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maki

Maki
Maki

L'île de Madagascar est le seul endroit au monde où l'on puisse trouver à l'état sauvage le fascinant maki catta, à l'allure féline (catta signifie chat) et à la longue queue annelée. Lointain descendant de Purgatorius, premier animal appelé « primate » et dont les explorateurs n'ont retrouvé que des dents, le maki est un lémurien, ou primate primitif. Aujourd'hui, l'espèce est menacée par les déboisements.

Introduction

Apparus sur terre à l'éocène, il y a quelque 50 millions d'années, les premiers vrais primates se différencièrent très tôt en prosimiens, qui évoluèrent peu, et en simiens, ou singes proprement dits. Les scientifiques ont donné le nom générique de Adapis aux plus anciens fossiles de primates prosimiens découverts à ce jour. Ancêtres directs des lémurs, certains de ces adapis avaient, comme le maki, la taille d'un chat. Dès le début du miocène, il y a environ 25 millions d'années, certains prosimiens ont évolué en une classe à part, les lémuriformes, c'est-à-dire les singes à allure de fantômes (lémur). Des restes fossiles retrouvés en Afrique de l'Est attestent leur présence dans cette partie du monde dès cette époque. Parallèlement, d'autres populations de prosimiens évoluèrent, donnant notamment les galagos en Afrique et les loris en Asie, qui se sont trouvés en compétition avec les singes catarhiniens, plus évolués, de l'Ancien Monde. Les autres populations, celles des lémuriens de Madagascar, ont été sans doute mises à l'abri de cette compétition par l'isolement de l'île, qui a commencé à se séparer du continent africain au jurassique. Selon le chercheur français Renaud Paulian, la colonisation de Madagascar par ces animaux a pu se faire à bord de radeaux naturels de verdure entraînés par les courants. Par la suite, leur isolement leur a permis d'évoluer en liberté et d'occuper les sites écologiques, qui, en Afrique, étaient envahis en priorité par différents singes.

La variété des climats et de la végétation propre à Madagascar explique sans doute que ces animaux se soient, eux aussi, diversifiés et aient constitué de multiples espèces. L'île abrite ainsi cinq familles de lémuriens endémiques : les cheirogaléidés (29 espèces), les daubentoniidés (une espèce, l'aye-aye), les indriidés (18 espèces, dont l'indri, Indri indri), les mégaladapidés ou lépilémuridés (24 espèces du genre Lepilemur) et les lémuridés (20 espèces) dont fait partie le maki catta, Lemur catta. Il est plus proche, du point de vue génétique, du hapalémur, possédant en particulier, comme ce dernier, des glandes de marquage, absentes en général chez les autres espèces du genre Lemur. L'existence du maki catta est liée à la forêt, mais il passe plus de temps au sol que n'importe quel autre lémurien. Dans la dernière liste rouge des espèces menacées établie par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) [octobre 2008], sur ces 92 espèces de lémuriens, 38 ont été classées dans les catégories « vulnérable », « en danger » et, pour six d'entre elles, « en danger critique d'extinction ».  

La vie du maki

Une double vie : dans les arbres et à terre

Le maki vit et se déplace en groupes sur un domaine vital dont l'étendue varie, selon l'importance du groupe, entre 5,7 et 8,8 ha, soit une moyenne de 2 à 3 animaux par hectare. Au cours de ses pérégrinations quotidiennes, l'animal peut parcourir entre 920 et 960 mètres, une distance assez importante pour sa taille.

Des marques sur tout le territoire

Tous les animaux du groupe, mâles et femelles, marquent leur domaine vital. Le maki ne se contente pas de délimiter la périphérie de son territoire, il en marque toute l'étendue. Le marquage s'effectue en partie avec l'urine et les fèces, mais surtout grâce à des glandes cutanées situées sur les bras, les avant-bras, le scrotum et autour de l'anus.

Pour l'un comme pour l'autre sexe, le marquage génital est fréquent. Le maki commence par flairer un rameau ou la fourche d'une branche, puis il se retourne pour y déposer une sécrétion odorante. Effectuée par le mâle dominant, l'opération dure un certain temps. L'animal se tient debout sur ses quatre pattes. Il relève au maximum l'arrière-train en l'appuyant contre le support qu'il a choisi et le frotte alors deux ou trois fois, avec des gestes lents et mesurés, de haut en bas, sur 2 à 3 cm. Le frottement se fait avec la peau du scrotum chez les mâles, avec le clitoris chez les femelles. Souvent, d'autres makis, probablement excités par l'odeur, viennent aussi marquer l'endroit déjà imprégné.

Lorsqu'il s'agit de marquer un objet, une feuille par exemple, l'animal la serre des deux mains. Il se tient assis et ramène d'un mouvement brusque un coude après l'autre vers la ligne médiane du corps en laissant glisser ses mains sur la feuille. Ce comportement est surtout observé chez les mâles.

Les supports fixes, comme les rameaux ou les petites branches, sont le plus fréquemment marqués. Les makis arrivent à frotter la zone glandulaire de leurs pattes sur tout le pourtour du rameau. Ils le font de façon si brutale que l'écorce peut être déchirée par l'éperon corné que l'animal possède sur le 2e doigt du pied. Ce phénomène a été tout particulièrement observé par le chercheur français Alain Schilling. Bien souvent aussi, l'opération entraîne un frottement des glandes brachiales (seuls les mâles en possèdent) et antébrachiales les unes contre les autres.

Un primate aux bonds de félin

Si les lémuriens vivent en général dans les arbres, le maki catta, lui, fait exception. Selon le primatologue Robert Sussman, il passe 65 % de son temps au sol, adoptant parfois la position bipède. Mais, le plus souvent, il marche ou galope sur ses quatre pattes, celles de devant et celles de derrière travaillant presque ensemble. Il porte alors sa queue en arc de cercle, accompagnant sa progression d'un mouvement de flexion et d'extension de la colonne vertébrale, très visible.

Cependant, le maki catta reste un grimpeur exceptionnellement adroit, qui dort et se déplace dans le feuillage avec beaucoup d'agilité. Pour atteindre le sommet des arbres, où il aime trouver sa nourriture, il rejoint d'abord les grosses branches obliques. Ses bonds atteignent couramment de 5 à 6 m entre les branches verticales et les branches horizontales. Et il ne lui faut qu'une seconde environ pour franchir dans le vide les deux mètres qui séparent deux arbres et rejoindre d'autres membres du groupe, ou pour fuir un danger en allant se cacher dans le feuillage le plus dense.

Un saut de 2 mètres

Un saut de 2 mètres



En position de repos dans les arbres, le maki a les pattes postérieures repliées et les mains bien accrochées autour des branches pour ne pas tomber. Comme les autres primates, il ne se contente pas de s'aider de ses griffes, mais il entoure le rameau de ses doigts. Sur le point de bondir, le maki relève sa longue queue. Ses pattes antérieures sont complètement détendues et ses mains restent levées. Au milieu du saut, la queue retombe et les pattes postérieures fléchissent pour atténuer la force de l'impact. Ce bond de 2 mètres n'aura duré qu'une seconde.

Un groupe très lié autour d'une femelle

Les groupes sociaux des makis comprennent 16 individus en moyenne, ce nombre pouvant aller jusqu'à 25. Le noyau de base, constitué par une femelle adulte dominante accompagnée de ses jeunes et de un ou de plusieurs mâles dominants mais subordonnés à la femelle, est prioritaire dans toutes les activités, notamment pour l'accès à la nourriture. À la périphérie de ce noyau, on trouve les femelles dominées, leurs petits, les mâles et les juvéniles non dominants. Au moment des déplacements, la femelle dominante, accompagnée du ou des mâles dominants, prend la tête du troupeau. Mâles et juvéniles se regroupent et évoluent de manière autonome pendant la journée, pouvant s'éloigner du noyau central d'environ 50 mètres.

Les makis se rassemblent sans cesse, pour se déplacer ou se défendre. Ils le font aussi pour se reposer dans des sites constitués d'un ou de plusieurs arbres qui se côtoient et peuvent abriter tout le groupe. Ce repos diurne a lieu, en général, au milieu de la journée, entre 12 h et 14 h 30 pour 60 % d'entre eux. L'extrême cohésion des groupes s'exprime à travers toute une gamme de signaux visuels et sonores qu'ils s'adressent mutuellement. Les mouvements de balancier de la queue, lorsqu'ils accompagnent les grognements, indiquent leur degré d'excitation.

Une sorte de code morse

Les cris sont modulés selon une sorte de code composé de ronronnements, grognements, grincements, ronflements, crachements et surtout de miaulements, parfois faibles, « mmm », ou forts, « miaou », tantôt longs, tantôt brefs, et dont l'usage accompagne toute la vie quotidienne. Ainsi, un mâle dominant hurle avant son installation pour la nuit, et de faibles miaulements marquent souvent le déplacement. Dans la réserve de Berenty, à Madagascar, la chercheuse américaine Allison Jolly a noté que, lorsqu'elle quittait un groupe après une longue observation, les animaux émettaient en chœur une sorte de douce plainte.

La mimique corporellel

Chez le maki catta, une des espèces de lémurs les plus hiérarchisées, la mimique corporelle, très riche, est renforcée par les contrastes dus à la coloration du pelage. Les chercheurs ont pu décrire en détail toute une série de mouvements du corps liés à l'alerte ou à l'attaque. Ces mouvements de la tête, de la face, de la queue, en relation avec l'usage des glandes de marquage, influencent le comportement du reste du groupe. Ainsi, comme l'a remarqué le chercheur américain Andrew, la fixité du regard peut exprimer une attitude confiante. Si la tête est baissée, c'est que le maki se soumet ou se repose.

Un amateur de fruits sucrés

Dans les régions arides où il vit, le maki est toujours en quête de nourriture, consacrant une grande partie de sa journée à cette activité. De sept à dix jours suffisent au groupe pour explorer l'ensemble de son domaine vital, y découvrir, grâce à cette constante mobilité, jusqu'aux plantes les plus éphémères, et profiter de la floraison et de la fructification du plus grand nombre d'arbres. Le maki catta est un frugivore qui se nourrit entre 8 h et 11 h du matin et entre 14 h et 18 h.

Boire l'eau et la sève des arbres

À l'inverse des autres makis, qui cherchent leur nourriture dans les arbres, le maki catta se nourrit fréquemment au sol (65 % de son temps est consacré à l'alimentation). Ramassant les fruits tombés avec le museau, il mange alors à quatre pattes. Souvent, il s'assoit pour cueillir les baies des arbustes, les herbes ou les branches des buissons dont il porte les feuilles à sa bouche en s'aidant d'une ou des deux mains.

En toute saison, il aime lécher la sève des arbres, directement sur l'écorce, utilisant parfois ses incisives et ses canines comme un racloir pour déchirer l'écorce et en faire sortir le liquide.

Il se désaltère aussi avec de la rosée qu'il recueille tôt le matin ou en s'abreuvant avec l'eau accumulée dans les cavités d'arbres ou avec celle des mares qui se forment après la pluie. Le peu d'eau qu'il collecte ainsi en se servant de ses mains et en se léchant les doigts est suffisant pour compléter ses besoins, son alimentation contenant déjà 80 % d'eau. Après avoir mangé et bu au sol, le maki passe le reste du temps qu'il consacre à se nourrir (35 %) au sommet des arbres, à plus de 8 m de haut.

Le maki ne s'intéresse qu'aux branches les plus hautes. Dressé sur ses pattes postérieures et agrippé par les pieds, il choisit feuilles, fleurs ou fruits, selon l'arbre et la saison. Pour cueillir ce qu'il convoite, le maki tire la branche vers lui en saisissant la feuille ou le fruit, puis, relâchant la branche, il se met à manger. Il porte sa nourriture à sa bouche à la manière d'un écureuil, levant la tête tout en mâchant. Lorsque le fruit à cueillir est trop gros, il le coince contre un tronc ou une branche pour mordre dedans. Mais, souvent, le fruit tombe au sol avant qu'il ait pu le croquer. Le maki ne descend pas toujours le ramasser, surtout si d'autres animaux, un zébu par exemple, pâturent au pied de l'arbre.

En 1974, à Berenty (Madagascar), le chercheur américain Robert Sussman a dénombré 24 espèces de plantes consommées par ces animaux, mais 70 % de leur régime est constitué de huit espèces seulement. Les tamariniers (Tamarindus indicus) fournissent 24 % des ressources alimentaires du maki catta qui en apprécie surtout les gousses, mais aussi les feuilles, et parfois les fleurs (leur cueillette représente 6 % du temps que l'animal passe à se nourrir). Des opuntias, espèces de cactacées, sont aussi consommés, à l'occasion, par l'animal qui consacre 4 % de son temps de nourriture à en déguster la pulpe.

Un régime assez stable

Un régime assez stable



Toute l'année, les quantités de feuilles, d'herbes, d'écorce et de sève consommés sont à peu près semblables. En hiver, de mars à septembre, le maki recherche les fruits (70 %), qui ne représentent plus que 59 % de son régime en été. À cette époque, il profite des fleurs (10 %) et des cactus (1 %).

Une descendance peu nombreuse mais choyée

Durant les combats d'odeurs que se livrent les mâles avant l'accouplement, et que la primatologue américaine Allison Jolly a observés dès 1970, les deux adversaires se font face à 3 m de distance, les oreilles souvent plaquées sur la tête, la lèvre supérieure recouvrant les canines et le regard fixe. Très excités, ils émettent de petits grognements, des crachements ou de faibles grincements entremêlés de ronflements semblables à ceux des chats agressifs. Assis ou dressés sur les pattes arrière, ils ramènent leur queue entre les pattes avant et la saisissent, la tirant vers eux à plusieurs reprises pour l'imprégner de la sécrétion des glandes de leurs poignets. Puis ils se mettent sur leurs quatre pattes, l'extrémité de la queue dressée et venant taper rythmiquement la tête. Ce geste pousserait l'odeur vers l'adversaire qui s'enfuit alors avec un grognement agressif, marquant ainsi l'issue du combat qui dure entre 5 et 25 minutes. La femelle gifle le mâle vainqueur, lui signifiant ainsi qu'elle l'agrée comme partenaire.

Les accouplements ont lieu d'avril à juin entre mâles âgés d'au moins 29 mois et femelles ayant plus de 20 mois.

La période d'œstrus, pendant laquelle la femelle n'est réceptive que quelques heures (entre 8 et 44 heures), est très brève (entre 3 et 7 jours). Au moment de l'accouplement, la femelle lève la queue et l'arrière-train ou se couche sur le dos sur une branche. La copulation comporte entre 3 et 12 montes, parfois interrompues par l'arrivée d'autres mâles.

La majeure partie des naissances intervient en août et en septembre, moins souvent en octobre et en novembre. Le nouveau-né est déjà poilu, avec un pelage identique à celui de l'adulte, et il tient l'œil ouvert. La première semaine, il s'accroche au ventre de sa mère qui l'allaite et l'emmène partout avec elle, le léchant et le nettoyant. En cas de détresse, il pousse de petits cris perçants, identiques à ceux des rapaces.

Les jeunes nés l'année précédente s'occupent parfois de lui mais sont chassés par la mère lorsqu'ils se montrent maladroits.

Au bout d'une semaine, le jeune maki est pris en charge par toute la famille, les mâles s'occupant aussi de lui, à l'occasion. Vers cet âge, il passe du ventre de sa mère à son dos, et il n'a que deux semaines lorsqu'il lui arrive de se faire transporter par une autre femelle. Très vite, il commence ses premières explorations, mais ne se sépare de sa mère qu'à l'âge d'un mois. Dès lors, il gambade avec les autres makis de son âge, et engage des jeux avec des jeunes plus âgés, dont la queue lui sert de balançoire. Il ne revient vers sa mère que pour la tétée (le sevrage n'intervenant que vers 2 mois et demi) ou pour les déplacements du groupe, qu'il préfère effectuer sur son dos. Les petits makis ne sont véritablement indépendants que vers 4 mois.

Pour tout savoir sur le maki

Maki catta (Lemur catta)

Le maki catta est un petit lémur de 2 kg environ, dont la queue est à peu près aussi longue que la tête et le corps réunis. Chez le mâle, la tête est beaucoup plus forte et le museau moins allongé. La tête est bicolore : la face est blanche avec des zones noires sur le haut du crâne, autour des yeux et du museau. Ces zones en forme de poire autour des yeux font ressortir l'iris doré, cerclé de noir.

Chez le mâle comme chez la femelle, le corps est presque entièrement couvert d'un pelage brillant, gris teinté de brun sur le dos et plus clair sur le ventre. Quelques parties sont glabres, laissant apparaître la peau noire, notamment au niveau des poignets et du scrotum. La queue, non préhensile, est caractéristique de l'espèce. Rayée de 14 anneaux de poils blancs de largeur identique, elle est très fournie et mesure environ 50 cm de long lorsque le maki atteint sa taille adulte, à 2 ans. L'animal marche la queue dressée quand il se déplace au sol, à quatre ou à deux pattes, debout sur ses pattes arrière plus longues que ses pattes avant. Les épaules sont un peu plus larges chez le mâle que chez la femelle. Les doigts des mains et des pieds sont munis d'ongles, excepté le deuxième doigt de pied, terminé par une griffe dite « de toilettage » que l'animal utilise pour s'épouiller ou épouiller les membres de son groupe.

Animal très social, le maki catta jouit de sens très développés. Il perd rarement le contact visuel avec le groupe auquel il appartient, la vision, excellente chez l'espèce, jouant sans doute un rôle important dans la reconnaissance entre individus. Si d'aventure un maki se trouve isolé, il appelle ses congénères, jamais très éloignés.

Le répertoire vocal des makis est très étendu : hurlement de cohésion du groupe d'un mâle dominant, le soir ou à la saison de reproduction, auquel répondent les hurlements d'autres mâles et les miaulements aigus des femelles et des jeunes ; grognements d'alerte rapides (deux par seconde environ) qui s'intensifient et se transforment en aboiements, d'abord faibles puis plus forts, à mesure que le danger se rapproche (ils sont accompagnés alors de cris aigus et puissants) ; plaintes de détresse, perçantes et aiguës ou encore crachements et ronflements agressifs en cas de conflit. Dans certains cas, ces diverses vocalises sont appuyées par des expressions faciales.

L'odorat est très développé chez cette espèce, qui manifeste un comportement de marquage très prononcé.

Les mâles possèdent à la face antérieure des bras, près de l'articulation sterno-humérale, une glande sébacée volumineuse de forme ovoïde d'environ 3,5 cm de diamètre, dissimulée dans le pelage. Lorsqu'elle est pressée, une sécrétion brun foncé à l'odeur très forte et à l'aspect vermiforme s'échappe de son ouverture en forme de mamelon. Chez la femelle, cette glande brachiale est remplacée par une papille ne dépassant pas un centimètre de diamètre, repérable par 5 à 6 gros poils plus colorés que les autres.

Un peu en avant des poignets, mâles et femelles possèdent une glande antébrachiale. En frottant cette glande sébacée sur le corps ou la queue, ils imprègnent leur pelage de leur propre odeur ou marquent leur passage sur les arbres. Les mâles l'utilisent lors des combats d'odeurs.

Le marquage génital, fréquent chez tous les adultes, s'effectue grâce aux glandes sébacées génito-anales situées sur le scrotum et autour de l'anus.

MAKI CATTA

Nom (genre, espèce) :

Lemur catta

Famille :

Lémuridés

Ordre :

Primates

Classe :

Mammifères

Identification :

Quadrupède au museau allongé ; face blanc et noir caractéristique ; queue annelée de blanc et de noir ; pouce opposable aux mains et aux pieds

Taille :

De 30 à 50 cm, plus queue de 30 à 50 cm

Poids :

2 kg

Répartition :

Sud et sud-ouest de Madagascar

Habitat :

Forêts tropicales sèches et arides

Régime alimentaire :

Fruits, fleurs, feuilles

Maturité sexuelle :

Mâles 29 mois ; femelles 20 mois

Saison de reproduction :

D'avril à juin

Durée de la gestation :

135 jours

Nombre de jeunes par portée :

1, parfois 2 ou 3

Poids à la naissance :

De 50 à 70 g

Longévité :

27 ans

Effectifs :

Inconnus précisément : de 100 individus/km² dans les forêts sèches de la Réserve spéciale de Bezà Mahafaly à 250 individus/km² et 600 individus/km² respectivement dans les forêts-galeries et secondaires de la Réserve privée de Berenty. Tendance à la baisse

Statut, protection :

Espèce protégée, classée par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) dans la catégorie « quasi menacé » en 2008 et inscrite à l'Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) [commerce réglementé]

 

Signes particuliers

Tête

Le maki est le seul primate chez qui aucune cloison ne sépare la fosse temporale de la fosse orbitaire. L'orbite est limitée en arrière par une arcade osseuse. L'espèce fait partie du sous-ordre des strepsirhini, les seuls primates à posséder un rhinarium nu et fendu latéralement, qui se prolonge jusqu'à la lèvre supérieure. L'iris de l'œil est doré et cerclé de noir. Le maki a une bonne vue ; il distingue les bleus des rouges, mais ne différencie pas les gris des bleus. Caractéristique de tous les lémuriens, le « peigne dentaire » est constitué des incisives et des canines inférieures. La formule dentaire du maki adulte est, par demi-mâchoire : I 2/2 ; C 1/1 ; PM 3/3 ; M 3/3.

Mains et pieds

Les pieds et les mains ont le pouce opposable. À l'exception du deuxième doigt du pied, équipé d'une griffe de toilettage, tous les autres doigts se terminent par des ongles. Les coussinets présentent des dessins caractéristiques, surtout des boucles. Ces pelotes tactiles, bien individualisées, ont l'aspect de bourrelets saillants. Sur la face intéro-interne de l'avant-bras, la glande antébrachiale, de forme ovale, est recouverte par une zone glabre de peau.

Queue

Formée de longs poils, la queue est fournie. 14 anneaux de poils blancs alternent avec 14 anneaux plus larges de poils foncés. Cette alternance de couleurs, visible même de nuit, quelle que soit l'orientation de l'animal, est un signal de ralliement.

Les autres lémuridés

La famille des lémuridés regroupent quatre ou cinq genres et une vingtaine d'espèces :  les hapalémurs (genre Hapalemur) et les makis (genres Lemur, Eulemur et Varecia). Ces espèces sautent et courent dans les arbres en gardant une position horizontale. Le grand hapalémur (Hapalemur simus) a été séparé dans le genre Prolemur par l'U.I.C.N.

Tous d'une taille supérieure à 25 cm, pour un poids compris entre 2 et 3,5 kg, ces animaux ont une paire de mamelles pectorales, à l'exception de Varecia qui en possède trois. Leur queue est particulièrement longue – dépassant, au maximum, l'extrémité des pattes postérieures de la moitié de sa longueur.

Qu'ils soient diurnes ou crépusculaires, ces lémuriens vivent toujours en groupe et consomment en proportions variables des fruits, des fleurs, du nectar et des feuilles.

Les hapalémurs

Les hapalémurs (cinq espèces ou six en incluant le genre Prolemur) sont en général plus petits que les lémurs. Leur pelage est gris, leurs oreilles arrondies et cachées dans la fourrure. Leur museau est moins allongé que celui des makis. Ils courent et sautent avec une grande agilité, vivant par groupes de deux à cinq individus.

À Madagascar, où ils sont endémiques, ils fréquentent surtout les forêts de bambous.

Hapalémur gris (Hapalemur griseus)

Identification : pelage gris roussâtre, plus ou moins teinté de vert. Taille : de 25 à 40 cm (tête et corps) et 70 cm avec la queue pour un poids de 2,5 kg.

Répartition : Madagascar, trois sous-espèces sont réparties tout le long de la côte est, au nord et au centre de la côte ouest, et fréquentent surtout la forêt de bambous. 47-62 individus/km2

Comportement : diurne, Hapalemur griseus vit par groupes de 3 à 6 individus, et se nourrit de fruits et de fleurs. L'homme chasse et mange ce petit animal, par ailleurs facile à apprivoiser.

Statut : classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » en 2008.

Hapalémur à nez large ou grand hapalémur (Hapalemur ou Prolemur simus)

Identification : 90 cm (avec queue) ; pelage brun-vert, dessus de la tête et haut du dos plus roux ; queue brun noir à l'extrémité ; tache ocre sur la région sacrée.

Répartition : toute petite zone de la forêt de bambous, au sud-est de la côte est de Madagascar.

Statut : population en déclin (moins de 100 individus recensés). Classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « en danger critique d'extinction » en 2008.

Hapalémur doré (Hapalemur aureus)

Identification : très semblable à l'hapalémur à nez large.

Répartition : même habitat que le précédent.

Statut : son habitat étant très fragmenté, l'espèce est fortement menacée et a été classée par l'U.I.C.N. dans la catégorie « en danger » en 2008.

Autres espèces

Hapalemur alaotrensis (autour du lac Alaotra, « en danger critique d'extinction ») ;  Hapalemur meridionalis (le plus méridional des lémurs des forêts de bambous,  « vulnérable ») ; Hapalemur occidentalis (dans le nord de Madagascar, « vulnérable »).

Les makis

Les makis regroupent les espèces du genre Lemur (1 espèce : Lemur catta), Eulemur (11 espèces) et le genre Varecia (2 espèces). Ils ont un museau allongé et des incisives supérieures très réduites. Ils vivent le plus souvent dans les arbres, formant de véritables bandes de cinq à une vingtaine d'individus. Dès sa naissance, le jeune, qui est unique, s'agrippe au pelage de sa mère.

Tous les makis vivent à Madagascar, dont ils occupent, à eux tous, l'ensemble des forêts, mais ils sont absents de la partie centrale de l'île. Une seule espèce (Eulemur mongoz) se rencontre également aux Comores.

Maki brun (Eulemur fulvus)

Identification : pelage brun ou gris-brun.

Répartition : ensemble des côtes de Madagascar, dans les forêts tropicales humides comme dans les régions sèches ou arides. Elle a été introduite sur l'île de Mayotte.

Statut : c'est l'une des espèces les moins moins menacées, mais elle a été reclassée par l'U.I.C.N. dans la catégorie « quasi menacé » en 2008 en raison de la réduction de sa population dans les 24 dernières années.

Maki mongoz (Eulemur mongoz)

Plus petit que les autres makis.

Identification : pelage gris-brun, plus sombre chez le mâle qui a la tête, les joues, le haut du cou roux et le museau blanc. La femelle a la tête grise, le cou et les joues blancs, les mains et les pieds gris clair.

Répartition : forêts tropicales sèches au nord-ouest de Madagascar et sur les îles Comores.

Statut : espèce « vulnérable », menacée par la chasse et le braconnage.

Maki à ventre roux (Eulemur rubriventer)

Identification : pelage brun chocolat, queue noire et ventre brun clair. Le mâle a une tache blanche au coin interne de l'œil et la femelle a le ventre blanc.

Répartition : forêts humides, sur le plateau de moyenne et de haute altitude de Madagascar.

Comportement : cette espèce est discrète, elle se déplace par bandes de quatre à cinq individus.

Statut : espèce « vulnérable ».

Maki couronné (Eulemur coronatus)

Identification : pelage gris-brun foncé chez le mâle, avec du noir sur le dessus de la tête ainsi que sur le front. Le museau est blanc comme chez le maki mongos. Le pelage de la femelle est gris clair, avec une barre roux clair sur le front.

Répartition : péninsule du Cap d'Ambre (Madagascar).

Comportement : groupes sociaux constitués de deux couples d'adultes et d'un adolescent ou d'un jeune ; naissance de un ou deux jeunes en septembre ou en octobre ; actif tout le jour ; se nourrit surtout de fruits.

Statut : espèce menacée par le déboisement et la fragmentation de son habitat ; « en danger » depuis 1990, elle a été reclassée par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » en 2008.

Maki noir (Eulemur macaco)

Identification : pelage du mâle noir ; femelle rousse avec les poils des oreilles blancs.

Répartition : zone de forêt humide de Sambirano, au nord-est de Madagascar.

Comportement : groupes sociaux d'environ 15 animaux actifs tôt le matin et en fin d'après-midi.

Statut : espèce « vulnérable ».

Les autres espèces du genre Eulemur sont : Eulemur albifrons (est et ouest de Madagascar, « quasi menacé » ;  Eulemur collaris (sud-est de l'île, « vulnérable ») ; Eulemur cinereiceps (sud-est de l'île, en « danger ») ; Eulemur rufifrons (est et ouest de l'île, « quasi menacé ») ; Eulemur rufus (nord et nord-ouest de l'île, mal connu) ; Eulemur sanfordi (aire de répartition étroite dans le nord de l'île, « en danger »)

Maki vari (Varecia variegata)

Identification : deux fois plus gros que les makis du genre Lemur ; épaisse fourrure blanc et noir ; une couronne de longs poils cerne sa face. La femelle a trois paires de mamelles.

Répartition : forêts humides de la côte est de Madagascar.

Comportement : diurne et crépusculaire, très agile dans les arbres ; groupes familiaux de 3 ou 4 individus ; se nourrit de fruits ; cris parfois très puissants. Deux ou trois petits par mise-bas, que la femelle dépose sur des fourches d'arbre, quand elle se déplace.

Statut : espèce classée par l'U.I.C.N. dans la catégorie « en danger critique d'extinction » en 2008. Trois sous-espèces : V. v. variegata, V. v. subcincta (la plus septentrionale) et V. v. editorum (la plus méridionale).

L'autre espèce du genre Varecia est le maki roux (Varecia rubra) ;son habitat chevauche en partie celui du maki vari, dont il était, selon certains, une sous-espèce.

Milieu naturel et écologie

Madagascar se situe dans l'océan Indien, sous le tropique du Capricorne, à environ 750 km à l'est de la côte africaine. Les makis ne vivent que sur cette île et seulement près des côtes. Selon le type de végétation, l'île peut être divisée en trois zones.

La forêt ombrophile

Tropicale et humide, elle est située sur la côte est et dans une zone du Nord-Ouest appelée « forêt de Sambirano ». Cette zone est fréquentée notamment par le maki couronné, le maki noir et le maki vari. L'humidité et la chaleur qu'apportent les vents de l'océan Indien entraînent de nombreuses pluies qui atteignent leur maximum pendant les mois d'été.

Les variations saisonnières du cycle des plantes ne sont pas très marquées : diverses espèces d'arbres fleurissent, fructifient et donnent de nouvelles feuilles de façon asynchrone toute l'année.

La forêt tropicale

Sèche mais avec des arbres à feuilles caduques, elle occupe une grande partie de la côte ouest. Cette deuxième zone, où vit le maki brun (Lemur fulvus rufus), est caractérisée par un climat contrasté, avec de fortes variations saisonnières du cycle des plantes. Ainsi, dans la forêt Marosalaza, près de Morondava, les pluies tombent sans arrêt de décembre à mars (c'est l'été austral), mais elles sont suivies d'une longue saison sèche d'avril à octobre, avec un maximum de floraisons en octobre et novembre, juste avant la saison des pluies.

Quant aux fruits, ils sont disponibles de novembre à juin, avec une abondance particulière en avril et surtout en décembre. On trouve toute l'année des feuilles à maturité. En revanche, les jeunes feuilles, qui constituent une ressource alimentaire capitale pour certaines espèces de lémuriens, sont particulièrement abondantes en octobre et en novembre. Les insectes qui les consomment ont leur cycle d'abondance décalé de deux mois.

La forêt xérophile

Située au sud de l'île, elle est fréquentée par le maki catta et le maki brun. Le climat y est aride. Une petite saison des pluies intervient de janvier à mars. Le reste de l'année, il ne tombe pratiquement pas d'eau (la moyenne annuelle est de 350 à 750 mm par an). La végétation est elle-même xérophile (c'est-à-dire adaptée à la sécheresse). Buissons, arbustes à feuillage réduit, arbres à troncs enflés, plantes grasses abondent dans ces forêts encore intactes. Les épineux, Allaudia, Euphorbia et surtout Didierea, y dominent.

Si les makis fréquentent tous les types de forêt, on ne trouve le maki catta que dans les plus secs. Ce dernier fait partie d'une des rares espèces de lémuriens diurnes que l'on peut rencontrer dans cette zone. Des tamariniers de 7 à 15 m de haut forment dans ces forêts un couvert végétal presque continu. C'est à Berenty, près de Fort-Dauphin, au sud de Madagascar, et dans le parc d'Antserananomby, à l'ouest, que ces animaux ont fait l'objet des études les plus importantes. Espèce frugivore, le maki catta se déplace sur des surfaces de plusieurs hectares à la recherche de sa nourriture. Comme il ne digère pas les graines, l'animal les rejette dans ses excréments et favorise ainsi la dissémination des espèces végétales.

Pas de compétition entre lémuriens

Le maki catta côtoie d'autres lémuriens : le maki brun, et un propithèque, Propithecus verreauxi ; mais également des lépilémurs, Lepilemur mustelinus, et le microcèbe murin, Microcebus murinus, le plus petit des primates. L'adoption de niches écologiques particulières évite la compétition entre ces espèces. Ainsi, les lépilémurs sont nocturnes et consomment plutôt des feuilles, comme le propithèque qui, lui, est diurne. Le microcèbe murin est insectivore, frugivore et n'est actif que la nuit. Seul le maki brun est diurne et frugivore, comme le maki catta.

Peu de prédateurs

Face à l'homme, le maki catta use de ruses multiples. La première est le silence : il veille à ne pas faire de bruit tant qu'il n'est pas sûr d'avoir été remarqué, se faufile d'arbre en arbre jusqu'à ce que le champ soit libre pour redescendre au sol où il se dissimule dans les buissons. Au bout d'un certain temps, il se met à miauler pour que les membres de son groupe puissent le repérer. Aboiements ou miaulements d'alarme ne sont lancés qu'en cas de réelle menace, par les chiens domestiques notamment, habiles à le dépister. Quand un maki catta se sent aux abois, il n'hésite pas à attaquer et peut mordre cruellement.

Autres prédateurs du maki, une grosse mangouste, le fossa, et un rapace, le grand faucon, ont souvent moins de chance. Comme l'a remarqué la chercheuse Allison Jolly, la silhouette d'un de ces oiseaux volant bas déclenche les aboiements d'alarme mêlés de cris aigus et puissants des makis, qui se mettent rapidement à l'abri des feuillages. Et le primatologue R. Sussman raconte qu'un maki fit fuir un fossa : le lémurien aboya puis se tut et fixa la mangouste jusqu'à ce qu'elle s'éloigne.

Le maki et l'homme

Les hôtes de la forêt malgache

Le maki catta est le premier lémurien qui ait été observé par un explorateur. Aujourd'hui, en raison surtout des déboisements massifs pratiqués par les agriculteurs, l'espèce, qui est aussi la plus étudiée, est menacée d'extinction par la destruction de son habitat naturel.

Menacés par le déboisement et l'érosion des sols

L'existence du maki catta a été découverte pour la première fois en février de l'année 1608, par William Finch, un commerçant qui faisait partie de la troisième expédition de la Compagnie des Indes, laquelle venait d'atteindre la baie de Saint-Augustin, au sud-est de Madagascar. « Dans les bois, près de la rivière (Onilahy), écrivit-il après une série d'explorations dans la baie, il y a de nombreuses bêtes, grosses comme des singes, avec de petites têtes et une grande queue comme le renard, des rayures noires et blanches et une fourrure très soyeuse. » Au cours des siècles suivants, d'autres makis ont été décrits. Mais le premier à faire l'objet d'une classification en zoologie est celui que Linné a appelé Lemur catta dans la dixième édition de son recueil Systema Naturae, publié en 1758. Par la suite, l'homme a été amené à détruire les forêts, tantôt pour y puiser le bois, une grande source d'énergie, tantôt pour multiplier les terres destinées à la culture. Ce faisant, il détruit le milieu sans lequel les lémuriens ne peuvent survivre. D'où la menace que les agriculteurs font peser sur ces animaux. Une menace plus grave que celle de la chasse. Les terres défrichées sont soumises à l'érosion des pluies qui décapent le sol jusqu'à la roche mère et rendent impossible toute opération de reboisement. En outre, les terrains non retenus par les racines des arbres risquent de glisser et d'entraîner des catastrophes, comme des coulées de boues.

En raison de la réduction de son aire traditionnelle de répartition (due notamment aux feux, au surpâturage et à la production du charbon de bois), la population de makis catta est en déclin (de l'ordre de 20-25 % en 24 ans) et l'espèce, classée dans la catégorie « vulnérable » en 1990, est considérée comme « quasi menacée » depuis 2008. À certains endroits, le braconnage est également redoutable, là où les chasseurs lancent leurs chiens contre ces animaux. C'est le cas dans la forêt de Bealoka. Certains Malgaches gardent aussi les makis comme compagnons domestiques. L'espèce reste cependant présente partout où elle est protégée, c'est-à-dire à Isalo, Tsimanampetsotsa, Andohela, Andringitra, Beza Mahafaly et surtout dans la réserve de Berenty.

Le plus résistant : le maki brun

De tous les makis, le maki brun est encore l'espèce la moins en danger, en raison de ses capacités particulières d'adaptation à de nouveaux environnements et à l'activité humaine.

Parmi les autres lémuridés, Prolemur simus (ou grand hapalémur) n'a pas plus de chance que les makis : à Kanjavata, l'agriculture menace ses forêts de bambous. De 1985 à 1990, plus de 50 % de ces dernières ont été transformés en rizières. En janvier 1990, des spécialistes du centre de primatologie de Duke (États-Unis) ont en vain cherché des représentants de l'espèce dans cette zone. Dans la région de Ambatovory, elle est aussi menacée d'extinction du fait d'une présence humaine importante. Un programme de reproduction y a été mis en place par le français J.-J. Petter. Autrefois largement répandue dans l'île, l'espèce n'occupe aujourd'hui que 1 à 4 % de son aire de répartition historique.  

De dociles pensionnaires des zoos du monde entier

Si le maki catta est le plus connu, c'est du fait de sa présence habituelle dans les zoos, car il se reproduit facilement en captivité. Les femelles peuvent y avoir jusqu'à trois petits, comme cela est arrivé au centre de primatologie de Duke, aux États-Unis. L'ISIS (International species information system) recensait 2 226 lémurs catta vivant en captivité dans les zoos et parcs animaliers en 2008.

Les autres espèces de makis sont toutes plus ou moins menacées. Il en est ainsi par exemple pour le maki vari dont la population aurait diminué de 80 % sur une période de 27 ans en raison de la destruction de son habitat.

Des campagnes d'information

Des mesures de protection ont cependant été prises dans les quatre réserves qui abritent l'espèce. Les animaux sont surveillés par des gardes à plein temps. On a lancé des programmes pour sensibiliser les villageois à l'importance capitale de la forêt et au rôle des réserves dans le développement de l'éducation et du tourisme. Des bureaux d'accueil ont été placés à l'entrée de ces zones protégées dont il est interdit d'exploiter les ressources.

En outre, une politique de reboisement a été instaurée là où la terre risque de subir l'érosion due aux pluies. Pour limiter les incendies, dans les zones sensibles, des coupe-feux ont été dégagés.

Pour le maki noir, le déboisement n'est pas le seul danger. Non seulement les forêts de la région de Sambirano, où on le trouve, ont été considérablement éclaircies au profit de l'agriculture, mais les chasseurs poursuivent ce gibier dont la chair est particulièrement appréciée. Le maki noir a beau être protégé, il est braconné dans la réserve de Lobé et sur l'île de Nosy Bé. Les habitants de l'île l'accusent de nuire aux cultures, et le tuent quand il lui arrive de s'attaquer à celles-ci. Pourtant, dans d'autres endroits, comme à Nosy Komba, les indigènes considèrent le maki noir comme un animal sacré, et, pour les visiteurs, ce surprenant animal constitue une attraction touristique.

Eulemur mongoz n'est protégé que dans la réserve d'Ankarafantsika, dont une partie est entamée par les pâturages et les cultures sur brûlis, cette zone n'étant pas suffisamment contrôlée. De même, aux îles Comores où vivent ces makis, la législation ne les protège pas vraiment. Là encore, leur chair est recherchée ; ils sont victimes de la chasse et du braconnage, autorisés dans ces îles.

Pour Eulemur rubriventer, le danger principal est aussi celui de la destruction de la forêt tropicale humide de l'est dont quelque 400 000 hectares ont été défrichés chaque année entre 1976 et 1980, et 35 000 ha par an entre 1981 et 1985. Ce maki vit dans les réserves de Betampona, Tsaratanana, Marojejy et à Ranomafana, où des moyens plus importants sont mis en œuvre de façon à assurer sa protection.

Protégés uniquement sur le papier

Tous les lémuridés sont inscrits à l'Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) [1973], de même que les lépilémuridés et les indriidés. Leur exploitation est soumise à une très importante réglementation et ils ne peuvent faire l'objet d'aucun trafic commercial. Ils ne peuvent être chassés, tués ou capturés sans autorisation particulière. Les prélèvements n'ont lieu que dans un but scientifique.

Mais les moyens mis en œuvre pour faire respecter ce texte et pour assurer la survie des makis et de tous les autres lémuriens restent très insuffisants. Ils ne serviront à rien si la destruction massive de leur environnement continue au rythme actuel.

Un grand intérêt pour la science

Les lémuriens de Madagascar font l'objet de recherches dans le monde entier. Aux États-Unis,  l'université de Duke abrite le Lemur Centre, tandis qu'en France ces animaux sont étudiés notamment au Laboratoire d'écologie générale, unité mixte de recherche (Muséum national d'Histoire naturelle / CNRS) basée à Brunoy, ou encore au Département écologie, physiologie et éthologie (D.E.P.E.) de l'Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien. Les chercheurs se sont intéressés tout particulièrement à la communication olfactive et au rôle de l'organe voméronasal (ou de Jacobson), mais travaillent également sur les systèmes sociaux et la cognition de ces espèces qui peuvent apporter des informations précieuses sur l'évolution des primates.