend en charge l'élevage des premiers jeunes. Quand la femelle entreprend encore une nouvelle ponte, ce qui est fréquent, ce sont aussi les jeunes de la couvée précédente qui nourrissent les plus petits. On peut voir alors des groupes familiaux lâches, où les tout-petits suivent leurs aînés et se font nourrir par eux. Ces comportements des jeunes qui imitent les adultes sont assez fréquents chez les poules d'eau. On a pu voir des poussins apporter des matériaux sur leurs reposoirs, se nourrir mutuellement, faire semblant de couver et même offrir de la nourriture à un adulte. Ces liens fraternels peuvent subsister jusqu'au début de l'hiver. Cet instinct d'imitation et de coopération qui commence très tôt est exceptionnel chez les oiseaux.

Pour tout savoir sur la poule d'eau

Poule d'eau (Gallinula chloropus)

Appelée aussi gallinule poule d'eau, la poule d'eau est un oiseau de taille moyenne, intermédiaire entre le râle d'eau et la foulque macroule, qui mesure de 32 à 35 cm de long et pèse de 250 à 300 g. Le mâle est de 5 à 10 % plus grand que la femelle, mais tous deux sont de même couleur. Comme tous les rallidés, à l'exception des foulques, la poule d'eau a le corps compressé latéralement. Cela facilite son déplacement dans la végétation dense des marais ou des sous-bois. D'autres oiseaux qui vivent dans les roseaux, comme les rousserolles ou les phragmites, présentent eux aussi cette particularité.

De loin, qu'elle marche ou qu'elle nage, la poule d'eau semble noirâtre avec une ligne blanche qui lui parcourt les flancs. De près, c'est un oiseau qu'il est difficile de confondre avec un autre. L'adulte a la tête noir ardoisé avec des reflets bleus sur le cou, le dessus du corps brun olive foncé, le dessous gris cendré. Les flancs sont plus foncés que la poitrine et séparés du dessus du corps par une série de plumes blanches qui dessinent un feston blanc très visible. Les plumes latérales du dessous de la queue sont blanches et forment un fer à cheval ou un triangle rendu très apparent par l'habitude qu'a la poule d'eau de hocher constamment la queue. Le bec (long de 26,3 mm en moyenne chez le mâle et de 24,5 mm chez la femelle) et le bouclier frontal qui prolonge la partie supérieure du bec sont rouge vif, mais la pointe du bec est jaune citron. Les pattes sont vertes ou vert-jaune avec un anneau orange-rouge, comme une jarretière, en haut de la partie nue du tibia. En fin de saison de reproduction, le plumage de l'adulte prend des teintes plus ternes.

L'oiseau immature a une coloration propre. Il est brun olive avec quelques plumes claires sur le dessus. La gorge et le menton sont blanc terne et entourés de plumes de couleur fauve. La ligne latérale est beige. Le ventre et le dessous de la queue sont blancs. Le bec et la plaque frontale sont brun verdâtre foncé et les pattes sont gris-vert avec un anneau jaune au tibia. Ces caractéristiques du plumage juvénile commencent à disparaître dès le mois de décembre et, en mars, toutes les poules d'eau ont leur plumage d'adulte.

Comme tous les rallidés, la poule d'eau possède de solides pattes musclées, munies de 3 longs doigts vers l'avant et d'un doigt vers l'arrière. Ces doigts sont terminés par de longues griffes très utiles pour s'accrocher aux plantes, grimper aux arbres ou se planter dans les sols mous. Les griffes des poules d'eau constituent des armes redoutables lors des affrontements territoriaux et peuvent infliger des blessures graves, mais ce n'est pas la règle. Chez les petits qui viennent d'éclore, les pattes se développent plus rapidement que les autres parties du corps.

La queue est courte, légèrement plus petite chez les jeunes femelles (de 59 à 76 mm), mais de longueur identique chez les mâles et les femelles adultes (de 63 à 84 mm).

Les ailes sont larges et moyennement longues. Le vol est rapide et direct : lors de ses migrations, l'oiseau atteint 50 à 60 km/h de moyenne, mais il ne peut changer de direction qu'en dessinant de larges courbes.

Le sens le plus développé est l'odorat, qui est réputé excellent comme chez tous les rallidés. Mais c'est à la vue que, lors des migrations, qui s'effectuent toujours par nuit claire, l'animal repère les plans d'eau à leur scintillement.

Les sous-espèces

La poule d'eau se rencontre un peu partout, sauf en Océanie. De nombreuses sous-espèces ont été décrites ; quatorze sont communément acceptées :

Gallinula chloropus sandvicensis, aux îles Hawaii ;

Gallinula chloropus cachinnans, aux îles Galápagos et en Amérique du Nord ;

Gallinula chloropus cerceris, dans les îles des Petites et des Grandes Antilles (sauf à la Barbade, où existe une autre sous-espèce, endémique, et à Trinité-et-Tobago) et dans le sud de la Floride ;

Gallinula chloropus barbadensis, dans l'île de la Barbade ;

Gallinula chloropus pauxilla, dans le nord-ouest de l'Amérique du Sud ;

Gallinula chloropus garmani, dans les Andes ;

Gallinula chloropus galeata, dans l'est de l'Amérique du Sud ;

Gallinula chloropus correiana, sur les îles des Açores ;

Gallinula chloropus chloropus, en Europe et en Asie ;

Gallinula chloropus orientalis, en Afrique, au sud du Sahara et, à l'est, jusqu'aux Philippines ;

Gallinula chloropus orientalis, en Afrique, au sud du Sahara ;

Gallinula chloropus indica, dans le sud de l'Asie ;

Gallinula chloropus pyrrhorrhoa, aux Mascareignes et à Madagascar ;

Gallinula chloropus guami, dans l'île de Guam, au sud de l'archipel des Mariannes.

GALLINULE POULE D'EAU ou POULE D'EAU

Nom (genre, espèce) :

Gallinula chloropus

Famille :

Rallidés

Ordre :

Gruiformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Taille moyenne ; plumage sombre, blanc sous la queue ; plaque frontale rouge ; bec rouge et jaune

Longueur :

32-35 cm

Poids :

250-300 g

Répartition :

Monde entier, sauf zones polaires et Océanie

Habitat :

Zones humides

Régime alimentaire :

Omnivore

Structure sociale :

Solitaire ou groupes lâches

Maturité sexuelle :

1 an

Saison de reproduction :

Printemps-été

Durée d'incubation :

De 19 à 22 jours

Poids de l'œuf :

De 22 à 29 g (moyenne 25 g)

Nombre d'œufs :

De 2 à 11 (moyenne 7) œufs par couvée

Longévité :

11 ans à l'état sauvage

Effectifs, tendance :

Commune partout

Statut, protection :

Oiseau gibier d'eau ; espèce non menacée

 

Signes particuliers

Bouclier frontal

La fonction de cette excroissance charnue qui prolonge la mandibule supérieure du bec et peut recouvrir l'essentiel du front est encore mal connue, mais il semble qu'elle joue un important rôle de signal visuel au cours des conflits territoriaux, des parades ou du nourrissage des jeunes. La grande taille de la plaque frontale pourrait indiquer un individu dominant.

Vol

La poule d'eau ne plane pas, ses ailes courtes offrant peu de portance. À l'envol, après quelques mètres de course, elle s'élève, cou tendu et pattes pendantes. Puis, pour offrir moins de résistance à l'air, elle ramène dans l'axe du corps les pattes qui dépassent alors la queue. Trop courte pour aider l'oiseau à se diriger comme chez les grands voiliers, celle-ci contraint la poule d'eau à de grands virages.

Doigts

Le tarse et les doigts sont, comme le reste du corps, de 5 à 10 % plus grands chez le mâle (tarse : de 49 à 55 mm ; doigt antérieur central : de 68 à 76 mm) que chez la femelle (tarse : de 44 à 51 mm ; doigt antérieur central : de 60 à 70 mm). Mais plus curieuse est la disproportion qui existe entre la longueur du tarse et celle du doigt, plus long de 2 cm environ, soit 33 %. Cette longueur étonnante des doigts permet à la poule d'eau de se nourrir sur la végétation flottante des marais et sur des sols très mous, exploitant des milieux difficiles d'accès à d'autres espèces. Elle facilite également la nage, même si les pattes ne sont pas palmées.

Les autres rallidés

Oiseaux de faible taille, les rallidés ont tous (hormis les foulques) le corps compressé latéralement pour mieux se déplacer dans la végétation. Leurs pattes sont assez hautes pour leur permettre d'avancer dans l'eau peu profonde et leurs doigts spécialement longs pour marcher sur des sols mous ou des plantes aquatiques. Tous les rallidés sont capables de nager. Leur plumage est souvent de couleur neutre ou mimétique. Leurs ailes sont petites et arrondies, leur queue est courte. Leur odorat est bien développé. Chez toutes les espèces, le poussin a une petite griffe, vestige archaïque, située au pouce du moignon de chaque aile encore nue, et avec laquelle il s'accroche à la végétation et se hisse hors de l'eau.

Les rallidés sont présents dans le monde entier à l'exception des régions polaires, et ont conquis les îles les plus éloignées où, en l'absence d'ennemis naturels, de nombreuses espèces sont devenues sédentaires, puis aptères. Ils forment une famille relativement homogène, qui possède dans l'ensemble les caractères décrits pour la poule d'eau, avec des adaptations plus ou moins terrestres ou aquatiques.

Les foulques

Passant la majeure partie de leur temps dans l'eau, les foulques possèdent un corps arrondi qui facilite leur flottabilité ; des membranes bordent les doigts et confèrent aux pattes un rôle de palmes. Les foulques se nourrissent surtout d'algues et de coquillages, mais aussi d'amphibiens, d'insectes et de crustacés aquatiques.

Il existe une dizaine d'espèces de foulques. La majorité habite le Nouveau Monde ; six espèces se rencontrent en Amérique du Sud. La foulque d'Amérique (Fulica americana) habite aussi l'Amérique du Nord et quelques îles des Antilles. Fulica caribaea se trouve dans pratiquement tout l'archipel des Antilles, ainsi qu'au Venezuela ; ses effectifs sont en diminution. À Hawaii vit une espèce endémique et vulnérable, la foulque d'Hawaii, Fulica alai. La foulque de Newton (Fulica newtoni), qui habitait La Réunion et l'île Maurice, s'est éteinte au cours de la seconde moitié du xviie siècle.

Foulque macroule (Fulica atra)

Répartition : niche couramment sur les lacs et les étangs d'Europe.

Comportement : il lui faut des surfaces d'eau importantes pour être à l'aise, mais c'est un oiseau qu'on peut voir se nourrir à la sortie des égouts ou sur les pelouses des bords des routes. En hiver, c'est un oiseau grégaire qui forme des groupes de plusieurs dizaines de milliers d'individus se déplaçant au fur et à mesure de l'épuisement des ressources. La foulque macroule peut rester plusieurs minutes sous l'eau, surtout si elle se sent menacée.

Foulque caronculée (Fulica cristata)

Répartition : espèce commune en Afrique subsaharienne ; en Afrique du Nord, seulement au Maroc (elle a disparu de Tunisie et sans doute aussi d'Algérie), et en Europe, seulement au sud de l'Espagne.

Les gallinules

Les gallinules (genre Gallinula) comprennent neuf espèces actuelles, dont la gallinule poule d'eau, Gallinula chloropus. La gallinule de Tristan (Gallinula nesiotis), endémique de l'archipel de Tristan da Cunha (Atlantique Sud), s'est éteinte à la fin du xixe siècle du fait des activités humaines, de façon directe (chasse, destruction de l'habitat) ou indirecte (introduction de mammifères exogènes prédateurs, tels le rat et le chat).

Les talèves

Les talèves (genre Porphyrio) sont représentées par cinq espèces actuelles, dont la talève sultane et la talève takahé de Nouvelle-Zélande (Porphyrio hochstetteri). À l'exception de la talève sultane, que l'on rencontre en Europe et en Asie, ces oiseaux habitent l'Amérique du Nord et du Sud, l'Afrique et l'Océanie.

On connaît trois espèces insulaires de talèves éteintes en raison de la chasse pratiquée par les colons et les baleiniers : la talève de La Réunion, Porphyrio coerulescens, vers 1730 ; la talève de Nouvelle-Calédonie, Porphyrio kukwiedei, probablement au cours de la seconde moitié du xixe siècle ; la talève de Lord Howe, Porphyrio albus, endémique de l'île Lord Howe (en Australie), dans le premier tiers du xixe siècle. La disparition du moho, Porphyrio mantelli, de l'Île du Nord, en Nouvelle-Zélande, est attribuée au changement d'environnement (réduction des prairies alpines) survenu pendant l'holocène, combiné à la chasse que lui faisaient les Maoris. L'espèce pourrait s'être maintenue jusqu'à la fin du xixe siècle.

Talève sultane (Porphyrio porphyrio)

Appelée aussi poule sultane ou porphyrion bleu.

Identification : grosse poule d'eau (40-47 cm) au plumage bleu-violet, plus sombre sur le dessus, bleu électrique sur la poitrine ; pattes, bec et plaque frontale rouge vif ; dessous de la queue blanc.

Répartition : étangs littoraux, lagunes, zones humides de l'Ancien Monde au-dessous du 42e parallèle nord : Europe méridionale, Afrique, Proche-Orient et Asie méridionale (la limite septentrionale de son aire de répartition y est le delta de la Volga, dans le nord de la mer Caspienne), et Océanie jusqu'aux îles Samoa.

En Europe, la talève sultane avait connu un très important déclin en raison notamment de la disparition des zones humides ; à la fin des années 1980, il ne subsistait plus que deux populations, une en Sardaigne et l'autre dans le sud-ouest de l'Espagne, dans le delta du Guadalquivir. En 1989, des individus de cette dernière population ont été réintroduits dans le nord-est de l'Espagne, dans le parc des Aiguamolls de l'Empordà, en Catalogne ; l'oiseau et ses habitats ont bénéficié de mesures de protection. Cette réintroduction a été un succès et, de Catalogne, la talève sultane a gagné le littoral méditerranéen français, d'abord sur l'étang du Canet, dans les Pyrénées orientales (1995), avant de s'étendre vers l'est : à la fin des années 2000, on la trouve en Camargue et dans les Alpes-Maritimes, ainsi que dans le sud de la Corse.

Alimentation : Omnivore ; régime essentiellement végétal avec une prédilection pour les plantes aquatiques.

Les râles et les marouettes

On connaît une centaine d'espèces de râles, répandues dans le monde entier ; le nombre de genres, qui varie selon les auteurs, peut aller jusqu'à une trentaine. Les marouettes, qui rassemblent 19 espèces réparties dans toutes les régions tempérées et tropicales, appartiennent aux genres Porzana (18 espèces) et Aenigmatolimnas (une espèce, précédemment incluse dans le genre Porzana). Il convient de noter que les râles du genre Amaurornis (neuf espèces) sont parfois aussi appelés marouettes.

Certaines espèces ont une vaste répartition, comme le râle ocellé ou râle de Schomburgk (Micropygia schomburgkii) en Amérique. Les râles nains (genre Sarothrura) et le râle à bec jaune (Amaurornis flavirostra) cohabitent, dans presque toute l'Afrique subsaharienne, avec le râle des prés (Crex egregia). Le râle à crête, Gallicrex cinerea (unique espèce du genre Cinerea), occupe pratiquement toute l'Asie (il est absent du sud-ouest du continent et de la Mongolie).

Certaines espèces endémiques d'îles minuscules, naturellement dépourvues de prédateurs, sont devenues aptères. Elles sont très sensibles aux dérangements et à l'introduction par l'homme, volontaire ou accidentelle, de prédateurs (rats, chiens, chats, etc.). Une quinzaine d'espèces de râles ont ainsi disparu depuis le xviie siècle.  

En Europe, râles et marouettes sont de petite taille, discrets et très difficiles à observer. Ce sont :

Râle d'eau (Rallus aquaticus)

Habitant des marais, c'est le plus connu, car sa voix, qui ressemble au cri d'un cochon qu'on égorge, se fait souvent entendre, de jour comme de nuit.

Répartition : il a une très vaste aire de distribution, qui couvre l'Europe, l'Asie (hors Asie du Sud-Est – il y est seulement occasionnel dans certaines régions), ainsi que l'Afrique du Nord et Madagascar.

Râle des genêts (Crex crex)

C'est le seul rallidé européen qui ne soit pas lié à la proximité de l'eau.

Répartition : on le rencontre dans toute l'Europe, en Asie (hors Asie du Sud et du Sud-Est) ; en hiver, il migre vers une grande partie du continent africain (au sud jusqu'à l'Afrique du Sud).

Autrefois très commun dans les prairies, le râle des genêts a connu, avec l'évolution des pratiques agricoles, un important déclin en Europe de l'Ouest dès la fin du xixe siècle.  L'agriculture intensive, notamment, perturbe sa reproduction : les fauchages l'empêchent de nicher s'ils sont trop précoces, ou détruisent ses nids ou ses jeunes s'ils sont plus tardifs. Des changements dans les pratiques agricoles affectent aussi le râle des genêts en Europe de l'Est et en Asie.

En France, la population de râles des genêts est en régression depuis le début du xxe siècle. En dépit de la protection totale dont l'espèce bénéficie à l'échelon national depuis 1981, elle est passée de quelque 2 000 mâles chanteurs en 1983-1984 à environ 1 100 en 1991-1992. Après une légère croissance dans les années suivantes (1 300 mâles chanteurs en 1998), la population française a connu un nouvel effondrement, pour descendre à 500 à 600 mâles chanteurs en 2001-2006. Ce déclin est à l'origine de la mise en place d'un plan national de restauration du râle des genêts sur la période 2005-2009.

Marouette ponctuée (Porzana porzana), marouette poussin(Porzana parva), marouette de Baillon(Porzana pusilla)

Identification : ressemblent à de petits râles d'eau avec le bec plus court.

Répartition : oiseaux migrateurs qui nichent dans le nord-est de l'Europe et hivernent au sud du Sahara.

Milieu naturel et écologie

La poule d'eau est commune dans une grande partie du monde entre le 60e parallèle nord et le 40e parallèle sud. Sa répartition est généralement continentale, mais certaines populations se trouvent limitées à quelques groupes d'îles. Elle est absente des régions polaires et des déserts et aucune de ses sous-espèces n'a conquis l'Australie.

La montée vers la Scandinavie

C'est en Europe que l'espèce atteint sa limite septentrionale. Dans les années 1980, la poule d'eau est en effet remontée au-delà du 65e parallèle sur la côte norvégienne. C'est le fait d'une évolution qui a commencé dans la seconde moitié du xixe siècle. Il a fallu attendre 1860 avant de trouver un nid en Norvège, et 1865 avant d'en découvrir un au Danemark. L'espèce ne nicherait tous les ans en Finlande que depuis 1950.

En même temps que ces oiseaux colonisent au printemps et en été de nouvelles terres au nord, il leur faut apprendre à regagner à la mauvaise saison des contrées plus clémentes. Ces populations de poules d'eau développent donc un nouvel instinct migratoire qui leur permet d'échapper aux rigueurs de l'hiver boréal. Cela n'est pas automatique et les effectifs de poules d'eau régressent fortement dans ces régions après chaque hiver rigoureux. Ces nouvelles migrations ne représentent pas de longs voyages, mais plutôt une dispersion vers le sud, comme si les oiseaux regagnaient les lieux d'où ils étaient partis.

Fuir le gel pour survivre

Les poules d'eau ont une grande tolérance pour les précipitations, l'humidité, le vent ou les variations de température, mais elles ne supportent pas le gel, qui réduit considérablement leurs possibilités de trouver leur nourriture. Tant que le site ou la région de nidification suffit à les nourrir et qu'il reste une surface d'eau libre, les poules d'eau ne se déplaceront pas ou peu. C'est le cas dans les régions chaudes et sur la façade océanique des pays tempérés (en Europe, les populations de Grande-Bretagne, de l'ouest de la France et celles du sud du continent). En revanche, les poules d'eau qui nichent au nord, en montagne (jusqu'à 2 400 m d'altitude au Cachemire) ou dans des régions continentales sont, elles, obligées de migrer vers des contrées plus hospitalières.

De l'eau douce et de la végétation

La poule d'eau se rencontre dans de nombreux types d'habitat, pourvu qu'il y ait de l'eau avec une végétation riveraine pour se protéger et s'alimenter. Des mares minuscules (quelques mètres carrés), des fossés, des marais, des rivières au cours lent, des canaux sont des endroits tout à fait propices à ces oiseaux, à condition que la végétation voisine puisse servir de refuge efficace, abriter le nid et offrir suffisamment de nourriture. Les roseaux, les massettes, les iris, les joncs, les buissons, les arbustes, les forêts inondées sont autant de végétaux ou de sites favorables.

La poule d'eau se nourrit plutôt dans les strates inférieures du marais, mais elle ne dédaigne pas pâturer en terrain dégagé sur des vasières, des herbiers ou des pelouses en milieu urbain. En revanche, il est rare de la voir en bordure d'eau saumâtre ou salée, car elle marque une nette préférence pour les eaux douces.

Les poules d'eau sont très souvent victimes des éléments. Si le gel est leur principal ennemi en hiver, au printemps, elles craignent les inondations qui, en faisant monter l'eau du marais ou des rivières qu'elles occupent, risquent de noyer leurs nids et de provoquer la perte de leurs couvées. C'est une des raisons pour lesquelles les oiseaux des marais, et notamment les poules d'eau, sont habitués à faire une ou plusieurs pontes de remplacement qui assurent le succès de leur reproduction.

Prédateurs divers

La poule d'eau est aussi la proie de nombreux prédateurs. Le busard des roseaux (Circus aeruginosus) ou le milan noir (Milvus migrans) n'hésitent pas à s'emparer des petits ou des oiseaux blessés ; hérons ou aigrettes peuvent également être dangereux pour les jeunes. La couleuvre à collier (Natrix natrix) est un prédateur important des œufs et il n'est pas rare de trouver une couleuvre endormie dans un nid de poule d'eau, prenant le soleil après avoir gobé tout ronds un ou deux œufs. Si elle y demeure trop longtemps, l'oiseau abandonne définitivement sa couvée. Les mammifères ne sont pas en reste et le campagnol amphibie (Arvicola sapidus) ou le renard (Vulpes vulpes) sont des prédateurs redoutables, aussi bien pour les œufs que pour les poussins. Même les brochets (Esox lucius) peuvent capturer des petits en les entraînant sous l'eau avant de les dévorer. Les nids peuvent aussi être détruits accidentellement par des rats musqués (Ondatra zibethicus) ou des ragondins (Myocastor coypus), animaux strictement herbivores, mais qui trouvent confortable de se reposer dans cet endroit douillet, occupé ou non.

Une cohabitation facile, sauf avec la foulque

Malgré ces nombreux dangers, la poule d'eau semble vivre une harmonie parfaite au sein du marécage. En fait, elle est bien adaptée à toutes ces menaces et ses habitudes permettent à l'espèce de prospérer. Sa ponte d'un grand nombre d'œufs par couvée, sa pratique presque systématique des pontes de remplacement, sa discrétion quand elle niche et sa prudence naturelle font que la poule d'eau reste l'un de nos oiseaux d'eau les plus communs.

La poule d'eau s'entend généralement bien avec les oiseaux d'autres espèces qui vivent dans son voisinage, bien qu'elle n'entretienne aucune relation particulière avec eux. Il est fréquent de voir une nichée de poules d'eau croiser une nichée de canards colverts ou de grèbes sans que cela ne porte à conséquence, chacun continuant son chemin. La foulque est le seul animal dont la poule d'eau ne semble pas tolérer la présence aux environs de son nid. Les deux oiseaux nichent rarement aux mêmes endroits.

La poule d'eau n'est liée à aucune autre espèce animale, même si elle utilise parfois une vieille hutte de rat musqué pour bâtir son nid.

La poule d'eau et l'homme

Un oiseau peu farouche

Animal familier quand l'homme ne lui cherche pas querelle, la poule d'eau fréquente les canaux du centre d'Amsterdam, le port de Genève ou les jardins de Bagatelle, près de Paris, mais devient farouche dans les régions où elle est chassée.

Un oiseau familier

Il n'est pas rare dans les pays du nord de l'Europe de voir les poules d'eau se nourrir dans les parcs publics à quelques mètres des promeneurs, à condition qu'elles ne soient pas l'objet de leur attention continue. Elles viennent parfois s'abriter des intempéries sous des abris artificiels, à côté des voyageurs, comme aux Pays-Bas sous les abris de bus. Une poule d'eau qui couvait a été vue utiliser une feuille de plastique qui traînait à proximité comme parapluie. À chaque arrêt de la pluie, l'oiseau se débarrassait du plastique et il s'en couvrait quand l'averse reprenait.

La poule d'eau tire aussi profit de la proximité de l'homme grâce aux ressources alimentaires qu'il peut lui procurer, directement ou indirectement : égouts, dépotoirs, pelouses bien entretenues des parcs et même les pâtées pour chiens et chats laissées dans les jardins. Si la poule d'eau est sûre de ne pas être dérangée, elle ira même jusqu'à construire son nid en évidence : dans le creux d'un mur, sur une épave flottante ou dans le nœud d'un cordage.

Gibier d'eau en Europe

Inversement, l'attitude des hommes peut rendre les poules d'eau extrêmement farouches et les faire fuir systématiquement. Chassés comme gibier d'eau  en France et dans d'autres pays d'Europe, ces oiseaux sont très prisés par les chasseurs, surtout par ceux qui sont débutants, car le vol des poules d'eau est lent et droit. De plus, ces oiseaux ne s'envolent qu'à la dernière extrémité, se dissimulant le plus longtemps possible.

À l'exception du râle des genêts, tous les rallidés d'Europe vivent près de l'eau. Cela les rend très vulnérables, car l'assèchement des zones humides, entrepris depuis plusieurs siècles, s'achève actuellement : le drainage, la disparition des prairies traditionnelles, l'emploi des engrais et la mécanisation des cultures ont condamné ces « zones inutiles ». À part la poule d'eau et la foulque macroule, dont les effectifs restent prospères, les rallidés ne survivent qu'en petites populations résiduelles dans des marais protégés. Les zones humides abritent en effet une très riche biodiversité, et des actions sont désormais menées pour sauver les derniers marécages indispensables à la fois comme derniers sites de nidification des oiseaux d'eau et comme escales de migrations.

Des oiseaux vulnérables

Cousins des poules d'eau, les râles sont de grands migrateurs, et les marins connaissent bien ces oiseaux qui échouent épuisés sur le pont de leur navire, parfois très loin en mer.

Jadis, ils ont atteint ainsi de nombreuses îles océaniques où, trouvant réunies toutes les conditions nécessaires à leur survie, ils se sont fixés définitivement. En l'absence de prédateurs, ils ont peu à peu perdu leur aptitude au vol et sont devenus aptères. Ils ont ensuite beaucoup souffert de l'arrivée des hommes. Sur ces petites îles longtemps restées sauvages, ces derniers ont décimé les oiseaux, soit directement (les marins ont toujours eu besoin de viande et les oiseaux insulaires se laissaient attraper à la main, car ils ne connaissaient pas d'ennemis), soit indirectement par les animaux que les hommes apportaient avec eux. Les chiens et les chats mangeaient les oiseaux, les rats décimaient les couvées, les cochons et les chèvres détruisaient la végétation nécessaire à ces oiseaux... De nombreuses espèces se sont ainsi éteintes.

Parmi les espèces de râles les plus récemment disparues figurent le râle de Wake (Gallirallus wakensis), endémique de l'île Wake (Micronésie), entre 1942 et 1945, et le râle des Fidji (Nesoclopeus poecilopterus) après 1973. Le râle de La Fresnaye (Gallirallus lafresnayanus) de Nouvelle-Calédonie n'a pas été aperçu depuis plusieurs décennies ; considéré comme en danger critique d'extinction, il est peut-être, lui aussi, éteint.

Plus de 25 espèces de râles sont actuellement menacées. Le râle sylvestre (Gallirallus sylvestris), endémique de l'île de Lord Howe (Australie), est en danger de disparition ; protégée, sa population s'est stabilisée autour de 130 individus adultes environ (2008). Le râle de l'île de Guam (Gallirallus owstoni) est quant à lui déclaré éteint dans la nature depuis 1994. Encore abondant à la fin des années 1960, il a été victime de la prolifération d'un serpent, Boiga irregularis, introduit accidentellement dans l'île (probablement par cargo, après la Seconde Guerre mondiale). Ce colubridé, qui se nourrit entre autres d'oiseaux, a fait des ravages dans l'avifaune de Guam, mais sa victime la plus importante a été le râle endémique de l'île. En 1981, on ne dénombrait plus que 2 000 râles de Guam et, deux ans plus tard, seulement 100. En 1987 disparaissait le dernier individu sauvage. Le râle de l'île de Guam fait l'objet d'un programme de reproduction en captivité, à Guam, dans une île proche, ainsi que dans plus de 15 zoos aux États-Unis.

Seules certaines grosses espèces aptères, vivant sur de grandes îles et habituées à se défendre, ont pu survivre à la présence de l'homme. Le weka de Nouvelle-Zélande (Gallirallus australis) et le râle géant de Papouasie (Megacrex inepta) ont même appris à se défendre contre les chiens et les rats, et sont capables de grimper aux arbres pour se mettre à l'abri. Ces deux espèces sont toutefois en déclin en raison des activités humaines.

Disparu et retrouvé : le takahé

Le takahé, ou talève takahé (Porphyrio hochstetteri), le plus gros des rallidés (3,3 kg), un talève aptère endémique de Nouvelle-Zélande, a été identifié en 1848 d'après des ossements anciens et porté disparu. Quand, un an plus tard, des chasseurs de phoques capturent le premier spécimen vivant, ils le mangent et ne rapportent en Angleterre que sa peau. Jusqu'en 1898, quatre spécimens seulement sont attrapés, et l'on pense ensuite l'espèce éteinte. Mais, en 1948, un oiseau est pris dans l'île du Sud. On découvre alors 300 takahés encore vivants. Ces effectifs ont connu ensuite un fort déclin, en raison de la dégradation de l'habitat et de l'introduction du cerf rouge, pour atteindre 118 en 1983. Depuis, des mesures exceptionnelles ont été mises en place pour les protéger : reproduction en captivité, introduction dans plusieurs petites îles dépourvues de prédateurs, etc. Au milieu des années 2000, la population totale de takahés a dépassé 300 individus.

Proche cousin du takahé, le moho (Porphyrio mantelli) est éteint. Endémique lui aussi de Nouvelle-Zélande, mais de l'Île du Nord, il est essentiellement connu par des fossiles. Il se serait raréfié avec le changement climatique de l'holocène, puis la chasse par les Maoris, arrivés en Nouvelle-Zélande vers 800 après J.-C., aurait contribué à sa disparition. Toutefois, le moho pourrait s'être maintenu jusqu'à la fin du xixe siècle (la capture d'un oiseau de ce type a été consignée en 1894).