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paradisier

Paradisier royal
Paradisier royal

Champions de la parade nuptiale, les paradisiers, ou oiseaux de paradis, arborent de fabuleux plumages et adoptent d'étonnantes positions pour séduire leurs femelles. Mais on ignore tout des origines de ces oiseaux des bois de Nouvelle-Guinée, dont la dernière espèce connue, découverte en 1939, possède la plus longue queue du règne aviaire.

Introduction

 Apparentés aux corbeaux, les oiseaux de paradis, rassemblés classiquement dans la famille des paradiséidés, font partie de l'ordre très vaste des passériformes. Ils ont été aussi rapprochés des oiseaux à berceaux ou jardiniers (ptilonorhynchidés) qui, comme eux, vivent surtout en Nouvelle-Guinée et dans les régions limitrophes. Mais les études de fossiles n'ont pas encore permis de retrouver quand leurs ancêtres se sont séparés.

Cependant, on sait que, au cours de leur évolution, les paradisiers se sont subdivisés en une quarantaine d'espèces de taille, de forme et de plumage extrêmement différents, alors que les quelque vingt espèces d'oiseaux à berceaux ont conservé la morphologie assez constante d'une grive plus ou moins colorée. Chez les uns et chez les autres, il est généralement de règle que les femelles soient seules à construire le nid et à élever les poussins. Mais les oiseaux à berceaux se distinguent par l'habitude qu'a le mâle de construire et de décorer son lieu de parade, certaines espèces allant jusqu'à édifier un véritable théâtre semi-circulaire de brindilles dont le dôme monte à plus de un mètre de haut ! Tandis que les paradisiers ont un autre comportement reproductif qui consiste en des parades nuptiales extraordinairement variées et spectaculaires.

Lorsque l'expédition de Magellan débarqua dans l'île de Batjan, aux Moluques, le raja local offrit pour Charles Quint, commanditaire de cette première campagne européenne, un esclave, des clous de girofle et deux dépouilles magnifiques d'« oiseaux de Dieu », considérés comme des talismans de survie. L'empereur en fit à son tour présent à l'évêque de Valladolid, qui fut émerveillé. La nouvelle fit sensation dans toutes les cours d'Europe. Quelques années plus tard, des marchands portugais rapportèrent des spécimens de grand paradisier, originaires des îles d'Aru. Les chasseurs indigènes ayant l'habitude de sectionner les pattes de cet oiseau, on le baptisa abusivement « paradisier apode ». De là naquit le mythe de l'oiseau de paradis qui vole à très haute altitude sans jamais se poser, la femelle pondant et incubant ses œufs sur le dos du mâle.

Au cours de ces explorations, au xixe siècle, le Français Lesson fut le premier scientifique à observer des paradisiers vivants.

La vie des paradisiers

Des oiseaux de forêt plutôt solitaires

Les paradisiers vivent dans la forêt et se cantonnent, en général, sur un territoire vaste de plusieurs hectares, qui s'étend de la cime des arbres jusqu'au sol. Ils quittent leur perchoir nocturne avec l'arrivée des lueurs de l'aube. Profitant des premières heures encore fraîches du jour, ils s'envolent avec des battements vifs à la recherche de nourriture, parcourant, s'il le faut, plusieurs kilomètres. Les espèces au bec court et large se nourrissent presque uniquement de fruits : noix d'acajous et muscades, qui sont disponibles toute l'année, mais aussi fruits du ficus (figues) et du banian, très abondants en saison mais moins riches.

À l'inverse, les espèces au bec très long sont surtout considérées comme insectivores.

Couples ou bandes sont rares

Certains paradisiers, comme les Manucodia, les Cnemophilus (désormais séparés dans la famille des cnémophilidés) et les Macgregoria (de la famille des méliphagidés selon certains et classés comme tels par l'U.I.C.N. [Union internationale pour la conservation de la nature]), vivent en couple, mais c'est l'exception. Chez la trentaine d'espèces qui possèdent un dimorphisme sexuel marqué (à l'âge adulte, ils sont très reconnaissables grâce à leur plumage), les groupes ne sont, le plus souvent, formés que de femelles et sans doute de jeunes mâles de moins de quatre ans, qui ont alors le même plumage neutre que leur mère. Dans de nombreuses espèces, les mâles adultes vivent totalement solitaires. Les paradisiers les plus typiques (genre Paradisaea) sont apparemment les plus grégaires, les mâles se rejoignant sur l'arbre de parade qui se trouve au centre du territoire du clan où circulent femelles et immatures. Seul, le paradisier de l'Empereur Guillaume (Paradisaea guilielmi)  vit réellement en groupes mixtes, puisque mâles et femelles se promènent en bandes bruyantes à la recherche de nourriture.

Nombre de paradisiers descendent jusqu'à terre et s'approchent des flaques d'eau, moins pour y boire que pour y prendre des bains qu'ils apprécient particulièrement. Plusieurs espèces d'oiseaux peuvent s'y rencontrer, mais, à la différence de certains oiseaux qui forment des groupes d'espèces aux régimes alimentaires complémentaires pour exploiter les ressources de cet habitat varié, les paradisiers s'associent peu avec les autres oiseaux de la forêt. Tout au plus le paradisier à gorge d'acier (Ptiloris magnificus) et le paradisier de Raggi ont-ils parfois été vus en compagnie de  Pitohui, voire de Turdoides.

Les mâles adultes, très voyants, et donc plus repérables par les prédateurs, passent la journée cachés dans les feuillages et ne manifestent leur présence que par des cris rauques. Ils ne sont guère visibles que sur l'aire de parade où, outre leurs vocalisations bruyantes, ils exhibent leurs plumes colorées. Les groupes de femelles et de mâles immatures sont beaucoup moins timides. À la tombée du jour, les paradisiers rejoignent la canopée.

Du nid à l'élevage, tout incombe à la femelle

Contrairement à la plupart des oiseaux, les paradisiers sont, à quelques exceptions près, polygames. Et, même chez les rares espèces qui vivent en couple, c'est toujours la femelle qui se charge de la construction du nid, le mâle se contentant alors passivement de la regarder faire.

Le nid des paradisiers est très élaboré. Large d'une vingtaine de centimètres de diamètre, il a la forme d'une coupe plus ou moins évasée, épaisse, constituée de lianes vivantes ou mortes, entremêlées de racines, de feuilles ou de mousses, selon les édificateurs. Des copeaux de bois mort tapissent parfois l'intérieur. Toujours situés dans les fourches des arbres, les nids observés étaient tous à une quinzaine de mètres d'altitude ou moins, mais il est probable que certaines espèces font leur nid encore plus haut.

Un seul petit à la fois

Un ou deux jours après l'accouplement, la femelle pond un œuf. Les œufs des oiseaux de paradis sont longs de 25 à 36 mm pour une circonférence de 15 à 27 mm ; ils ont une forme oblongue et un bout plus gros que l'autre. Leur couleur varie de l'orangé au crème en passant par une teinte roussâtre ou rosée. Ils sont toujours marqués de taches lavande, grises, brunes ou rougeâtres, harmonieusement disposées dans le sens de la longueur de l'œuf et s'intensifiant du petit bout vers le gros bout. Mais ces deux pôles n'arborent que la couleur de fond.

L'incubation dure de 13 à 21 jours selon les espèces. Les femelles alimentent leurs poussins surtout avec des insectes, du moins chez les Paradisaea. Le mâle ne participe à l'élevage que chez les rares espèces monogames comme  Manucodia. Le jeune quitte le nid entre 2 et 4 semaines après son éclosion. Mais, pendant encore environ 3 semaines, selon les observations des scientifiques, ces immatures, possédant déjà un plumage identique à celui des femelles, continuent à quémander de la nourriture à l'adulte qu'ils accompagnent. Mais on ne sait rien de la structure sociale de ces jeunes puisque leur plumage ne permet pas de les distinguer des femelles.

Si l'on a parfois trouvé deux œufs dans les nids de paradisier, il semble que jamais plus d'un poussin n'éclôt, du moins dans la nature, car, en captivité, des femelles ont déjà donné naissance à deux jeunes à la fois.

Œufs de couleur

Œufs de couleur



Les œufs des paradisiers sont particulièrement beaux. D'une grande variété, ils sont très colorés et facilement identifiables. Des œufs de l'espèce Manucodia keraudrenii, retrouvés dans le nid d'autres paradisiers et dans celui d'un gobe-mouches, Peneothello cyanus, ont conduit les ornithologues Harrisson et Walters à penser que l'espèce était parasite ; l'Australien Forshaw pense qu'il s'agit plutôt d'un vol de nid.

Le ballet de séduction du paradisier de Raggi

Pour attirer les femelles, les oiseaux de paradis mâles se livrent à des parades nuptiales où ils usent de tout leur ramage et déploient tout leur plumage sur des rythmes et dans des positions propres à chaque espèce.

Chez le paradisier de Raggi, typique du genre Paradisaea, dont l'ornithologue Gilliard a étudié la population de la vallée de Waghi, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les femelles sont brun terne tandis que les mâles adultes, à partir de l'âge de 5 ans, ont un plumage coloré.

Pendant la période de reproduction, qui dure de 6 à 9 mois pour l'ensemble de la population, mais qui est beaucoup plus courte pour chaque femelle prise individuellement, ces mâles chantent la sérénade sur l'arbre dit « de parade » (ou arène). Cet arbre, le même d'une année sur l'autre et d'une génération à l'autre, est toujours haut, bien en vue et situé au centre du territoire de la population donnée. Chaque oiseau y choisit une branche en pente sur laquelle il vient parader et qu'il défend avec acharnement. Celui qui a pris possession de la branche la plus centrale attire le plus de femelles et il est considéré comme le mâle dominant de l'arbre. L'arène est active toute la journée, les oiseaux ne s'éloignant guère, afin de marquer leur présence dès qu'un concurrent ou une femelle surgit.

Du cri à l'acte

Perché sur « sa » branche, le paradisier de Raggi commence par appeler les femelles fécondables en poussant des cris très forts et stridents, de plus en plus intenses et rapprochés, puis allant en decrescendo. Si l'une d'elles approche, l'oiseau, arqué vers l'avant, relève ses ailes et déploie comme un éventail toutes les longues plumes rouges de ses flancs, ou plumes de parade. Avec l'excitation croissante, il ramène ses ailes vers l'avant jusqu'à dépasser sa tête tandis que les plumes de parade forment une gerbe colorée dressée vers le ciel. Le paradisier de Raggi fait alors vibrer tout son corps tandis que sa queue, ornée de 2 très longs brins, pique vers le bas.

Si plusieurs paradisiers de Raggi paradent en même temps, c'est toujours la femelle qui choisit son partenaire pour l'accouplement.

Les lieux de parade

Les lieux de parade



Le paradisier de Raggi, comme la plupart des paradisiers, choisit de parader dans les hautes branches à plus de 20 m au-dessus du sol. Seuls le paradisier de Wallace et le paradisier royal paradent dans les branches du sous-bois entre 5 et 15 m de haut. Les sifilets et le paradisier magnifique, eux, choisissent les branches basses ou le sol.

Un éventail de parades propres à chaque espèce

Les parades nuptiales, réputées complexes, des paradisiers sont en général très sommaires chez les espèces monogames. Le plus souvent, les mâles se contentent de chanter sur une branche dégagée, puis de se lancer dans une course-poursuite avec leur partenaire.

Chez les espèces polygames dites « du premier type » (des genres Parotia et Pteridophora), les mâles, au plumage sombre orné de zones colorées aux reflets métalliques, paradent séparément, à terre ou dans les arbres. Les paradisiers du genre Parotia dégagent le sol sur 1 à 2 m de diamètre puis paradent sur place ou sur une branche proche. Le paradisier du Prince Albert sélectionne, au sommet d'un très grand arbre, une branche perpendiculaire à celle où viendra s'installer la femelle.

Des parades complexes

Chez les espèces Cicinnurus, paradisiers polygames dits « du deuxième type », les mâles paradent également seuls, mais leur plumage très coloré forme des éventails ou des plastrons tandis que leur queue est ornée de deux longues plumes recourbées. Le paradisier royal s'installe entre 5 et 20 m au-dessus du sol, dans des amas de lianes. Il étale en éventail les plumes de son poitrail, place perpendiculairement sa queue en lyre et hérisse le reste de son plumage jusqu'à former une boule de plumes ébouriffées suspendue sous la branche.

La parade la plus complexe est celle du paradisier magnifique, qui nettoie le sol sur 3 m de diamètre dans une zone de petits arbres dont il arrache même les feuilles. Puis, accroché à un arbuste, la tête à l'horizontale et le corps incliné vers le bas, il exhibe les coloris éclatants de son dos et les filets recourbés de sa queue. Fréquemment, il contracte de façon rythmique ses plumes pectorales vertes. Quand approche une femelle, il place son corps à l'horizontale, tête tendue vers le haut, et comprime tout son plumage sauf celui de la poitrine, qui se gonfle et se dégonfle. Il peut aussi se tenir dressé verticalement, queue à l'horizontale, et former une cape semi-circulaire avec les longues plumes jaunes de sa nuque. Juste avant l'accouplement, le mâle effectue une danse, qui ressemble à la parade en cape, mais au cours de laquelle il fait bouger son corps d'avant en arrière, gardant la tête de côté et le bec ouvert.

Chez les espèces polygames dites « du troisième type » comme les Paradisaea, les mâles, brillamment colorés, paradent seuls ou en groupe. C'est le cas du paradisier de Raggi et de celui de l'Empereur Guillaume qui, lui, finit suspendu à sa branche, en forme de disque blanc. Mais la plus belle parade est celle du paradisier bleu. Accroché tête en bas sous la branche, l'oiseau écarte les plumes de sa poitrine et de ses flancs jusqu'à former un triangle à pointe noire dont la base bleue est parallèle à la branche. Le bec ivoire pointe vers le haut. Cette danse dure trois minutes durant lesquelles l'oiseau vibre et émet un vrombissement sourd. Avec l'excitation qui monte, il tourne la tête de gauche à droite tandis que les deux longs brins de sa queue se balancent tel un métronome. Sous la poitrine, une large tache ovale noire, bordée de rouge, se contracte en rythme, et peut doubler de volume.

Pour tout savoir sur les paradisiers

Paradisier de Raggi (Paradisaea raggiana)

Comme tous les paradisiers du genre Paradisaea, le paradisier de Raggi a un dimorphisme sexuel très marqué. Autant le mâle est coloré, autant sa compagne est terne.

Le mâle a un bec fort et allongé, gris bleuté, terminé par une pointe blanche. Sur le pourtour, les plumes sont courtes, veloutées, noires à reflets verdâtres. Les joues et la gorge sont vert émeraude. L'iris est jaune. Le reste de la tête, la nuque, le dos jusqu'aux premières couvertures alaires ainsi qu'un fin collier de plumes au-dessus de la poitrine présentent une belle teinte jaune d'or. Le plumage du reste du dos est marron, virant un peu au roussâtre sur les ailes et la queue. La poitrine, noirâtre, devient brune sous l'abdomen puis rose-brun sous la queue. Sous les ailes, sur les bords de la poitrine et des flancs, s'échappent de longues plumes filamenteuses rouge vif, virant à l'orangé à leur extrémité. De la queue partent deux rectrices centrales réduites et deux très longues tiges, brunes à leur base, noires ensuite. Les pattes sont brun rosé.

La femelle a le tour du bec, les joues et la gorge brun sombre. Le reste de la tête, la nuque et un fin collier sont jaunâtres. Le dos, marron, vire au roussâtre sur les ailes et la queue. La poitrine, brun noirâtre, devient marron sur l'abdomen, avec quelques marques grises sur les flancs et sous la queue. Le bec est gris bleuté à pointe claire, les pattes brun clair, l'iris jaune.

Les immatures apparaissent identiques aux femelles adultes. Les mâles acquièrent leur plumage très lentement, peut-être en 5 ou 6 ans.

Par rapport à la taille du mâle, que le plumage nuptial (72 cm) grossit, les ailes (19 cm) paraissent courtes. Mais, comparées à la taille réelle de l'oiseau (35 cm), elles entrent dans la norme de celles des oiseaux forestiers. L'oiseau a un vol vif et ondulant comme celui des pies et produit, en battant des ailes, un bruit de frottement bien perceptible.

Les pattes, solides et allongées, se terminent par quatre doigts opposés (trois vers l'avant, un vers l'arrière) munis chacun d'un ongle de 10 à 14 mm. L'ensemble assure une excellente prise sur les branches aux oiseaux qui sautillent volontiers de l'une à l'autre, à la manière des mainates. On a également pu voir des paradisiers suspendus aux ramures. La morphologie des pattes assure également sa stabilité à l'oiseau quand, au moment des parades nuptiales, le mâle bouge beaucoup et bat constamment des ailes.

Cinq sous-espèces

Paradisaea raggiana est localisé à l'extrême sud-est de l'île de Nouvelle-Guinée.

P. r. salvadori occupe tout le sud de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, jusqu'à la frontière avec la Nouvelle-Guinée occidentale (partie indonésienne) et, au nord, la région centrale des plateaux. Mâles et femelles ont les épaules marron ; les plumes de parade sont teintées de gris cannelle à leur extrémité.

P. r. intermedia se trouve à l'est de la Nouvelle-Guinée ; le mâle a les épaules jaunes.

P. r. granti a une distribution mal définie, à l'est de la Nouvelle-Guinée, entre la rivière Mombare et les environs de Salamava. Chez le mâle, la tache jaune s'étend jusqu'au dos tandis que les plumes des flancs sont rouge-orangé. Chez la femelle, le jaunâtre de la tête se prolonge jusque sur le dos.

P. r. angustaevictoriae occupe le nord-est de la Nouvelle-Guinée. Le mâle a les épaules jaunes, mais les plumes des flancs, abricot vif, sont mâtinées de jaune à la base. Le collier est réduit et même souvent absent chez les deux sexes.

PARADISIER DE RAGGI

Nom (genre, espèce) :

Paradisaea raggiana

Famille :

Paradiséidés

Ordre :

Passériformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Plumes de parade rouge-orangé, gorge verte, tête et nuque jaunes (mâle adulte)

Longueur :

20 cm, plus 15 cm de queue ; ailes de 185 à 195 mm (mâle) ; de 157 à 161 mm (femelle) ; bec de 37 à 40 mm

Poids :

De 150 à 200 g, selon le sexe et la saison

Répartition :

Papouasie-Nouvelle-Guinée (est de l'île de Nouvelle-Guinée)

Habitat :

Zones boisées jusqu'à 1 800 m d'altitude

Régime alimentaire :

Frugivore et insectivore

Structure sociale :

Mâles, solitaires ; femelles et jeunes, en petits groupes, polygames

Maturité sexuelle :

Plumage d'adulte après 5 ans mais reproduction observée avant acquisition de l'état d'adulte

Saison de reproduction :

D'août à février

Durée d'incubation :

De 13 à 15 jours

Taille de l'œuf :

36 mm × 25,5 mm environ

Nombre de jeunes par couvée :

1 ou 2, quittent le nid à 1 mois

Longévité :

Entre 10 et 15 ans (estimation)

Effectifs, tendance :

Effectifs inconnus ; en diminution

Statut, protection :

Protégé dans les réserves ; toutes les espèces de paradisiers sont inscrites à l'Annexe II de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) : le commerce international des spécimens des espèces inscrites à cet annexe peut être autorisé et doit dans ce cas être couvert par un permis d'exportation ou un certificat de réexportation.

 

Signes particuliers

Bec

Le paradisier de Raggi possède un bec de longueur moyenne (de 35 à 40 mm) mais plutôt fort. C'est le bec d'un oiseau non spécialisé, qui lui sert aussi bien à décortiquer des fruits et à cueillir des baies qu'à picorer des insectes. Il peut même attraper ces derniers en soulevant un peu les écorces ou en déroulant les feuilles. Plus que sa couleur gris bleuté, c'est surtout son éclat qui frappe. Il semble réfléchir une lumière plus intense que celle qu'il reçoit dans le sous-bois sombre. Un phénomène partagé par d'autres espèces du même genre, et du genre Cincinnurus.

Muscles peauciers

Tous les oiseaux ont de petits muscles sous-cutanés, inutiles au vol, dont la contraction permet la mobilisation des plumes lorsque les volatiles s'ébouriffent pour lutter contre le froid ou pour toiletter leur plumage, ou bien encore dans certains types de parades, notamment celui que l'ornithologue australien Cooper a observé chez le paradisier de Raggi quand toutes les plumes vertes de la gorge sont hérissées au point de former une boule saillante.

Plumes de parade

Du bord de la poitrine et des flancs de l'adulte mâle s'échappent plusieurs dizaines de plumes dites « de parade », à cause de leur fonction unique. Leur pousse prend plus d'une année, et leur renouvellement est progressif. Le rachis de la plupart d'entre elles, long d'environ 40 cm, est pourvu de barbes, mais ces plumes, n'étant pas fonctionnelles pour le vol, ne possèdent pas de barbules. Les deux rectrices centrales de la queue sont réduites à un simple rachis, long de 48 cm.

Les autres paradisiers

Les paradisiers ont tous une allure de corbeau ou d'étourneau, un bec et des pattes fortes, un vol soutenu, et poussent souvent des cris puissants... En général, les mâles présentent un plumage spectaculaire ou des excroissances charnues (caroncules cutanées) colorées autour du bec. La famille des paradiséidés compte 13 genres (BirdLife International). Certains genres (Cnemophilus, Macgregoria, Melampitta) ont été reclassés dans d'autres familles. À l'exception des paradisiers des genres Lycocorax et Semioptera ainsi que de deux espèces du genre Ptiloris, tous les paradisiers vivent dans l'île de Nouvelle-Guinée. 

Manucodia

Cinq espèces difficiles à distinguer en nature, excepté par leurs cris : le paradisier d'Entrecasteaux, Manucodia comrii ; le paradisier de Jobi,  Manucodia jobiensis ;  le paradisier noir, Manucodia ater ;  le paradisier vert, Manucodia chalybatus ;  le paradisier de Keraudren, Manucodia keraudrenii.

Identification : ressemblent à de grosses pies, avec une queue plus courte. Plumage sombre à reflets violacés ; bec et pattes noirs, œil rouge vif.

Répartition : forêts, Nouvelle-Guinée ; Manucodia keraudrenii également en Australie.

Alimentation : frugivores.

Comportement : solitaires ou en couple. Parades frustes avec poursuites ; 1 ou 2 poussins. Le mâle aide au nourrissage.

Paradigalla

Deux espèces : paradisier caronculé, Paradigalla carunculata ; paradisier à queue courte, Paradigalla brevicauda.

Identification : noir mat ; reflets métallisés sur la tête ; larges caroncules jaunes couvrant l'avant de la tête ; petite excroissance bleu outremer sous le bec. Chez Paradigalla carunculata, une troisième caroncule rouge double la bleue.

Répartition et statut : forêts de montagne de Nouvelle-Guinée, entre 1 400 et 2 600 m. Paradigalla carunculata est endémique de la Papouasie occidentale (partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée) et classé dans la catégorie « quasi menacé » par l'U.I.C.N.

Epimachus

Quatre espèces : paradisier de Meyer, Epimachus meyeri ; paradisier fastueux, Epimachus fastuosus ; paradisier d'Albertis, Epimachus albertisi ;  paradisier à bec blanc, Epimachus bruijnii.

Identification : très long bec courbé.

Répartition : plaines côtières ou montagnes de Nouvelle-Guinée. Epimachus bruijnii est classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « quasi menacé ». Epimachus fastuosus, classé dans la catégorie « vulnérable », a un habitat fragmenté dans les montagnes du centre et de l'ouest de l'île.

Comportement : espèces plutôt insectivores, discrètes et parfois rares. Le paradisier d'Albertis parade à l'envers, accroché par les pattes à une branche proche du sol ; le cri de celui de Meyer ressemble à un tir de mitraillette.

Cicinnurus

Trois espèces :

– Paradisier royal, Cicinnurus regius.

Identification : petit ; tête, gorge, dos et ailes rouge vif ; poitrine divisée par une barre vert émeraude ; ventre blanc pur. De la queue partent 2 longues plumes filiformes, terminées par une partie plus large, spiralée et d'un vert émeraude.

Répartition : forêts de plaine de la Nouvelle-Guinée, entre le sol et la cime des arbres, à 15 ou 20 m de hauteur.

– Paradisier magnifique, Cicinnurus magnificus.

Identification : petit ; dessus de la tête et pattes bleus, nuque érectile jaune, dos rouge, gorge verte, queue spiralée violette, reste de la tête et ventre noirs, pourtour des ailes marron.

Répartition : forêts de moyenne altitude, Nouvelle-Guinée.

Comportement : les mâles paradent individuellement, très près du sol, lorsqu'ils aperçoivent une femelle ; 5 mouvements répertoriés.

– Paradisier républicain, Cicinnurus respublica.

Identification : petit ; plumage et parade des mâles semblables à ceux du paradisier magnifique.

Répartition : forêts de moyenne altitude ; endémique des îles de Waigeo et Batanta, au large des côtes occidentales  de la Nouvelle-Guinée. Victime de la dégradation de son habitat et de la chasse, il est classé dans la catégorie « quasi menacé ».

Seleucidis

Une espèce : paradisier multifil (Seleucidis melanoleuca).

Aussi appelé paradisier à douze brins.

Identification : plumes de parade des flancs longues, jaune citron, gonflées et duveteuses sans barbules, dépassant la queue sous le ventre ; 12 d'entre elles, de chaque côté, ont un rachis long de 30 cm qui remonte brutalement jusqu'aux épaules.

Répartition : côtes de Nouvelle-Guinée.

Comportement : parade en fin de journée sur une haute branche.

Paradisaea

Six espèces, outre le paradisier de Raggi : petit paradisier, Paradisaea minor ; grand paradisier, Paradisaea apoda ;  paradisier à poitrine grise, Paradisaea decora ;  paradisier rouge, Paradisaea rubra ;  paradisier de l'Empereur Guillaume, Paradisaea guilielmi ;  paradisier bleu, Paradisaea rudolfi.

Identification : bec de 3 à 4 cm selon les espèces ; très semblables au paradisier de Raggi.

Répartition : forêts ; Nouvelle-Guinée. P. rubra, endémique des îles de Waigeo, Batanta, Gemien et Saonek,  P. guilielmi, endémique de la péninsule de Huon en Papouasie-Nouvelle-Guinée et P. decora, restreint à Fergusson  et à l'archipel D'Entrecasteaux dans l'est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, sont classés dans la catégorie « quasi menacé » ; P. rudolfi, à l'habitat fragmenté, est considéré comme « vulnérable ».

Ptiloris

Quatre espèces, dont le paradisier à gorge d'acier, Ptiloris magnificus.

Identification : bec long, fort et courbé. Mâles noirs avec un triangle bleu ou vert métallisé sous la gorge, quelques plumes sur la tête de la même couleur et parfois sur les flancs et le ventre. Femelles brunes à ventre clair.

Répartition : deux espèces en Australie uniquement : Ptiloris paradiseus, endémique du Queensland et de la Nouvelle-Galles du Sud, et Ptiloris victoriae ; Ptiloris magnificus vit à la fois en Australie et en Nouvelle-Guinée ; la quatrième, Ptiloris intercedens, en Nouvelle-Guinée seulement.

Alimentation : insectivores.

Comportement : les mâles paradent en groupe. Le choix de l'arbre sur lequel se déroule la parade n'est pas indifférent.

Astrapia

Cinq espèces :  le paradisier de Mayer, Astrapia mayeri ; le paradisier à gorge noire, Astrapia nigra ; le paradisier de la Princesse Stéphanie, Astrapia stephaniae ; le paradisier de Rothschild, Astrapia rothschildi ; le paradisier splendide, Astrapia splendidissima.

Identification : bec fin et court ; très longue queue, souvent cassée ; plumage sombre à nombreux reflets bleus, verts, pourpres. Queue du mâle du paradisier de Mayer : 2 plumes blanches à bout noir atteignant 1 m de long !

Répartition : montagnes de Nouvelle-Guinée ; massif de l'Arfak (A. nigra) ; du mont Hagen (A. mayeri) et de l'Huon (A. rothschildi).

Alimentation : les paradisiers du genre Astrapia, plutôt frugivores, et les paradisiers du genre Epimachus se nourrissent parfois ensemble.

Lophorina

Une espèce : le paradisier superbe (Lophorina superba).

Identification : plumes de parade formant en permanence un plastron triangulaire bleu-vert métallisé.

Dessus de la tête bleu-vert, reste du corps noir mat ; depuis la nuque, cape de très longues plumes érectiles noires à reflets bronze.

Répartition : montagnes de Nouvelle-Guinée.

Comportement : lors de la parade, l'oiseau courbe la tête et présente sa cape verticalement ; le plastron forme un V sous la tête.

Parotia

Cinq espèces: le paradisier de Carola, Parotia carolae ; le paradisier de Lawes, Parotia lawesii ; le paradisier sifilet, Parotia sefilata ; le paradisier de Helena, Parotia helenae ; le paradisier de Wahnes, Parotia wahnesi.

Identification : tirent leur nom français des 6 plumes érectiles accrochées à la nuque ; œil bleu saphir ; plastron métallisé qui passe de l'orange au violet.

Répartition : hautes montagnes de Nouvelle-Guinée. Le paradisier de Wahnes qui vit dans les montagnes de la péninsule de Huon et dans les monts Adelbert, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, est classé dans la catégorie « vulnérable ».

Comportement : parades des mâles solitaires prés d'urne arène nettoyée.

Pteridophora

Une espèce : paradisier du Prince Albert (Pteridophora alberti).

Identification : noir dessus, jaunâtre dessous. Mâle : 2 plumes occipitales de 48 cm festonnées de petits miroirs bleu clair émaillé et plats (jusqu'à 44).

Répartition : forêts de montagne, centre de la Nouvelle-Guinée.

Semioptera

Une espèce : paradisier de Wallace (Semioptera wallacii).

Identification : plumage lustré de différentes nuances de lilas, de vert et de pourpre ; bouclier pectoral vert prolongé par deux longues pointes latérales ; légère crête grise et touffe de plumes hirsutes et jaunâtres ornant la base de la mandibule supérieure.

Répartition : espèce endémique des Moluques (îles Batjan et Halmahera).

Lycocorax

Une espèce : paradisier corvin (Lycocorax pyrrhopterus).

Identification : plumage sombre avec des reflets verts hormis la bordure blanche des couvertures intérieures. La queue est noir bleuâtre foncé. Dimorphisme peu marqué.  

Répartition : espèce endémique des Moluques (nord), du niveau de la mer jusqu'à 1 600 m d'altitude.

Cnemophilus

Classé pendant longtemps parmi les paradisiers, ce genre est désormais séparé dans la famille des cnémophilidés.

Trois espèces : paradisier huppé, Cnemophilus macgregorii ; paradisier de Loria, Cnemophilus loriae ; paradisier soyeux, Cnemophilus sericea.

Identification : petits, trapus ; bec plus court que la tête ; ailes rondes, plus longues que la queue. Dimorphisme sexuel peu marqué.

Répartition : montagnes de 2 000 à 3 500 m d'altitude, Nouvelle-Guinée.

Alimentation : frugivores.

Comportement : espèces très discrètes ; parades et comportements reproducteurs inconnus.

Paradisier Macgregor (Macgregoria pulchra)

Une espèce : cette espèce est désormais classée dans la famille des méliphagidés par Bird Life International et l'U.I.C.N.

Identification : de la taille d'un petit corbeau ; mâle et femelle similaires ; caroncule quasi circulaire autour de l'œil ; grandes taches ocre sur les ailes.

Répartition : forêts de montagne, ouest et sud-est de la Nouvelle-Guinée, vers 3 200-3 500 m d'altitude.

Comportement : en couple ou en petits groupes ; parade se limitant à une course-poursuite criarde. Le mâle aide à nourrir le petit.

Milieu naturel et écologie

Les oiseaux de paradis, tout comme les oiseaux à berceaux, sont propres à la région australienne : ils ne se rencontrent que sur un arc de forêt pluvieuse et subtropicale, allant des Moluques à l'Australie, en passant par la Nouvelle-Guinée. Plus de la moitié des espèces connues se trouvent exclusivement dans les forêts de montagne de l'intérieur néo-guinéen, ce qui tend à prouver que le berceau de la famille se situe précisément là et que la colonisation des régions basses et la division en plusieurs espèces (spéciation) sont un phénomène plus récent, ce que confirme la facilité avec laquelle les Paradisaea s'hybrident.

Une mosaïque de forêts et d'espèces

Les paradisiers fréquentent toutes les forêts, depuis les boisements côtiers jusqu'aux forêts rabougries des sommets, à 3 500 m d'altitude. La majorité des espèces vit entre 1 000 et 2 000 m dans des zones géographiques bien délimitées. C'est ainsi que, par exemple, les cinq espèces de Parotia et les cinq espèces de Astrapia occupent, respectivement, des chaînes de montagnes séparées.

La cordillère centrale montagneuse, très découpée et divisée, qui traverse l'ensemble de l'île de Nouvelle-Guinée, culmine dans les glaces aux monts Jaya (5 039 m). Les marais et herbages laissent place, entre 4 200 m et 3 700 m, à la forêt rabougrie de conifères et de myrtes couverts de mousse, avant que n'apparaisse, au-dessous de 2 700 m, le hêtre austral (Nothofagus), les plantes épiphytes et les bambous. Entre 2 000 m et 700 m d'altitude se situe la zone forestière la plus riche, où poussent figuiers, acajous, « chênes » (Castanopsis), araucarias et lauriers, mais dont le relief, l'orientation des flancs, l'hygrométrie contribuent à morceler le couvert végétal en une mosaïque forestière. Enfin, la forêt basse est la plus diversifiée, avec des arbres hauts de 40 m et plus, sous lesquels poussent des espèces plus petites et un sous-bois de lianes, de palmiers et d'herbacées telles que les fougères.

La moyenne annuelle des températures se situe entre 27 °C sur la côte et 21 °C à l'altitude moyenne où vivent les Paradisaea. L'humidité atteint 100 % la nuit. Les pluies tropicales de fin d'après-midi persistent toute l'année, avec des variations saisonnières liées à la géographie. Par endroits, la pluviométrie dépasse 10 m par an !

Les paradisiers du genre Paradisaea fréquentent toutes les strates de la végétation dense des arbres. Mais ils descendent rarement au sol : si le paradisier de Raggi y a été vu, celui de l'Empereur Guillaume paraît ne jamais quitter la canopée. Le meilleur endroit pour voir les paradisiers, abondants, peu discrets du fait de leur voix rauque, et somme toute peu farouches, est l'arbre de parade dont ils occupent toujours les branches élevées et découvertes.

Certains rapaces se nourrissent de ces oiseaux qui sont parmi les plus gros des forêts de Nouvelle-Guinée, notamment le petit aigle australien, Hieraaetus morphnoides, l'aigle ou autour de Doria, Accipiter doriae, ainsi que plusieurs autres autours.

Monogames ou non selon l'alimentation

Les études de terrain, rares et difficiles, ont surtout porté sur la distribution et le déroulement des parades. On sait toutefois que les paradisiers sont les principaux disséminateurs d'arbres à graines complexes, car, s'ils avalent les fruits, ils ne détruisent pas les graines qui traversent leur tube digestif, contrairement aux singes et aux écureuils qui broient fruits et graines.

Des études comme celles de l'Américain Beehler tendent à prouver que la différenciation en espèces et le développement du comportement sexuel et de parade sont directement liés à l'alimentation des oiseaux : ceux qui se nourrissent de fruits complexes, riches en protéines et énergétiques, tels que la noix de muscade ou le fruit de l'acajou, ont plus de temps pour les parades et s'avèrent polygames. À l'inverse, les paradisiers qui consomment des figues, surtout riches en glucides, sont monogames.

Hybridations naturelles

Hybridations naturelles



Les caractères génétiques des paradisiers sont si proches les uns des autres que les hybridations sont courantes entre espèces occupant le même habitat. Les premières expéditions sur le terrain révélèrent que 18 espèces décrites à partir de dépouilles du commerce n'étaient en réalité que des hybrides.

Le paradisier et l'homme

Des plumes étonnantes et très recherchées

Les oiseaux de paradis ont toujours fasciné les Papous, qui accordent la plus grande valeur décorative, religieuse et même commerciale aux plumes de ces oiseaux et miment dans leurs danses leurs parades nuptiales. Seule, la protection de la forêt tropicale permettra la survie de ces magnifiques oiseaux.

Les Papous s'en inspirent

Les Papous de Nouvelle-Guinée apprécient depuis toujours les plumes et les couleurs des paradisiers dont ils ont observé les parades. Le festival de danses traditionnelles du mont Hagen, qui se tient tous les deux ans, est l'occasion de voir défiler ces hommes dont les parents vivaient à l'âge de pierre, revêtus de leurs plus belles parures. Selon la tribu et l'environnement dans lequel elle vit, ces ornementations incluent non seulement des plumes de paradisiers, mais aussi des becs de calaos, des fourrures d'opossums, des peaux de reptiles, des plumes d'oiseaux à berceaux, de cacatoès, de perroquets vulturins ou de harpies de Nouvelle-Guinée.

Pour piéger les oiseaux de paradis, les Papous placent des collets sur les aires de parade. Ils chassent aussi à l'affût, à l'arc avec une flèche à 3 ou 4 pointes. L'ornithologue Thomas Gillard, qui cherchait à collecter un paradisier du Prince Albert, rencontra un Papou, à proximité de l'arbre de parade, occupé à la même besogne que lui. Celui-ci avait formé une baignoire accueillante, alimentée par de l'eau qui coulait goutte à goutte d'une feuille. Le bruit et l'attrait du bain devaient attirer l'oiseau, que le chasseur attendait à l'affût avec sa flèche.

On ne sait combien de proies un homme peut capturer durant une vie, probablement fort peu. Les plumes constituent un patrimoine qui se transmet de génération en génération. Les tribus de Port Moresby ne sortent les parures de paradisier royal que pour les fêtes religieuses.

Dans la vallée de Wahgi, il reste si peu de forêt que les paradisiers mâles de Raggi n'ont qu'un nombre limité de sites de parade. Les grands arbres sont donc tous attribués à des familles papoues qui surveillent l'évolution du plumage de « leurs » oiseaux avant de les capturer.

Le « truc » des paradisiers

Malgré un rythme de reproduction faible et une prédation intense à l'époque où leurs plumes faisaient fureur en Europe, les paradisiers sont toujours restés relativement abondants. Voilà qui intrigua les naturalistes. Ces oiseaux devaient avoir un « truc ». L'ornithologue français Jean Delacour a élucidé cette énigme en 1962 : dans une volière de Nouvelle-Guinée, il a découvert un nid, avec un poussin, et où se trouvaient deux « femelles ». Contre toute apparence, l'une d'elles était un mâle ! On a observé depuis des accouplements entre deux sujets au plumage semblable. Quand le nombre de reproducteurs diminue, les jeunes mâles, en plumage d'immatures, mais déjà sexuellement actifs, ont accès aux femelles.

Des noms aristocratiques

La majorité des paradisiers porte des noms aristocratiques. Baptiser ainsi les plus fameux oiseaux de la création était l'occasion de flatter protecteurs et amis. C'est ainsi, par exemple, que le paradisier de la Princesse Stéphanie, Astrapia stephaniae, découvert en 1884 par Carl Hunstein qui le transmit à l'ornithologue prussien Otto Finsh, porte le nom de la princesse héritière du trône d'Autriche.

Le paradisier du Prince Albert, Pteridophora alberti, s'appelle en anglais paradisier du roi de Saxe, ce qui rappelle que ce prince britannique avait aussi des droits sur le trône de cette province germanique.

Localisé à la péninsule de Huon, le paradisier de l'Empereur Guillaume, Paradisaea guilielmi, fut, bien évidemment, découvert par des collecteurs allemands.

Le paradisier de Raggi, ou du Comte Raggi, Paradisaea raggiana, fut nommé ainsi en l'honneur du comte qui supportait l'expédition d'Albertis.

Le paradisier bleu, ou paradisier du Prince Rodolphe, Paradisaea rudolphi, tire le sien de l'héritier du trône austro-hongrois, grand amateur de sciences, et d'ornithologie en particulier.

Quant au paradisier républicain, ou paradisier de Wilson, Cicinnurus respublica, il doit son nom à la volonté de Charles-Lucien Bonaparte, prince de Canino. Passionné d'histoire naturelle, ce neveu de Napoléon Ier, lassé du principe qui voulait que les plus beaux oiseaux aient des noms de têtes couronnées, choisit, par ironie, un nom républicain.

Wallace et les paradisiers

C'est au naturaliste explorateur Alfred Russell Wallace que l'on doit la première description scientifique d'un oiseau de paradis. Visitant les îles d'Aru en 1857, il décrivit le grand paradisier, Paradisaea apoda. Il nota aussi la technique de chasse et de préparation des peaux par les indigènes. Ces observations réduisirent à néant les vieilles légendes d'oiseaux sans pattes flottant dans l'éther de l'Éden : c'étaient simplement les Papous qui coupaient les pattes des oiseaux morts. Il se rendit ensuite aux Moluques où, en 1858, il découvrit sur l'île de Batjan une nouvelle espèce, le paradisier de Wallace, Semioptera wallacii, décrit par Gould. Cette même année, il écrivit en trois jours un brillant mémoire sur la théorie de la sélection naturelle des espèces. Darwin, auquel il l'envoya, fut sidéré de découvrir là l'essentiel de la thèse sur l'évolution à laquelle il travaillait depuis longtemps. Deux grands esprits s'étaient rencontrés ! Leurs résultats furent présentés en même temps à l'Académie des sciences. Si Darwin passa à la postérité, c'est que Wallace reconnut la primeur et la grandeur de son œuvre. Quant à Wallace, il a également laissé son nom dans l'histoire scientifique du fait que les grandes zones biogéographiques de la région néo-guinéenne ont été définies à partir de son travail. Il est immortalisé par la Wallacea, région qui regroupe les Célèbes, les Moluques et les petites îles de la Sonde, c'est-à-dire les archipels entre l'Asie et la Nouvelle-Guinée, où la faune et la flore sont intermédiaires. De même, on baptisa « ligne de Wallace » la limite fictive qui sépare Asie et Océanie, justement au niveau de la Wallacea. Cette ligne passe entre Bali et Lombok, entre les Célèbes et les Moluques. Les paradisiers, qui ne vivent qu'à l'est de la ligne de Wallace, ont à leur manière apporté leur pierre à l'élaboration des théories du grand homme.

Le boom des plumes

La collecte des oiseaux de paradis connut son apogée à la fin du xixe siècle, lorsque les plumes faisaient fureur en Europe. Une peau de paradisier de Raggi valait alors environ une livre sterling, celle d'un paradisier bleu atteignait 20 livres, somme énorme à l'époque. En 1913, la seule portion allemande de Papouasie exportait 10 000 peaux par an. À Londres, en 1912, une entreprise de plumasserie réceptionna un lot de 28 300 peaux. La Seconde Guerre mondiale et les changements de mode mettront fin à ce commerce, mais un trafic persiste malgré les interdictions.

Bons pour la captivité

Les paradisiers sont plutôt faciles à élever en cage et nombre d'entre eux s'y sont reproduits. Juste après la Première Guerre mondiale, le docteur Berrault, un aviculteur français, en conservait 19 espèces à Paris même ! La première reproduction ne fut toutefois enregistrée qu'en 1940, en Inde, avec un couple de Paradisaea apoda. En fait, la rareté actuelle des paradisiers dans les collections provient de l'interdiction des exportations depuis près de 40 ans. Or, les techniques d'élevage actuelles permettraient certainement le maintien de colonies reproductrices en captivité.

Une nouvelle espèce découverte en 1939

Le travail de description des paradisiers par les scientifiques remonte à quelque 200 ans seulement. Il fallut même attendre 1939 avant que l'on ne « découvre » le paradisier de Mayer (Astrapia mayeri), ou paradisier à queue rubanée, qui a, par rapport à sa taille, la plus longue queue de tous les animaux ! Le plus curieux dans cette histoire, c'est que l'oiseau fut baptisé et ses affinités établies à partir de deux plumes seulement, récoltées par le grand naturaliste explorateur Fred Shaw Mayer en 1938.

Il faut dire que cet oiseau vit dans les forêts d'altitude de la région centrale de la Papouasie, longtemps restée terra incognita, et les colonisateurs ont longtemps imaginé le centre de l'île comme un chaos de montagnes et de gorges inhabitées. Lorsque, le 8 mars 1933, un avion anglais y survola une grande vallée cultivée ressemblant, vue du ciel, aux zones agricoles de Normandie, on découvrit qu'elle était peuplée de 100 000 Papous restés à l'âge de la pierre. L'exploration et la colonisation, hâtées par la présence d'or, furent rapidement contrôlées afin d'éviter le choc des cultures. Quant aux deux plumes de Mayer, elles permirent à l'ornithologue Stonor de décrire l'espèce et de la nommer en l'honneur de l'explorateur qui les avait récoltées, très peu de temps avant son collègue Kinghorn du Muséum australien, qui avait reçu le même mois 3 oiseaux complets qu'il devait nommer A. macnicolli, en l'honneur de l'administrateur du Territoire. Priorité temporelle oblige en matière de description, l'explorateur eut, pour une fois, le dessus sur le fonctionnaire.