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grand panda

Pandas
Pandas

Solitaire errant dans les montagnes chinoises, le grand panda est longtemps resté inconnu des Européens. Devenu un des symboles de la protection de la nature, il est pourtant extrêmement menacé et sa survie semble compromise.

Introduction

Le grand panda est mentionné dans des textes chinois écrits voici plus de 3 000 ans, et, pendant des siècles, sa fourrure fut considérée comme un présent royal. Mais ce n'est qu'en 1869 que l'Occident l'a découvert, lorsqu'un explorateur jésuite français, le père David, expédia une dépouille de l'animal – qu'il avait nommé Ursus melanoleucus (ours noir et blanc) – au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Le premier animal vivant fut ramené en 1936.

Mais il fallut attendre les années 1980 pour que la recherche poussée en biologie moléculaire permette de le classer avec exactitude : le grand panda est bien un ursidé (Ailuropoda melanoleuca), qui s'est différencié très tôt des autres ours. Il semble que cet ours noir et blanc soit apparu il y a entre 3 et 12 millions d'années, au cours du moyen et bas pléistocène, et qu'à cette lointaine époque son territoire couvrait presque toute la Chine orientale, de Pékin au nord de la Birmanie.

À l'heure actuelle, son habitat se réduit à six massifs montagneux brumeux, pluvieux et couverts de forêts de conifères et de bambous, en Chine centrale, en bordure du plateau tibétain : Minshan, Qinling (qui abriterait une sous-espèce particulière) Qionglai, Liangshan, Daxiangling et Xiaoxiangling dans les provinces du Gansu, du Shaanxi et du Sichuan. Le grand panda peut se rencontrer entre 1 600 et 3 500 m, mais il se promène surtout entre 2 500 et 3 000 m, là où les forêts composées de feuillus et de bambous sont enchevêtrées et peu accessibles.

Le bambou est en effet l'aliment, presque exclusif du grand panda – « presque » parce qu'il consomme aussi quelques iris, crocus, gentianes et, à l'occasion, un petit rongeur ou, éventuellement, un poisson. Or, le bambou est une graminée peu nutritive, ce qui oblige le panda à en absorber de grandes quantités : il consacre plus de dix heures par jour à cette activité vitale pour lui.

Mais les flancs des montagnes jadis couverts de bambous sont de plus en plus cultivés, réduisant les territoires des pandas et séparant et isolant les animaux les uns des autres Et le bambou, qui meurt en masse après avoir fleuri au terme de cycles de longueur très différente selon les espèces, peut, dans certaines régions, à tout moment disparaître. Aujourd'hui, il resterait environ entre 1 500 et 1 600  pandas à l'état sauvage (2004). L'avenir est encore incertain. Des mesures de protection ont été effectivement prises. Seront-elles suffisantes pour empêcher la disparition de l'espèce ? Personne ne le sait encore, mais chacun souhaite que le panda ne survive pas seulement en tant que logo du Fonds mondial pour la nature (WWF).

La vie du grand panda

Forêts et montagnes à pandas

Dans sa partie orientale, le plateau tibétain se poursuit par une série de montagnes très découpées. Les mouvements de l'écorce terrestre, à l'ère tertiaire, ont créé ici toute une série de massifs aux pentes abruptes, entaillés de profondes vallées, serrés contre les hautes terres de l'Ouest et ouverts sur les plaines de l'Est. Cet ensemble montagneux présente des composantes climatiques et biologiques originales. C'est là que le grand panda survit aujourd'hui, entre 1 600 et 3 500 m, dans un périmètre actuellement limité à six blocs forestiers montagnards, dans les provinces du Sichuan, du Gansu et du Shaanxi, au cœur de la République populaire de Chine.

L'analyse des facteurs physiques et écologiques de cette zone permet de mieux comprendre les éléments indispensables à la survie et au maintien de cet animal pacifique, qui se nourrit principalement de végétaux.

Actuellement, le bassin du Sichuan est entièrement défriché et cultivé au-dessous de 1 000 m et la présence humaine est souvent marquée bien au-delà en altitude. Les contreforts montagneux s'élèvent ensuite rapidement et les sommets atteignent et dépassent 5 000 m. Le climat détermine les différentes zones de végétation selon l'altitude, de façon très nette.

Un univers montagnard, forestier et humide

Le panda habite une région à la fois fraîche et humide. L'hiver est très froid, sans extrêmes trop marqués. Les sommets élevés protègent ce côté-ci des montagnes de l'air glacial du Tibet, du Xinjang ou de la Mongolie. Autour de 2 000 m, la neige peut durer de novembre à mars, mais les neiges éternelles ne descendent pas au-dessous de 5 000 m. L'été est habituellement nuageux, bien arrosé par la mousson de juin à octobre. Ces pluies estivales viennent du Sud-Est, de l'océan Pacifique.

Dans ces conditions, les formations forestières sont riches en différentes espèces de plantes. Vers le bas, et jusqu'à 1 600 m d'altitude, on trouve encore quelques lambeaux de forêt subtropicale. Celle-ci était présente autrefois le long des vallées, mais depuis longtemps les agriculteurs l'ont remplacée par des champs de céréales (riz, blé...) où l'on peut espérer jusqu'à trois récoltes par an. Le panda ne fréquente donc pratiquement plus cette zone. Au-dessus, entre 1 600 et 2 000 m, la forêt est composée d'un mélange d'arbres feuillus, certains à feuilles persistantes et d'autres à feuilles caduques. Le panda s'y promène parfois, surtout pendant la saison de la pousse des jeunes pointes de bambous. De 2 000 à 2 600 m, la forêt mixte héberge des conifères et des feuillus et, au-dessus, jusqu'à près de 3 600 m, seuls les conifères persistent. Les étages alpin et nival se succèdent ensuite, mais, habituellement, le panda ne dépasse pas 3 500 m, c'est-à-dire presque la limite de la forêt de conifères. Son habitat essentiel se situe autour de 2 500-3 200 m. Il effectue régulièrement des migrations jusqu'à 2 000 m, mais rarement plus bas.

Dans cet univers montagnard, forestier et très humide, le panda est lié à un type bien particulier de plantes : les bambous. Toutes les forêts décrites ci-dessus ont un point commun important : leur sous-bois est composé de bambous. Sept espèces différentes se succèdent de 1 000 m à 3 500 m. Certaines sont très représentées, comme Fargesia spathacea, de 1 500 à 3 000 m, progressivement remplacée par Sinarundinaria fangiana, très abondante à partir de 2 200 m, et qui reste seule présente au-dessus de 3 000 m. Des études récentes, menées dans la réserve naturelle de Wolong, ont d'ailleurs montré que c'était les deux espèces préférées du grand panda.

L'abondance de cette nourriture potentielle explique que plusieurs espèces animales en soient devenues des consommateurs privilégiés, mais c'est le panda qui en fait sa nourriture presque unique.

La présence néfaste de l'homme

Les forêts qui composent l'environnement du panda sont indispensables à celui-ci, dans leur totalité, les arbres comme les bambous. Si l'on fait disparaître les arbres, tout en laissant les étages inférieurs de végétation, dont les bambous, les pandas disparaissent. De même, une trop grande présence de l'homme gêne les déplacements et la reproduction de l'animal, contribuant au recul de l'espèce. Les pandas ont besoin de forêts naturelles, calmes, où ils peuvent choisir eux-mêmes leurs lieux de vie et leur nourriture. À l'époque où les jeunes pousses de bambous sortent du sol, ils effectuent régulièrement des déplacements pour aller les cueillir, préférant, semble-t-il, les pentes à l'ombre aux pentes ensoleillées.

Les altitudes où vit le panda

Les altitudes où vit le panda



Dans les montagnes de Wolong (au nord-ouest de la province du Sichuan), où a été créée la plus grande réserve de pandas, l'observation méthodique des différents types de végétation a permis de bien mettre en évidence les zones de forêts naturelles présentes en fonction de l'altitude, comme cela peut se voir sur toutes les montagnes du monde, et les bambous qui y poussent. Ensuite, il a suffi de noter précisément l'altitude à laquelle les pandas étaient observés pour comprendre quels étaient leurs lieux de séjour favoris. Il est certain que, à basse altitude, la présence de l'homme modifie certainement leurs habitudes.

Bambous à tous les repas

Comme nourriture, le panda préfère les bambous dont il consomme, selon les saisons, les tiges, les rameaux ou les feuilles. De novembre à mars, il mange essentiellement les feuilles et les jeunes tiges. D'avril à juin, son choix se concentre sur les tiges plus âgées et, de juillet à octobre, il n'absorbe pratiquement que les feuilles. Cependant, en qualité nutritive, la composition globale des bambous change peu au cours de l'année : les feuilles sont les plus riches en protéines, suivies des rameaux et des tiges. Pour couvrir ses besoins énergétiques, le grand panda consomme de grandes quantités de cette plante : 45 % de son poids par jour, soit 38 kg de pousses.

D'étonnantes adaptations morphologiques signent le lien existant entre le panda et les bambous : exceptionnelle largeur de la tête – qui donne une grande puissance aux muscles de la mastication –, configuration des dents broyeuses et surtout « sixième doigt » des pattes antérieures dont il se sert pour saisir le bambou, l'éplucher et le porter à sa bouche (après son repas, les restes sont nettement visibles sous forme de tas de copeaux).

Si le panda se nourrit surtout de bambou, il lui arrive de manger d'autres plantes herbacées (Equisetum, Deyeuxia, etc.), des plantes sauvages (gentiane, iris ou crocus), parfois même des poissons, des petits rongeurs ou un pika, sorte de lapin de garenne asiatique. En réalité, le grand panda est un animal carnivore au régime essentiellement herbivore et son tube digestif n'est vraiment pas adapté à un régime végétarien aussi strict. Il n'assimile donc pas bien le bambou, digérant environ 17 % de la nourriture qu'il ingère, au lieu de 80 % comme un herbivore.

Une vie solitaire au rythme lent

Habituellement, les pandas vivent solitaires, chacun pouvant occuper un domaine de 4 à 6,5 km2 dans les bosquets de bambous qui leur offrent à la fois un abri contre les intempéries et la nourriture dont ils ont besoin. Ils s'y déplacent avec aisance et lenteur, probablement pour économiser leur énergie. Ils sont surtout actifs à l'aube et au crépuscule, mais on les rencontre aussi en plein jour ou au milieu de la nuit.

Mâles et femelles se contentent de domaines pratiquement identiques. Ce sont de petites surfaces, comparées à celles occupées par les ours bruns ou par les ours noirs, ce qui est peut-être lié au comportement alimentaire de ces espèces. Cependant, les pandas ne parcourent pas régulièrement l'ensemble de leurs domaines. Les femelles adultes respectent entre elles un espacement plus net que les mâles : elles sont souvent séparées les unes des autres par des domaines d'environ 30 à 40 ha. Les mâles, en revanche, n'hésitent pas à se rapprocher, plus ou moins, de leurs congénères, au hasard de leurs déplacements quand ils partent à la recherche de quelque nourriture. Ces déplacements quotidiens sont en moyenne de 500 m mesurés à vol d'oiseau.

Les modes de communication

Dans le paysage fermé des forêts d'altitude, au sous-bois dense, l'essentiel des contacts entre les animaux est indirect. Les pandas ne se livrent apparemment à aucune mimique particulière (ils ont d'ailleurs un faciès peu expressif). Ils communiquent parfois vocalement : parmi les cris de reconnaissance, on a relevé onze vocalisations différentes, dont on ne connaît pas encore précisément la véritable signification. Les appels des mâles et les gémissements liés à l'époque de la reproduction semblent spécifiques ; ces moments-là sont assez bruyants.

Le marquage olfactif est certainement très usité. Les animaux possèdent deux glandes anales cachées sous leur courte queue au moyen desquelles ils marquent, surtout les mâles, certains arbres de leurs domaines. Les signaux sont principalement déposés le long des chemins parcourus par les pandas, plutôt qu'en périphérie de leurs territoires. Ils sont parfois aussi complétés par des griffades que l'on constate sur l'écorce des mêmes troncs.

Le marquage peut servir aux animaux à apprécier la position de chacun afin de garder les distances minimales d'isolement. Il peut aussi, à l'époque de la reproduction, aider mâles et femelles à se retrouver facilement.

Les jeunes forment parfois des groupes plus ou moins lâches. Sinon, on ne rencontre guère que des couples mâle-femelle et mère-petit.

Dans la réserve de Wolong, la densité de pandas atteignait, par endroits, à la fin des années 1970, un animal pour 1,9 km2, pour un effectif de 130 à 150 animaux (malheureusement cet effectif a diminué brutalement depuis). La moyenne que l'on observait dans cette réserve était cependant de 1 panda (mâle ou femelle) pour 13 à 15 km2.

Un bébé minuscule pour un grand espoir

Mâles et femelles se retrouvent au printemps, de mi-mars à mi-mai. Ils restent ensemble un jour ou deux et les accouplements sont nombreux durant tout ce temps. Lorsque plusieurs mâles sont attirés par la même femelle en chaleur, c'est le mâle le plus puissant qui l'emporte.

Les naissances ont lieu en septembre, après un temps de gestation dont la durée varie de 100 à 160 jours. De un à trois jeunes – minuscules – naissent, dans un état de développement très peu avancé. Ils pèsent de 90 à 130 grammes, ce qui laisse supposer qu'une gestation de 45 jours suffirait pour produire de tels bébés. On suppose donc que, comme chez d'autres espèces, le début de la gestation est différé : elle commence seulement lorsque l'œuf se fixe sur la paroi utérine.

Pour mettre bas, la femelle s'isole dans un trou de rocher ou un arbre creux. Si elle met au monde deux jeunes, il est rare qu'elle réussisse à les élever tous les deux, étant donné leur totale dépendance. Le plus souvent, un seul survit. Pendant plusieurs mois, sa seule nourriture sera le lait de sa mère. Le jeune reste dans l'abri qui l'a vu naître jusqu'à 4 semaines, parfois jusqu'à 7. La femelle ne le quitte que pour aller se nourrir et s'abreuver rapidement. Le moment où elle part de l'abri avec son petit correspond à peu près à l'époque où une vraie fourrure commence à recouvrir et à protéger celui-ci, et où ses yeux s'ouvrent. Il ne marche pas encore et la femelle doit le porter. Le jeune panda découvre les bambous vers 5 ou 6 mois, c'est-à-dire au printemps. Le sevrage définitif n'intervient que vers 8 ou 9 mois. Le lien mère-jeune dure pratiquement 18 mois et, quand tout se passe bien, une femelle peut élever et sevrer un jeune tous les 2 ans. Si le petit meurt, la femelle peut se réaccoupler l'année suivante. Très jeune, le petit est parfois la proie du léopard ou du chien sauvage. Mais, à 30 mois, le jeune pèse environ 80 kg et n'a alors plus aucun ennemi, excepté l'homme.

Cinq mois pour marcher

Cinq mois pour marcher



Au début, le bébé panda tète de 6 à 14 fois par jour, jusqu'à une demi-heure chaque fois. Ses yeux s'ouvrent entre 45 et 48 jours : il peut alors lever la tête, mais ses mouvements restent incoordonnés. À 2 mois, il tète 3 ou 4 fois et ses premières dents de lait vont pointer peu après. À 3 mois, ses mouvements deviennent alertes et presque coordonnés. À 5 mois, il se déplace normalement et ne tète plus que 1 ou 2 fois par jour. À 6 mois, il à 28 dents et commence à manger de la nourriture solide.

Pour tout savoir sur le grand panda

Grand panda (Ailuropoda melanoleuca)

La coloration contrastée du grand panda – fourrure blanche tirant sur le jaune, et noire autour des yeux, aux oreilles, aux quatre pattes, à la poitrine et aux épaules –, sa silhouette ronde et ses proportions parfaites d'ours en peluche expliquent facilement pourquoi le Fonds mondial pour la nature (WWF) l'a choisi comme emblème.

C'est aussi grâce à son pelage noir et blanc que le panda se dissimule aisément dans la pénombre des sous-bois de bambous, au sein des forêts chinoises. Ce pelage est également une bonne protection contre le froid, la longueur des poils variant de 3 à 10 cm selon la région du corps. Une sécrétion huileuse l'imperméabilise et le protège ainsi des pluies abondantes et de la neige fréquente dans les forêts, en altitude.

Le panda est un animal trapu, bas sur pattes, dont le corps mesure de 1,20 à 1,50 m (pour une queue de 12 à 13 cm) et dont le poids varie de 75 à 160 kg ; les mâles pèsent plus lourd que les femelles, mais les deux sexes sont extrêmement difficiles à distinguer. Lorsque deux pandas ont été donnés par la Chine à la France en décembre 1973, le jardin zoologique de Paris pensait recevoir un couple. La mort au bout de quatre mois de la « femelle » a permis de réaliser, après qu'une autopsie eut été pratiquée, qu'il s'agissait aussi d'un mâle.

La tête est ronde, courte, large, massive. Les arcades zygomatiques, nettement écartées, permettent l'implantation des puissants muscles masticateurs. Les dents sont modifiées par le régime alimentaire : les molaires et les prémolaires postérieures sont larges, de type broyeur. C'est en réalité un animal carnivore et, d'après les observations faites en captivité, le grand panda peut consommer d'autres nourritures que les bambous. En particulier, il ne dédaigne pas la viande. Dans la nature, les bambous sont manifestement plus simples à se procurer que la nourriture carnée, bien que l'estomac du panda ne soit pas celui d'un herbivore pur et qu'il ait du mal à digérer les matières sèches comme les tiges de bambou. Une couche de corne résistante tapisse son œsophage, et son estomac est doté de parois épaisses et musculeuses qui le protègent des éclats pointus des tiges de bambou qui risqueraient, sinon, de le perforer intérieurement.

Le sixième doigt, ou « pouce », du grand panda intrigue depuis longtemps les zoologistes. Il s'agit d'un exemple étonnant de modification anatomique liée à un comportement : sans lui, le panda ne pourrait éplucher les tiges de bambou qu'il est amené à consommer fréquemment.

La démarche de plantigrade, les soles tournées vers l'intérieur, la tête basse sont caractéristiques. Le panda peut se dresser sur ses membres postérieurs, mais n'a jamais été vu se déplaçant sur deux pattes. Il lui arrive de trotter, rarement de galoper, ce qui semble peu approprié dans les massifs de bambous. Il grimpe volontiers aux arbres, faisant preuve à l'occasion d'une agilité évidente. Il descend à reculons.

La vie sociale du grand panda paraît assez simple, les animaux vivent presque toujours seuls, passant le plus clair de leur temps à se sustenter et à dormir. Le masque noir et blanc ne permet pas beaucoup d'expressions faciales. Les contacts, sont plutôt indirects, vocaux et surtout olfactifs, par l'intermédiaire du marquage d'arbres à l'aide des glandes anales. Mâles et femelles se retrouvent ainsi à l'époque de la reproduction : les accouplements sont nombreux, mais ils se passent dans une période de temps très restreinte, un ou deux jours.

Pourtant, les domaines fréquentés par les grands pandas (mâles ou femelles) ne sont pas très vastes et, en cas de densité normale, ces animaux demeurent peu éloignés les uns des autres. Ils n'en restent pas moins solitaires et s'ignorent le plus souvent. Seuls quelques jeunes forment parfois des groupes, mais ils se séparent après avoir atteint leur maturité sexuelle.

GRAND

GRAND PANDA

Nom :

Ailuropoda melanoleuca

Famille :

Ursidés

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Coloration caractéristique. Ours noir et blanc très particulier

Taille :

De 1,20 m à 1,50 m (tête et corps), 12 à 13 cm (queue)

Poids :

De 75 à 160 kg pour le mâle, de 10 % à 20 % au-dessous pour la femelle

Répartition :

Chine (6 massifs dans 3 provinces)

Habitat :

Montagnes boisées avec sous-bois de bambous ; 5 900 km2

Régime alimentaire :

Herbivore, ne mange pratiquement que des bambous

Structure sociale :

Assez lâche, individus territoriaux, seuls

Maturité sexuelle :

5-6 ans

Saison de reproduction :

Accouplements de mi-mars à mi-mai

Durée de gestation :

De 97 à 163 jours ; délai d'implantation de 1,5 à 4 mois

Nombre de jeunes par portée :

De 1 à 3, habituellement un seul survit

Poids à la naissance :

De 90 à 130 g, très peu développé

Espérance de vie :

5-6 ans (estimations)

Longévité potentielle :

De 20 à 30 ans

Effectifs, tendances :

1500-1600 (2004). Tendance à la hausse depuis le début des années 2000 grâce aux mesures de conservation

Statut (protection) :

Intégralement protégé

Remarque :

Emblème du Fonds mondial pour la nature (WWF)

 

 

Signes particuliers

Tête

Elle est ronde, de même que les oreilles, et le crâne est massif. Le museau est plus court et la face plus plate que celle du grizzli. Le nom chinois du grand panda, daxiongmao (ours-chat géant), attire l'attention sur ses pupilles fendues verticalement, comme celles des félins, alors que les autres ursidés ont les pupilles rondes. Les oreilles, le tour des yeux et la truffe sont noirs.

Pattes antérieures

Elles sont munies d'un sixième doigt, mobile et opposable aux cinq autres. Il s'agit du développement d'un petit os du carpe, le sésamoïde radial, doté d'un coussinet supplémentaire sur la face palmaire de la patte. Grâce à cela, le grand panda peut porter à sa bouche les tiges de bambou sans les laisser glisser.

Mâchoires

Elles comportent une denture qui ressemble plus à celle d'un herbivore qu'à des dents d'ours. La formule est la suivante : incisives 3/3, canines 1/1, prémolaires 4/4 ou 3, molaires 2/3. Les mâchoires sont mues par de puissants muscles attachés à une crête sagittale en saillie. Cette proéminence osseuse en forme de lame sur le dessus du crâne apparaît avec l'âge.

Milieu naturel et écologie

Si l'Occident n'a découvert le grand panda qu'en 1869, l'histoire chinoise le connaît depuis au moins 2 000 ans et les habitants des montagnes de la frange orientale du plateau tibétain depuis certainement bien plus longtemps.

En remontant encore dans le passé, on arrive au-delà de l'histoire et de la préhistoire, dans les temps géologiques. Au pléistocène, il y a 3 millions d'années, le grand panda habitait une grande partie de la Chine. Ses restes ont été retrouvés du nord de la Birmanie jusque dans la région de Pékin (Beijing). À l'époque, il devait exister une deuxième espèce de panda, Ailuropoda microta, plus petite que l'actuelle. Curieusement, les restes fossiles du grand panda sont régulièrement associés à ceux d'un éléphant fossile, Stegadon. En combinant les restes fossiles et les documents d'histoire, on a pu reconstituer la régression de l'espèce jusqu'en 1957, date des premières mesures officielles de protection. De 1963 à 1990, 13 réserves ont été créées en République populaire de Chine, dans les 6 zones encore habitées par le panda sur une superficie d'environ 6 000 km2. Aujourd'hui il existe une soixantaine de réserves. Les « Sanctuaires du grand panda du Sichuan », dans les montagnes Qionglai, classés par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité,  abritent environ 30 % de la population de grands pandas et s'étendent sur près de 9 500 km2 avec sept réserves naturelles et neuf parcs paysagers. Sur une superficie totale de plus de 5 000 km2 autour de ces réserves, les autorités chinoises ont également prévu des « zones de transition » ou de conservation, en partie habitées et où certaines activités humaines sont autorisées mais contrôlées, la chasse, l'abattage des arbres et les industries polluantes y étant interdites.

Le panda affectionne les forêts de pins

En 1975, dans certaines réserves, de nombreux bambous sont morts après avoir fleuri (la floraison précède toujours la disparition, chez cette plante). Il serait urgent, pendant que les bambous repoussent, de reboiser ces zones pour ne pas laisser les graminées occuper complètement le sol : les conifères semblent les arbres les mieux adaptés, tant en raison de l'altitude que de la préférence des pandas pour ces arbres.

Manifestement, les pandas affectionnent les forêts de pins avec sous-bois de bambous. La présence des pins réduit peut-être la mortalité des graines de bambou, élevée quand le sol n'est pas protégé par des arbres, et ces pins, âgés et creux, deviennent les sites de mise bas, indispensables aux femelles pandas.

Quand tout va bien, chaque kilomètre carré de forêt pourrait nourrir deux pandas. Ce n'est malheureusement pas souvent le cas. Il faut compter avec la mort naturelle des bambous certaines années, avec les insectes amateurs de ces mêmes plantes et avec les pandas eux-mêmes. En effet, choisissant de préférence les jeunes pousses en périphérie des grosses touffes, ils peuvent localement empêcher la régénération de leur propre nourriture.

Heureusement les autres herbivores que côtoie le grand panda, dans les forêts chinoises (le cerf sambar, le cerf à toupet, le serow – cousin asiatique du chamois), sont trop rares pour être des concurrents sérieux pour la consommation des bambous. Seul le rat des bambous chinois (Rhizomys sinensis) peut représenter une menace quelconque. Cet animal, relativement grand pour un rongeur (il mesure 40 cm et pèse 1 kg), coupe les bambous en surface, ou directement à partir des galeries du réseau souterrain qu'il creuse habituellement.

On a également démontré l'importance de la présence simultanée de plusieurs espèces de bambous dans les zones habitées par les pandas. Cela leur permet de mieux répartir dans l'espace leur pression de consommateurs, d'utiliser de façon optimale, en quantité et en qualité, les ressources alimentaires et de faire face plus facilement à la disparition locale d'une espèce en cas de floraison.

Ours à collier et panda : le partage des ressources

Pour étudier une espèce animale dans son environnement, il est parfois intéressant de la comparer à une autre. C'est ce qui a été fait, par l'équipe de l'Américain G. Schaller, dans les montagnes Min, à l'est de Wolong, où deux espèces sont présentes : le panda et l'ours noir de l'Himalaya, ou ours à collier (Selenarctos thibetanus). L'idée était la suivante : ces deux ursidés sont végétariens, ont presque la même taille, et le même poids (environ 100 kg), et cohabitent dans les mêmes régions. Comment se partagent-ils l'espace, sachant que deux espèces ne peuvent occuper la même niche écologique dans le même biotope ?

Deux pandas et deux ours ont été capturés puis équipés de colliers émetteurs. Pendant les semaines suivantes, leurs déplacements ont été suivis et cartographiés. Les chercheurs ont également étudié leur alimentation respective, essentiellement par l'analyse des restes de nourriture dans leurs excréments. Les résultats obtenus expliquent pourquoi les deux espèces peuvent cohabiter et, en même temps, ils éclairent les adaptations écologiques du panda d'un jour nouveau, peut-être rassurant pour sa survie.

Au niveau anatomique, ours et panda présentent des différences. L'ours n'a pas le « sixième doigt » opposable à la main et ses molaires ne sont pas plates et larges comme celles du panda. A priori, son régime alimentaire est moins spécialisé. Cela s'est rapidement confirmé sur le terrain. La nourriture de l'ours noir de l'Himalaya est nettement plus variée que celle du panda, ce qui confirme les résultats obtenus par d'autres équipes. Il se nourrit de toutes sortes de fruits et de noix en plus des végétaux verts. De mi-avril à mi-juillet, il consomme essentiellement des feuilles, auxquelles il ajoute des fruits, de la mi-juillet à la mi-septembre, et il se gave de noix et de glands jusqu'à la mi-novembre. Ce régime est saisonnier : il peut être abondant à la fin de l'été et en automne. En revanche, l'hiver est une saison difficile pour les ours, sauf lorsqu'ils hibernent pendant 3 à 4 mois (cela dépend de la latitude où ils demeurent).

En revanche, le panda se nourrit presque exclusivement de bambous. Or, il se trouve que les quelques espèces consommées sont disponibles toute l'année, avec une valeur alimentaire pratiquement constante, mais relativement faible. Il s'agit d'une ressource abondante, prévisible, mais qui force les animaux à se nourrir en moyenne pendant plus de 14 heures par jour.

Une autre différence se situe au niveau de l'espace utilisé par les deux espèces. Dans le cas de l'étude de Schaller, les domaines vitaux occupés par les pandas sont nettement plus petits que ceux fréquentés par les ours. Les chiffres sont difficiles à évaluer, mais, plusieurs fois, les ours sont sortis de la zone où la réception de leur signal était perceptible, alors que jamais les pandas n'ont parcouru de telles distances pendant le suivi de l'expérience. On a un peu l'impression que le panda, ayant axé sa biologie sur les bambous, a abandonné sa curiosité vis-à-vis du monde extérieur et même une partie de son agressivité. Il paraît que les deux ours ne se sont pas laissé manipuler comme les pandas lors de leur capture. Enfin, ours et pandas n'oublient pas toujours qu'ils appartiennent à un ordre de mammifères carnivores. À l'occasion, quand ils trouvent de la viande (animal mort), ils s'en nourrissent. Ils ne savent apparemment pas chasser et doivent donc se contenter d'un régime végétarien, par obligation peut-être plus que par goût !

Cette étude a donc bien démontré que pandas et ours noirs de l'Himalaya pouvaient – sans problème – se partager le même territoire.

L'autre panda

L'autre panda



Découvert presque 50 ans avant le grand panda, baptisé par Frédéric Cuvier (le fils de Georges), en 1825, le petit panda a la taille d'un gros chat, pourvu d'une épaisse fourrure rouge. Il mesure de 50 à 60 cm et pèse de 3 à 5 kg. Sa queue touffue, de couleur rouge brun avec des anneaux bien délimités, peut atteindre 50 cm.

On le rencontre dans les forêts d'altitude, en Asie, du Népal à l'Assam et du nord de la Birmanie au Yunnan et au Sichuan chinois. Cet animal relativement omnivore (il mange oisillons, œufs, petits rongeurs et insectes), consomme très régulièrement des bambous et possède un faux pouce qui l'aide à les cueillir. C'est pour cette raison que les zoologistes occidentaux ont appelé « grand panda » l'ours noir et blanc découvert en 1869. Pourtant, le petit panda (Ailurus fulgens) est rattaché à la famille des procyonidés, la famille du raton laveur, du coati et du kinkajou que l'on retrouve tous en Amérique, et n'a que peu de ressemblances avec le grand panda.

Le grand panda et l'homme

Les pandas proches de l'extinction

Si le panda est l'animal de zoo le plus recherché aujourd'hui, on connaît encore mal cet animal qui vit exclusivement en Chine. La disparition des bambous sur des zones entières et les difficultés de reproduction compromettent à long terme la survie de l'espèce. Une politique de conservation a heureusement été mise en place mais réussira-t-elle à prévenir la disparition du panda ?

Un ours chinois redécouvert au xixe siècle

Deux des plus anciens textes chinois connus, le Livre de l'histoire et le Livre des chants, datés de la dynastie Chou occidentale, soit de 1066 à 771 avant notre ère, mentionnent un animal qui représente très certainement le grand panda. Son nom n'est pas le même qu'aujourd'hui, mais les descriptions correspondent bien. L'histoire commune panda-homme est donc ancienne, mais elle a toujours comme cadre les forêts chinoises. De nombreux livres ultérieurs citent également ce gros ours noir et blanc à la fourrure prisée. Manifestement, l'animal a toujours été très rare et seuls en possédaient les personnages importants de ces époques. Quelques descriptions signalent alors que le panda se nourrit de bambou et qu'il mange également du métal. Cette curieuse remarque vient peut-être du fait que certains pandas sont parfois entrés dans des villages de montagne et qu'ils ont été vus léchant les marmites.

Il faut attendre le xixe siècle, et le début de l'ouverture de la Chine à l'Occident, pour que les choses se modifient de façon assez profonde. Le père Armand David, missionnaire et naturaliste français, fut le premier Européen à voir une peau de panda, le 11 mars 1869. Peu après, il put se procurer un animal entier mort et l'envoyer au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où il fut décrit officiellement en 1872.

Le résultat fut un engouement de tous les chasseurs fortunés nord-américains et européens pour aller tirer une pièce aussi rare.

Heureusement, le physique et le comportement du grand panda attirèrent vite une autre catégorie d'aventuriers : les pourvoyeurs des grands jardins zoologiques en animaux vivants. Sur le terrain, cela s'est d'abord traduit par une intense compétition entre les représentants des divers pays demandeurs.

Le 9 novembre 1936, c'est une Américaine, Mme Ruth Harkness, qui fit passer la frontière au premier panda sorti vivant de son pays,  pour l'introduire  aux États-Unis. Ce fut une véritable épopée, mais son exemple fut vite suivi par d'autres voyageurs intrépides.

Finalement, 14 pandas sortirent vivants de Chine entre 1936 et 1946, mais jusqu'en 1949, date à laquelle les exportations seront réellement contrôlées, c'est un minimum de 73 animaux qui ont dû quitter la Chine. Ensuite, et jusqu'en 1983, 24 pandas ont été exportés définitivement, dont les deux animaux arrivés en France, au mois de décembre 1973 et qui furent accueillis par le zoo de Vincennes, à Paris.

Le panda et le WWF

Le panda et le WWF



Les Chinois connaissent la valeur du grand panda. Des animaux ont été exposés au zoo de Pékin pour la première fois en 1956, et la première naissance en captivité a eu lieu en 1963. Mais c'est en 1975-1976, après que des bambous furent morts en grand nombre, que les autorités chinoises prirent conscience de la fragilité de l'espèce. En 1979, la République populaire de Chine et le WWF (Fonds mondial pour la nature) mettaient sur pied un comité mixte de six personnes, avec pour objectif de sauver le panda : sir Peter Scott, alors président du WWF, avait choisi, dès 1961, le panda comme emblème de son organisation !

Depuis cette date, de nouveaux accords sont intervenus entre ces partenaires : leur objectif est de promouvoir des recherches sur l'espèce (biologie, habitat, sources de nourriture), comme dans la réserve de Wolong. Mais il est aussi question de former des personnes pour la protection du grand panda : gardiens de réserve, écologistes, gestionnaires...

Les réserves : la dernière chance du grand panda

L'élevage du panda en captivité est une chose, sa protection dans la nature en est une autre. Il faut essayer de combiner les deux, mais l'essentiel reste probablement de protéger les montagnes où habitent, dans des réserves, les derniers pandas sauvages.

Les13 réserves créées entre les années 1960 et 1990 hébergaient environ 60 % des 1 000 pandas vivant à l'état sauvage à l'époque en Chine. Malheureusement, même au sein de ces réserves, les animaux paraissaient considérablement éparpillés en petites sous-populations. Les défrichements entrepris pour augmenter les surfaces cultivables, les routes de plus en plus nombreuses, les vallées occupées par l'homme ne permettaient plus aux animaux de circuler librement d'une montagne à l'autre et les isolaient les uns des autres. Des effectifs trop restreints n'étaient pas viables. Par les simples lois du hasard, ces groupes pouvaient réunir trop de mâles ou trop d'animaux âgés ; ils étaient à la merci d'une brusque chute de la reproduction, et les risques d'extinction étaient grands pour de nombreux petits groupes. Or, pour les spécialistes de la conservation des espèces, quand une espèce sauvage descend au-dessous du seuil de 1 000 individus, les dangers de disparition complète deviennent presque inévitables

La réserve de Wolong, suivie pendant une  quinzaine d'années, est un bon exemple des menaces réelles qui pèsent sur les pandas. Au milieu des années 1970, on évaluait sa population à 130-140 animaux. En 1986, le spécialiste américain George Schaller estimait le total à seulement 72 individus. Pour lui, cette diminution s'expliquait par une pression humaine toujours plus forte, quelques morts accidentelles de pandas dans des pièges installés pour capturer des chevrotins porte-musc et le retrait des animaux en mauvais état pendant la disette de 1983 et 1984. C'est pourquoi le gouvernement chinois, en collaboration avec le WWF, a créé de nouvelles réserves et pris des mesures pour la conservation de l'habitat naturel du panda. En 2007, on comptait 59 réserves abritant environ 1 100 pandas sur les 1 500-1 600 recensés.

La gestion des réserves doit donc tenir compte de tous ces paramètres. La question de la mort régulière des bambous n'est un problème que depuis que l'habitat des pandas est réduit et morcelé. Autrefois, il suffisait aux animaux de changer de vallée pour trouver soit une autre espèce de bambou, soit la même que celle qui disparaissait, mais à un stade plus jeune. Les deux espèces les plus importantes de bambou, le bambou flèche (Sinarundinaria, récemment rebaptisé Bashania) et le bambou parapluie (Fargesia), couvrent beaucoup moins de surface qu'autrefois. Leur floraison, qui précède la mort, intervient de manière naturelle tous les quarante ans environ et les pousses mettent dix ans pour retrouver le stade végétatif utile pour les pandas.

Une solution pour contrebalancer le morcellement des massifs forestiers consiste à planter des couloirs de bambous entre les réserves, afin de permettre aux pandas de circuler d'un massif isolé à un autre, quand les pousses se sont raréfiées ou ont disparu. Le but est double : augmenter les chances de rencontre, donc de reproduction, et diminuer les risques de disparition pour cause de pénurie alimentaire localisée. Depuis des millénaires, bambous et pandas cohabitent. Les pandas peuvent consommer 21 espèces différentes de bambous et le rythme de reproduction de ces plantes ne les avait jamais menacés. Le risque actuel est lié à la présence humaine. En Chine, on compte un panda pour un million d'hommes ! Malgré ce passé commun ancien, l'homme n'a commencé à vraiment connaître le panda que récemment. Ce sont les études de l'équipe sino-américaine, dans la réserve de Wolong, qui ont rapporté l'essentiel de ce que nous savons maintenant. Des animaux ont été capturés, équipés de colliers émetteurs, suivis nuit et jour, très attentivement observés. Grâce aux mesures de conservation, les estimations du nombre de pandas à l'état sauvage ont été révisées à la hausse au début des années 2000.

Les 12 réserves chinoises

LES SANCTUAIRES DU GRAND PANDA DU SICHUAN
(9440 km2 sans compter les zones de transition)

Réserves et parcs

Année de création

Superficie de la zone centrale (km2)

Superficie de la zone tampon
(km2)

Sous-total
(km2)

Superficie de la zone de transition
(km2)

 

Estimation du nombre de pandas

Réserve naturelle de Wolong

1963

1720

280

2000

        -

100

Réserve naturelle de Labahe

1963

200

40

240

        -

12

Réserve naturelle de Fengtongzhai

1975

340

200

540

       -

40

Réserve naturelle de Konggyu

1995

310

620

930

    530

10

Réserve naturelle du Mont Siguniang

1996

     -

530

530

  1540

n.d

Réserve naturelle de Caopo

2000

170

160

330

   530

10

Réserve naturelle de Heishuihe

1993

260

110

370

     -

25

Parc national du Mt

Qingcheng-Dujiangyan

 

1982

40

120

160

   90

6-8

Parc provincial du Mt. Jiguan - Jiulonggou

1982

110

90

200

    170

n-d

Parc provincial de Tiantai

1989

   -

    -

    -

   210

4-6

Parc national du Mt. Siguniang

1994

70

380

450

     -

n.d

Parc national duMt. Xilingxueshan

1994

100

50

150

   250

n.d

Parc provincial du Mt. Jiajin

1995

1440

340

1780

  740

100

Parc provincial de Miyaluo

1995

40

780

820

 460

2

Parc provincial des Mts. Lingjiu -Daxuefeng

1999

140

70

210

 400

25

Parc provincial du Mt. Erlang

2000

430

300

730

 290

23

 

Source : Unesco et Ministère de la construction de laRépublique populaire de Chine, septembre 2002.

Zone centrale : réserve ou parc

Zone tampon : zone avec une occupation humaine réduite.L'extension des surfaces agricoles y est interdite.

Zone de transition : territoire partiellement habité,contrôlé et d'extension des réserves et parcs.

 

 

La mode des prêts de pandas

Les autorités chinoises ont accepté, un temps, de prêter, moyennant finances, un ou deux pandas captifs à des institutions zoologiques étrangères pour de courtes périodes. Une partie de l'argent ainsi récolté par la Chine et par le jardin zoologique concerné devait être réinvestie dans la protection de l'espèce.Cette pratique a cependant été contestée. C'est ainsi qu'en 1988 le zoo de Toledo (États-Unis), qui venait de recevoir 2 pandas, a été accusé par le WWF et par l'Association américaine des parcs zoologiques et des aquariums de faire du commerce plus que de la conservation. Il s'en est suivi un étonnant échange de chiffres. La « location » d'un panda pendant 3 mois coûtait quelque 500 000 dollars américains, mais le zoo de Toledo espérait bien gagner 3 millions de dollars grâce aux entrées et à une bonne exploitation médiatique des animaux. Il décida donc de contre-attaquer en demandant 5 millions de dollars de dommages et intérêts au WWF. Un système de location de longue durée a été finalement mis en place et le WWF le surveille afin de s'assurer qu'il contribue à la conservation de l'espèce. L'un des moyens préconisés est la réintroduction de pandas nourris et élevés en captivité dans leur milieu naturel, une expérience menée avec beaucoup de prudence dans la réserve de Wolong.

Les essais de reproduction en captivité

De 1963 à 1983, 51 naissances ont eu lieu en Chine et en captivité, mais seulement 19 jeunes avaient survécu plus de deux mois. L'insémination artificielle a donné le premier petit panda en septembre 1978, mais les résultats restent aléatoires : il est difficile, en captivité, de bien synchroniser mâle et femelle pandas, tant au niveau comportemental que physiologique. L'élevage artificiel des jeunes pandas pose un autre problème. L'analyse de la composition du lait de panda femelle montre qu'il ne ressemble à aucun autre lait de mammifère. Comment trouver un substitut, bien utile dans le cas de jumeaux (la femelle élève rarement le second bébé) ? En captivité, la maîtrise de l'élevage artificiel des jeunes augmenterait les succès de reproduction.  

Le Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding (Sichuan) a mené d'actives recherches dans les domaines de l'insémination artificielle, le nourrissage et l'élevage du panda en captivité depuis le début des années 1980 : en 2007, ce centre de recherche avait produit avec succès plus de 76 portées et 112 grands pandas dont 72 ont survécu et 67 vivent aujourd'hui sur la base, contre seulement 6 animaux malades en 1980.   

À l'extérieur de la Chine, les zoos abritent une vingtaine de grands pandas. En août 2007, au zoo de Schönbrunn à Vienne a eu lieu la première naissance d'un bébé panda, conçu naturellement en captivité en Europe, celui d'un couple de grands pandas de 7 ans, Yang Yang et Long Hui, prêté depuis 2003 par la Chine.

Ours, raton ou panda ?

Les savants ne sont pas toujours des gens très simples. L'histoire de la position du grand panda dans la classification zoologique en est un bon exemple. Pour son découvreur, le père Armand David, il n'y a pas de doute, c'est un ours, original, certes, mais un ours quand même. Pour l'auteur de la description officielle, le zoologiste français Milne-Edwards, les choses sont déjà moins nettes, bien que la première publication, datée de 1872, penche encore en faveur des ursidés.

Dès 1901, l'espèce est placée dans, la famille des procyonidés par Lankester. Pour un auteur de 1923, ce changement est définitif ! La famille des procyonidés est celle du raton laveur et du coati, tous deux américains, mais c'est aussi celle du petit panda. Celui-ci est fort différent du grand, mais il est lui aussi inféodé aux mêmes forêts de bambous des montagnes asiatiques. Les deux pandas sont-ils parents ? En 1964, un travail important de Davis sur l'anatomie du grand panda conclut que c'est un ursidé. Il a bien un appareil génital qui rappelle plus celui d'un raton laveur que celui d'un ours, mais, globalement, il y a suffisamment de preuves pour le ranger parmi les ours. Entre-temps, des zoologistes prudents proposent de classer le petit panda et le grand panda chacun dans leur famille, respectivement les ailuridés et les ailuropidés, situés quelque part entre les procyonidés et les ursidés. La solution est peut-être trouvée en 1985 avec l'équipe de l'Américain S. O'Brien, qui a fait la synthèse des données déjà connues en y intégrant ses propres résultats, essentiellement d'ordre moléculaire.

L'anatomie et la biologie moléculaire peuvent s'associer pour résoudre certains problèmes complexes. Sans entrer dans les détails, disons que les méthodes utilisées comparent certaines molécules d'une espèce à celles d'autres espèces. Les résultats permettent de mesurer des distances de proximité entre les unes et les autres. Il est apparu de la sorte que le grand panda est plus proche des ours que de n'importe quel groupe de carnivores. Le petit panda, lui, se rapproche des ratons laveurs. Au sein des ursidés, le grand panda est le plus original, puis vient l'ours à lunettes d'Amérique du Sud et enfin tous les autres. Il paraît donc logique de le classer parmi les ursidés. Les différences anatomiques existent effectivement, mais elles sont certainement moins importantes qu'on a bien voulu le croire, et elles sont moins nombreuses que les ressemblances.

Enfin, les données comportementales observées sur le terrain confirment plutôt le caractère ursin, mais marginal, du panda. Le rôle joué par son environnement, par son régime alimentaire très particulier et par le milieu en général reste délicat à analyser.