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fourmi rousse

Fourmi
Fourmi

Issues d'un ancêtre commun avec les guêpes et les abeilles il y a plus de 100 millions d'années, les fourmis se sont répandues dans le monde entier, dans tous les milieux naturels au cours des siècles. Elles sont sans doute 20 000 espèces à peupler la Terre. Les fourmis rousses sont parmi les plus évoluées des espèces connues.

Introduction

Les premières fourmis, descendant d'un ancêtre aculéate (les aculéates sont des insectes hyménoptères dont les femelles portent un aiguillon, ou dard, à l'extrémité de l'abdomen), sont apparues au crétacé, il y a probablement 110 à 130 millions d'années. Les plus anciens fossiles connus, comme par exemple Gerontoformica cretacica, mis au jour dans l'ambre de France, sont vieux d'environ 100 millions d'années.

La plus primitive sous-famille de fourmis connue par des fossiles est celle des sphécomyrminés. Ces insectes du milieu du crétacé possèdent à la fois les mandibules et le thorax d'une guêpe solitaire, ainsi que la taille étroite entre l'abdomen et le thorax, signe distinctif des fourmis et de tous les aculéates, témoignant ainsi, dans sa morphologie, d'une souche primitive commune aux guêpes, aux abeilles et aux fourmis. Plusieurs espèces ont été découvertes dans l'hémisphère Nord, dans les ambres du crétacé d'Amérique du Nord (Canada, New Jersey) et d'Asie, réparties en plusieurs genres, notamment : Sphecomyrma, Cretomyrma, Biakuris et Dlusskyidris.

Les fourmis se diversifient très vite : on trouve des fossiles appartenant à plusieurs sous-familles actuelles dès le crétacé (ponérinés, formicinés, myrmicinés, dolichodérinés). À la suite du crétacé, au tertiaire, sur plusieurs milliers de restes fossiles retrouvés, la grande majorité appartient à des genres actuels. Empreintes incomplètes datant de l'éocène, fossiles vieux de 38 à 26 millions d'années (oligocène) et très bien conservés dans l'ambre de la Baltique et dans celui de Sicile, restes plus récents exhumés de l'argile du miocène dans l'Ohio témoignent de cette diversification ancienne et d'une remarquable adaptation de ces insectes aux diverses modifications climatiques. Hôtes sans doute des milieux secs à l'origine, les fourmis primitives étaient terricoles. Certaines espèces, plus évoluées, nidifiaient dans les arbres. Au cours des âges, elles ont colonisé tous les types d'habitat, des déserts arides aux sommets des montagnes et aux régions polaires.

Le nombre total d'espèces de fourmis est estimé à 20 000. On en connaît quelque 12 000 espèces, qui représentent environ 1 % de la totalité des insectes connus dans le monde. Certaines portent des aiguillons, d'autres sécrètent des substances corrosives ; les unes voient bien, les autres sont aveugles ; mais toutes sont sociales et possèdent des ouvrières sans ailes. Elles sont regroupées dans la grande famille des formicidés. Les fourmis rousses, Formica rufa, appartiennent, comme d'autres espèces parmi les plus spécialisées, à la sous-famille des formicinés. Appelées aussi fourmis des bois, elles vivent en sociétés nombreuses et très organisées, dans les forêts de conifères ou les forêts mixtes, en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

La vie des fourmis rousses

Des kilomètres de galeries souterraines

Les fourmis rousses vivent en colonie. Celle-ci comporte une ou plusieurs reines qui se consacrent uniquement à la ponte des œufs, et de multiples ouvrières, stériles, chargées de toutes les autres tâches. Au printemps, certains œufs donnent naissance à des fourmis ailées sexuées, mâles et femelles, qui assurent la reproduction. Seules quelques-unes de ces femelles survivront et deviendront reines.

La colonie vit dans une fourmilière, située en lisière d'un bois ou dans une clairière, près des sources de nourriture, et souvent exposée au sud-est pour profiter de l'ensoleillement maximum. Plus le climat est rude, plus sa partie visible, le dôme, est élevée, l'accumulation de branchettes, de débris de feuilles et de cailloux très solidement imbriqués assurant l'étanchéité.

Pour étendre son territoire ou maintenir la croissance de sa population, la colonie forme parfois des supercolonies de deux à plusieurs dizaines de fourmilières (sociétés polycaliques) reliées à la fourmilière mère par 5 à 8 pistes de liaison, longues de 50 à 100 mètres.

À l'intérieur, les effets de l'insolation et la chaleur dégagée par la digestion des fourmis contribuent à réchauffer la température ambiante. L'été, des ouvertures supplémentaires sont pratiquées sur la face ensoleillée du dôme en début de matinée pour réchauffer le nid, ou sur la face ombragée l'après-midi pour évacuer le surplus de chaleur.

Ce maintien d'une température élevée permet un développement rapide du couvain et une activité permanente de toute la colonie, dont chaque individu, par sa tâche précise, assure le déroulement.

En hiver, après avoir dévoré œufs, larves et nymphes, les fourmis ralentissent leur activité et se calfeutrent. Les reines sont les premières à s'enfoncer dans le nid, entre 30 et 50 cm au-dessous de la surface du sol. À cette profondeur, quand la température extérieure est de - 10 °C, il fait entre 0 et - 2,5 °C. Seules les ouvrières « messagères thermiques » restent dans les zones supérieures.

Au printemps, ce sont elles les premières à sortir du nid pour se réchauffer, descendant ensuite porter leur chaleur en profondeur et réactivant ainsi reines et ouvrières, qui, à leur tour, convergent vers le sommet du dôme. Les ouvrières chargées des réparations rétablissent alors l'étanchéité du nid, dégagent les pistes et évacuent les fourmis mortes.

La fourmilière

La fourmilière



Installée dans une vieille souche d'arbre, elle est creusée de galeries. Au-dessus des chambres de ponte, au centre, brindilles et feuilles forment un dôme, où se trouvent les chambres à chaleur sèche pour les cocons. Les chambres de la partie souterraine sont plus fraîches.

Quelques fourmis chassent pour toute la colonie

Les fourmis rousses sont omnivores. Elles se nourrissent de proies animales (33 %), de la sève des arbres (4,5 %), de champignons (0,3 %) et de graines (0,2 %), ainsi que de miellat de pucerons.

Nourrir la colonie est la tâche des ouvrières les plus âgées ; à la fois plus rapides et plus entreprenantes, elles sont les « initiatrices du travail », ou « fourrageuses ». Celles qui chassent sont les plus agressives. Dès le printemps, de jour comme de nuit, mais surtout entre 7 heures et 19 heures, la fourrageuse part seule pour retrouver les pistes. Lorsqu'elle rentre à la fourmilière, la fourmi marque son trajet en déposant sur le sol des gouttes d'une sécrétion odorante appelée « phéromone de piste » (produite par des glandes de son abdomen). Cette piste odorante sert à retrouver le chemin et à guider les autres ouvrières vers les sources de nourriture ; la quantité de phéromone déposée augmente avec la richesse de la source de nourriture.

Attaques à l'acide

La fourmi palpe de ses antennes toute autre fourmi qu'elle rencontre. Si celle-ci ne porte pas « l'odeur de la colonie » et appartient à un nid étranger, les deux insectes tentent de se paralyser réciproquement – par un jet d'acide formique ou par morsure pour répandre l'acide formique sur les plaies – et émettent des phéromones d'alarme pour alerter des ouvrières guerrières de leur colonie. Les hostilités ont lieu de jour et peuvent durer plusieurs jours, l'agressivité des fourmis augmentant à mesure que la température ambiante croît. Lorsque celle-ci n'augmente plus, il se crée une zone neutre entre les deux fourmilières, qui modifie le territoire des colonies.

En chasse, la fourrageuse se déplace dans un rayon de 100 m autour du nid à la recherche de chenilles, papillons, guêpes, punaises, coléoptères et araignées, chassant aussi les fourmis des autres espèces. Lorsqu'elle a détecté une proie, elle pointe ses antennes vers celle-ci et, ouvrant ses mandibules pour s'en saisir, elle la paralyse d'un jet d'acide formique.

La proie est parfois charriée jusqu'au nid, puis déchiquetée, mâchée et réduite en bouillie par les ouvrières et par les larves. Mais, le plus souvent, elle est dépecée et avalée sur place. Une partie est absorbée par la fourrageuse pour sa propre alimentation, le reste est stocké dans son jabot social et sert à l'échange de nourriture (ou trophallaxie) avec les fourmis nourrices restées au nid.

Lorsqu'elle sent sur son corps ou sur sa tête les antennes d'une quémandeuse, la fourrageuse s'arrête : les deux fourmis, dressées sur leurs pattes antérieures, se font face, tête contre tête. Caressée par les antennes de la solliciteuse, la pourvoyeuse ouvre ses mandibules et régurgite une goutte de nourriture. Son jabot rempli, l'ouvrière approvisionnée va à son tour nourrir d'autres membres de la colonie.

L'élevage des pucerons et la récolte du miellat

Les fourmis rousses sont incapables de prélever la sève à l'intérieur des tiges des végétaux, que seuls les pucerons, les cochenilles, les psylles et autres homoptères peuvent extraire. Les pucerons aspirent la sève avec leur rostre, sorte de stylet buccal, et en assimilent les produits azotés, rejetant le surplus de matière sucrée, ou miellat. Pour récolter ce miellat, les fourmis entretiennent des colonies de pucerons ou de cochenilles d'espèces différentes, qu'elles sollicitent continuellement, provoquant ainsi chez ces insectes une sécrétion accrue de miellat. Cette relation est appelée « trophobiose ».

Les fourmis chargées de repérer les colonies de pucerons ne sont pas les mêmes fourrageuses que celles qui chassent. Ces fourmis trayeuses sont toutefois capables de tuer et de dévorer les ennemis de leurs précieux pucerons.

Ainsi, les gardiennes des pucerons tuent les coccinelles adultes (qui consomment, chacune, une soixantaine de pucerons par jour) ainsi que leurs larves (1 000 à 2 000 pucerons dévorés au cours de la vie larvaire). De même, les fourmis chassent les phalènes, dont les chenilles se nourrissent des feuilles dont la sève alimente les pucerons.

La traite des pucerons

Pour récolter le miellat, la fourmi trayeuse sollicite le puceron avec ses antennes. Ce dernier relève alors son abdomen, excrétant par l'anus une gouttelette de miellat, que la fourmi stocke dans son jabot social.

Une ouvrière est capable de transporter de 3 à 8 mg de miellat à chacun de ses voyages, pouvant ainsi doubler son propre poids. Le miellat récolté par une fourmilière peut être estimé à 20 kg par saison d'activité.

Un vol nuptial éphémère

Les fourmis sexuées sont issues des premiers œufs pondus par les reines du nid, au printemps, quand la colonie redevient active. Ces « œufs d'hiver » donnent, après 35 à 45 jours, des mâles et des femelles ailés, qui, par une journée chaude et humide d'été, sortent en masse à la surface de la fourmilière par de nombreuses ouvertures pratiquées par les ouvrières. Tous s'envolent à quelques dizaines de mètres du sol, dans la direction du soleil, d'un vol lourd et maladroit qui n'excède pas une demi-heure. Lorsque leur poids, 30 mg environ, les fait retomber au sol, ils s'accouplent presque immédiatement, chaque femelle étant entourée de nombreux mâles qui attendent patiemment leur tour. Le stock de spermatozoïdes accumulé dans la spermathèque de la femelle assurera la reproduction de la fourmilière pendant des années. Puis, les jeunes reines, s'étant amputées de leurs ailes, rejoignent la fourmilière dont elles sont issues pour pondre ou s'installent dans un autre nid ; il arrive aussi qu'elle investisse une colonie d'une autre espèce (le plus souvent Formica fusca), tuant la reine et prenant sa place. Dans ce cas, les ouvrières de l'espèce « envahie » s'occupent de la nouvelle reine et de sa progéniture, qui finit par supplanter les occupants initiaux de la fourmilière.

Les mâles, eux, meurent peu après l'accouplement.

Dix œufs par jour et par reine

La ponte est l'unique tâche qui échoit aux reines. Tous les jours, chacune monte jusqu'à une chambre de ponte, dans les étages supérieurs du nid, et pond une dizaine d'œufs, puis regagne les profondeurs de la fourmilière.

Jaunes ou blanchâtres, ces minuscules œufs, de 0,2 à 1 mm, composent, avec les larves, le couvain. Sitôt pondus, ils sont immédiatement transportés par les ouvrières nourrices dans des chambres spéciales, les couveuses, à différents niveaux de la fourmilière, pour bénéficier des meilleures conditions climatiques (humidité et chaleur). Constamment léchés, les œufs deviennent collants, ce qui facilite leur transport. Les ouvrières qui s'occupent du couvain, nées au cours de l'été précédent, élèvent les jeunes larves avec les réserves de graisse qu'elles ont accumulées.

Les larves muent trois fois, parfois quatre, et se transforment en nymphes au bout de quatorze jours. La métamorphose complète nécessite au moins six semaines. Pour tisser leur cocon, elles sécrètent un liquide qui, au contact de l'air, prend la consistance d'un fil de soie. Lorsqu'elles rompent ce cocon, les jeunes fourmis adultes ont la tête et l'abdomen gris, le thorax brun et les pattes très pâles. Il faut plusieurs jours pour que leur corps mou acquière la taille et la consistance propres à l'adulte. Au début, elles ne sollicitent pas de nourriture et leur démarche est souvent hésitante. Aussi, au moindre danger, les nourrices les saisissent dans leurs mandibules par une patte ou par une antenne pour les déplacer à l'abri.

La fécondation

La fécondation



Les œufs fécondés donnent naissance à des ouvrières ou, si les nourrices sont nombreuses (un millier environ), à des femelles sexuées. Lorsque la température du nid est inférieure à 19 °C, les muscles de la reine, qui libèrent d'ordinaire les spermatozoïdes, n'agissent pas, et les œufs pondus, non fécondés, donnent des mâles (parthénogenèse arrhénotoque).

Pour tout savoir sur les fourmis rousses

Fourmis rousses (Formica rufa)

Le corps d'une fourmi rousse, ou fourmi des bois, se compose, comme celui de tous les insectes, de trois parties : la tête, le thorax et l'abdomen. Les ouvrières peuvent être une fois et demie plus grandes que les reines ou les mâles, mais les femelles sexuées vivent environ 15 ans de plus.

La tête, plus petite chez la femelle, porte des yeux composés (formés de très nombreuses unités, les facettes, ou ommatidies), des yeux simples (ou ocelles), des pièces buccales de type broyeur-lécheur, et une paire d'antennes.

Le système nerveux est le siège de la mémoire et de la coordination des instincts. Le cerveau et les ganglions nerveux sont inégalement développés dans les différentes castes. Chez le mâle, dont la vie est courte, leur faible activité est tendue vers la reproduction ; chez les autres membres de la colonie, elle est plus variée.

Les yeux à facettes permettent à la fourmi de percevoir les mouvements ; elle détecte avec netteté le déplacement d'une proie ou d'un prédateur ; en revanche, elle perçoit assez mal un paysage. Sa vision des couleurs, ou vision chromatique, est médiocre. Des études ont montré que, le spectre des couleurs étant déplacé dans l'ultraviolet, la fourmi ne voit donc pratiquement pas le rouge. Les yeux simples, sensibles uniquement à la luminosité, aident à la vision nocturne.

La tête et les antennes (de même que le thorax et les tibias des pattes antérieures) contiennent des organes auditifs (organes chordotonaux), qui perçoivent des vibrations sonores. Les antennes jouent un rôle extrêmement précis dans la perception du goût, de l'odorat, de l'ouïe et surtout du toucher. Elles sont munies de nombreux poils tactiles courts, dont la base est soutenue par des terminaisons nerveuses particulièrement développées, puisque la majeure partie des activités de la fourmi est déclenchée par la perception de substances chimiques variées, les phéromones.

La fourmi émet des sons, comparables à des petits cris ou à des grincements, parfaitement audibles à l'oreille humaine.

Les mandibules, atrophiées chez les mâles, sont au contraire puissantes chez les femelles et les ouvrières. La langue est courte ; les pièces buccales annexes servent au léchage et au nettoyage.

Le thorax diffère aussi selon les castes. Chez la femelle ailée et la reine désailée, le mésonotum (premier article du thorax) est très développé, car il porte l'articulation des ailes. Les deux paires d'ailes des individus sexués sont membraneuses – les fourmis appartiennent (comme les guêpes et les abeilles), à l'ordre des hyménoptères, littéralement « ailes en membranes » (du grec hymen, membrane, et pteron, aile). Sur le thorax, voûté chez le mâle et réduit chez l'ouvrière, s'articulent les pattes, composées de la hanche, du trochanter (tubérosités du fémur, où s'attachent les muscles qui actionnent la cuisse), du fémur, du tibia et des tarses. À l'extrémité des tibias des pattes antérieures se trouve un organe de nettoyage destiné aux antennes. À la base des pattes, les glandes métathoraciques sécrètent un produit odorant qui contribue sans doute à la défense. Si les six pattes sont longues chez les femelles et les ouvrières, elles sont atrophiées chez les mâles.

Le système digestif est composé du pharynx, de l'œsophage, situé dans le thorax, du jabot, du gésier (ou intestin moyen) et de l'intestin postérieur, localisé dans le gastre. À l'inverse du jabot, très extensible, le gésier est fortement rétréci et musclé. À hauteur de l'anus, la glande à poison renferme l'acide formique – que l'insecte peut projeter, si nécessaire, à 1 m de distance –, et la glande de Dufour sécrète des phéromones essentielles pour la communication.

Les divers organes de l'appareil génital de la reine (ovaires, utérus et poche copulatrice contenant les spermatozoïdes déposés par les mâles) sont entourés de forts muscles transversaux, qui aident à la descente des œufs et facilitent l'accès des spermatozoïdes aux ovocytes. Chez l'ouvrière, la poche copulatrice est absente ou peu développée. Chez les mâles, deux testicules déversent leurs spermatozoïdes dans deux vésicules séminales aboutissant à un conduit éjaculateur unique, terminé par un pénis.

La respiration s'effectue par un système de tubes, les trachées, qui atteint toutes les parties du corps de l'insecte et s'ouvre à l'extérieur par les stigmates.

FOURMIS ROUSSES

Nom (genre, espèce) :

Formica rufa

Famille :

Formicidés

Ordre :

Hyménoptères

Classe :

Insectes

Identification :

Trois castes : ouvrières, femelles sexuées (reines) et mâles ; couleur noire ou rousse ; antennes coudées ; yeux composés latéraux, plus gros chez les mâles ; trois paires de pattes thoraciques, atrophiées chez les mâles ; deux paires d'ailes chez les individus sexués. Deuxième et troisième segment abdominal étranglé en pétiole

Taille :

Ouvrières : de 4 à 9 mm ; reines et mâles : de 9 à 11 mm

Poids :

Ouvrières : de 7 à 10 mg, reines et mâles : 30 mg

Répartition :

Toute l'Europe (excepté le Sud), Caucase, Sibérie, Amérique du Nord

Habitat :

Forêts de conifères en plaine et en altitude

Régime alimentaire :

Omnivore ; essentiellement miellat des pucerons et proies animales

Structure sociale :

Colonie de plusieurs milliers d'individus par fourmilière ; société monogyne (une seule reine) ou polygyne (plusieurs centaines de reines), monocalique (une seule fourmilière) ou polycalique (plusieurs dizaines de fourmilières [supercolonies])

Longévité :

Ouvrières : de 5 à 6 ans ; reines : jusqu'à 20 ans et plus ; mâles : quelques semaines

Statut :

Espèce protégée dans plusieurs pays d'Europe ; considérée comme « quasi-menacée » par l' U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature)

Remarque :

Espèce utilisée dans la lutte biologique contre les insectes ravageurs forestiers

 

Signes particuliers

Yeux

Les yeux composés des ouvrières comptent de 400 à 600 ommatidies, ou facettes oculaires ; les reines ont des yeux plus larges, composés de 100 à 900 ommatidies. Mais ce sont les mâles qui possèdent les plus gros yeux, avec de 200 à 2 000 ommatidies, ce qui leur permet de repérer plus précisément les femelles lors du vol nuptial. De même, les ocelles sont plus gros chez les mâles que chez les femelles, mais sont plus visibles chez ces dernières que chez les ouvrières.

Pièces buccales

De type broyeur-lécheur, les pièces buccales annexes sont molles et servent au léchage et au nettoyage. La langue de la fourmi est souvent courte et ridée en travers. Les mandibules sont puissantes chez les ouvrières. La sécrétion des glandes mandibulaires est peu fluide et sert à malaxer les aliments durs. L'appareil buccal est également équipé de palpes labiaux et de palpes maxillaires, qui ont un rôle sensitif.

Coupe d'une reine

Le système nerveux est bien développé. Le système digestif se prolonge de la bouche dans le thorax par l'œsophage, puis dans l'abdomen par le jabot, ou estomac social. Celui-ci est très extensible grâce à la dilatation des muscles abdominaux. Le gésier, ou intestin moyen, très rétréci et musclé, ne laisse passer que les aliments destinés à l'intestin postérieur. Les tubes de Malpighi (de 4 à 20 tubes) récupèrent les déchets et font office de reins. Le système reproducteur est entièrement dans l'abdomen. La poche copulatrice d'une reine vivant dans un nid de plus de 100 000 ouvrières est de 1 mm environ de diamètre. La glande à poison des fourmis des genres Formica et Cataglyphis contient de l'acide formique concentré à plus de 50 %.

Les autres fourmis

Les fourmis, qui forment la famille des formicidés de l'ordre des hyménoptères, sont dans leur grande majorité tropicales ou équatoriales. Environ 12 000 espèces ont été décrites, mais leur nombre total est estimé à environ 20 000. Toutes les fourmis sont sociales, mais les stades d'évolution sont très inégaux. Certaines sociétés se composent d'une demi-douzaine d'individus, d'autres de plusieurs millions. Martialis heureka, une espèce de fourmi amazonienne découverte en 2003, est extrêmement primitive : elle se situe, génétiquement parlant, à la base de l'arbre évolutif des fourmis ; ainsi est-elle sans doute identique aux toutes premières fourmis qui vivaient sur Terre, il y a plus de 100 millions d'années.

La famille des formicidés est répartie en une vingtaine de sous-familles. Les fourmis présentées ci-dessous appartiennent à huit d'entre elles.

Les fourmis primitives

Sous-famille des ponérinés. Ce sont les fourmis porte-aiguillon.

Environ 1 800 espèces.

Identification : morphologiquement proches des guêpes ; reines et ouvrières semblables ; très peu développées ; exclusivement terricoles et carnivores ; se nourrissent de mille-pattes, cloportes, termites, chaque fourmi subvenant à ses besoins.

Répartition : monde entier, surtout Australie et Amérique du Nord.

Genre le mieux connu :

Genre Myrmecia. Ce sont les « fourmis sauteuses » (jumper ants), ou « fourmis bulldogs » (bulldog ants).

Une centaine d'espèces qui vivent en Australie et en Tasmanie. Jusqu'à 2,5 cm de long.

Très féroces ; leur piqûre est douloureuse ; fourmilières souterraines n'abritant que quelques centaines d'individus.

Les fourmis chasseresses ou légionnaires

Sous-familles des dorylinés (200 espèces), des cérapachyinés tropicaux (environ 100 espèces) et des leptanillinés (environ 200 espèces).

Les colonies alternent phases nomade et sédentaire. En phase nomade, migrations nocturnes et chasse diurne pendant 14 à 17 jours. Puis nymphose des larves et phase sédentaire de repos (21 jours), au cours de laquelle la reine pond plus de 100 000 œufs. Reproduction de sexués au début de la saison sèche et division de la colonie selon le nombre de reines fécondées.

Quelques genres :

Genre Dorylus (sous-genre Anomma). Ce sont les fourmis magnans d'Afrique. Comme toutes les fourmis légionnaires, yeux petits, parfois aveugles. Colonies peu évoluées socialement, mais très importantes sur le plan numérique (parfois plus de un million et demi d'individus, et jusqu'à 10 ou 20 millions chez certaines espèces, telle Dorylus nigricans), avec une seule reine. Polymorphisme des ouvrières. Migrations en colonnes serrées (20 m/h) et « bivouacs » périodiques.

Carnivores, elles chassent en groupes insectes, arthropodes et petits vertébrés, et dévastent tout sur leur passage.

Genre Eciton d'Amérique du Sud ; mâles ailés, ouvrières polymorphes, les plus grosses étant des soldats. Au bivouac, reine et couvain sont à l'abri au milieu d'un agrégat des fourmis de la colonie, accrochées les unes aux autres et suspendues dans une cavité naturelle.

Les fourmis moissonneuses et champignonnistes

Sous-famille des myrmicinés, ou fourmis à nœuds, essentiellement.

300 espèces connues.

Répartition : presque partout dans le monde, surtout sous les climats chauds.

Identification : 2 segments pédoncules ; la plupart possède un organe émetteur de sons et un aiguillon ; ouvrières de quelques millimètres ; échanges de nourriture continuels.

Quelques genres :

Genre Myrmica, fourmis rouges, primitives, nid dans la terre ; proies animales et végétales.

Genre Messor, fourmis méditerranéennes, et genre Pogonomyrmex, fourmis d'Amérique du Nord, récoltent des graines et les amassent en prévision des saisons sèches ; nids à plusieurs mètres sous terre ; soldats non belliqueux.

Genre Cataglyphis, fourmis des régions méditerranéennes, se reproduisent à terre.

Genre Atta, les fourmis coupeuses de feuilles, ou fourmis parasols, d'Amérique tropicale et subtropicale, cultivent des champignons en mâchant feuilles et fleurs découpées, pour se nourrir des tubercules mycéliens qui y poussent. Chaque espèce a sa propre variété. Colonies gigantesques, souterraines, sur des centaines de mètres ; polymorphisme des ouvrières ; soldats aux mandibules coupantes. Les reines mangent les 9/10 de leurs œufs.

Les fourmis pastorales ou éleveuses

Sous-familles des formicinés (environ 2 500 espèces), des camponotinés et des dolichodérinés, ou fourmis puantes.

Répartition : monde entier. Elles élèvent des pucerons, cochenilles, cicadelles, chenilles de papillons rhopalocères, dont elles utilisent le miellat.

Quelques genres :

Genre Crematogaster, espèces enfermant leur « bétail » dans des galeries de terre cimentée ou de matières végétales mâchées, le « carton ».

Genre Lasius, ces fourmis entretiennent des pucerons très nuisibles aux cultures et les transportent d'une plante à l'autre (Lasius americana) ; elles les maintiennent en vie, en hiver, en rentrant les œufs dans la fourmilière.

L'espèce Myrmecocystus mexicanus, ou fourmi pseudo-mellifère, la plus évoluée du groupe, utilise certaines ouvrières, les « replètes », comme récipients ou sacs à miel. Suspendues au plafond d'une chambre par dizaines, celles-ci sont gavées par les fourrageuses, puis elles nourriront les autres par trophallaxie.

Genre Acropyga : chez ces espèces, lors du vol nuptial, chaque reine emporte quelques cochenilles.

Les fourmis tisserandes

Sous-famille des formicinés ; un seul genre, Œcophylla, deux espèces.

Identification : dans les arbres, construisent leur nid en tirant et en rabattant les feuilles, qu'elles cousent en promenant des larves d'un bord à l'autre, pour leur faire sécréter des fils de soie, qui forment un tissu dense maintenant la feuille roulée. L'unique reine engendre plusieurs centaines de milliers d'ouvrières et colle ses œufs sur les feuilles. Le couvain se développe dans ces berceaux. Pour envahir un territoire, elles montent l'une sur l'autre, construisant des chaînes et des pyramides, jusqu'à former des ponts au-dessus du vide.

Répartition : Afrique, sud de l'Asie.

Les fourmis voleuses et esclavagistes

Sous-familles des formicinés et des myrmicinés. Très petites et très agiles, les voleuses dérobent nourriture et couvain d'espèces plus grandes ; les esclavagistes, comme Raptiformica, les fourmis sanguines d'Amérique du Nord, capturent ouvrières et nymphes d'espèces voisines pour les mettre à leur service.

Répartition : Europe, Amérique du Nord et Amérique du Sud (voleuses).

Quelques genres :

Genre Dorymyrmex ; odeur repoussante pour les féroces fourmis moissonneuses Pogonomyrmex, chez qui elles construisent leur nid.

Genre Carebara vidua d'Amérique du Sud : envahit les nids des termites.

Milieu naturel et écologie

Les fourmis rousses cohabitent avec de nombreux invertébrés (quelque 3 000 espèces), espèces myrmécophiles (littéralement « qui aiment les fourmis »), qui utilisent parfois les ressources de la fourmilière et bénéficient de ses conditions thermiques avantageuses. Cette hospitalité des fourmis peut être bienveillante, tolérante ou intéressée.

Quelques insectes sont recherchés par les fourmis pour leurs sécrétions huileuses. Il s'agit de certaines mouches (phoridés) et des Lochemusa, coléoptères staphylinidés qui se font gaver par les fourmis ouvrières. Celles-ci, qui semblent intoxiquées par les sécrétions de ces insectes, les lèchent constamment, si bien qu'elles délaissent leurs propres larves au profit de celles de leurs hôtes. Les larves de fourmis négligées se développent anormalement et produisent des ouvrières un peu difformes, pâles et très agitées, incapables de tout travail. Ces coléoptères peuvent donc provoquer des affaiblissements importants dans les sociétés de fourmis rousses.

Les homoptères (pucerons, cochenilles, cicadelles) et les chenilles de certains lépidoptères lycénidés sont, en revanche, des hôtes bienvenus, parfois même attirés ou amenés par les fourmis. La chenille de plusieurs espèces de papillons sécrète un liquide sucré très apprécié des fourmis. Lorsque celles-ci découvrent une telle chenille, elles l'emportent dans leur nid, où elles la léchent avidement pour récolter sa sécrétion. La chenille, elle, se nourrit du couvain des fourmis pendant l'hiver, puis se transforme en papillon et part de la fourmilière sans être importunée par ses occupants. On trouve ce type d'association par exemple entre l'azuré du serpolet (Maculinea arion) et la fourmi Myrmica sabuleti.

De nombreux saprophages, comme les larves de Microdon, des mouches à fleurs de la famille des syrphidés, et celles de la cétoine dorée (Cetonia aurata), un scarabée, se nourrissent des déchets, végétaux en décomposition, excrétions et cadavres se trouvant dans la fourmilière. Ils sont tolérés par les fourmis, qui ne les attaquent pas, excepté en cas de famine. Certaines espèces de coléoptères, de lépismes (petits insectes dépourvus d'ailes connus aussi sous le nom de poissons d'argent) ou de collemboles sont habiles à dérober une gouttelette du liquide sucré régurgité par une fourmi à une autre.

Les prédateurs tels que les araignées peuvent mettre en fuite les fourmis ouvrières par une émission de sécrétions anales. Ils repèrent les phéromones laissées sur les pistes par les fourrageuses ; certains myriapodes (mille-pattes), acariens ou serpents agissent de même. D'autres intruses, les fourmis voleuses, viennent piller la nourriture ou les couvains.

Les vrais parasites, enfin, guêpes et nématodes (vers ronds), vivent sur les fourmis ou dans leur corps. Les guêpes tuent généralement les larves. Les nématodes parasitent les fourmis ; celles-ci deviennent des adultes modifiés, stériles et très voraces. Les ichneumons, insectes hyménoptères, attaquent les fourmis rousses et leur injectent un œuf dans le corps. La larve se développe dans leur abdomen et les dévore lentement.

Champignons et bactéries

D'autres parasites, tels que des champignons, sont responsables de maladies contagieuses graves dans les populations de fourmis des bois. Vers le début de l'automne, des ouvrières parasitées qui s'accrochent à un brin d'herbe se trouvent collées à celui-ci par un exsudât visqueux apparaissant au niveau des articulations du thorax. Le lendemain, le mycélium germe et, le surlendemain, les conidies (spores de champignons) apparaissent, qui provoquent une contamination, obligeant les fourmis à détruire tous les sujets parasités dans la fourmilière avant que les conidies ne commencent leur germination. Le froid qui empêche les fourmis de sortir en hiver peut toutefois enrayer la contamination.

Les fourmis rousses sont aussi parfois les hôtes intermédiaires de la petite douve du foie (Dicrocoelium dendriticum), un ver trématode qui engendre une maladie chez les mammifères brouteurs, notamment le mouton. Les œufs, libérés dans les excréments d'un mouton, sont consommés par des escargots, qui les expulsent sous forme de larves appelées cercaires. Les fourmis rousses récoltent et ingèrent ces cercaires, qui s'enkystent dans leur ganglion sous-œsophagien et modifient leur comportement : le soir, elles ne rejoignent pas le nid mais grimpent sur les tiges herbacées, se trouvant ainsi à l'origine de la contamination des moutons qui broutent ces herbes.

Enfin, une maladie d'origine virale hypertrophie les glandes labiales situées dans le thorax, pendant le stade nymphal, et produit des fourmis de taille inférieure et peu actives.

La stratégie du fourmilion

La stratégie du fourmilion



À l'état larvaire, les fourmilions (tel Euroleon nostras) construisent de véritables pièges pour leurs proies, les fourmis. La larve de ces insectes névroptères, cachée au fond d'un trou creusé en forme d'entonnoir dans le sable (seul dépasse généralement, au fond de l'entonnoir, le haut de sa tête, équipé de deux longues et puissantes mandibules en forme de pinces), attend que la fourmi y tombe et l'attrape aussitôt. Elle bombarde avec des jets de sable la fourmi qui essaie de remonter les parois, jusqu'à ce qu'elle glisse dans l'entonnoir, emportée par les grains de sables qui roulent vers le fond. Les longues et redoutables mandibules de la larve lui permettent de saisir sa proie sans quitter son repaire. Puis elle lui injecte un liquide digestif et aspire ensuite l'intérieur de son corps, rejetant son enveloppe rigide à l'extérieur de son piège. La larve du fourmilion devient adulte après deux ou trois ans. Sa vie est alors courte et ne dure que le temps de l'accouplement et de la ponte.

Le parasitisme social temporaire

Les fourmis rousses sont, elles aussi, capables de parasitisme. Elles peuvent représenter un danger mortel pour les espèces du sous-genre de fourmis Serviformica (littéralement « fourmis esclaves »), Formica (Serviformica) sp, et notamment pour l'espèce Formica (Serviformica) fusca. Lorsqu'une reine Formica rufa, désireuse de fonder une nouvelle colonie, s'introduit dans une fourmilière de serviformica, elle tue la reine (elle est plus forte qu'elle) afin d'usurper sa place. Les œufs qu'elle pond sont pris en charge par les ouvrières de la fourmilière. La colonie devient mixte au fur et à mesure que sont élevées de nouvelles ouvrières issues de la ponte de la reine usurpatrice. À la mort des derniers ouvrières Serviformica, la colonie prend une identité purement Formica rufa.

Oiseaux de mauvais augure

Les fourmis des bois sont la cible de plusieurs oiseaux prédateurs qui, durant l'été, les chassent sur les arbres et au sol, mais jamais sur les fourmilières, par crainte des projections d'acide formique des ouvrières. Les coqs de bruyère attrapent les fourrageuses qui empruntent les pistes d'été.

Sur les 5 000 à 10 000 jeunes reines d'une fourmilière qui effectuent chaque année leur vol nuptial, moins d'une dizaine survit ; les autres sont victimes des prédateurs divers avant d'avoir trouvé un abri dans le sol, ou bien sont détruites par des champignons ou des bactéries.

En automne, les pics, en particulier les pics verts (Picus viridis), les plus voraces consommateurs de fourmis rousses (ils peuvent anéantir de 5 à 15 % de l'effectif d'une fourmilière), creusent des galeries longues parfois de plus de 60 cm à l'intérieur du nid et attrapent les fourmis en projetant leur langue à une dizaine de centimètres. Les hirondelles capturent de nombreuses fourmis ailées lors du vol nuptial printanier de celles-ci.

Les pics, mais aussi les renards et les blaireaux, qui recherchent les larves de scarabées présentes dans la fourmilière, démolissent également le nid.

Des insectes indispensables

Des graines qu'elles consomment, les fourmis rousses ne mangent que l'élaïosome, réserves huileuses très nutritives. Ensuite, elles les rejettent hors du nid. Elles assurent leur dissémination. Des études ont montré qu'une colonie de fourmis rousses peut transporter quelque 50 000 graines en une saison d'activité. Elles participent ainsi au repeuplement de régions peu fournies. Par leurs travaux constants, elles enrichissent les sols en substances organiques et les rendent plus perméables aux eaux de pluie, favorisant ainsi l'irrigation. Enfin, elles détruisent de nombreux insectes ravageurs forestiers, s'attaquant principalement à ceux qui connaissent une forte démographie. Un nid moyen anéantit près de 50 000 insectes chaque jour (dont les deux tiers sont des ravageurs), soit une récolte de 700 000 tonnes par an en Europe pour l'ensemble des nids de fourmis du genre Formica.

Les fourmis rousses et l'homme

Ravageur ou auxiliaire écologique ?

Indésirables dans les demeures des hommes, les fourmis rousses peuvent y commettre bien des méfaits, ou se montrer simplement un peu trop envahissantes. Elles jouent pourtant un rôle écologique majeur. Dans plusieurs pays d'Europe, l'espèce est protégée et importée pour repeupler des zones dont elle avait disparu.

Un enseignement multiple et plusieurs fois millénaire

La vie laborieuse et organisée de la fourmi sert depuis longtemps de référence idéologique ou pédagogique. La religion bouddhiste propose la fourmi comme modèle de persévérance dans le labeur. Dans le Talmud, elle symbolise l'honnêteté. Elle figure un serviteur appliqué et infatigable dans un conte celtique gallois. Elle est prévoyante dans la fable de Jean de La Fontaine, la Cigale et la fourmi. En Inde, son mode de vie social est cité en exemple pour que chacun participe à l'harmonie terrestre en s'acceptant comme un infime maillon de la grande chaîne des êtres vivants. Au Mali, certaines peuples estiment que les fourmis leur ont enseigné le tissage et de nombreux éléments d'architecture. Les Bambara, pour qui elles seraient en liaison avec l'eau invisible du sous-sol, forent leurs puits aux emplacements des fourmilières. Chez les Dogons et les Bambara, elles sont par ailleurs associées aux mythes cosmogoniques : aux origines des temps, le sexe de la Terre-Mère était une fourmilière ; aussi les femmes stériles s'assoient-elles sur des fourmilières pour demander au dieu Amma de les rendre fécondes.

Des vertus curatives sont attribuées aux fourmis. Au Maroc, autrefois, on faisait avaler des fourmis aux malades atteints de léthargie, afin qu'elles leur transmissent ardeur et vitalité. Plusieurs peuples africains utilisent les mandibules extrêmement puissantes des fourmis légionnaires comme agrafes pour suturer leurs plaies.

L'acide formique, isolé par Andreas Marggraf en 1749, s'est révélé être un excellent remède contre les rhumatismes. Au début des années 1990, le biologiste australien A. Beattie a effectué des recherches sur la sécrétion métapleurale sécrétée par des glandes situées sur le thorax de la fourmi australienne Myrmecia gulosa. Cette substance détient des pouvoirs antibiotiques et antifongiques préservant les œufs et les larves des moisissures dans les nids ; in vitro, elle présente des propriétés similaires : elle est active sur plusieurs espèces de bactéries, dont le bacille pyocyanique (Pseudomonas aeruginosa) et la bactérie intestinale Escherichia coli, ainsi que sur le champignon Candida albicans, responsables de septicémies et de différentes mycoses.

Fourmis ravageuses, fourmis utiles

Les fourmis sont souvent considérées comme des fléaux par les hommes, car certaines sont la cause de grands dommages. Les grandes fourmis charpentières, par exemple, peuvent détruire le bois des maisons en y creusant des galeries. Les petites fourmis des pharaons, originaires d'Afrique, peuvent envahir des lieux chauffés, comme les boulangeries, les cuisines ou les hôpitaux, où elles risquent de transmettre des germes. Certaines fourmis (dolichodérinés) volent les graines, tuent de jeunes oiseaux au nid et empêchent l'installation d'insectes utiles. Dans le sud des États-Unis, les petites fourmis de feu, très agressives, ont un venin si douloureux et laissent de telles plaies que les ouvriers agricoles refusent de travailler dans les champs infestés. En Amérique du Sud, les fourmis coupeuses de feuilles sont capables de dévaster des pans entiers de forêts et de cultures. Les fourmis légionnaires, en Amérique latine et en Afrique, sont des nomades qui se déplacent sous la forme de très longues colonnes que rien ne détourne de leur trajet. En chemin, elles dévorent tous les animaux qu'elles rencontrent : insectes, larves, grenouilles, serpents, rongeurs, etc. S'ils sont morts ou immobilisés, elles peuvent aussi dévorer des animaux beaucoup plus gros, comme des buffles, des antilopes ou même l'homme, ne laissant que les os. En Afrique, la fourmi magnan (Dorylus nigricans) est particulièrement redoutée.

En revanche, les fourmis rousses apportent toutes sortes de bienfaits. Leurs activités de semailles et d'irrigation et leur rôle d'insecticide naturel font d'elles de remarquables auxiliaires écologistes des forestiers, qui remarquent souvent la présence de territoires luxuriants là où elles sont installées. Les forestiers ont multiplié artificiellement les colonies de ces indicateurs biologiques précieux dans des forêts à faible population de fourmis, à l'aide de transplantations et d'implantations de reines fécondées en laboratoire ou prélevées d'une fourmilière. Certaines fourmilières sont protégées par un filet qui empêche le passage de prédateurs comme les pics.

Cependant, on observe une nette régression des fourmis rousses en Europe. Parmi les causes connues, il faut citer : le prélèvement des cocons servant de nourriture de base aux faisans d'élevage ou à des poissons exotiques ; les travaux forestiers exécutés sans précautions près des fourmilières ; les promeneurs, qui compromettent l'équilibre thermique des nids en y plantant un bâton, favorisant ainsi la pénétration de l'eau de pluie ; enfin, le traitement aux insecticides des terres agricoles en lisière de forêts. Les fourmis rousses sont protégées en différentes régions d'Europe, notamment en Wallonie. Formica rufa est une espèce classée « quasi-menacée » sur la liste rouge des espèces menacées établie par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature).