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effraie des clochers

Chouette effraie
Chouette effraie

Avec son masque facial argenté en forme de cœur et sa face ventrale blanche, l'effraie des clochers surgit dans l'obscurité. Quasi-cosmopolite, ce rapace nocturne, que sa silhouette blafarde a fait surnommer « dame blanche », a su s'adapter à la présence de l'homme, mais elle pâtit aujourd'hui de ses activités.

Introduction

Comme tous les rapaces nocturnes, l'effraie des clochers appartient à l'ordre des strigiformes. Cet ordre se divise en deux familles : celle des strigidés, qui rassemble les hiboux et les chouettes proprement dites ; et celle des tytonidés, qui regroupe toutes les espèces d'effraies. (Bien qu'elle ne soit pas une chouette au sens strict, l'effraie des clochers est souvent appelée chouette effraie.)

Les plus vieux fossiles de strigiformes connus (Ogygoptynx et Berruornis), découverts en Amérique du Nord et en Europe, datent du paléocène, il y a 65 à 54 millions d'années. Leurs liens évolutifs avec les rapaces diurnes (falconiformes) et les engoulevents (caprimulgiformes) ne sont pas élucidés et restent controversés.

Les effraies (famille des tytonidés) apparaissent à l'époque suivante, l'éocène. Il y a 25 millions d'années environ, les effraies sont répandues en Europe et en Asie. De nombreux fossiles d'espèces aujourd'hui éteintes ont été mis au jour, telles les effraies géantes du pléistocène.

Aujourd'hui, treize espèces d'effraies sont réparties de par le monde, sur tous les continents ; la famille des tytonidés comprend également deux espèces de phodiles, l'une africaine, l'autre asiatique, qui ressemblent aux effraies mais avec un masque facial incomplet. L'effraie des clochers est l'un des oiseaux les plus cosmopolites. Toutefois, elle est absente de Nouvelle-Zélande, où de nombreux biotopes lui seraient pourtant favorables. Deux sous-espèces habitent l'Europe : Tyto alba alba se rencontre à l'ouest et au sud ; Tyto alba guttata se cantonne plutôt à l'est et au nord. Il n'est pas rare de rencontrer des couples mixtes en France.

À l'origine oiseau des rochers et des éboulis, l'effraie des clochers a lié son existence à celle de l'homme. Cependant, elle gîte encore dans les crevasses de falaises ou dans les arbres creux. C'est un oiseau de la campagne qui ne pénètre dans les villes qu'à la faveur des vieux édifices. Les lisières ou les clairières lui sont favorables, ainsi que l'alternance de végétation dense et maigre. Malgré les hommes, qui la jugent parfois importune, la chouette effraie survit, fidèle à ses lieux de naissance.

La vie de l'effraie

Une exploration silencieuse du territoire

Oiseau territorial, l'effraie des clochers pousse des cris pour défendre le domaine vital, qu'elle partage avec son conjoint. Chaque couple est d'ailleurs fidèle à son site de reproduction, qu'il occupe tout au long de l'année. Les comportements des effraies comme la taille de leurs territoires varient peu d'un continent à l'autre ; seules des différences minimes apparaissent ici ou là.

Le territoire du couple est exigu, comparé à celui d'autres prédateurs. Il peut varier en moyenne de 2 500 ha en Grande-Bretagne, selon Bunn (1982), à 670 ha en France, selon D. Michelat (1989).

Un vol feutré

De jour comme de nuit, l'effraie doit pouvoir voler lentement et silencieusement afin d'exploiter son territoire et d'y chasser efficacement, sans qu'ils l'entendent approcher, les petits rongeurs dont elle se nourrit. Son corps est très petit, comparé à la grande envergure de ses ailes – 85 cm – et à leur largeur, ce qui lui fournit une surface portante d'environ 1 700 cm2, pour un corps qui ne pèse que quelque 340 g. La conformation des rémiges est étonnante. Les extrémités des barbules sont prolongées par une sorte de poil. Ainsi, l'air ne produit aucun bruit lorsqu'il rencontre les plumes de l'oiseau. Des études ont montré que ce dispositif supprime les ultrasons habituellement émis par le vol des oiseaux. Ce fait est très important en raison de la sensibilité aux ultrasons des petits rongeurs.

Des capacités auditives exceptionnelles

Le masque facial de l'effraie agit comme un véritable amplificateur transmettant aux cavités auditives du rapace les sons les plus faibles, comme, par exemple, le pas d'un mulot sur des feuilles sèches à plus d'une centaine de mètres.

L'acuité auditive de l'effraie des clochers est telle que le chercheur américain R. Payne a constaté, en observant une effraie dans un affût situé à plus de 25 m, que le glissement d'un stylo à bille sur une feuille de papier suffit à éveiller l'attention de l'animal. Il a également montré que les deux opercules auditifs de l'effraie sont placés de façon dissymétrique derrière les yeux, ce qui permet au rapace de capturer des proies dans une obscurité totale. Il a testé longuement les capacités auditives de cet oiseau. Ainsi, dans une pièce plongée dans le noir complet, l'effraie n'échoua que 4 fois sur 17 tentatives. Des expériences similaires menées avec des rapaces nocturnes présentant des opercules auditifs symétriques montrent l'impossibilité pour ces derniers de capturer des proies dans le noir intégral. L'effraie des clochers est aussi capable de chasser en journée, témoignant de capacités visuelles tant diurnes que nocturnes.

Des cris caractéristiques

Des cris caractéristiques



Chacun des nombreux cris de l'effraie possède une signification précise : longue plainte roucoulante durant le vol, cris de défense du territoire, d'alarme, de parade, cris précédant une offrande alimentaire du mâle à la femelle... Le plus connu est l'étrange ronflement qu'émet l'effraie lorsqu'elle est posée, exactement comme un dormeur mais sans le bruit d'expiration ! L'effraie produit aussi des chuintements plus ou moins aigus, très caractéristiques de l'espèce ; longs de 5 à 8 secondes, ils évoquent une machine lâchant de la vapeur.

Des campagnols à tous les repas

L'effraie part en chasse en général à la nuit tombée, parfois avant la fin du jour. Des études menées en Grande-Bretagne montrent que certains individus sont spécialisés dans la chasse diurne, environ deux heures avant le coucher du soleil, certains rongeurs étant plus actifs de jour que de nuit. Toutefois, la présence de corvidés sur le territoire exclut la chasse diurne, ces oiseaux étant les ennemis jurés de l'effraie.

Plusieurs techniques de chasse

La plus rare consiste à effectuer un vol sur place, à la manière du faucon crécerelle, en attendant que le rongeur sorte de son terrier. Mais, plus souvent, l'effraie des clochers quadrille son territoire, d'un vol lent et ouaté, à faible distance du sol, à la recherche de ses proies. Elle chasse aussi à l'affût. À partir de un ou de plusieurs perchoirs favoris, elle détecte les petits cris des rongeurs, vole dans leur direction et les capture.

La technique de capture est très au point. Lorsque l'effraie a repéré sa proie, elle fond sur elle, pattes en avant et serres largement ouvertes. Dès que ces dernières touchent la proie, elles se referment violemment et provoquent la mort quasi immédiate de la victime, qui est avalée entière. Toutefois, pour les proies les plus grosses, le rapace donne le « coup de grâce » de son bec acéré et dépèce l'animal capturé avant de l'avaler.

Lorsqu'elle n'est pas consommée sur place, la proie est transportée dans les serres et transférée dans le bec avant l'atterrissage. Certaines effraies, néanmoins, transportent toujours leurs proies avec le bec.

L'efficacité de prédateur de l'effraie des clochers est remarquable. Au moment du nourrissage des jeunes, le rythme de capture atteint une dizaine de proies en une heure ! Les périodes d'enneigement affectent la chasse et contraignent les effraies à des jeûnes prolongés. Mais, par temps de pluie ou par vent fort, elles continuent à chasser avec succès.

Très éclectique, le régime alimentaire dépend du milieu fréquenté. En France, les campagnols des champs constituent les proies les plus nombreuses de ces oiseaux. À partir des pelotes de réjection d'effraies du nord de la France, M. C. Saint Girons a dénombré 1 599 campagnols des champs pour 3 654 vertébrés, soit 44 %. Cette proportion, de 80 % lors de la pullulation de ces rongeurs, retombe à 16 % pendant les périodes de faible densité du petit animal. Mulots, lérots, rats, taupes, chauves-souris, oiseaux, amphibiens et parfois insectes, figurent aussi au menu.

Les pelotes de réjection

Les pelotes de réjection



Les parties non digestibles des proies consommées sont rejetées 2 ou 3 fois par jour, par le bec. Ces boules de poils et d'os, appelées pelotes de réjection, gris sombre, vernissées de noir à l'état frais, varient de 30 à 80 mm de long et de 15 à 25 mm de diamètre. Après une première patrouille, une pause nocturne permet à l'effraie de digérer en deux heures et demie : elle rejette alors une petite pelote, la première. La seconde chasse, plus longue, aboutit au dégorgement d'une grosse pelote vers le milieu du jour. Pour rejeter ses pelotes, l'effraie se pose toujours sur le même perchoir.

Un couple uni pour la vie entière

Les couples d'effraies des clochers restent ensemble toute l'année, si l'on excepte quelques déplacements erratiques occasionnels.

La parade nuptiale débute généralement fin février. Le nombre des mâles sortant avant la nuit augmente alors, car il est impératif pour eux d'apporter des offrandes alimentaires à leur compagne. Souvent, les deux partenaires volent ensemble, le mâle évoluant et suivant la femelle dans ses moindres mouvements. Le « vol du papillon » constitue une des phases les plus spectaculaires de la parade : les pattes pendantes, le mâle fait du surplace pendant quelques secondes à hauteur de la tête de sa partenaire.

Les jeunes non appariés ou les oiseaux ayant perdu leur partenaire sont plus démonstratifs que les autres afin d'attirer un compagnon. Plus la période de reproduction approche, plus les effraies manifestent des comportements d'intérêt mutuel. Il est fréquent de les voir se toiletter réciproquement. Une des attitudes classiques pour les partenaires consiste à frotter leur tête l'une contre l'autre avec des mouvements circulaires.

Un domicile choisi par le mâle

La recherche du site de nidification incombe au mâle, qui marque souvent une nette préférence pour les constructions humaines : clochers d'églises, greniers, granges, châteaux d'eau désaffectés, ruines médiévales. En France, les effraies apprécient particulièrement les clochers, habitude nicheuse qui se retrouve dans leur nom d'effraies des clochers. En revanche, en Grande-Bretagne, près de la moitié des effraies occupent des cavités naturelles.

Le site choisi est une plate-forme plus ou moins fermée, difficile d'accès pour l'homme et pour les carnassiers, mais communiquant avec l'extérieur. La fidélité de l'oiseau à son aire de reproduction est étonnante. Le cas d'un site occupé sans interruption pendant 70 ans a été rapporté.

Le cadeau nuptial

Les premiers accouplements se produisent plus d'un mois avant la ponte et peuvent se poursuivre plus de 6 semaines après l'éclosion. Les partenaires sollicitent tour à tour l'accouplement par des mimiques particulières. Le mâle s'approche de la femelle en s'aplatissant. Puis vient le tour de la femelle qui s'aplatit en émettant des cris particuliers.

Cependant, le prélude à l'accouplement est l'offrande alimentaire du mâle à la femelle. Dès que le mâle arrive avec sa proie, la femelle pousse des cris l'incitant à la lui offrir. Immédiatement après l'offrande, le mâle monte sur la femelle et l'accouplement, très bref, peut avoir lieu. Pendant l'acte, la femelle conserve la proie dans le bec. Ensuite, les deux oiseaux se livrent à un toilettage mutuel fort minutieux.

Parents courageux de jeunes voraces

Avant que le premier œuf ne soit pondu, le mâle apporte des proies sur le site de nidification pour sa compagne. Les pontes s'échelonnent de la mi-mars à la mi-août. Cependant, les plus précoces peuvent avoir lieu en février – très rarement en janvier – et les plus tardives en septembre. La femelle pond en général de 4 à 8 œufs, mais la taille de la ponte peut s'échelonner de 2 à 18 œufs. Chaque œuf, d'un blanc mat immaculé, mesure en moyenne 40 × 30 mm et pèse environ 20 g.

La femelle en assure seule la couvaison. Durant toute l'incubation, de 31 à 33 jours, la mère ne quitte pas le nid. Elle est ravitaillée par le mâle qui lui apporte, plusieurs fois par nuit, les proies qui lui sont nécessaires.

Des rejetons insatiables

À leur naissance, les jeunes effraies sont des boules de duvet d'une dizaine de grammes. Mais leur croissance est rapide. Leur poids augmente d'environ 10 g par jour au cours de la première décade et de 15 g au cours de la seconde. Pendant les 15 premiers jours, la femelle continue à couver les petits afin de maintenir leur température. Ensuite, quand les parents s'absentent, les poussins se regroupent en se serrant les uns contre les autres afin de conserver leur chaleur. Vers 20 jours, les plumes apparaissent et le poids du jeune oiseau avoisine les 300 g.

Les premiers jours, le mâle assure seul le ravitaillement de la nichée. La femelle, quant à elle, dépèce les proies et en alimente ses oisillons. À 15 jours, les jeunes sont capables d'avaler un campagnol entier. Dès lors, la mère aide son compagnon à pourvoir à la nourriture des petits, qui engloutissent chacun 4 ou 5 proies par jour.

Une seconde nichée

Vers 8 à 10 semaines, les jeunes effraies, déjà couvertes de leur plumage définitif, prennent leur envol. Pourtant, les parents continuent à les alimenter pendant trois à cinq semaines. Entre la ponte et l'émancipation des petites effraies, il s'écoule 4 mois environ. Cela n'empêche pas certains couples d'élever une seconde nichée. Un certain nombre de femelles font deux pontes un an sur deux. La seconde ponte a lieu alors que les jeunes de la première couvée sont encore au nid. Ainsi, l'élevage est achevé avant l'arrivée de la mauvaise saison, quand les proies se raréfient.

Le taux de réussite des secondes pontes est en général plus élevé que celui des premières. Mais il arrive qu'un poussin plus chétif soit dévoré par ses frères, ou que les parents consomment le cadavre d'un de leurs petits. Il s'agirait d'un mécanisme de régulation des populations en cas de disette.

Du duvet au plumage

Du duvet au plumage



Les poussins conservent leur premier duvet pendant environ 2 semaines et leur second duvet pendant 2 mois. Entre 4 et 8 semaines, l'oisillon ressemble à une boule duveteuse d'un blanc pur d'où émergent un bec crochu et deux gros yeux ronds et noirs.

À 2 mois environ, les jeunes quittent le nid. Leur plumage est alors quasiment identique à celui des adultes : deux longues ailes soyeuses, un manteau luxueux d'un roux doré chamarré de gris et de blanc, une face ventrale et deux longues « jambes » au court revêtement blanc.

Pour tout savoir sur l'effraie

Effraie des clochers (Tyto alba)

L'effraie des clochers tire son nom de ses bizarres émissions sonores qui, jointes à son attirance pour les clochers d'églises, sont propres à « effrayer ». Le masque facial en forme de cœur qui la caractérise est un critère d'identification infaillible. La structure des plumes des disques faciaux est très complexe : elles possèdent des barbules extrêmement denses et un rachis épais et aplati. Les cavités auditives, placées de façon dissymétrique de chaque côté de la tête, aident l'oiseau à mieux localiser ses proies.

L'effraie bénéficie d'une excellente vision nocturne malgré ses yeux de petite taille. La rétine est très proche de la surface de l'œil, ce qui induit une faible perte de luminosité. Les cellules nerveuses photoréceptrices de la rétine (les cônes et les bâtonnets) sont particulièrement performantes et permettent à l'effraie de tirer parti de la plus faible lueur.

Les doigts, munis de griffes acérées (serres), sont des outils particulièrement efficaces dans la capture des petits mammifères. Les longues ailes larges permettent un vol lent, bas et silencieux, idéal pour la capture des proies.

Le dimorphisme sexuel est peu marqué. Généralement, la femelle paraît plus sombre que le mâle, d'un blanc clair. Tous deux ont la tête, la nuque, le dos et les plumes de couverture jaune-orangé moucheté de noir. La femelle présente parfois sur la poitrine et les flancs de petits points sombres ou de petites taches brun foncé. Elle peut aussi être teintée de jaunâtre.

L'effraie est sédentaire, bien que le comportement errant des juvéniles conduise certains individus à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de naissance. Certaines années, on assiste à des déplacements d'effraies plus importants qu'à l'ordinaire. Ces déplacements sont liés à l'abondance de la nourriture. Lorsque les couvées sont prospères parce que les proies abondent, la population des effraies augmente à la fin de l'automne. Les rongeurs sont alors décimés et les rapaces doivent gagner des zones plus favorables. Habituellement, la distance moyenne séparant les lieux de baguage des jeunes des lieux de reprise se situe autour de 80 à 90 km.

Opportuniste, l'effraie adapte son régime alimentaire aux proies disponibles. En période d'abondance, elle n'hésite pas à élever deux nichées. Elle compense ainsi les lourdes pertes que l'espèce subit lors des années de disette ou quand des conditions climatiques sont défavorables – par exemple la persistance d'une épaisse couche de neige au sol – et l'empêchent de se nourrir.

L'effraie est souvent attaquée en vol par d'autres oiseaux, surtout lorsqu'elle sort alors que la luminosité est importante. Elle ne cherche alors pas à se défendre et prend systématiquement la fuite. Lorsqu'elle est frappée, elle se laisse tomber au sol comme une pierre ou s'engouffre dans un buisson. De telles agressions l'obligent parfois à interrompre ses chasses. On ignore encore les raisons de cette agressivité interspécifique.

Sous-espèces

Jusqu'à 35 sous-espèces, réparties sur tous les continents, ont été définies. Deux sont européennes :

Tyto alba alba, dans les îles Britanniques, dans l'ouest et dans le sud de la France, en Espagne, en Italie et autour du bassin méditerranéen ;

Tyto alba guttata, teinte du masque et de la poitrine plus rousse, habite l'est de la France, le sud de la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Pologne, l'Autriche, la Hongrie, la Bulgarie et la Crimée.

LA CHOUETTE EFFRAIE

EFFRAIE DES CLOCHERS

Nom (genre, espèce) :

Tyto alba

Famille :

Tytonidés

Ordre :

Strigiformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Oiseau blanc ; masque facial en forme de cœur ; dimorphisme sexuel peu marqué

Longueur :

35 cm

Envergure :

85-93 cm

Poids :

Mâles : 320 g ; femelles : 349 g

Répartition :

Tous les continents sauf l'Antarctique

Habitat :

Milieux ouverts (bocage, lisières forestières, cultures)

Régime alimentaire :

Petits mammifères, batraciens, oiseaux

Structure sociale :

Monogame, territoriale et sédentaire

Maturité sexuelle :

À 1 an

Saison de reproduction :

De février à septembre, en Europe

Durée de l'incubation :

De 31 à 33 jours

Nombre de jeunes par ponte :

En général de 4 à 8, rarement 2 ou 3, ou 9 ou 10 (parfois jusqu'à 18)

Poids à la naissance :

10 g

Longévité :

15 mois en moyenne, record 21 ans

Effectifs, tendances :

Estimés à 4 900 000 individus

Statut, protection :

Espèce inscrite à l'Annexe II de la Convention de Berne ainsi qu'à l'Annexe II de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction)

Remarque :

Excellent régulateur des populations de rongeurs ravageurs des cultures

 

Signes particuliers

Yeux

Placés sur le même plan, les yeux de l'effraie, protégés par une membrane opaque souvent close, lui permettent d'avoir une vision binoculaire très précise, mais avec un champ de 110°.

Bec

Le bec court est très incurvé vers le bas. L'extrémité de la mandibule supérieure, fortement courbée, se termine par une pointe acérée recouvrant la mandibule inférieure.

Plumes

L'effraie a le corps couvert de plumes, sauf sur les pattes. Celles du masque facial sont courtes et comportent de nombreuses barbules. À l'arrière de la tête, les plumes sont plus longues et retombent vers l'avant lorsque l'oiseau est au repos. L'envergure des ailes, presque le triple de la longueur de l'effraie, permet un vol lent. La structure des plumes des ailes est très particulière. Les barbules de la partie externe des rémiges se terminent en une pointe et sont séparées les unes des autres par des interstices entre lesquels l'air peut s'engouffrer sans bruit. Ce dispositif rend le vol de l'effraie totalement silencieux.

Serres

Les pattes de l'effraie comportent 4 doigts munis de griffes, ou serres, courbes et acérées. Le doigt externe et le doigt médian sont de longueur identique, contrairement à ce que l'on observe chez les strigidés. Les serres sont des armes redoutables qui permettent de saisir les proies avec force et de les tuer en les transperçant.

Les autres tytonidés

La famille des tytonidés, à laquelle appartient l'effraie des clochers, compte 15 espèces au masque facial clair en forme de cœur. On distingue deux grands groupes : les effraies de grande taille qui habitent les milieux ouverts, steppes et savanes, et qui nidifient à terre, et les effraies forestières, de taille inférieure, qui se reproduisent dans les arbres creux. Plusieurs de ces espèces sont endémiques d'îles ou de secteurs géographiques restreints. Certaines sont en voie de disparition, alors que leur biologie est encore pratiquement inconnue.

Outre les effraies au sens strict (genre Tyto, 13 espèces, dont l'effraie des clochers), la famille des tytonidés comprend 2 espèces de phodiles (genre Phodilus), forestières et relativement mal connues. Ces oiseaux ont un masque facial incomplet au-dessus des yeux, un bec plus fin que chez Tyto, et un régime alimentaire qui serait plutôt insectivore.

Les tytonidés sont sédentaires, mais certaines espèces peuvent effectuer des déplacements à faible distance.

Effraie du Cap (Tyto capensis)

Aussi appelée effraie de prairie.

Identification : de 33 à 43 cm ; ressemble à l'effraie des clochers ; plumage plus sombre ; pattes plus longues.

Répartition : savanes herbeuses ; Angola, Malawi, Botswana, Afrique du Sud. Peut remonter au nord jusqu'en République démocratique du Congo et au Kenya.

Comportement : passe le plus clair de son temps au sol, où elle dépose ses œufs dans une touffe d'herbe.

Effraie à longues pattes (Tyto longimembris)

Parfois considérée comme une sous-espèce de T. capensis.

Identification : de 33 à 43 cm ; masque facial gris ; gros yeux noirs entourés de plumes noirâtres ; tête, dos et plumes de couverture brun foncé.

Répartition : prairies ; Inde, sud-est de la Chine, nord et est de l'Australie, Nouvelle-Guinée, Philippines et Célèbes.

Effraie de Madagascar (Tyto soumagnei)

Mal connue (la première observation de nid remonte à 1995 seulement).

Identification : 25 cm ; plumage identique à celui de Tyto alba mais fortement teinté de roux.

Répartition : endémique de Madagascar, où elle habite la forêt primaire.

Statut : espèce très menacée par la disparition de son habitat ; effectifs en baisse.

Effraie de Célèbes (Tyto rosenbergii)

Identification : 30 cm ; plumage très proche de celui de l'effraie de Madagascar. Biologie inconnue.

Répartition : endémique de Célèbes.

Effraie de Minahassa (Tyto inexspectata)

Identification : 30 cm ; plumage identique à celui de l'effraie de Célèbes. Biologie inconnue.

Répartition : endémique de Célèbes.

Statut : vulnérable, principalement à cause de la déforestation ; effectifs en baisse.

Effraie masquée (Tyto novaehollandiae; syn.: Tyto castanops)

Identification :    de 36 à 51 cm ; femelle beaucoup plus grosse que le mâle ; plumage, masque facial, poitrine, ventre et pattes fortement teintés de roux.

Répartition : régions forestières ; nord-est, est et sud de l'Australie, Nouvelle-Guinée, Tasmanie.

Effraie fuligineuse (Tyto tenebricosa ; syn. : Tyto multipunctata)

Identification : de 30 à 38 cm ; femelle plus grosse que le mâle ; plumage gris sur le dos ponctué de fines taches blanches ; gros yeux noirs entourés d'une zone noirâtre. Seul membre de la famille à n'arborer aucune teinte jaune-orangé.

Répartition : forêts, au sommet des arbres : Australie, Nouvelle-Guinée.

Effraie dorée (Tyto aurantia)

Connue seulement par quelques spécimens et quelques observations.

  Identification : 30 cm ; plumage identique à celui de l'effraie de Minahassa. Biologie inconnue.

Répartition : endémique de l'île de la Nouvelle-Bretagne, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Effraie d'Hispaniola (Tyto glaucops)

Identification : plumage brun-roux, masque et dessous des ailes gris.

Répartition : endémique de l'île d'Haïti, ou Hispaniola, dans les Grandes Antilles.

Effraie de Manus (Tyto manusi)

Rarement observée. Sa biologie et son écologie sont quasiment inconnues.

Identification : ressemble à l'effraie masquée d'Australie.

Répartition : endémique de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Statut : vulnérable.

Effraie de Taliabu (Tyto nigrobrunnea)

Connue par un seul spécimen, capturé en 1939.

Répartition : île Taliabu, dans les îles Sula (archipel des Moluques, en Indonésie) ; a priori habitante des forêts pluvieuses.

Statut : classée comme en danger à cause de la petite taille de son aire de répartition et de la déforestation.

Effraie des Tanimbar (Tyto sororcula)

Répartition : forêt primaire des basses terres. Dans les Moluques : îles Buru, Seram (forte probabilité), Yamdena et Larat ; dans les Petites Îles de la Sonde (Nusa Tenggara).

Statut : espèce mal connue ; données insuffisantes pour déterminer son statut, mais son habitat disparaît rapidement.

Phodile calong (Phodilus badius)

Identification : 30 cm ; plumage violacé sur la poitrine, le ventre et la face, brun sur le dos et les ailes.

Répartition : forêt secondaire ; Indonésie, Inde, Malaisie.

Alimentation : insectes, oiseaux, lézards, grenouilles.

Phodile de Prigogine (Phodilus prigoginei)

Identification : 29 cm ; plumage presque identique à celui de P. badius, légèrement plus sombre. Biologie inconnue.

Répartition : République démocratique du Congo ; connue par un exemplaire collecté en forêt à 2 430 m d'altitude, en mars 1951, redécouverte en 1996 dans une forêt-galerie à 1 830 m.

Statut : en danger ; son habitat disparaît à cause de la déforestation.

Milieu naturel et écologie

L'effraie des clochers est l'espèce de la famille des tytonidés la plus répandue au monde ; présente sur tous les continents, excepté l'Antarctique, elle peuple les deux hémisphères. Parmi les 35 sous-espèces décrites, de nombreuses sont insulaires : 7 en Amérique, 8 en Indonésie et Océanie, 1 à Madagascar, 3 en Afrique et 3 en Europe (Corse et Sardaigne, Madère et Canaries).

Sur les continents, outre les deux sous-espèces européennes, une seule sous-espèce peuple tout le continent africain, et une autre occupe toute la péninsule arabique et le Moyen-Orient. En Asie, une sous-espèce habite dans la péninsule indienne et une autre vit dans le Sud-Est asiatique. Et une seule sous-espèce également s'est répandue dans toute l'Australie. Enfin, une seule vit en Amérique du Nord, une autre peuple l'Amérique du Sud, du Brésil à l'Argentine, et trois autres se partagent l'Amérique centrale continentale et le nord de l'Amérique du Sud.

Cette très large répartition montre les capacités d'adaptation de l'espèce qui, toutefois, ne peut vivre que dans des espaces dégagés avec, au sol, une végétation abondante abritant les petits mammifères dont elle se nourrit. Lorsque la monoculture envahit son aire de répartition ou que la sécheresse s'installe, l'espèce peut survivre pourvu que subsistent des lambeaux de bosquets. L'éclectisme de son alimentation explique en partie cette répartition. Si l'effraie dépend surtout des petits mammifères, elle consomme également, lorsqu'ils sont accessibles, grenouilles, crapauds, hannetons et coléoptères, et aussi des poissons tels que truites, carpes et perches.

L'effraie montre une grande plasticité dans le choix de ses proies. La prédominance de telle ou telle proie dépend du milieu fréquenté par la chouette, même si l'on trouve dans le menu de toutes les effraies des préférences communes. En Irlande, les mulots peuvent représenter 62 % des captures, alors qu'en Allemagne ils ne figureraient au menu que pour 2,1 %. En Namibie, les lézards constituent 49 % des proies consommées ; en revanche, au Mali, les grenouilles représentent la quasi-totalité des captures. En Grande-Bretagne, les oiseaux représentent 0,2 % des proies alors qu'ils comptent pour 14,5 % en Pologne. Les oiseaux semblent être davantage capturés en milieux suburbains : ce sont souvent des moineaux surpris dans leurs dortoirs. Les pigeons domestiques, avec lesquels la cohabitation est fréquente, n'ont rien à craindre.

Une mortalité juvénile considérable

Les populations de rongeurs, qui constituent l'ordinaire de l'effraie, sont soumises à des fluctuations cycliques. En période d'abondance, les effraies augmentent aussi leurs effectifs. Les nichées de 8 jeunes et plus deviennent fréquentes et le taux de réussite se situe entre 6 et 7 jeunes à l'envol. Les secondes nichées se multiplient, jusqu'à concerner 50 % des couples contrôlés. Toutefois, les populations d'effraies n'augmentent pas en conséquence. D'abord, il y a les années défavorables. Ensuite, la mortalité juvénile est considérable. Diverses études ont établi des chiffres de mortalité avant l'âge de 1 an se situant, selon les régions, entre 61 % et 90 %.

Lors des années de disette, le nombre des jeunes à l'envol dépasse rarement trois. De quoi maintenir les effectifs, en étroite corrélation avec la nourriture disponible.

Prédateurs

Comme beaucoup de prédateurs, la chouette effraie a elle-même peu de prédateurs. Toutefois, d'autres oiseaux la chassent.

Les plus hostiles sont les corvidés, corbeaux, corneilles, choucas, et les rapaces diurnes tels les faucons crécerelles et les buses. Il semble qu'il s'agisse plus pour eux d'empêcher la chouette de chasser leurs propres proies que de la capturer en tant que telle.

L'effraie et l'homme

Victime sacrifiée d'un monde industrialisé

Oiseau du monde rural, la chouette effraie est la victime de la disparition du bocage et de l'urbanisation à outrance. Remembrements, pesticides, constructions d'autoroutes, lignes de TGV, autant de dangers mortels pour ce rapace.

Un symbolisme très ancien

La chouette est le symbole de la connaissance rationnelle. Attribut des devins, elle représente leur don de clairvoyance. Elle est la réflexion qui perce les ténèbres.

Chez les anciens Grecs, c'est la chouette chevêche, emblème de la déesse Athéna, qui est le symbole de la Raison et de l'Esprit.

Chez les Aztèques, la chouette est à la fois la compagne du dieu des Enfers et un avatar de la nuit, de la pluie et des tempêtes. Ce symbolisme associe l'oiseau aux forces qui commandent les eaux et la végétation. Au Pérou, dans la civilisation préincaïque, les couteaux sacrificiels étaient surmontés d'une divinité en forme de chouette. Aujourd'hui encore, la chouette est divinité de la mort et gardienne des cimetières pour plusieurs peuples amérindiens.

En Occident, ses chuintements, son goût pour les clochers et les cimetières ont fait de l'effraie une victime toute désignée pour exorciser le démon. On la clouait sur la porte de sa grange pour conjurer le sort… ou sur la porte de la grange du voisin pour lui porter malheur. Des associations telles que la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Fonds d'intervention pour les rapaces (FIR ; devenu la Mission Rapaces, au sein de la LPO) ont beaucoup œuvré pour faire reculer de telles pratiques. Reste encore à l'ordre du jour la lutte contre les pièges à poteaux, interdits désormais, mais encore posés ici et là contre les malheureux rapaces.

Quand le milieu de vie disparaît

Des périls plus définitifs et plus insidieux, parce que moins spectaculaires, guettent la dame blanche. Le premier, le plus inquiétant parce qu'il touche à l'habitat même de l'oiseau, est le remembrement. La disparition des prés, des haies et des talus, remplacés par de vastes parcelles vouées à la céréaliculture intensive, font perdre à l'effraie ses terrains de chasse. L'épandage de pesticides, en particulier de rodenticides (destructeurs de rongeurs), diminue fortement le nombre de ses proies. Dans certaines régions françaises, comme l'Île-de-France, les densités ont fortement chuté.

Le trafic routier est aussi un danger pour l'effraie. Ce sont des dizaines de milliers d'effraies qui sont heurtées chaque année par les automobiles. Avec la création de nouveaux réseaux routiers, ce chiffre alarmant ne peut qu'augmenter.

Enfin, l'effraie des clochers, comme tous les rapaces, souffre de l'utilisation intensive de pesticides dans l'agriculture. L'accumulation de ces substances dans son organisme induit notamment un amincissement de la coquille des œufs, entraînant une mortalité élevée au stade de l'incubation. Pour une raison inexpliquée, l'effraie des clochers semble plus sensible aux effets des pesticides que les hiboux et les chouettes au sens strict.

À la recherche de solutions

L'effraie des clochers, bien que protégée, éprouve de plus en plus de difficultés à trouver des sites de nidification convenables. Afin d'éviter les déjections des pigeons, les clochers sont obturés. Les granges se raréfient. Les bâtiments agricoles sont bien fermés. Les arbres creux, trop vieux, sont abattus. La dame blanche, inféodée aux lieux clos et obscurs, déserte des secteurs entiers.

Comme toutes les espèces vivantes, elle mérite de retrouver sa place au sein des écosystèmes. Parmi les avantages de sa présence, l'effraie des clochers limite de façon plus durable que les pesticides les pullulations de rongeurs, ravageurs des cultures. Sa disparition d'un territoire est un indicateur de l'appauvrissement des biotopes, et la situation est souvent irréversible.

Des solutions existent, par exemple la plantation d'arbres dans les secteurs sensibles afin d'obliger les oiseaux à prendre de la hauteur lorsqu'ils arrivent aux abords de la route. On peut empêcher la pénétration des pigeons et des corvidés dans les clochers d'églises, tout en laissant aux effraies la possibilité d'y entrer.

En Allemagne, puis en France, de vastes campagnes de poses de nichoirs ont été menées avec des résultats encourageants. Une pose systématique dans toutes les communes rurales permettrait d'enrayer la pénurie grandissante de sites potentiels disponibles pour la dame blanche.

Les mentalités changent. La chouette effraie devient maintenant un symbole de la protection de la nature ; sera-t-elle enfin protégée efficacement ?