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condor

Condor
Condor

Voilier majestueux, le condor des Andes est passé maître dans l'art du vol à voile. Sa silhouette impressionnante, son cou décharné, son bec redoutable et sa crête méconnaissable font partie intégrante des paysages andins, sur toute l'étendue occidentale du continent sud-américain. Malgré sa taille et son aspect imposants, c'est un oiseau pacifique, presque exclusivement charognard, et dont l'homme n'a rien à craindre.

Introduction

Les vautours du Nouveau Monde – dont le condor des Andes – appartiennent à un groupe d'oiseaux parmi les plus anciens qui aient existé à la surface de la Terre. L'origine géographique des cathartidés – famille à laquelle appartiennent ces rapaces – n'est pas uniquement localisée au continent américain. Des fossiles datant de l'oligocène et de l'éocène ont été découverts en France et en Allemagne. Après l'éclatement de la masse continentale primitive, la Pangée, qui commença voici 200 millions d'années, l'Europe et l'Amérique furent totalement dissociées et les souches américaine et européenne des cathartidés se mirent à évoluer différemment : la seconde s'éteignit il y a 20 ou 30 millions d'années, mais la première poursuivit son évolution pour aboutir aux espèces actuelles.

Malgré la similitude du nom et de l'aspect, les vautours du Nouveau Monde et les vautours que nous connaissons en Europe ont des ancêtres qui n'appartiennent pas à un tronc commun. Les ressemblances réelles mais néanmoins superficielles qui existent entre tous les « vautours » actuels (condor et vautour d'Europe) sont à mettre au compte d'une évolution parallèle.

Plusieurs fossiles de vautours du Nouveau Monde ont été découverts en Amérique. Le plus ancien remonte à l'éocène (50 millions d'années). Le plus remarquable appartient au genre Teratornis ou « oiseau-monstre ». Il vivait en Argentine il y a 10 millions d'années (miocène). Il est – avec une envergure fantastique, proche de 7 mètres – le plus grand oiseau qui ait jamais volé. Plus petit, mais d'une taille respectable (4 mètres et 22 kg), le Teratornis merriami vivait en Amérique, de la Floride à la Californie, il y a quelque 10 000 ans.

Aujourd'hui, 7 espèces demeurent encore en Amérique du Nord et du Sud. Survolant les cimes des Andes ou nettoyant les plages du Pacifique, nichant dans les falaises ou au sein de forêts tropicales, elles ont un rôle écologique indispensable dans les zones qu'elles occupent. Elles sont jusqu'à présent peu menacées, sauf le condor de Californie, que l'homme a exterminé depuis le xixe siècle et dont il ne restait plus qu'une vingtaine de représentants au début des années 1980 avant la mise en place d'un programme de rétablissement de l'espèce, toujours en vigueur.

La vie du condor

Un seigneur du vol à voile

Peu d'oiseaux, sinon quelques-uns des plus grands rapaces, peuvent disputer au condor des Andes la première place dans le domaine de la technique du vol à voile. Les caractéristiques morphologiques expliquant une telle suprématie sont multiples. Le premier élément à prendre en considération est la taille. Le condor est en effet le plus grand rapace et l'un des plus grands oiseaux au monde. Son envergure n'est approchée ou égalée que par celles de l'albatros hurleur et du marabout africain. Les plus grands spécimens atteignent 3,20 m. La longueur de l'aile permet la présence d'un grand nombre de rémiges secondaires. Ces grandes plumes situées à l'arrière de l'aile et implantées tout au long du cubitus, entre le corps et l'articulation du poignet, jouent un rôle essentiel dans l'équilibre de l'oiseau en vol. À titre de comparaison, alors qu'un rapace de taille modeste, comme la buse variable, n'en possède que 10, elles sont au nombre de 35 chez le condor.

La largeur de l'aile, qui est un facteur tout aussi essentiel que la longueur pour déterminer la surface portante, est, elle aussi, très importante. Une telle surface alaire est indispensable étant donné le poids de l'oiseau, qui peut atteindre 11 kilos.

Des plumes aérodynamiques

À ces différents caractères s'ajoute l'adaptation particulière des rémiges primaires, adaptation présente chez tous les planeurs, mais qui est poussée chez le condor à une remarquable efficacité. Les rémiges primaires sont ces grandes plumes placées à l'extrémité de l'aile. Très résistantes et incurvées vers le bas, elles sont structurées pour supporter l'énorme pression due à la résistance de l'air. Elles jouent comme des lames métalliques qui font office de ressorts plats et peuvent s'incurver vers le haut sans dommage. Mais leur rôle ne s'arrête pas à cette spécialisation : en effet, chacune des sept premières rémiges primaires est largement « émarginée ». L'émargination d'une plume signifie la diminution de la largeur d'un vexile ou des deux – les vexiles désignant les parties de la plume situées de part et d'autre de son axe central. Cette diminution des deux vexiles de chaque grande rémige primaire entraîne la nette séparation de ces plumes. On parle alors d'une aile « digitée », car ces plumes séparées présentent l'aspect de doigts démesurés.

L'existence de ces rémiges digitées est fondamentale sur le plan aérodynamique : sous l'action de l'air, la première se soulève légèrement, la deuxième davantage et ainsi de suite jusqu'à la septième. Grâce à ces différents angles d'attaque, les turbulences entraînées par la pénétration dans l'air sont fortement diminuées, les performances de vol améliorées et l'atterrissage, moment où ces turbulences sont encore accrues, nettement facilité. Enfin, chaque rémige primaire agit comme une surface portante indépendante, ajoutant, d'une certaine manière, sept petites ailes à l'extrémité de la grande « aile principale ». Sans cette conformation particulière, les ailes du condor et celles des autres oiseaux planeurs comparables devraient être encore plus longues.

Une telle envergure n'est pas toujours sans inconvénient. Surtout lors du décollage. Si ce grand rapace plonge d'une falaise, il n'éprouvera aucune difficulté à prendre son essor. Mais, s'il est posé au sol, il lui faudra s'élancer pour prendre son envol.

L'utilisation des courants d'air chauds

L'utilisation des courants d'air chauds



En raison de son poids élevé et de sa taille importante, le condor des Andes devrait être muni de muscles particulièrement imposants s'il ne devait avoir recours qu'aux battements d'ailes pour s'élever et se maintenir dans l'élément aérien. Cependant, grâce à l'importante surface portante de ses larges ailes, il peut profiter, dans les meilleures conditions, des courants chauds aériens ascendants. Ainsi, sans un battement, avec une remarquable économie d'énergie, le grand rapace est-il capable d'arpenter le ciel de longues heures durant, sans fatigue aucune. Le condor doit donc attendre que le soleil ait réchauffé le sol pour s'élever dans le ciel.

Une vie de groupe sans effort inutile

Le condor des Andes appartient à une espèce partiellement grégaire : il cherche volontiers la compagnie de ses congénères. Il vit en groupes rassemblant 15 à 24 oiseaux, jeunes et adultes mêlés. Mais il arrive qu'on assiste à des rassemblements très importants autour d'une grande charogne : on a compté parfois, dans ce cas, jusqu'à 60 oiseaux réunis.

Le condor consacre une bonne partie de son temps au repos : sa règle, comme chez beaucoup de gros oiseaux, est celle de l'économie d'énergie. Pas d'effort inutile. S'il pratique volontiers le vol à voile, le vol battu est extrêmement difficile pour un oiseau aussi lourd, et il n'est utilisé qu'à bon escient. Si les conditions atmosphériques sont mauvaises et que les ascendances thermiques indispensables au vol à voile viennent à manquer, le condor préfère demeurer posé. Il se repose en moyenne plus de quinze heures par jour, à partir de 17 heures jusqu'à 8 heures le lendemain matin. Mais, par mauvais temps, il lui arrive de demeurer 24 heures sur 24 sans bouger... Tout au plus consent-il à étaler ses ailes après la pluie pour les faire sécher, à la mode des cormorans...

Une toilette minutieuse

Même s'il est capable de consacrer une bonne partie de son temps à l'inaction, le condor des Andes, on l'a vu, trouve dans le vol une activité primordiale dans la mesure où la recherche de la nourriture en dépend pour ainsi dire exclusivement. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce qu'il apporte le plus grand soin à l'entretien de son plumage.

Il passe de longs moments à lisser ses plumes, en particulier celles des ailes : il les pince une à une dans son bec qu'il glisse de la base à l'extrémité, et rétablit ainsi la structure normale de la plume. En effet, chaque plume possède de part et d'autre du tuyau central une série d'excroissances parallèles, les « barbes », qui sont à leur tour, elles aussi, munies de « barbules ». Ces barbules sont lisses d'un côté et, de l'autre, pourvues de crochets minuscules qui s'accrochent aux barbules lisses de la barbe voisine. Cet enchevêtrement assure une excellente imperméabilité à l'air : les plumes des ailes et de la queue peuvent grâce à cela prendre appui sur l'air lors du vol et celles du corps assurer ainsi une excellente protection thermique.

En plus du lissage de son plumage, le condor effectue un déparasitage méticuleux : acariens et insectes sont délogés du bout du bec et de fréquents ébrouements ponctuent l'opération. Cou et tête, inaccessibles au bec, font l'objet de vigoureuses séances de grattage. Pourtant, certains parasites microscopiques échappent à ce nettoyage méticuleux, s'infiltrent sous le plumage au niveau de la peau et provoquent de terribles démangeaisons.

Il arrive aussi que des parasites hématophages – qui se nourrissent de sang – transmettent des virus mortels.

Enfin, il faut souligner que la toilette possède, chez les espèces grégaires, une fonction sociale. En cette occasion, les liens existant au sein du groupe se manifestent clairement. Il suffit en effet qu'un oiseau se mette à s'occuper de son plumage et de son hygiène pour être imité aussitôt par ses voisins qui se reposent ou somnolent à proximité, sur le même pan rocheux. Ainsi, la cohésion du groupe se trouve en quelque sorte réaffirmée.

La parade d'amour

La parade d'amour



Les couples de condors sont, en règle générale, unis pour la vie. Une telle fidélité existe souvent chez les oiseaux de grande taille. Elle s'observe, outre dans le cas des condors, pour des espèces comme les oies ou les grues. La grande longévité de ces oiseaux constitue une explication à ce phénomène.

La parade commence lorsque le mâle se pose près de sa compagne ou, s'il s'agit d'un premier appariement, d'une femelle disponible. Il écarte les ailes, les tient étendues, puis les referme, alternativement. En même temps, il tend son cou qui se gonfle et dont la peau, ordinairement gris rosé, devient alors jaune vif sous l'effet de l'excitation. Dans une révérence, la tête est ensuite pointée vers le bas cependant que la langue, tremblant rapidement contre le bec ouvert, produit un bruit répétitif.

Présentant ensuite son dos, dans une invite, le mâle fait palpiter ses ailes et sautille. Pour marquer son assentiment, la femelle caresse de la tête et du bec ceux de son partenaire. L'accouplement peut avoir lieu.

Des parents très attentifs

Avant la fin de l'hiver austral, en juillet ou en août, les condors entreprennent de nicher. Les parades, relativement discrètes, ne s'accompagnent pas de démonstrations aériennes. Alors que la vie communautaire avait prévalu jusque-là, le groupe éclate et chaque couple s'isole. Un emplacement convenable est choisi par les deux oiseaux. Il s'agit, le plus souvent, d'une corniche rocheuse inaccessible, située à flanc de falaise. Le même site peut être repris d'une nidification à l'autre. Sitôt l'installation terminée, la ponte peut commencer. Un gros œuf tout blanc, aussi lourd que 4 œufs de poule (280 g), est déposé, à même le rocher, le condor n'aménageant aucun nid. L'incubation est assurée alternativement par le mâle et la femelle.

Le condor est capable de montrer une remarquable constance quand il est occupé à couver. Il arrive souvent que l'adulte demeure 20 heures d'affilée à son poste et l'on a enregistré des records atteignant 46 heures ! Cela ne pose aucun problème quant à la privation de nourriture qui s'ensuit, les grands rapaces étant parfaitement aptes à supporter de longues périodes de jeûne. Au bout de deux mois – 54 à 58 jours –, un poussin fragile et nu apparaît. Les adultes attentifs le réchauffent jour et nuit, puis, au bout de trois semaines, ne le protègent plus que la nuit, le temps que le premier duvet face place au deuxième, plus fourni. Le poussin est nourri matin et soir, mais, dès l'apparition des premières plumes, il n'a plus droit qu'à un seul repas : une bouillie prédigérée. La viande prélevée sur les charognes est conservée dans le jabot, où elle est puisée par le jeune. À cette occasion, il enfonce sa tête, parfois profondément, dans le gosier de l'adulte nourricier qui n'apprécie pas toujours cette « intrusion ».

Jusqu'à cinq mois, le jeune condor est incapable de voler. Les deux mois suivants, il bat des ailes et s'élance dans des vols timides pour échapper aux insectes et aux parasites qui l'importunent.

Un festin collectif

La nourriture du condor est essentiellement constituée de charognes, notamment de grands mammifères : les animaux domestiques morts, vaches, chevaux ou moutons, figurent souvent à son menu. Les condors qui vivent au bord des côtes du Pérou y ajoutent des poissons morts et les cadavres de mammifères marins échoués – phoques et cétacés – ainsi que les œufs ou les jeunes des grandes colonies d'oiseaux marins qui hantent ces côtes, comme le cormoran de Bougainville. Ils capturent aussi parfois des pétrels plongeurs, lorsque ceux-ci sortent des rochers où ils nidifient. En cas de pénurie, le condor peut s'attaquer à des proies vivantes, mais elles restent marginales dans son régime alimentaire habituel. Il s'agit alors soit de tout jeunes mammifères domestiques ou non, soit d'animaux malades ou blessés. Il utilise son bec pour achever les victimes car, contrairement à certains rapaces comme l'aigle, ses pattes ne sont pas faites pour maîtriser des proies ni pour les transporter. Il lui arrive parfois de tuer de jeunes veaux, à la grande colère des éleveurs.

Vivant en groupe, il repère la nourriture selon une stratégie tout à fait particulière qui témoigne d'une mise en commun des capacités individuelles au profit de l'efficacité du groupe. Chaque condor prospecte une portion de terrain, l'œil aux aguets. Dès qu'une charogne a été repérée, il amorce sa descente. Cette manœuvre est remarquée par un ou plusieurs condors qui patrouillent dans le voisinage, même à plusieurs kilomètres de distance. En quelques dizaines de minutes, le groupe est rassemblé. Le cadavre ne sera abandonné qu'après avoir été soigneusement nettoyé du moindre lambeau de chair.

L'étonnante façon dont le condor découvre son futur repas ne fait pas l'unanimité chez les scientifiques. Certes, sa vue excellente lui permet de repérer ses proies à des distances dont certains affirment qu'elles peuvent atteindre plusieurs kilomètres, mais quelques chercheurs ont prétendu que l'odorat jouait aussi un rôle fondamental dans la recherche des charognes. Le célèbre naturaliste américain Audubon était tout à fait opposé à cette théorie : il se livra donc à des expériences destinées à prouver que l'odorat des condors n'intervenait pas dans la recherche de la nourriture. Il fit réaliser de fausses charognes, bourrées de paille et constata que les condors les repéraient parfaitement, allant même jusqu'à tenter de les entamer. Il est indéniable que, chez le condor, la vue est primordiale dans la recherche de la nourriture.

Mais, aujourd'hui, on estime que l'odorat intervient aussi comme auxiliaire dans de très nombreux cas.

Pour tout savoir sur le condor

Condor des Andes (Vultur gryphus)

Comme les autres vautours du Nouveau Monde – les cathartidés –, le condor des Andes, montre une grande virtuosité aérienne : ses ailes, particulièrement longues et larges, lui permettent de planer longtemps en décrivant de vastes orbes. Sa technique de vol, celle des planeurs, ne nécessite que de rares battements d'ailes et peu d'effort musculaire, ce qui explique le faible développement des muscles pectoraux.

Les larges plages blanches qui ornent les ailes des condors des Andes semblent avoir deux fonctions. Elles permettent aux oiseaux d'établir un excellent lien visuel entre eux : un condor ayant repéré une charogne et amorçant sa descente doit être vu par ses congénères. Ces taches blanches jouent aussi un rôle au moment de la parade nuptiale : lorsque le mâle ouvre largement ses ailes devant son élue, la vue de ces bandes blanches stimule de celle-ci l'appétance sexuelle.

Le bec du condor trahit son régime carnivore : crochu et tranchant, c'est l'outil parfait pour découper les chairs ; ce rapace est parfaitement équipé pour s'en prendre à des charognes volumineuses. Comme tous les grands rapaces, le condor est capable de supporter des périodes de jeûne prolongé. Si sa ration quotidienne moyenne a été évaluée à 900 grammes, il peut, lorsqu'il dispose d'une source importante de nourriture, en profiter pour absorber des quantités largement supérieures à cette ration. Après un « bon repas » qui peut l'accaparer une heure durant, le condor, fatigué et alourdi, s'accorde un répit. Son jabot, qui forme alors une poche gonflée de nourriture, pend et forme une saillie à la base du cou.

Étant donné la disposition et la morphologie de ses doigts aux ongles courts et peu recourbés, le condor est dans l'incapacité de saisir la moindre proie avec ses pattes. Son pouce, petit et mince, est situé un peu plus haut que les trois doigts antérieurs : il ne peut donc rien retenir en s'opposant aux autres doigts. En fait, ses pattes sont parfaitement conformées pour la marche.

Comme tous les grands rapaces, le condor jouit de capacités visuelles élevées. Son globe oculaire est plus gros que celui de l'homme, ce qui entraîne la formation, sur la rétine, d'une image plus grande et donc de meilleure qualité. Il dispose également d'un système oculaire dont l'effet s'apparente à celui d'un téléobjectif ou d'un télescope. Sous l'action d'un muscle enveloppant, la cornée peut se bomber plus ou moins. Plus la courbure est importante, plus le faisceau lumineux (et donc l'image) dirigé vers la rétine, en passant par le cristallin, est concentré. Dès lors, le pouvoir d'accommodation – la focalisation – est augmenté d'autant et permet au condor de porter son attention sur la portion centrale du champ visuel dont il perçoit les détails grossis avec une très grande netteté.

Enfin, il existe une différence notable entre les condors mâles et femelles. La première distinction n'est guère perceptible à l'examen direct et concerne le poids : 11 kilos pour le mâle et 7,5 kilos pour les plus légères des femelles. Une telle supériorité du mâle – dont la raison est inconnue – est inhabituelle dans le monde des rapaces. D'ordinaire, c'est la femelle qui est plus imposante, d'un tiers parfois. Les autres différences sont, elles, visibles. La plus manifeste concerne la crête, dont seul le mâle est pourvu. Cet appendice rigide coiffant l'avant du crâne et débordant sur la base du bec apparaît très tôt chez le jeune mâle et permet la détermination précoce du sexe. La deuxième divergence est plus subtile et ne peut être notée que dans de bonnes conditions d'observation. L'iris de la femelle est d'un beau rouge, qui fait ressembler l'œil à un grenat, alors que celui du mâle est gris-brun.

CONDOR DES ANDES

CONDOR DES ANDES

Nom (genre, espèce) :

Vultur gryphus

Famille :

Cathartidés

Ordre :

Falconiformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Grand rapace planeur, sombre, aux ailes marquées de blanc. Cou dénudé, bec crochu

Envergure :

De 2,90 m à 3,20 m

Poids :

Mâle : 11 ou 12 kg ; femelle : de 7,5 à 10 kg

Répartition :

Ouest de l'Amérique du Sud

Habitat :

Zones montagneuses, principalement ; côtes

Régime alimentaire :

Surtout charognard ; quelques proies vivantes

Structure sociale :

Partiellement grégaire ; monogame

Maturité sexuelle :

Entre 5 et 7 ans

Saison de reproduction :

Printemps austral

Durée d'incubation :

54 à 58 jours

Nombre de jeunes par couvée :

1 à 2

Poids à l'éclosion :

180 g

Longévité :

Jusqu'à 60 ans en captivité

Effectifs :

Non connus avec certitude ; plusieurs milliers ; légère tendance à la diminution.

Statut, protection :

Protégé, au moins en théorie ; « quasi menacé » depuis 2004.

 

Signes particuliers

Un oiseau muet

Les oiseaux émettent des sons vocaux grâce à un organe particulier qu'on appelle le syrinx. Cet organe phonateur peut être de structure plus ou moins complexe. Il est constitué de membranes, situées à la jonction de la trachée et des bronches, que contrôlent des muscles spécifiques. À l'instar des autres cathartidés, le condor des Andes est dépourvu de syrinx : il ne peut donc émettre aucun son vocal. Cette « anomalie » atteste l'ancienneté de la souche des vautours du Nouveau Monde, qui sont restés des oiseaux très primitifs au regard de l'évolution des espèces.

Deux axes de vision

Comme les autres oiseaux, le condor des Andes possède une deuxième fovéa. Située sur l'arrière de la rétine, cette fovéa temporale permet l'amélioration de la vision vers l'avant (angle de vision binoculaire de 35 à 50°), alors que la fovéa centrale augmente la qualité de la vision latérale (angle de vision monoculaire de 150°). Chaque fovéa est en fait un trou de la rétine où se trouvent concentrés les cônes, cellules visuelles sensibles à la lumière, dont dépend la perception des formes et des couleurs. L'existence de ces deux fovéas permet au condor de couvrir un champ visuel très large même de face, malgré là position latérale de ses yeux.

Narines originales

Les narines du condor et des autres cathartidés sont très largement ouvertes. Contrairement à ce que l'on peut observer chez les autres rapaces, elles ne sont pas protégées par un étui corné. En outre, la cloison nasale étanche qui sépare totalement les narines chez les autres espèces est ici incomplète. Cette étrange conformation semble étayer la thèse, contestée, selon laquelle les vautours du Nouveau Monde posséderaient, à des degrés divers, un sens de l'odorat suffisamment développé pour s'en servir au moment du repérage des charognes.

Cou dénudé

Le cou dénudé du condor est en relation directe avec son régime alimentaire. Comme bien d'autres charognards, le condor a l'habitude de fouiller les cadavres en y plongeant très profondément la tête et le cou. Si cette partie du corps était recouverte de plumes, ces dernières seraient donc constamment souillées.

Les autres vautours américains

La grande famille des cathartidés regroupe les sept espèces de vautours américains. Tous ces vautours sont pourvus d'un cou et d'une tête dénudés et, à l'exception du vautour pape, arborent un plumage presque entièrement sombre. Très bons voiliers, ils comptent parmi eux des champions absolus du vol à voile : le condor des Andes et celui de Californie. Tous les cathartidés, excepté le vautour urubu, se servent simultanément de leur vue excellente et de leur odorat pour rechercher de quoi se nourrir. Mais les vautours papes et auras sont sans doute ceux qui jouissent du sens olfactif le plus développé. Hôtes des montagnes, des bois, des forêts tropicales et des zones arides, les vautours ne construisent jamais de nids. Au moment de la reproduction, ils déposent, suivant les espèces, de un à trois œufs sur une simple corniche rocheuse, à même la terre ou dans la cavité d'un arbre creux. Outre le condor des Andes, les vautours du Nouveau Monde sont :

Vautour urubu ou vautour noir (Coragyps atratus)

Envergure : 1,45 m.

Répartition : Ce vautour vit en Amérique centrale et du Sud (jusqu'au Chili et en Argentine). On le rencontre aussi à l'est de l'Amérique du Nord, jusque dans l'Ohio et dans le New Jersey. Son habitat a tendance à s'étendre vers le nord-est. La frange la plus septentrionale de la population est migratrice. Son aire de répartition couvre ainsi environ 21 000 000 km2.

Identification : C'est le plus petit des vautours américains. Entièrement noir, il a le bout des ailes de teinte grisâtre et la tête gris foncé. Il fréquente les espaces largement dégagés et hante les abords des agglomérations. Il consomme la chair des charognes, les excréments, et écume volontiers les dépôts d'ordures et les pêcheries. Ses qualités d'éboueur lui ont valu d'être toléré dans certaines petites villes d'Amérique du Sud et dans les quartiers pauvres des grandes cités. Il se mêle souvent aux vautours auras, qui sont plus habiles pour découvrir les charognes. De caractère très sociable, le vautour urubu constitue de vastes rassemblements pouvant compter plusieurs milliers d'individus.

Effectifs : jusqu'à 1 000 000 (estimation 2001).

Vautour aura (Cathartes aura)

Envergure : 1,75 m.

Répartition : Ce vautour vit aux États-Unis et à l'extrême sud du Canada, au Mexique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Son aire de distribution s'étend vers le nord-ouest. La majeure partie de la population des États-Unis et du Canada est migratrice et prend ses quartiers d'hiver en Amérique du Sud. Son aire de répartition couvre environ 28 000 000 km2.

Identification : Son corps et l'avant de ses ailes sont de couleur brun noirâtre tandis que l'arrière de ses ailes et sa queue sont teintés de gris-argent foncé. Sa tête, rouge et dénudée, et la prédominance du noir dans son plumage lui ont valu le nom anglais de « turkey vulture » – ce qui signifie le « vautour-dindon ». De fait, son allure générale rappelle tout à fait celle d'une dinde. Il s'installe dans les espaces dégagés et arides, les zones boisées et la campagne cultivée. Cette remarquable capacité d'adaptation à des habitats aussi variés lui vaut d'être le plus répandu et le plus abondant parmi les cathartidés. Il se nourrit essentiellement de charognes et d'immondices, qu'il repère en volant à faible altitude. Ce trait de comportement est tout à fait particulier. Il tient au fort développement de son odorat qui lui permet de capter les effluves provenant des cadavres en décomposition. Il peut ainsi déceler des proies bien plus petites que celles des autres vautours.

   Effectifs : environ 4 500 000 (estimation 2003).

Petit vautour ou catharte à tête jaune (Cathartes burrovianus)

Envergure : 1,60 m.

Répartition : Ce vautour vit au sud du Mexique, en Uruguay et au nord de l'Argentine, sur  environ 7 800 000 km2.

Identification : Le petit vautour arbore un plumage noir et une tête de teinte jaunâtre. Il vit dans les bois plus ou moins clairsemés, se nourrit de charognes et exploite les dépôts d'ordures.

Effectifs : jusqu'à 1 000 000 d'individus (estimation 2001)

Grand vautour à tête jaune ou grand catharte (Cathartes melambrotus)

Envergure : 1,70 m.

Répartition : Ce vautour vit, comme le précédent, en Amérique du Sud, mais il est plus répandu à l'ouest que le petit vautour à tête jaune. On le rencontre aussi au Pérou et en Bolivie. Son aire de répartition couvre environ 6 700 000 km2.

Identification : Il est revêtu d'un plumage noir. Sa tête est, elle aussi, de couleur jaunâtre. Il fréquente les espaces boisés, plus ou moins fournis, et se nourrit de charognes et de déchets. Jusqu'aux années 60, ce vautour était considéré comme une sous-espèce du petit vautour à tête jaune, qui portait alors le nom de « vautour à tête jaune ». Ce n'est que par la suite qu'on opéra une division entre ces deux espèces très semblables, ce qui nécessita une plus grande précision dans l'étude de leurs tailles respectives.

Effectifs : jusqu'à 1 000 000 d'individus. Tendance à la baisse.

Vautour pape ou vautour royal (Sarcorhamphus papa)

Envergure : 2,10 m.

Répartition : Ce vautour habite dans les forêts tropicales et les plaines boisées de l'Amérique du Sud, du sud du Mexique à  l'Argentine, sur environ 14 000 000 km2.

Identification : Il porte un plumage blanc et noir et sa tête est brillamment colorée. Le vautour pape mène une existence grégaire, par groupes de 20 à 25 individus. Il se distingue des autres vautours américains par une série de caractères très spécifiques liés à son habitat principalement forestier. Son plumage, aux teintes vivement contrastées, est tout à fait inhabituel pour les oiseaux de ce groupe. Il lui sert à maintenir un contact visuel constant avec ses congénères. Son odorat, très développé, constitue une aide précieuse dans sa quête de nourriture. En effet, au cœur de la forêt tropicale, son champ de vision se trouve fréquemment réduit et la nourriture n'est donc pas toujours repérable à vue. Le vautour pape ne pratique pas ou pratique peu le vol à voile : il préfère louvoyer entre les troncs d'arbres serrés

Effectifs : 10 000-100 000 individus. Tendance à la baisse.

Condor de Californie (Gymnogyps californianus)

Envergure : 2,90 m.

Répartition : Cette magnifique espèce fut largement répandue autrefois aux États-Unis, de la Colombie-Britannique jusqu'à la Floride. Elle était encore bien représentée en Californie jusque dans les années 80. Une fois la conquête de l'Ouest achevée, ce grand rapace fut l'objet d'une terrible persécution : empoisonnements et destructions diverses. Devant la raréfaction dramatique des effectifs, on prit des mesures radicales : les quelques oiseaux subsistant à l'état sauvage furent capturés et placés en captivité dans l'espoir de sauvegarder l'espèce et d'éviter sa totale extinction

Identification : Ce condor porte un plumage brun-noir. Sa tête est de couleur jaunâtre. Lorsqu'il vivait encore à l'état sauvage, il peuplait les montagnes arides et se nourrissait de charognes.

Statut : en « danger critique d'extinction ».

Milieu naturel et écologie

Le condor des Andes, comme son nom l'indique, habite tout le long de la cordillère des Andes, du nord au sud du continent américain. Oiseau des sommets, il vit dans les hauteurs, entre 2 000 et 5 000 mètres, et peut utiliser ses grandes qualités de voilier pour atteindre des altitudes encore plus élevées. Ses prouesses lui ont valu d'être classé dans le cercle restreint des champions de l'altitude.

Sur des continents différents, d'autres espèces, reines du ciel, rivalisent à ses côtés : une autre sorte de vautour, le gypaète barbu ; un représentant de la famille des corbeaux, le chocard à bec jaune ; et des oies, comme l'oie à tête barrée. Ces espèces sont capables de voler, au-dessus de l'Himalaya, à des altitudes stupéfiantes comprises entre 7 000 et 9 000 mètres. On a même avancé le chiffre de 11 000 mètres...

Lors de son périple en Amérique du Sud, en juin 1802, le célèbre explorateur allemand Alexander von Humboldt observa, en Équateur, des condors qui évoluaient vers 7 000 mètres, au-dessus du sommet volcanique du Chimborazo, dont le dôme culmine à 6 310 mètres !

Dans ces régions désolées, qu'il est pratiquement le seul oiseau à habiter, le condor des Andes trouve tout ce dont il a besoin pour vivre : des parois abruptes où se blottir et des courants aériens indispensables pour pratiquer le vol à voile.

Pourtant, cette espèce n'est pas uniquement inféodée aux cimes. Au Pérou, une partie de ces oiseaux a investi un habitat bien différent, en s'installant le long des rivages rocheux et arides de cette côte de l'Amérique du Sud. Sa présence en bord de mer est directement liée à l'abondance de nourriture : toutes sortes d'animaux viennent s'échouer le long des côtes – phoques et cétacés – et de nombreux oiseaux de mer y vivent en colonie.

La mise à profit par le condor de ces deux habitats diamétralement opposés – les hauts sommets et la côte – peut surprendre. Toutefois, cette double adaptation s'explique de la façon suivante : dans le cas de la haute montagne, il s'agit d'exploiter, sans concurrence ou presque, un secteur relativement pauvre en ressources alimentaires ; dans le second cas, l'abondance des sources nutritives sur les rivages joue comme un facteur attractif déterminant et permet de subvenir aux besoins de l'espèce, même en tenant compte de la compétition avec d'autres espèces de vautours américains, comme le vautour aura, par exemple.

Les éboueurs de la montagne

Quel que soit le milieu où il vit, le condor, comme tout charognard, de l'insecte nécrophage au carnassier, tient une place importante dans l'équilibre du milieu naturel. En nettoyant les carcasses, il empêche la constitution de foyers d'infection. En achevant ou en consommant des bêtes malades, il entrave la progression d'éventuelles épidémies dont les conséquences pourraient être dramatiques tant pour le cheptel sauvage que pour le bétail. L'appareil digestif du condor et des autres vautours sécrète des sucs suffisamment riches et abrite une flore intestinale assez abondante pour qu'ils puissent sans inconvénient consommer de la viande corrompue. Cette adaptation physiologique spécialisée permet aux charognards d'occuper une « niche écologique » unique, qu'eux seuls peuvent exploiter. Le public, qui les juge peu ragoûtants, ne les estime pas beaucoup. Il est vrai qu'une « curée » de vautours comme de condors n'est pas un spectacle très plaisant, mais leur indéniable utilité mérite qu'on surmonte cet a priori.

Le condor est aussi capable d'effectuer quelques entorses à son régime. Fort de son bec puissant et de sa taille majestueuse, il lui arrive de s'attaquer, à l'occasion, à des animaux nouveau-nés ou très jeunes. Parmi ses victimes figurent notamment des agneaux ou des veaux, ce qui n'est pas sans attirer le courroux des éleveurs. Cependant de telles attaques sont tellement rares qu'elles ne doivent pas ternir sa réputation ni faire oublier la fonction sanitaire essentielle qu'il remplit.

Enfin, on se doit de noter un curieux fait qui prend la forme d'une énigme. Que deviennent les condors après leur mort ? Sont-ils à leur tour la proie de leurs congénères ou bien sont-ils consommés par d'autres nécrophages ? Dans l'état actuel des connaissances, la question n'a pas encore trouvé de réponse définitive. Il semblerait toutefois que l'on n'ait jamais observé de condors sur le cadavre d'un des leurs. Reste à déterminer les raisons d'une telle exclusive...

Aucune menace directe ne pèse aujourd'hui sur le condor des Andes. Toutefois, son aire de répartition a diminué dans le nord  et l'espèce a été classée dans la catégorie « quasi menacée »  par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) en 2004. C'est ainsi que l'espèce a disparu en 1912 de ses bastions les plus septentrionaux, les Andes de Mérida, au Venezuela. Heureusement, le condor bénéficie de mesures de protection qui ne lui sont pas exclusivement destinées, mais qui concernent l'ensemble de la flore et de la faune. Ainsi, en Équateur, le WWF (Fonds mondial pour la nature) finance-t-il des projets visant à sauvegarder d'immenses secteurs où vivent, entre autres, des condors. C'est le cas du parc national de Sangay (370 000 ha) ou de la réserve écologique de Cotacachi-Cayapas (204 000 ha). Au Venezuela et en Colombie, des programmes de réintroduction de l'espèce à partir d'oiseaux élevés en captivité ont été mis en place. Parmi les autres vautours du Nouveau Monde, deux espèces, le vautour aura et le vautour urubu, sont mieux considérées que leur proche parent et n'ont pas à faire face à une hostilité, même épisodique, de la part des hommes. En effet, de plus petite taille, ils ne sont pas capables de s'attaquer au jeune bétail et se contentent de consommer charognes et immondices. Leur action essentiellement bénéfique leur vaut donc la sympathie des populations, et leur présence aux abords des villes et jusque dans les villages est non seulement tolérée, mais encore appréciée à sa juste valeur.

C'est ainsi que l'on peut voir, dans maintes agglomérations, des bandes de ces petits vautours au plumage noirâtre perchées sur les bâtiments. Attendant patiemment que des ordures soient déposées dans les rues, ils se précipitent au sol dès qu'une aubaine se présente, n'hésitant pas à approcher l'homme à quelques mètres.

Les excès de la civilisation moderne présentent parfois, de manière paradoxale, certains avantages pour un nombre restreint d'espèces d'oiseaux. Ce phénomène trouve une éclatante illustration au travers des immenses décharges d'ordures des grandes villes américaines, du Nord comme du Sud. Ces tas d'immondices, dont l'importance croît au même rythme que la démographie galopante des implantations humaines, constituent, tout au long de l'année, pour les vautours auras et urubus d'inépuisables ressources alimentaires. Des hordes fortes de plusieurs milliers de ces oiseaux fréquentent régulièrement les décharges urbaines et se trouvent donc indirectement favorisées par l'homme.

Le condor et l'homme

Le condor de Californie, élevé en couveuse

Vénéré par les Indiens avant d'être persécuté, le condor des Andes reste un des symboles de l'Amérique du Sud. Il ne risque pas, aujourd'hui, de connaître le sort dramatique de son parent, le condor de Californie. Arrivera-t-on cependant à éviter l'extinction complète de cette espèce ?

De cruelles coutumes ancestrales

Depuis la nuit des temps, le condor des Andes fait partie du folklore indien, surtout au Pérou, et les populations locales vivaient en parfaite intelligence avec les condors, qu'ils vénéraient. Hélas, l'invasion espagnole modifia les coutumes au détriment du grand rapace ; et deux cérémoniesfurent instituées.

Dans l'une, le condor, symbole de l'envahisseur, était lié à un portique par les pattes, puis des cavaliers s'élançaient pour le frapper du poing jusqu'à ce que mort s'ensuive... Dans l'autre, on fixait l'oiseau, symbole de l'Indien, à la nuque d'un taureau, symbolisant l'Espagnol, avant de les abandonner à leur sort...

Aujourd'hui, seuls les condors qui vivent sur les côtes péruviennes risquent la vindicte de l'homme. Ils se nourrissent d'œufs et de poussins, d'oiseaux de mer, dont le cormoran de Bougainville, et peuvent menacer ces espèces qui produisent des excréments, le « guano », excellents engrais naturels d'une grande valeur marchande.

Le sauvetage du condor de Californie

Le condor de Californie est un des oiseaux les plus menacés au monde. L'espèce fut pourtant largement répandue aux États-Unis. Des ossements datant du pléistocène (de – 1,9 million d'années à – 10 000 ans) ont permis de déterminer que son aire de répartition couvrait, au début, une large partie des actuels États-Unis, du nord-ouest au sud-est, du Pacifique à l'Atlantique. Au cours de la dernière glaciation, qui prit fin il y a 10 000 ans, la distribution du condor se réduisit progressivement pour ne plus s'étendre qu'au sud-ouest des États-Unis, notamment en Californie.

L'arrivée et l'installation des colons européens marqua le début du déclin de l'espèce, dont les effectifs, au xixe siècle, étaient encore importants (1 000 oiseaux environ). La crainte, sinon la haine, de l'oiseau à bec crochu provoqua des destructions au fusil, gratuites. Par sa taille, l'oiseau constituait une cible facile. Ensuite, les éleveurs, aux prises avec les carnivores comme le loup et le coyote, disposèrent à grande échelle des appâts empoisonnés à la strychnine. Malheureusement, les condors se nourrirent eux aussi de ces charognes mortelles. Enfin est venu s'ajouter l'emploi massif des pesticides qui eurent une incidence négative sur la reproduction. Il faut signaler, en outre, que les muséums d'histoire naturelle ne se procurèrent pas moins de 288 condors, dont la moitié entre 1881 et 1910, à une époque où la raréfaction de l'espèce était déjà connue...

Peu avant le milieu du siècle, les spécialistes américains prirent conscience de la situation et entreprirent, dans un premier temps, de recenser les condors restants. En 1940, les estimations donnèrent le nombre de 100 oiseaux. En 1953, selon les comptages effectués par le docteur C.B. Koford, ils n'étaient plus que 60. Moins de vingt ans plus tard, en 1971, il en restait environ 50. Malgré des mesures de protection (distribution de nourriture, surveillance des nids, information du public...), entre 1967 et 1977, en moyenne 2 jeunes condors de Californie parvenaient à l'envol chaque année. Le renouvellement de l'espèce était menacé. En 1982, il n'existait plus qu'une vingtaine de condors et l'unique œuf pondu cette année-là fut détruit lors d'une dispute entre les deux adultes.

La décision d'intervenir, repoussée jusque-là, fut alors prise. En 1983, les œufs pondus par les quelques animaux vivant encore en liberté furent prélevés et mis en couveuse. Par la suite, les condors eux-mêmes furent peu à peu capturés. Au début de 1986, on ne comptait plus que 3 condors en liberté, et 24 en captivité. Finalement, en 1987, le dernier individu sauvage rejoignit ses congénères captifs.

Ainsi, en 1988, la population totale du condor de Californie se montait à 27 oiseaux, dont 13 nés en captivité à partir d'œufs prélevés dans la nature. C'est cette année-là qu'eut lieu la première reproduction en captivité, ce qui permit de porter la population à 223 individus en 2003, dont 138 en captivité et 85 réintroduits en Californie et en Arizona. En 2006, 127 oiseaux avaient été relâchés dans 5 sites, dont 44 en âge de se reproduire. Le programme de réintroduction s'est poursuivi pour s'étendre au Mexique, où l'espèce s'était éteinte.

Toutefois, malgré ce timide espoir, l'avenir de l'espèce semble bien compromis en raison d'un très probable appauvrissement génétique dû au trop faible nombre d'oiseaux subsistant...