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blaireau

Blaireau
Blaireau

Le curieux maquillage noir et blanc de la tête du blaireau fait de lui un des mammifères les plus aisément identifiables de nos régions. Originaire d'Asie, proche parent de la martre, de l'hermine, de la belette et de la loutre, il appartient à la famille des mustélidés, apparue il y a environ 40 millions d'années.

Introduction

La grande famille des mustélidés, dont fait partie le blaireau européen, date probablement de quelque 40 millions d'années (fin de l'éocène). Ces premiers animaux, moins spécialisés que les représentants actuels de la famille, ressemblaient alors à la martre, mais ils n'étaient ni aussi carnivores que l'hermine, ni aussi bons nageurs que la loutre, ni aussi fouisseurs que le blaireau.

Dans cette grande famille des mustélidés qui réunit égalementles loutres (sous-famille des lutrinés), les blaireaux sont regroupés, avec les belettes, les martres et les gloutons dans la sous-famille des  mustélinés.Le genre Promeles vécut au miocène, il y a vingt millions d'années. Dès cette époque, une première branche apparaît. Venant d'Asie et passant en Amérique par un pont de terre existant alors dans le détroit de Béring, des animaux viennent peupler le continent américain et se différencient en Pliotaxidea, qui évolue en Taxidea, l'actuel blaireau américain.

Une autre branche, le genre Melodon, dont sont sans doute issus les blaireaux orientaux, apparaît en Asie au pliocène, il y a environ 3 millions d'années. Les blaireaux-furets, que l'on rencontre encore en Asie aujourd'hui, ont conservé quelques caractères anciens et primitifs.

Parallèlement, l'adaptation des animaux aux conditions particulières des forêts tempérées d'Asie donne naissance à des individus du genre Meles qui se différencient du tronc commun, certainement à l'origine des blaireaux à collier et des blaireaux européens.

Meles thorali, le blaireau de Thoral aujourd'hui disparu, qui habitait déjà en France il y a environ 2 millions d'années, au début du pléistocène, semble être l'un des plus anciens représentants connus du groupe dans nos régions. Pour s'adapter à un mode de vie différent, il devint peu à peu un carnivore fouisseur, donnant naissance, il y a quelque 800 000 ans, à Meles meles, le blaireau européen. En Angleterre, des fossiles vieux de 250 000 ans ont été retrouvés ; en France, les plus anciens restes connus datent de la fin du pléistocène (environ 100 000 ans). Aujourd'hui, le blaireau européen est présent dans toute l'Europe occidentale et en Asie, jusqu'au Japon.

La vie du blaireau

Une même odeur pour tout le clan

De tous les mustélidés connus, le blaireau s'affirme incontestablement comme le plus territorial et le plus social. Ce sédentaire nocturne vit en clans sur un territoire qu'il balise, qu'il aménage et qu'il défend, des griffes et des dents à l'occasion, contre les incursions d'animaux d'autres clans.

Un clan de blaireaux réunit en moyenne 6 animaux, mais les extrêmes varient de 2 à 23. Il s'agit généralement d'un couple et de leurs jeunes, même s'il existe des clans où ne cohabitent que des adultes – on a même observé un clan uniquement de mâles, en Angleterre.

Dans chaque groupe un mâle est dominant, mais on ignore s'il existe vraiment une hiérarchie au sein du clan. Cependant, les conflits entre membres d'un même clan semblent rares.

Déterminée par les disponibilités alimentaires locales, la surface habitée et défendue par le clan peut se limiter à une trentaine d'hectares, si la nourriture est très abondante, ou atteindre de 150 à 200 hectares, si les ressources sont rares. Ce territoire est balisé par l'ensemble des animaux du clan, qui participent également à sa défense ; toutefois, les mâles s'y montrent beaucoup plus actifs que les femelles.

Sur certains points stratégiques, comme aux alentours du terrier, sur les sites d'alimentation ou le long des limites du territoire, les blaireaux déposent leurs excréments dans de petites excavations creusées à la surface du sol, les pots, rassemblées en latrines. Près de 70 % des marquages d'un clan se trouvent en limite de territoire et suivent les accidents du terrain. Ils sont ainsi déposés le long de haies, de chemins, de ruisseaux et de lisières. Ailleurs, les pots peuvent aussi jalonner une prairie, formant une trace créée par le passage répété des blaireaux eux-mêmes, mais sans support physique initial apparent.

Une activité nocturne

Durant toute l'année, le blaireau inspecte de nuit son territoire, mais son activité varie selon les saisons. Au printemps, époque de la reproduction, elle est intense. Au contraire, lorsque les ressources alimentaires se raréfient, l'activité de marquage du clan est nettement plus réduite, les territoires s'élargissant et les animaux se consacrant principalement à la recherche de leur nourriture. Fréquentant de façon régulière les mêmes sentiers et utilisant les mêmes latrines, ce qui assure le maintien de l'odeur du groupe sur le territoire, les animaux d'un même clan partagent la même odeur. C'est ce balisage odorant qui fonde la cohésion du groupe des blaireaux et facilite la reconnaissance individuelle.

Délimiter la surface d'un territoire

Délimiter la surface d'un territoire



Pour connaître la surface des territoires des blaireaux, le chercheur néerlandais Hans Kruuk a déposé, près de chaque terrier, de la nourriture contenant des petites pastilles de couleurs différentes, faciles à ingérer mais inoffensives, qu'il a retrouvées ensuite dans les latrines périphériques des blaireaux. Grâce aux couleurs des pastilles, il a pu relier chaque terrier et définir les territoires utilisés par les clans. Des expériences similaires, effectuées dans d'autres régions, ont obtenu des résultats comparables. On a aussi équipé les animaux de colliers émetteurs, qui ont confirmé la structure sociale de l'espèce en clans, sur un territoire marqué.

Des terrassiers hors pair

Si rien ne dérange les blaireaux, un terrier familial peut être utilisé pendant des siècles. Sa taille ne dépend pas du nombre d'individus qui y habitent à un moment donné mais de son ancienneté. Il en existe de très imposants aux multiples entrées. Ainsi a-t-on pu compter jusqu'à une centaine d'entrées, ou gueules, pour un seul terrier, soit des volumes de terrassement atteignant parfois quelque 40 tonnes de terre déplacées. Certains terriers couvrent près d'un hectare de terrain en surface.

Ernest Neal, un grand spécialiste anglais du blaireau, cite un terrier, dans le Gloucestershire, qui couvrait une surface de 35 m de long sur 15 m de large et possédait 310 m de galeries. Les animaux y accédaient par 12 entrées.

Les gueules (ouvertures extérieures des galeries) ont généralement de 20 à 30 cm de diamètre, mais certaines d'entre elles sont assez larges pour permettre à un homme d'y pénétrer. Ces galeries, qui s'étagent sur plusieurs niveaux et peuvent s'enfoncer jusqu'à 5 m de profondeur, conduisent à des chambres de 1 m sur 0,50 m. Certaines sont habitées toute la journée par des animaux qui y dorment. D'autres sont des latrines. Il existe probablement aussi des cimetières. Enfin, certaines galeries se terminent en culs-de-sac.

Quand les terriers sont très grands, le clan n'en habite qu'une partie, le reste étant alors occupé par d'autres espèces animales, comme le renard ou le lapin de garenne. Cette cohabitation est le plus souvent pacifique.

Les activités de terrassement occupent les blaireaux en toutes saisons, elles sont cependant plus fréquentes à l'automne et au printemps. En octobre et en avril dans le centre-ouest de la France, d'août à octobre et en mars en Angleterre, par exemple, les blaireaux travaillent, tous ensemble ou à quelques-uns, soit au percement de nouvelles galeries, soit au réaménagement des anciennes.

Avec ses pattes antérieures, puissantes et équipées de griffes solides, l'animal creuse la terre, la faisant régulièrement passer sous son ventre. Il la repousse à reculons vers l'extérieur et la rejette avec une très grande vigueur, créant ainsi un cône de remblai devant l'ouverture de la galerie. Au sommet du cône, le blaireau a formé une gouttière au cours de sa marche à reculons. C'est probablement la raison pour laquelle l'animal creuse de préférence son terrier sur les talus, la pente favorisant l'écoulement des déblais.

Lorsque, au cours de ses travaux de terrassement, le blaireau rencontre des pierres (celles-ci peuvent peser jusqu'à 4 kg), il les extrait et les sort hors du terrier, soit en les repoussant avec ses pattes postérieures, soit en les transportant dans sa gueule.

Des aménagements perpétuels

Le blaireau change régulièrement la litière de ses chambres, y apportant de nouvelles herbes sèches, des fougères, de la mousse, des feuilles mortes ou de la paille. Il maintient son chargement entre son menton et son avant-bras et pénètre toujours à reculons dans son terrier. Il peut faire ainsi de 20 à 30 voyages semblables en une nuit. En hiver, par temps sec et ensoleillé, il lui arrive de sortir sa litière pour l'aérer puis de la rentrer, toujours en marchant à reculons.

Plusieurs terriers annexes

Plusieurs terriers annexes



Disséminés sur le territoire du clan, de modestes abris souterrains, équipés d'une seule ou de deux ouvertures, sont occupés, à l'occasion, par des blaireaux exploitant certaines ressources alimentaires ou par des animaux éloignés par une femelle venant de mettre bas. Parfois, des conduites d'eau ou des buses d'écoulement sont utilisées. Dans le domaine de Chambord, en France, la proportion est de deux terriers principaux et de 9,8 terriers secondaires pour 10 km2.

Un grand amateur de crapauds et de lombrics

Seul ou avec quelques congénères du même clan, le blaireau part, la nuit, à la recherche de ses proies préférées, dans les prairies humides de son territoire.

Habile fouisseur capable de creuser le sol pour déterrer la larve d'un coléoptère, il est très mal adapté à la chasse. Il sait attraper une petite proie sans défense ou profiter du cadavre d'un animal mort, mais toute proie vigilante ou en mouvement lui échappe. Selon les études des spécialistes Hans Kruuk et Ernest Neal, en Angleterre et en Écosse, et celles de Claude Henry et de son équipe, en France, qui ont étudié le régime alimentaire du blaireau à partir d'autopsies d'animaux morts ou en analysant les restes d'aliments dans les excréments récoltés, ce sont les vers de terre (lumbriculidés ) et les crapauds (bufonidés) qui sont les principales victimes des blaireaux, puis viennent les insectes coléoptères comme les géotrupes, les scarabéidés et les carabidés, enfin les limaces et des végétaux (graminées et rosacées).

Dépiauter les crapauds

En France, aux Pays-Bas et en Suède, les amphibiens semblent être une proie plus commune qu'en Grande-Bretagne ou en Suisse. Grenouilles et crapauds sont surtout recherchés lors de leur migration printanière vers leurs mares de frai, où, assemblés en grand nombre, ils deviennent des proies aussi faciles que nutritives. Malgré sa peau chargée de substances toxiques, le crapaud est une proie recherchée. À l'aide de ses griffes, le blaireau parvient à le dépiauter pour s'en délecter.

Une alimentation variée

Les nuits d'été, quand la sécheresse ralentit l'activité des vers de terre et que ceux-ci ne remontent plus à la surface du sol, le blaireau recherche d'autres aliments, car il lui faut absorber en moyenne entre 400 et 600 g de nourriture chaque jour.

À chaque saison, il complète son menu ordinaire de vers et de crapauds par des végétaux, repérant rapidement les zones d'abondance et changeant de secteur dès que celles-ci s'appauvrissent en ressources alimentaires.

La liste des végétaux que le blaireau consomme est très longue. Il mange du blé, de l'avoine et, depuis que la culture de cette plante s'est généralisée, des graines de maïs au stade laiteux. Comme de nombreux mammifères, il est amateur de fruits rouges. En Italie, il ramasse des olives, des figues, des baies de genévrier, du raisin. Ailleurs, il cueille des champignons, déterre des tubercules ou avale des mures. Il se nourrit même, à l'occasion, de déchets près des habitations humaines.

Des accouplements toute l'année

Le mode de reproduction du blaireau est complexe en raison des nombreuses exceptions qu'il comporte. Selon l'étude de R. Canivenc et son équipe, à Bordeaux, dans les années 1960, l'ovulation est toujours provoquée par l'accouplement, qui a souvent lieu au printemps, mais la gestation ne débute qu'en décembre. Dans certains cas, on observe également des œstrus post-partum, les femelles étant fécondes après la mise-bas, entre janvier et mars en France, et entre février et mai en Grande-Bretagne.

Au moment de l'accouplement, les animaux se poursuivent et se marquent en émettant des jappements ou des ronronnements. L'accouplement dure de 15 à 60 minutes et est répété plusieurs fois pendant les quatre à six jours de l'œstrus. Généralement, la ou les femelles du clan sont couvertes par le mâle dominant, mais il arrive que plusieurs mâles se succèdent ou qu'ils quittent leur clan à la recherche d'autres femelles sur d'autres territoires.

À cette saison, les mâles s'affrontent en de rudes combats, se poursuivant en poussant un cri saccadé et mordant leur rival au cou et à la croupe. Puis le calme revient. Les femelles fécondées après la mise-bas allaitent leurs nouveau-nés tandis que les autres œufs fécondés, porteurs de la génération future, resteront au stade de blastocystes à l'intérieur de l'utérus pendant 9 mois.

D'autres accouplements pourront avoir lieu à divers moments de l'année : au printemps, entre femelles âgées d'un an et mâles féconds ; en été, chez des femelles déjà fécondées une première fois et se retrouvant en chaleur. Enfin, les accouplements en décembre donnent lieu à une gestation directe dont la durée véritable est d'environ 7 semaines.

À leur naissance, en février, les un à cinq jeunes de la portée pèsent chacun entre 75 et 130 grammes. Ils mesurent environ 120 mm. Leurs yeux restent fermés jusqu'à 5 semaines. Ils sont tout roses de peau et recouverts entièrement d'un duvet fin et soyeux. Pourtant, le noir et le blanc de leurs têtes sont déjà visibles.

Leurs dents de lait sortent entre la 4e et la 6e semaine. Les premières dents permanentes, les incisives, pointent à partir de la 10e semaine et les dents adultes se mettent alors en place, pendant les 6 semaines qui suivent.

Pendant les premières semaines de vie, les nouveau-nés ne quittent pas la chambre du terrier où ils sont nés, leur mère les allaitant avec ses six  mamelles. Le sevrage, qui est progressif, intervient vers 12 semaines ; il est définitif vers 4 ou 5 mois environ. Au cours de cette période, la femelle apporte de la nourriture à ses petits – le mâle aussi, parfois. Les premières sorties ont lieu vers 8 semaines. Dès l'âge de 5 à 8 mois, les jeunes cherchent seuls leur nourriture. À partir de 6 ou 7 mois, ils atteignent leur taille adulte, mais ils devront attendre le mois de décembre de leur année de naissance pour peser 10 kg. Ils atteignent leur maturité sexuelle entre 12 et 15 mois, parfois à l'âge de 2 ans seulement, et restent généralement dans le clan familial, quel que soit leur sexe. Les femelles ont leur premier œstrus vers 1 an et, exceptionnellement, à 9 mois.

Croissance des petits

Croissance des petits



En Angleterre, le chercheur Ernest Neal a mesuré la croissance moyenne des blaireaux durant la première année : la majorité des petits naît au début du mois de février et grossit durant les premiers six mois, pesant 1,36 kg en avril, 3,63 kg en juin, et 10,40 kg en décembre. Puis ils perdent quelques kilos pendant l'hiver. Ceux qui survivent (de 50 à 70 % de mortalité durant cette période) ne retrouvent leur poids de novembre qu'en juin.

Pour tout savoir sur le blaireau

Blaireau européen (Meles meles)

La silhouette, assez lourde, et la coloration du blaireau sont caractéristiques. En effet, la répartition des teintes noire et blanche de son pelage est inhabituelle chez un mammifère : la gorge et la face ventrale sont plus sombres que le dos et les flancs ; le ventre est noir tandis que le dos va du gris à l'ocre en passant par le beige. Les longs poils de jarre du dos sont tricolores : la base est blanche, la spatule est foncée, l'extrémité est claire ; certains blaireaux sont partiellement ou entièrement blancs ; d'autres sont très foncés ou encore roux.

La tête, blanche et barrée de deux lignes longitudinales noires, possède un crâne robuste. Le contraste des couleurs avertit que le blaireau est fort et que ses mâchoires sont très puissantes. Face à un danger, il montre en effet sa tête et hérisse ses poils.

Sa dentition indique son évolution vers un régime omnivore puisque sa mastication s'opère avec les molaires à surface triturante, et non avec les carnassières tranchantes. Toutefois, la puissance de cette mastication est renforcée par la présence d'une crête sagittale le long de la suture des pariétaux, sur le dessus du crâne, qui croît à partir de 1 an et peut atteindre 15 mm de développement vertical. Les muscles temporaux sont puissants, et surtout, l'articulation de la mâchoire inférieure se fait grâce à deux condyles en forme de cylindres s'emboîtant dans deux gouttières sous le crâne. Enveloppant les condyles cylindriques par leurs rebords, ces gouttières rendent la séparation de la mandibule du crâne impossible, sauf à en briser l'articulation – ce qui est rare chez les mammifères. Très serrée, cette articulation n'autorise pratiquement que des mouvements verticaux.

Les blaireaux disposent de nombreuses glandes. Les glandes sébacées et les glandes sudoripares de la peau donnent à l'animal son odeur caractéristique, qu'il émet particulièrement quand il a chaud. La glande sous-caudale, qui forme une poche sous la queue et s'ouvre par une fente horizontale, sécrète une substance jaune, grasse et musquée. Les deux glandes anales du rectum produisent une sécrétion brunâtre et fortement musquée. C'est surtout dans les excréments que se trouvent les sécrétions avec lesquelles l'animal balise son territoire. On ignore si l'urine joue un rôle d'identification, mais les hormones sexuelles sont excrétées par elle : c'est pourquoi le mâle dominant urine souvent sur les membres de son clan. Si la présence de glandes interdigitées fonctionnelles n'a pas été confirmée, les pattes servent en tout cas de support aux odeurs des glandes anales et sous-caudales. La dominance d'un mâle peut s'expliquer par l'importance de ses sécrétions. Chaque animal a cependant une odeur spécifique, variant au cours des saisons.

L'allure habituelle du blaireau est le pas ou le trot, même s'il lui arrive de galoper, exceptionnellement, à la vitesse de 25 à 30 km/h, sous le coup de l'effroi ou lors de disputes territoriales.

Plantigrade, le blaireau marche sur la paume de ses mains, mais ni le poignet, devant, ni le talon, à l'arrière, ne touchent vraiment le sol. Il se sert également de ses pattes avant pour se défendre, donnant par exemple de violents coups à un chien qui l'attaque. Enfin, les empreintes de ses 5 doigts, avec coussinets et terminés par des griffes, sont très visibles et marquent sa piste. Il grimpe aux arbres occasionnellement si le tronc est penché. Il le fait par jeu, quand il est jeune, ou pour chercher des limaces après la pluie, à l'âge adulte. En ce cas, il grimpe comme un ours, en s'agrippant avec ses pattes et ses griffes. Certains animaux sont de bons nageurs.

Les sens du blaireau sont diversement développés : son ouïe et son odorat sont bien meilleurs que sa vue. Celle-ci n'est bonne qu'en lumière faible, car la rétine ne contient que des bâtonnets et une substance réfléchissante, le tapetum lucidum. Les jeunes sont myopes, sans doute en raison des semaines qu'ils ont passées sous terre.

BLAIREAU

Nom (genre, espèce) :

Meles meles

Famille :

Mustélidés

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Silhouette assez trapue ; bas sur pattes ; petite queue ; pelage le plus souvent gris ; marques faciales noires et blanches caractéristiques

Taille :

De 70 à 87 cm (tête et corps) ; de 11 à 17 cm (queue)

Poids :

De 8 à 17 kg ; mâles un peu plus lourds

Répartition :

De l'Irlande au Japon à travers l'Europe et l'Asie, en zones tempérées

Habitat :

Forêts de feuillus et prairies. Jusqu'à 1 600-1 700 m d'altitude en montagne

Régime alimentaire :

Omnivore opportuniste ; lombrics surtout

Structure sociale :

Clans territoriaux avec un mâle dominant

Maturité sexuelle :

De 12 à 15 mois

Saison de reproduction :

Surtout au printemps

Durée de gestation :

7 semaines, parfois après 9 mois de diapause

Nombre de jeunes par portée :

De 1 à 5 (2 ou 3 en moyenne) ; une portée par an

Poids à la naissance :

De 75 à 130 g

Durée de l'allaitement :

De 4 à 5 mois

Longévité :

Rarement plus de 15 ans en nature ; record de 19 ans en captivité

Effectifs, tendances :

Inconnus globalement ; tendance stable, à l'augmentation au Royaume-Uni et en Europe centrale

Statut :

Classé espèce gibier en France mais inscrit à l'Annexe III de la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe (les espèces de la faune sauvage de l'Annexe III sont protégées tout en laissant la possibilité de réglementer leur « exploitation » conformément à la Convention.)

 

Signes particuliers

Tête

La tête est blanche, barrée de 2 taches noires longitudinales partant du nez, englobant les yeux et les oreilles. Celles-ci ont une pointe blanche, et leur pavillon peut se rabattre vers l'avant. La truffe et le bout du museau sont mobiles. Le blaireau est probablement capable de fermer ses conduits nasaux à 5 mm en arrière de l'ouverture des narines, grâce à un muscle spécial. Ses longues vibrisses noires l'aident lors de ses déplacements. Face à un danger, l'animal hérisse ses poils.

Dents

Chez le blaireau européen, incisives et canines s'apparentent à celles d'un carnivore. Le plus souvent, la première des 4 prémolaires manque sur une ou plusieurs demi-mâchoires. Les premières molaires inférieures et supérieures, élargies et broyeuses, témoignent du régime omnivore de l'espèce. La formule dentaire par demi-mâchoire est : I 3/3 ; C 1/1 ; PM 4/4 ; M 1/2.

Pattes antérieures

La patte antérieure possède 5 doigts, chacun équipé d'une griffe solide et de couleur noire. Les griffes du blaireau paraissent toujours en excellent état, en raison de la rapidité de leur repousse.

Empreintes

Plantigrade, il marche sur la paume de ses mains, mais, ni le poignet ni le talon ne touchent vraiment le sol, sauf sur un terrain très mou. Les empreintes des griffes sont très visibles.

Les autres blaireaux

La famille des mustélidés réunit deux sous-familles :, les  mustélinés et les lutrinés (loutres). La sous-famille des mustélinés regroupe aujourd'hui 15 genres et  45 espèces, dont les blaireaux des genres Arctonyx, Meles, Melogale, Taxidea et le ratel (appelé également blaireau [badger, en anglais]) du genre Mellivora. Nettement plus carnivore que le blaireau européen, ce dernier (Mellivora capensis), a une nourriture peu spécialisée même si comme son nom l'indique, il apprécie tout particulièrement le miel. L'une de ses caractéristiques est le mutualisme qui le lie au grand indicateur (Indicator indicator), qui le guide vers les colonies d'abeilles, dont il partage la nourriture, le ratel mangeant le miel mais laissant à l'oiseau les larves et la cire.

Tous les blaireaux possèdent, avec des variantes, cette coloration noire et blanche de la tête pouvant descendre sur tout le dos, et un museau fouisseur plus ou moins long. Ils sont cependant très différents dans leur allure, leur poids, leur alimentation ou leurs mœurs. Parmi eux, les blaireaux-furets peuvent mordre si vite, dans le cas où ils sont acculés à le faire, que le mouvement d'attaque est à peine perceptible par l'œil humain. Dans certains pays, ils sont bienvenus jusque dans les villages et près des habitations, car ils ont la réputation de manger la vermine. Ailleurs, comme en Chine, ils sont piégés pour être mangés ou pour leur fourrure.

Outre le blaireau européen, le genre Meles comprend aussi le blaireau d'Asie (Meles leucurus), que l'on trouve en Chine, au Kazakhstan, en Corée du Nord et en Russie, et le blaireau du Japon (Meles anakuma), espèce endémique du Japon (Honshu, Kyushu et Shikoku). Les principaux autres blaireaux  sont :

Blaireau à collier (Arctonyx collaris)

Également appelé blaireau-cochon ou bali-saur.

Identification : poids de 7 à 14 kg : ressemble au blaireau européen, dont il est peut-être issu, mais plus haut sur pattes, moins massif ; coloration moins contrastée ; museau très allongé ; queue développée ; gorge blanche ; griffes des pattes antérieures puissantes et de couleur claire ; long nez qui lui a valu son nom de blaireau-cochon.

Répartition : forêts de l'Asie du Sud-Est ; peut monter jusqu'à plus de 3 000 mètres d'altitude. Vit en Assam, dans l'extrême nord-est de l'Inde, en Indochine, en Chine, jusque dans la région de Pékin, et à Sumatra.

Alimentation : essentiellement insectivore, à base de fourmis, de termites, de larves d'insectes, de vers de terre et d'aliments végétaux.

Comportement : vie sociale assez mal connue : on ne sait pas s'il vit en clans ou s'il est solitaire. Captif, il vit en couple. Ses accouplements ont lieu l'été. La gestation durerait 6 semaines après une longue diapause. Les jeunes naissent entre février et avril.

Apparemment, le blaireau-cochon est actif aussi bien le jour que la nuit ; il dort pendant la journée dans un terrier, sous un tronc renversé ou dans un éboulis rocheux. Au cours de la nuit, il cherche sa nourriture sur le sol de la forêt, fouillant de son petit groin la litière de feuilles mortes et creusant la terre de ses griffes pour déterrer une proie. Il a la réputation de pouvoir se défendre à coups de dent et de griffe, face à tout adversaire.

Population et statut : tendance au déclin ; classé dans la catégorie « quasi menacé » ; en danger dans certaines régions de son aire de répartition : Laos, Viêt Nam, sud-est de la Chine et peut-être Birmanie.

Blaireau-furet à grandes dents (Melogale personata)

Aussi appelé blaireau-furet chinois.

Identification : beaucoup plus petit que le blaireau-cochon ; poids entre 1 et 3 kg ; marques noires et blanches, continues ou morcelées, sur la truffe, le front, entre les joues et les oreilles ; ligne blanche médiane sur le dessus du dos ; pelage gris-brun sur le dos ; orange ou blanc sur le ventre ; pinceau blanc au bout de la queue.

Répartition : surfaces herbacées et forêts ; Inde, Chine, Laos, Birmanie, Thaïlande, Viêt Nam. Espèce mal connue.

Alimentation : chasse à terre mais aussi dans les arbres des petits oiseaux, des rongeurs et des invertébrés.

Comportement : crépusculaire, nocturne et surtout plus carnivore que les autres blaireaux. Durant le jour, il dort dans un terrier, sous les racines d'un arbre ou entre des rochers. C'est là que la femelle met bas de 1 à 4 jeunes, généralement en juin.

Blaireau-furet à petites dents (Melogale moschata)

Identification : très semblable au précédent.

Répartition : Asie, de l'Assam à l'ouest à la Chine à l'est, y compris les îles de Taïwan et de Hainan, Laos et Viêt Nam. Tendance de la population inconnue.

Blaireau-furet de Bornéo (Melogale everetti)

Aussi appelé blaireau-furet de Kinabalu.

Identification : gorge jaune, pelage uni et absence de pinceau blanc au bout de la queue ; ressemble plus à une martre qu'aux autres blaireaux-furets.

Répartition : forêts de montagne, uniquement dans l'île de Bornéo, dans la région de Gunung Kinabalu, entre 1 000 et 3 000 mètres d'altitude.

Blaireau-furet de Java (Melogale orientalis)

Tout récemment encore rattaché à une des deux espèces continentales de blaireau-furet.

Répartition : Java, à l'est et à l'ouest de l'île ; Bali.

Comportement : espèce arboricole, comme le confirme le résultat des observations faites en 1990 et 1991 dans le parc zoologique de Ragunan, à Jakarta, en Indonésie.

Blaireau américain (Taxidea taxus)

Identification : pèse de 4 à 12 kg. Les individus les plus lourds sont les plus septentrionaux. Ses griffes antérieures, très puissantes, en font un excellent fouisseur. Ressemble par sa silhouette à l'espèce eurasiatique. De nombreux traits l'en distinguent cependant. Ses marques faciales sont différentes et la fine ligne blanche qui parcourt son museau et son front peut se prolonger sur son dos. Ses joues blanches portent des taches noires et son pelage est d'un gris plus ou moins roux.

Répartition : prairies d'Amérique du Nord, de l'Alberta au centre du Mexique.

Alimentation : carnivore, essentiellement des rongeurs tels que les écureuils terrestres, des arthropodes, des reptiles et des oiseaux.

Comportement : s'abrite le jour dans des territoires pouvant atteindre 20 m de longueur et 3 m de profondeur. Les travaux de J. Messik et de M. Hornocker, dans l'Idaho, ont montré qu'il pouvait y avoir cinq animaux résidents au km2, un mâle exploitant 2,4 km2 et une femelle 1,6 km2 pendant toute l'année. Espèce solitaire, sauf à l'époque des accouplements et malgré des zones de recouvrement dans leurs domaines vitaux. Peut changer de terrier chaque jour : une femelle, suivie dans le Minnesota, exploitait en été 752 ha, elle y avait 50 terriers et en changeait presque tous les jours ; en automne, elle se déplaçait sur 52 ha seulement et n'occupait régulièrement que quelques terriers ; en hiver, elle se fixait sur un seul d'entre eux, n'exploitant, irrégulièrement, que 2 hectares.

Les accouplements ont lieu en été et les mises-bas au printemps : en moyenne, deux jeunes naissent, qui sont sevrés à six semaines. Même si l'hiver ralentit la vie du blaireau américain, il n'y a pas pour autant d'hibernation. Les comportements sociaux de cette espèce sont, en fait, très simplifiés par rapport à ceux que l'on peut observer chez le blaireau européen, Meles meles.

L'espèce agrandit les galeries des écureuils terrestres pour les capturer dans leurs terriers.

Les blaireaux du genre Mydaus

Le genre Mydaus est incertain et classé avec la moufette dans la famille des méphitidés par le S.I.T.I. (Système d'information taxonomique intégré) ainsi que par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature).

Blaireau-puant des îles de la Sonde (Mydaus javanensis)

Aussi appelé télédu.

Identification : poids de 1,4 à 3,6 kg ; corps brun foncé ou noir, avec une marque blanche qui va du front à la base de la queue chez certains individus, mais qui peut-être réduite chez d'autres. Dessus de la tête presque toujours blanc. Queue courte de 5 à 6 cm ; nez long et mobile ; dentition peu puissante.

Répartition : Sumatra, Java, Bornéo et sur les petites îles Natuna, au nord-est de Sumatra.

Alimentation : proies molles et invertébrés ; fouille le sol à l'aide de son groin et de ses pattes.

Comportement : réputé pour les sécrétions de sa glande caudale et de ses glandes anales, rappelant en cela les moufettes nord-américaines dont il a aussi la couleur. Sa dénomination provient du fait qu'il est capable de lancer le contenu de sa poche anale vers un assaillant, de telle façon que cela puisse aveugler momentanément un chien ou gêner sérieusement une personne.

Blaireau-puant des Philippines (Mydaus marchei)

Identification : pèse en moyenne de 1 à 2,5 kg et sa queue varie de 1,5 à 4,5 cm ; plus petit que le blaireau-puant d'Indonésie ; oreilles moins développées que chez celui-ci ; dents plus grandes et ligne dorsale blanche souvent moins marquée que chez ce dernier. Il porte toutefois une tache blanche sur la tête.

Répartition : quelques îles des Philippines (Palawan et les îles Calamianes).

Comportement : il semble autant diurne que nocturne. Animal terrestre, le blaireau-puant des Philippines chasse de petites proies dans la litière du sol et peut aussi projeter le contenu de ses glandes anales à 1 mètre de distance.

Milieu naturel et écologie

En Europe et en Asie, le blaireau se rencontre partout où croît la forêt tempérée, depuis la rive orientale de la Méditerranée, au sud, jusqu'à la taïga, au nord, et au Japon, à l'est. Selon les régions, ses populations présentent des variations de taille et de coloration. Celles des îles telles que le Japon, Rhodes et la Crète, sont de plus petite taille que les formes continentales.

Les populations de blaireaux de la partie européenne sont mieux connues. Dans les régions où l'espèce a été étudiée, elle occupe surtout les forêts de feuillus, de 38 à 58 % des terriers y ont été observés, et les forêts de résineux, mais dans une moindre part, puisque celles-ci n'hébergent que de 8 à 23 % des terriers. Les haies et les fourrés en abritent de 8,5 à 18 %, et seulement de 6,5 à 9 % des terriers sont situés en terrains découverts, habitat plutôt inhabituel pour le blaireau.

En Grande-Bretagne, à Bristol, S. Harris a recensé 346 terriers dont les localisations étaient extrêmement variées : 72,2 % d'entre eux étaient creusés dans des talus boisés, des bois, des friches et des jardins, et le reste se trouvait réparti entre des terrains de golf, des dépôts d'ordures, des fondations d'immeubles, une cour d'école et un cimetière.

Les blaireaux ont peu tendance à quitter le territoire de leur clan de naissance. Lorsqu'un clan est installé dans un secteur, il y demeure tant que le site est calme et suffisamment riche en nourriture. Toutefois, les mâles adultes quittent régulièrement le territoire du clan, surtout à l'époque du rut. Ce comportement évite une trop forte consanguinité au sein des clans.

Des clans à effectifs stables

Le blaireau est une espèce à démographie non envahissante et dont le nombre d'individus par clan est assez stable. Les baisses d'effectifs de leurs populations sont liées aux attaques de l'homme, aux épidémies ou aux variations du climat. Ainsi, lors d'étés très secs, les blaireaux peuvent mourir d'inanition en grand nombre.

La stabilité des effectifs du clan est régulée par les naissances. Toutes les femelles pouvant être fécondées ne se reproduisent pas chaque année en période d'abondance, ce qui limite les effectifs ; au contraire, toutes les femelles sont gestantes pour compenser le faible taux des naissances lorsque la longue durée de la diapause entraîne des résorptions précoces de blastocytes et une forte mortalité d'embryons.

Un sommeil hivernal peu profond

La mauvaise saison incite les blaireaux à rester sous terre et à vivre de leurs réserves. Pendant ces repos forcés, qui peuvent durer plusieurs jours, voire même plusieurs semaines, mais qui ne sont pas des temps d'hibernation, les animaux maintiennent leur température mais perdent du poids. Ils reprennent leurs activités nocturnes dès que le temps se radoucit, en Angleterre comme en Russie. Certaines années, on peut observer des traces de pattes de blaireau autour des terriers durant toute l'année.

Vers le nord, en Finlande et en Sibérie, le repos hivernal est peut-être plus régulier, et dans l'Altaï, en Asie centrale, on dit que le blaireau va dormir avant l'ours, dès le début du mois d'octobre.

Renards et blaireaux

Le blaireau peut être capturé par des animaux plus forts que lui ; en Asie, par un tigre, une panthère, un ours ou un lynx. Ailleurs, les grands rapaces, le loup et la hyène rayée tuent sans doute des jeunes, parfois des adultes ; mais l'animal est puissant et a peu d'ennemis.

Entre le blaireau et le renard, les relations semblent plus subtiles, les deux espèces s'ignorant le plus souvent. Pourtant, on connaît des cas où les adultes de l'un ont tué les jeunes de l'autre. Ainsi, le renard attaquera les jeunes blaireaux en surface, tandis que le blaireau ira chercher les renardeaux sous terre. Cependant, ces attaques ne semblent jamais être liées à un comportement alimentaire. Quand ils cohabitent dans le même terrier, renards et blaireaux occupent des galeries différentes, et il arrive que leurs jeunes sortent pour jouer ensemble, après le départ des adultes. Cette cohabitation a été malheureuse pour le blaireau dans le cadre de lutte contre la rage. En gazant des terriers de renards, on attaquait aussi des blaireaux, espèce pourtant sans danger.

En 1983, Carl Killingley observa en plein jour trois jeunes renards qui jouaient devant leur terrier. Ces derniers virent passer un gros blaireau mâle, apparemment à la recherche de nourriture, à une heure inhabituelle pour cet animal. Les renardeaux, pour s'amuser avec lui, firent semblant de l'attaquer. Le blaireau ne fut pas impressionné mais chercha le calme et s'éloigna un peu. Les renardeaux le suivirent et s'enhardirent. Soudain, le blaireau se retourna en une fraction de seconde, saisit l'un d'eux dans ses mâchoires, le secoua quelques secondes et le relâcha vivant.

Le blaireau et l'homme

Un habitant peu farouche de nos régions

Sans doute très largement répandu en Occident et en Orient à certaines époques, le nom du blaireau désigne souvent, aujourd'hui, bien d'autres choses que l'animal lui-même. Pourtant, les habitudes de l'animal sont encore assez mal connues. Protégé dans certains pays européens, considéré comme gibier dans d'autres, le blaireau est encore, à tort, catalogué comme animal nuisible.

L'état américain du blaireau

En 1827, quand des mineurs venus exploiter le plomb arrivèrent du Missouri, du Kentucky et de l'Illinois dans le Wisconsin, et creusèrent leurs maisons dans les collines du sud-ouest de cet État, les habitants les surnommèrent « les blaireaux ». Le surnom eut du succès et l'animal devint très vite le symbole de l'État : dès 1889, les équipes sportives locales le reprirent et, dans les années 1940, apparut Bucky Badger, le blaireau-mascotte, dont on retrouve l'effigie aujourd'hui sur toutes sortes d'objets, du fromage au taille-crayon, en passant par les canettes de bière et les tee-shirts. Roi du Wisconsin, le blaireau y a même une ligne d'autobus qui porte son nom, les Badger Coaches.

Utilisations diverses

Plutôt que d'évoquer l'animal, le mot « blaireau » fut synonyme, pour des générations entières d'hommes, de cette touffe de poils doux, faite avec la fourrure de l'animal, avec laquelle ils se savonnaient le visage chaque matin. L'argot des années 1980 traite de « blaireau » celui qui « flaire » avec méfiance le monde extérieur parce qu'il « ne sort jamais de son trou », et « blairer », en argot classique, vient de blaireau, celui qui a du nez et qui sait flairer.

Le premier nom français de l'animal était « taisson », issu de « taxo », son nom en bas latin. L'appellation actuelle apparaît, en 1312, sous la forme de « blarel », et fait référence aux couleurs de l'animal, blaire signifiant en ancien français, tacheté. « Badger », le nom anglais du blaireau, dériverait, lui, du mot français bêcheur, « celui qui creuse ».

Au Japon, le mustelidé porte le même nom que le chien viverrin, un petit canidé d'Extrême-Orient au pelage facial lui aussi contrasté, et, sous ce nom commun de « tanuki », les deux espèces sont parfois mélangées et confondues dans les légendes. Tanuki évoque à la fois l'image d'un bon vivant à qui l'on associe des choses gaies, et les tanuki tokkuri sont littéralement des « flacons de saké du blaireau » qui contiennent de l'alcool de riz. Mais « tanuki » est aussi l'image de la sagesse, car l'animal a la réputation d'être habile et malin : au xviie siècle, le grand shogun d'Edo, Tokugawa Ieyasu, était surnommé « furu tanuki » (vieux blaireau ), à cause de sa sagacité.

À l'affût des blaireaux

En Grande-Bretagne, il existe un engouement certain pour les blaireaux, à l'origine d'une nouvelle activité, le « badger watching ». Cet affût discret, à bon vent, sans fumer ni parler, et à quelques mètres de la gueule d'un terrier, contraint à une attente inconfortable pendant des heures, dans l'espoir d'entrevoir, même fugitivement, l'animal.

Des passages aménagés pour la traversée des routes

Habitués à emprunter des circuits réguliers entre leurs terriers et leurs terrains de chasse, les blaireaux se déplacent toujours le long des mêmes pistes, n'hésitant pas à traverser les chemins et les routes si ceux-ci coupent leurs itinéraires. Il arrive qu'ils se fassent écraser : on a recensé 47 000 blaireaux tués par les voitures chaque année, au Royaume-Uni. Comme leurs pistes traversent les routes à des endroits précis, les accidents ont toujours lieu aux mêmes endroits.

S'ils sont rares en décembre et janvier, époque à laquelle les blaireaux sortent peu de leurs terriers, il semble que les animaux victimes de la route soient en grande majorité des mâles en début d'année, et, au contraire, principalement des femelles en été, mais que les pertes soient aussi lourdes chez les deux sexes à l'automne.

Pour limiter les accidents, des passages spéciaux pour blaireaux ont été créés. Respectant le trajet habituel qu'emprunte l'animal entre ses terriers et ses territoires de chasse, ces passages sont délimités, le long de la route, par un grillage que les animaux ne peuvent franchir et qui les empêche de parvenir jusqu'à la chaussée. Les blaireaux sont ainsi orientés vers un tunnel passant sous la voie. Dans plusieurs pays, ils se sont assez bien adaptés à ces aménagements de leurs pistes et les empruntent facilement.

Dans les zones arborées, lorsque les forestiers viennent de replanter de jeunes arbres, des barrières grillagées sont installées sur certaines parcelles, pour protéger les plants de la voracité des lapins. Pour ne pas gêner les blaireaux, lorsque leurs pistes traversent ces parcelles, des chatières spéciales sont percées afin de permettre le passage des animaux. Elles sont équipées de portillons spécialement conçus pour que seuls les blaireaux soient capables de les pousser pour entrer.

Protection et agriculture

Le blaireau n'est pas aussi nuisible aux cultures qu'on l'affirme souvent. Il arrive que des terriers soient mal situés par rapport à certains chemins agricoles ou que le sol s'effondre sous le poids d'un tracteur ou d'une machine à cause de la présence d'une galerie souterraine, mais, dans l'ensemble, le blaireau interfère peu avec les pratiques agricoles.

Une enquête menée auprès d'agriculteurs anglais a révélé que seulement 5 % d'entre eux considéraient le blaireau comme un animal nuisible, l'accusant surtout (32 % des réponses) de piétiner les récoltes ou de les consommer sur pied (4 % des réponses). Par ailleurs, le blaireau ne consommant les céréales que pour pallier l'absence de vers de terre, les cultures de maïs, de blé ou d'avoine l'attirent pendant cinq semaines au plus par an. La pose de banderoles de tissu ou de plastique est alors très efficace pour protéger les cultures.

Porteur de maladies et nuisible

Dans le sud-ouest de l'Angleterre, les blaireaux sont porteurs de la tuberculose bovine, contaminés par les bovins à une époque où la maladie était plus répandue. Alors que celle-ci a pratiquement disparu des troupeaux les bovins sont de nouveau contaminés par les blaireaux. Les recherches ont mis en évidence l'existence de clans de blaireaux relativement fermés et porteurs de la tuberculose bovine. Initialement, les animaux étaient gazés dans leurs terriers, mais le gazage fut interdit en Angleterre après que des tests avec les produits toxiques sur des animaux captifs eurent montré qu'ils entraînaient une mort douloureuse. Aujourd'hui, les blaireaux sont piégés vivants, ce qui permet d'éliminer les seuls animaux porteurs de la maladie après les avoir endormis.

En Grande-Bretagne le blaireau est suivi régulièrement depuis le début des années 1960. Le dernier recensement de l'espèce a montré qu'entre l'Angleterre, le pays de Galles et l'Écosse vivaient de 39 040 à 46 742 clans, soit environ 250 000 blaireaux adultes.

Chiens et blaireaux

En Grande-Bretagne, pour le plaisir des hommes, chiens et blaireaux s'entretuèrent durant des siècles en combats singuliers. Ces spectacles étaient organisés dans des arènes spéciales, de 3 à 4 m de diamètre, et dont la fosse était creusée à environ 1,50 m au-dessous du niveau du sol. Les spectateurs qui venaient s'accouder au petit mur entourant l'arène, assistaient au duel entre le chien, généralement un bulldog, et le blaireau qui, terré dans son petit abri, se défendait jusqu'à la mort.

Les chiens et les blaireaux n'ont jamais été amis. La chasse au blaireau, aussi courue à une certaine époque que la chasse au renard, est toujours considérée comme un type de vénerie, la « vénerie sous terre », notamment en France où l'animal est classé comme gibier. La race des teckels (« dachshund ») fut créée spécialement pour chasser le blaireau (« Dachs » en allemand). L'animal une fois localisé dans son terrier, les chasseurs creusent le sol pour s'en saisir vivant ; très souvent, ils le relâchent. De plus en plus pratiquée dans le Sud-Ouest, cette chasse donne lieu à des associations dite « de déterreurs ».

Quelques traditions européennes

En Écosse, la tenue traditionnelle masculine d'un clan serait incomplète sans la bourse de fourrure, le « sporran », qui se porte à la ceinture et sur le ventre. En 1829 et 1881, le 93e Sutherland Highlander Regiment et le 91e Argyllshire Regiment adoptèrent la fourrure de blaireau pour leurs « sporrans » ; seuls ceux réservés aux officiers sont faits avec la tête du blaireau. Les raisons de ce choix, si elles ne sont pas simplement esthétiques, peuvent être aussi liées à la réputation de puissance de l'animal. Au xviie siècle encore, porter une patte de blaireau sur soi était censé conférer la force de l'animal à son possesseur. Sacrifiant à la tradition, l'empereur d'Autriche Léopold Ier fait exécuter, en 1692, pour son petit-fils le prince Joseph-Ferdinand de Bavière, un hochet d'or et d'argent à cinq clochettes, au manche duquel une patte antérieure de blaireau est attachée par une chaîne. Une petite couronne sertie de diamants enserre le poignet, et la patte a encore ses poils et ses griffes. Ce hochet est au Residenz Museum de Munich.