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bison

Bisons
Bisons

Aucun animal n'a autant compté pour l'homme que le bison pour les Indiens. Cela lui a valu d'être l'objet d'une campagne d'extermination dans laquelle s'illustra le trop célèbre Buffalo Bill. Aujourd'hui, les descendants des rares bisons survivant en Europe et en Amérique sont l'objet de soins attentifs.

1. La vie du bison

1.1. Toujours en petits groupes : mâles d'un côté, mères et jeunes de l'autre

Bisons et bisonnes vivent le plus souvent en petits groupes séparés. Les mères et les jeunes qui n'ont pas atteint l'âge adulte forment des groupes mixtes, assez stables, d'une vingtaine d'individus. Les mâles matures, nettement plus imposants que les femelles, vont par deux ou par bandes de quatre ou cinq. On peut aussi rencontrer des mâles solitaires (et pas seulement des animaux vieux), un mâle mature au sein d'un troupeau de femelles et de jeunes ou encore une femelle seule avec un groupe de taureaux.

Hiérarchie et contestation

La dominance entre bisons dépend à la fois de l'âge et du sexe. Les vieux animaux dominent les plus jeunes, les mâles dominent les femelles de leur âge. Le rang des jeunes est totalement indépendant de celui de leur mère. Les combats sont rares, et les échanges entre animaux de rangs différents sont souvent pacifiques. Le dominé s'écarte dès que s'approche un dominant. Sinon, il suffit à ce dernier d'une menace d'encornement, d'un léger coup de tête ou d'une poussée du corps pour que l'autre, aussitôt, s'éloigne.

Dans les groupes mixtes, la hiérarchie est assez stable. Les relations de dominance entre bisonnes peuvent ne pas varier pendant plusieurs mois. Dans les groupes de taille réduite, la hiérarchie est presque linéaire, mais pas totalement. Ainsi, si l'individu A domine B qui domine C qui domine D qui domine E... (hiérarchie linéaire), il arrive aussi, par exemple, que E, dominé par B, C et D, domine A et lui seul.

Au pâturage, la proximité entre animaux est dans l'ensemble le fruit du hasard, mais certaines bisonnes se retrouvent souvent voisines. Elles sont généralement de rang équivalent.

La hiérarchie chez les mâles est fréquemment remise en cause, en particulier pendant la période de rut, où la compétition est grande pour les bisonnes reproductrices, les mâles de rang élevé ayant priorité pour la reproduction. Cette structuration des hardes explique que les femelles puissent se reproduire à l'âge de deux ou trois ans, tandis que les taureaux ne se reproduisent pas avant d'avoir atteint une position élevée, généralement à l'âge de six ans.

Les bisons consacrent à leur hygiène une bonne partie de leur journée : ils se roulent dans des trous bourbeux ou dans le sable ou la poussière, toujours aux mêmes endroits, puis se frottent la tête et les flancs contre des branches, des rochers ou des troncs d'arbre, afin de se débarrasser de leurs parasites extérieurs. Cette « activité de confort » se transforme, en période de rut, en « activité de déplacement », c'est-à-dire sans rapport avec la situation qui l'a provoquée. Se rouler par terre ou encorner les buissons est pour les taureaux une manière d'exprimer leur surexcitation et de libérer leur agressivité sans combattre.

En temps normal, les mâles adultes sont plutôt lymphatiques, mais ils se montrent quelquefois sournois, chargeant l'intrus sans crier gare et reculant rarement. Les Indiens savaient qu'il fallait se méfier des mâles à la queue dressée, signe d'excitation, de colère ou de rut. Femelles et jeunes sont, eux, beaucoup plus enjoués.

Le galop du bison

Le galop du bison



Malgré leur masse imposante, les bisons sont agiles : ils sont capables de parcourir n'importe quel terrain, d'enjamber des arbres tombés au sol ou de franchir des fonds de vallée inondés. S'ils sont pressés, ils trottent ; si un danger les menace, ils galopent et peuvent pousser des pointes de 50 km/h.

Au galop, l'énorme masse du bison ne porte jamais sur plus de 1 ou 2 pattes. Complètement ramassé, en appui sur le seul antérieur droit, l'animal s'élance, corps en avant, ne touchant plus terre. Il se reçoit sur la patte arrière gauche, puis pose, en avant de celle-ci, l'autre patte arrière. Ces deux points d'appui lui permettent d'effectuer un mouvement d'allongement du corps pour poser l'antérieur gauche, en même temps que la patte postérieure gauche quitte le sol. Le bison est alors en équilibre stable sur deux pattes opposées et s'allonge au maximum, portant l'antérieur droit loin devant. Appuyé sur cette seule patte, il se ramasse pour un nouveau bond.

1.2. Les bisons broutent et se déplacent ensemble

Les bisons s'activent surtout le jour : dès le lever du soleil, ils se mettent en quête d'un pâturage et broutent à intervalles réguliers tout au long de la journée, jusqu'à la tombée de la nuit. Ils s'étendent parfois à l'ombre, l'après-midi surtout, et ruminent pendant de longs moments. L'hiver, quand les jours sont courts, ils profitent du clair de lune et se déplacent la nuit pour chercher leur nourriture.

Grands consommateurs d'herbes (ils en ingèrent quotidiennement quelque 25 kg), les bisons ne peuvent rester longtemps au même endroit. Au bout d'une dizaine de jours, ils partent brusquement vers une autre partie de leur domaine vital, en pâturant tout au long du trajet. Nul ne sait exactement s'ils se déplacent au hasard ou s'ils sont guidés par quelque information qui oriente et détermine la direction de leurs déplacements.

Dans la Prairie, les troupeaux s'avancent habituellement à la file, d'un pas lent et lourd, sur des sentiers bien battus, jusqu'à ce qu'ils trouvent des endroits où l'herbe est bonne. Rien ne les arrête, pas même une rivière, qu'ils traversent aisément en nageant la tête haute et les épaules découvertes. Le bison est stimulé dans son activité par l'observation de ses compagnons. C'est ce que l'on appelle un comportement allélomimétique, ou d'imitation. Chaque élément du troupeau se déplace, pâture et rumine au même moment que les autres. Il surveille ses voisins, même et surtout s'il se trouve en tête du groupe. Et, si quelques bisons broutent momentanément à l'écart, ils obliquent rapidement dans la même direction que le reste du troupeau.

Des herbes, mais aussi des racines et des écorces

Le goût de l'herbe et sa texture jouent un rôle important dans le choix des aliments que fait le bison, les plantes les plus charnues ayant sa préférence. Les bisons se nourrissent presque exclusivement d'herbes et de plantes herbacées qui abondent dans la Prairie. Dépourvus, comme d'autres ruminants, d'incisives supérieures, ils enroulent de leur langue une touffe de végétation de façon que leurs incisives inférieures puissent la couper. Moins sélectifs que les bovins domestiques, les bisons sont capables, lors de la rumination, d'extraire le maximum d'énergie de cette nourriture pauvre en protéines et riche en fibres. Après avoir pâturé pendant un certain temps, ils se couchent, régurgitent un bol alimentaire et le mâchent une seconde fois.

Les bisons broutent surtout des herbes, des plantes à larges feuilles et du carex (plus communément appelé laîche). Ils mangent avec appétit de nombreuses graminées telles que chiendent, brome, seigle sauvage, ou folle avoine, pâturin, foin d'odeur, calamagrostis et, bien sûr, l'herbe à bison, le foin des prés salés et le vulpin. Ils se nourrissent également de prêles, de joncs, de lichens, de vesces, de pois sauvages et de jeunes arbustes. Grâce aux puissants muscles de leurs mandibules, ils peuvent exercer une forte pression avec leurs incisives et ouvrir grande la bouche : cette adaptation morphologique leur permet de consommer également des racines et des écorces d'arbre.

Quoi qu'en disent les récits faits à l'époque historique, les bisons n'ont sans doute jamais entrepris de migrations supérieures à 400 ou 500 kilomètres. Ils descendaient dans les vallées ou vers le sud à l'automne. Certains mâles solitaires restaient sur les pâturages alpins toute l'année, y passant régulièrement l'hiver. Ils y affrontaient les rigueurs du froid et cherchaient leur nourriture sous la neige, la balayant jusqu'à un mètre de profondeur avec leur mufle pour déterrer les maigres herbes.

Migrations saisonnières

Migrations saisonnières



Certaines populations de bisons effectuaient à l'origine de grandes migrations saisonnières vers le sud pour rechercher une nourriture fraîche et abondante avant l'hiver. Aujourd'hui, de petits mouvements subsistent dans quelques parcs naturels. À Yellowstone, par exemple, la plupart des bisons sont migrateurs. Au printemps, ils quittent les vallées pour aller passer l'été sur les hauts pâturages. À l'automne, ils reviennent.

1.3. Une cour assidue mais de courte durée

Les bisons mâles adultes vivent à l'écart des femelles et sans se soucier d'elles tout au long de l'année, sauf en juillet et en août, période de rut. Chacun lutte alors pour s'imposer, écarte ses rivaux par des menaces, des charges agressives ou des combats. Seuls les dominants auront le droit de faire la cour aux bisonnes. Les jeunes, les faibles et les vieux seront écartés.

Fidèle à sa bisonne pendant quatre jours

Quand, après avoir vaincu ses congénères, un mâle jette son dévolu sur une femelle en chaleur, il ne la quitte plus. Un lien affectif intense unit le taureau à sa bisonne, de l'instant où il la choisit à la seconde où l'accouplement se termine. En tout, de six heures à quatre jours, environ. Dès qu'il a commencé sa cour, le bison ne supporte plus que l'on approche sa bisonne à moins de huit mètres. Il tient à distance même les autres femelles ou les veaux de celle qu'il courtise.

Au début, le taureau poursuit sa bisonne surtout aux périodes habituelles d'activité du groupe, à l'aube et au crépuscule. Par intermittence, il lui flaire la région génitale et effectue cette grimace appelée « flehmen », qui a pour but d'amener l'odeur au niveau de l'organe de Jacobson, au-dessus du palais, et de renseigner le mâle sur l'état hormonal de la femelle. Puis les séquences de poursuites deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues. Environ une heure avant de monter la bisonne pour la première fois, l'excitation du mâle atteint son paroxysme. Il ne laisse plus aucun répit à sa compagne et profite de chacun de ses arrêts pour poser la tête sur sa croupe, tout en respirant de façon haletante. Les premières fois, la femelle s'éloigne au pas, après un geste de menace d'encornement ou, à l'occasion, un coup de sabot sur les jarrets. Mais, enfin, elle cesse d'esquiver les avances, et le taureau, déposant son menton sur sa croupe, qui cette fois-ci ne cherche pas à se dérober, tente de la couvrir. Plusieurs montes successives lui seront encore nécessaires avant que n'ait lieu l'accouplement définitif qui durera seulement quelques minutes.

Comme la plupart des bovidés, les bisons sont polygynes, c'est-à-dire qu'un mâle peut saillir successivement plusieurs vaches au cours d'une saison, et que les femelles sont réceptives à n'importe quel mâle. Les bisonnes ont un cycle polyœstral saisonnier : elles ont plusieurs ovulations pendant la période de rut et pas du tout le reste de l'année. Celles qui allaitent sont fécondées après celles qui n'ont pas de nourrissons. Les femelles gestantes mettent bas neuf mois plus tard, au printemps suivant ; ainsi, elles ne s'accouplent pas durant la nouvelle saison de reproduction, en juillet et août, mais attendent que l'œstrus revienne, au cours du troisième été, pour accueillir de nouveau le mâle.

De violents combats

De violents combats



À l'époque du rut, les bisons engagent de terribles combats. Baissant la tête, ils chargent, luttant front contre front, ou se donnant des coups de tête. Ils déploient toute la force musculaire de leur train avant et du cou pour faire reculer l'autre. Mais la lutte a ses règles : les attaques latérales sont interdites parce que dangereuses et chacun attend que l'adversaire soit de face pour reprendre le combat, qui s'accompagne de mugissements, de piétinements et de forts renâclements.

1.4. Des hardes joyeuses de jeunes bisons

Tous les ans, ou tous les deux ans, entre mi-avril et début juin, les bisonnes donnent naissance à un petit. Après avoir été porté par sa mère pendant environ 285 jours, le jeune veau pèse à la naissance autour de 30 kg. Il est roux et presque toujours unique, les naissances gémellaires étant rares. Dès la délivrance, la bisonne lèche son petit parfois durant vingt-cinq minutes. Elle le débarrasse des enveloppes fœtales et s'imprègne de son odeur, qui lui servira ensuite à le reconnaître.

L'allaitement débute une heure après la mise-bas et peut même commencer lorsque la mère et son veau sont encore couchés. Au cours des premiers jours, la miction et la défécation ne sont possibles que lorsque la région anale est léchée par la mère qui, du même coup, ingère l'urine et les fèces de son nouveau-né jusqu'à ce qu'il acquiert son autonomie à l'âge de trois à cinq jours.

Au début, le bisonneau reste extrêmement proche de sa mère. S'il s'aventure trop loin ou se réveille solitaire, il l'appelle par un grognement auquel elle répond de même. Attentive, elle cherche à le soustraire à la curiosité de ses congénères. Très curieux de nature, les bisons ont souvent envie de voir les nouveau-nés, de les flairer ou de les lécher, mais ils risquent aussi de leur donner un coup de sabot par inadvertance ou de leur marcher sur les pattes sans le faire exprès.

Le lait maternel est la principale source de nourriture du veau jusqu'à l'apparition de la rumination, à l'âge de quinze jours. Le bisonneau commence alors à brouter l'herbe tendre, mais le sevrage ne s'opère que très graduellement pour se terminer vers 9-12 mois. Progressivement, la mère cesse de s'interposer entre son petit et ses congénères et lui permet de développer des contacts avec les jeunes du même âge ou ceux d'un an.

Jouer pour apprendre

Comme la plupart des ongulés, le bison est extrêmement précoce et son développement moteur et sensoriel est très rapide. Dès le premier jour, il peut marcher, galoper, suivre sa mère dans ses déplacements. Peu à peu, il s'intéresse aux autres jeunes et aux adultes du troupeau. Les bisonneaux forment des bandes joyeuses qui se déplacent assez librement au sein du groupe.

Le chercheur canadien Jacques Prescott a montré que les jeux solitaires et sociaux étaient capitaux pour le développement des jeunes bisons. L'activité ludique permet le développement moteur et l'intégration sociale. Dès le premier jour, le bisonneau s'adonne seul à des jeux, de locomotion principalement : il s'essaie à courir et à gambader. Rapidement, les premiers jeux sociaux apparaissent entre jeunes : jeux agressifs, les petits simulant un combat en s'affrontant tête contre tête, jeux sexuels, les bisonneaux se montant en position d'accouplement, poursuites... Le jeu débute après une stimulation olfactive (flairage du sol ou d'un congénère) ou visuelle (vue d'un congénère qui galope). Le jeu social est souvent contagieux. Les adultes prennent parfois part aux jeux des bisonneaux, mais, dans la plupart des cas, les séquences ludiques se passent entre jeunes.

1.5. Milieu naturel et écologie

Aujourd'hui, le bison d'Amérique ne subsiste qu'en petit nombre dans quelques parcs naturels nord-américains. Il est difficile d'imaginer, en les voyant, les vastes troupeaux d'autrefois, quand le bison était le mammifère le plus répandu de la Grande Prairie. Celle-ci était une immense étendue herbeuse, monotone comme l'océan. Les premiers conquistadors espagnols furent frappés de stupeur par cette immensité végétale dont les tiges leur arrivaient à mi-corps. « Les hommes se perdaient s'ils s'écartaient d'une demi-lieue. Un cavalier s'égara et ne reparut jamais, ainsi que deux chevaux, tous deux sellés et bridés », raconte le chroniqueur de Coronado. Les missions d'explorations successives permirent peu à peu d'évaluer la dimension réelle de la Prairie : elle couvrait plus de 3,5 millions de km2, soit 15 % du continent nord-américain, dont elle reprenait, à peu près, la forme.

La Grande Prairie comprend trois types d'herbes définis par leur hauteur et liés à l'importance des précipitations : la prairie à herbes courtes (moins de 45 cm), située à l'ouest ; celle à herbes moyennes (de 60 à 120 cm), qui se trouve au centre, et celle à hautes herbes (plus de 1,50 m), à l'est.

Le bison, jardinier de la prairie

La présence des bisons avait une action bénéfique sur la Prairie. Par leur poids et leur nombre, ils contribuaient à son maintien : dans l'Ouest, l'herbe piétinée restait basse ; dans l'Est, la croissance des arbres était retardée. Les grandes pistes foulées par les troupeaux marquaient le paysage et furent utilisées plus tard par les immigrants qui traversaient le continent. En se grattant contre les arbres, à la lisière des forêts, le bison cassait souvent des branches ou des troncs qui alimentaient les incendies empêchant la forêt de gagner sur la prairie. Lors de leurs migrations à travers la plaine, les grands troupeaux labouraient le sol de leurs sabots et l'engraissaient de leurs excréments. Par le broutage et le piétinement, ils détruisaient beaucoup de jeunes pousses d'arbres ou en empêchaient la croissance. Le piétinement avait aussi pour effet de disperser et d'éliminer la vieille végétation et de permettre ainsi à de jeunes plantes de prendre racine. En se roulant par terre pour se débarrasser de ses insectes, le bison créait des dépressions peu profondes où des graines, qu'il transportait dans ses poils, avaient des chances de germer. Remplies par la pluie, ces cuvettes fixaient les plantes appréciant l'humidité, et formaient des abreuvoirs pour d'autres animaux.

Un prédateur inoffensif : le loup

Avant la venue des Européens, l'ours brun et le loup abondaient dans la Prairie et ce dernier, qui se spécialisait dans la traque des bisons, constituait leur principal prédateur. Ces loups étaient des animaux de grande taille et souvent blancs. Les bisons connaissaient leurs prédateurs et montraient peu d'émoi quand les loups trottinaient aux alentours en les ignorant. La plupart des bisons étaient d'ailleurs trop lourds et trop forts pour que la bande de loups puisse en avoir raison. Les carnivores préféraient choisir un veau isolé ou un retardataire malade ou âgé qu'ils attaquaient au flanc ou terrassaient en lui sectionnant les tendons des pattes postérieures.

Surtout victime des maladies

Dans le parc national Wood Buffalo, au Canada, W.A. Fuller a montré, dès 1961, que le taux de mortalité était surtout élevé chez les bisons de moins de un an. Passé ce cap, ils n'avaient plus guère à craindre. L'observation des cadavres révéla un grand nombre de maladies (tuberculose, brucellose) et de parasites. La prédation par le loup n'arrivait qu'au deuxième rang dans les causes de mortalité et ne touchait que les animaux très vieux, les nouveau-nés ou les jeunes veaux. Les rares bisons qui décédaient à la fleur de l'âge étaient victimes de la tuberculose. Les accidents formaient la troisième cause de mortalité. On a ainsi observé au fil des ans plusieurs cas de noyades en masse lorsque des troupeaux de bisons essayaient de traverser des rivières sur la glace fine au printemps ou au moment des crues printanières. La tuberculose et la brucellose sont toujours présentes dans le troupeau de Wood Buffalo à l'heure actuelle. Des poussées épidémiques occasionnelles de charbon surviennent également.

2. Bison d'Amérique (Bison bison)

Le bison d'Amérique se reconnaît au premier coup d'œil grâce à sa silhouette originale : la tête et les épaules massives semblent disproportionnées par rapport à son arrière-train très mince. Il porte la tête basse et son garrot est surélevé par une bosse imposante formée par les hautes crêtes dorsales des vertèbres thoraciques. La queue, modérément longue, se termine par une touffe de longs poils. Les membres, relativement courts, portent de grands sabots arrondis et les ergots, plutôt petits, émergent haut sur le jarret. Les mâles peuvent mesurer 1,80 m de hauteur au garrot et peser plus d'une tonne. Les femelles sont nettement moins grandes et moins lourdes (de 25 à 50 %).

Le pelage du bison est constitué de longs poils (jarres) rudes ainsi que d'un duvet laineux et entremêlé qui se renouvelle deux fois l'an, au printemps et à l'automne. Il est plus épais l'hiver et s'allège l'été. La tête, les épaules et les membres antérieurs sont couverts d'une sorte de crinière frisée et laineuse d'un brun chocolat sombre, qui protège efficacement l'avant-train des éventuels coups que peuvent se porter les mâles en combattant. L'arrière-train, au contraire, léger, est recouvert d'un poil court et lisse de teinte cuivrée. Il arrive exceptionnellement qu'on rencontre des spécimens albinos, pie ou « bleus ». Ces animaux à la couleur atypique, comme, par exemple les bisons « blancs », étaient particulièrement révérés par les Indiens.

Comme tous les bovidés sauvages, les bisons ont un odorat très fin. Ils s'en servent pour repérer leurs ennemis, communiquer entre eux et sélectionner leur nourriture. La vue et l'ouïe complètent la reconnaissance. Les bisons sont capables de sentir certaines odeurs à plus de un kilomètre et demi de distance et d'apercevoir un objet en mouvement à un kilomètre.

On distingue deux sous-espèces de bison d'Amérique : le bison de plaine et le bison des bois. Le bison des bois, Bison bison athabascae est une race nordique de forte taille, au poil laineux et sombre. Il fréquentait autrefois les montagnes Rocheuses de l'ouest de l'Alberta et de l'est de la Colombie-Britannique. Le bison de plaine, Bison bison bison, est la sous-espèce typique de la grande plaine, que l'on trouvait également dans les forêts de feuillus de l'est des États-Unis. De nos jours, on ne le rencontre qu'en troupeaux semi-sauvages dans un certain nombre de parcs nationaux et de réserves du Canada et des États-Unis.

BISON D’AMÉRIQUE

BISON D'AMÉRIQUE

Nom (genre, espèce) :

Bison bison

Famille :

Bovidés

Ordre :

Artiodactyles

Classe :

Mammifères

Identification :

Avant-train puissant recouvert d'une épaisse toison rousse, tête basse ornée de petites cornes noires recourbées. Silhouette trapue

Taille :

Hauteur au garrot : de 1,50 à 2 m ; longueur : de 2,20 à 3 m

Poids :

Femelles : 500 kg ;

mâles : de 900 kg à 1,350 tonne

Répartition :

Amérique du Nord

Habitat :

Prairie herbeuse

Régime alimentaire :

Végétarien

Structure sociale :

Polygyne (un mâle et plusieurs femelles)

Maturité sexuelle :

3 ou 4 ans

Saison de reproduction :

De juillet à septembre

Durée de gestation :

9 mois

Nombre de jeunes :

1

Longévité :

De 18 à 22 ans

Effectifs :

Environ 200 000

Statut :

Le bison des bois (Bison bison athabascae) était inscrit à l'Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) [commerce interdit], mais a été transféré en Annexe II (commerce réglementé) en 1997. Il est cependant classé comme espèce menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (C.O.S.E.P.A.C.).

 

Signes particuliers

Tête et cornes

La tête, massive, est recouverte par une épaisse toison dont certains poils atteignent 50 cm de long. Les yeux sont grands, noirs et brillants, abrités sous d'épaisses paupières garnies de cils. Les narines s'ouvrent largement sur le mufle humide et glabre, de teinte noire. La langue est bleu ardoise. De chaque côté de la tête, les cornes noires, courtes et trapues, de section circulaire, sont incurvées vers l'intérieur et recourbées vers le haut.

Sabot

Sur les 4 doigts de chaque pied, seuls les 2 doigts médians, plus larges, touchent le sol et sont fonctionnels. Les 2 autres doigts, latéraux et plus petits, sont eux aussi recouverts d'un sabot. L'empreinte ressemble à celle du sabot d'une vache.

Crâne

Le crâne, robuste, est triangulaire et aplati. Le support osseux du fourreau corné fusionne avec l'os du squelette. Mâles et femelles portent des cornes permanentes. Les orbites sont protégées par un véritable anneau osseux.

Pattes antérieures

Les antérieurs sont plus courts. L'humérus est presque horizontal et la jointure avec le coude est cachée par les longs poils de la robe. Le radius, lui, est pratiquement vertical.

3. Bison d'Europe (Bison bonasus)

C'est le plus lourd mammifère actuel d'Europe. Plus grand, plus fin et moins trapu que le bison d'Amérique, le bison d'Europe (Bison bonasus) s'en différencie aussi par son arrière-train plus puissant, ses cornes plus longues et moins recourbées, son front et sa tête moins convexes. Son pelage est constitué d'une toison laineuse et couvre l'ensemble du corps. Les poils sont plus longs sur la tête, le cou et le devant des membres antérieurs. Ceux qui retombent sur le front peuvent atteindre 20 cm. Les oreilles, courtes, larges et poilues, sont cachées dans la toison. Les yeux, à la pupille ovale et verticale et à l'iris marron, sont petits. Les paupières et le contour de l'œil sont noirs. La queue, allongée et touffue, a des poils de plus en plus longs de sa naissance à son extrémité, mais ceux-ci ne forment pas un toupet terminal. Le poids des adultes est à peu près équivalent à celui de ses cousins d'Amérique, mais le bison d'Europe peut atteindre 2 m au garrot. Les femelles sont d'une taille inférieure à celle des mâles et portent des cornes plus petites et plus légères qu'eux.

Essentiellement forestier, le bison d'Europe fréquente, au printemps, les fraîches forêts de feuillus aux sous-bois touffus avec des ruisseaux, des marécages et des clairières, mais on le rencontre aussi dans les forêts mixtes. Il passe le tiers de son temps à rechercher les jeunes pousses d'une trentaine d'essences d'arbres et d'arbustes : peupliers, trembles, ormes ou saules..., dont il consomme les écorces, les feuilles et les rameaux. Glands, plantes herbacées et herbes complètent son ordinaire, dont la fameuse « herbe à bison », Hierochloa australis. Il ne dédaigne pas les lichens et les mousses, les champignons, la bruyère, et apprécie les plantes des marais, comme les joncs. En tout, environ 25 kg de végétation chaque jour. Les deux autres tiers de son temps sont consacrés au repos, au cours duquel l'animal rumine.

Malgré son poids, le bison d'Europe est un animal rapide et leste, pouvant franchir des obstacles et faire des bonds de trois mètres de long. Comme son cousin américain, il est vif, gai et joueur lorsqu'il est jeune. Il ne craint ni le vent, ni la neige mais affectionne surtout l'ombre et les marais.

Les femelles vivent en troupeau d'une vingtaine d'individus avec leur progéniture des deux sexes, tandis que les mâles évoluent solitaires ou en petits groupes.

Ils ne rejoignent les femelles qu'au moment du rut, qui se produit entre août et octobre. Pendant cette période, les taureaux, qui exhalent une forte odeur musquée, sont particulièrement déchaînés et dangereux. Ils labourent le sol de leurs cornes et de leurs pattes, brisent et déracinent les buissons. Dans leur excitation, ils peuvent occasionner de nombreux dégâts à la végétation.

La gestation dure environ 9 mois, l'allaitement de 6 à 8 mois. Bien que matures à 19 mois pour les mâles et à 24 mois pour les femelles, les bisons n'atteignent leur taille définitive que, respectivement, à 8 et 5 ans.

Le bison d'Europe, qui se rencontrait autrefois dans toute l'Europe, avait totalement disparu des forêts en 1942. Aujourd'hui, grâce à l'introduction ou à la réintroduction de spécimens préservés dans des zoos, il vit de nouveau à l'état semi-sauvage en Biélorussie, Lituanie, Pologne (forêt de Bialowieza, repeuplée depuis 1956), Russie, Slovaquie et  Ukraine.

4. Origine et évolution du bison

Quand le conquistador Coronado débarqua en Amérique et pénétra dans la Grande Prairie en 1541, les bisons étaient si nombreux qu'il jugea « impossible de les dénombrer tous ». Le Nouveau Monde devait alors en abriter près de 60 millions : la plus importante concentration de grands animaux que la Terre ait jamais portée. Dans les années 1895, ils n'étaient plus que quelques centaines. Les colons les avaient exterminés pour soumettre les Indiens...

De toutes les espèces de bovins qui proliférèrent dans les plaines chaudes d'Eurasie au cours du pliocène, il y a entre 5 et 3 millions d'années, le bison est le seul à être passé sur le continent américain. C'était pendant la période glaciaire de Mindel, durant l'ère quaternaire. La Sibérie et l'Alaska étaient encore rattachés par un pont de terre.

Les bisons nord-européens qui firent souche en Amérique étaient plus gros que les bisons d'Europe actuels et portaient de plus grandes cornes. Prospérant sur cette nouvelle terre, ils colonisèrent les pâturages et les forêts de conifères du nord du continent jusqu'au Canada actuel et, descendant vers le sud, ils envahirent les immenses plaines et les prairies au riche fourrage jusqu'au Salvador.

L'immigration fut continue tant que les continents furent reliés l'un à l'autre. Les bisons du Nouveau Monde se différencièrent en deux espèces. En grand nombre dans le sud-ouest de ce qui est devenu les États-Unis, Bison antiquus habitait sans doute des forêts claires et des savanes. Un peu plus grand, Bison latifrons vivait au nord, dans un environnement plus boisé. Il s'éteignit il y a plus de 10 000 ans.

Bison antiquus, lui, survécut. Il évolua au cours de l'holocène (de – 12 000 à – 3 000 ans) vers l'espèce moderne Bison bison, qui comporte elle-même deux sous-espèces, le bison de plaine, Bison bison bison, et le bison des bois, Bison bison athabascae.

De leur côté, les bisons restés en Europe se différencièrent dès le pléistocène en deux groupes : le moins répandu, Bison schoentensacki, animal petit aux cornes courtes, habitant les bois, et le plus commun, Bison priscus, de grande taille et hantant les steppes. Bison bonasus, le bison d'Europe moderne qui en descend directement, est plus petit que n'importe quelle espèce du pléistocène et est associé à un habitat forestier.

5. Le bison et l'homme

Le bison a failli être rayé de la Terre au siècle dernier, victime d'un massacre massif. Le seul bovidé sauvage d'Amérique, l'animal fétiche des Indiens, a heureusement été sauvé d'une disparition totale. En Europe, le dernier bison sauvage a été abattu en 1942. Aujourd'hui, le plus puissant mammifère de ces deux continents ne survit que dans des réserves, mais des mesures de conservation efficaces ont permis de sauver l'espèce.

5.1. Un don du grand esprit

« Voici le bison, il sera votre nourriture et votre vêtement. Mais sachez que, quand vous le verrez disparaître de la face de la Terre, votre fin sera proche. » Ainsi parla le Grand Esprit au premier homme et à la première femme. Toutes les croyances des Indiens étaient étroitement liées aux bisons. Toute leur économie et leur subsistance reposaient sur l'exploitation de cet animal.

La peau tannée devenait vêtements, mocassins, tipis. Le cuir épais du cou constituait le bouclier des guerriers. Les tendons servaient de corde à arc. La panse était utilisée comme outre et la viande, fraîche ou séchée, nourrissait la tribu, les morceaux de roi étant la langue et la chair de la bosse. Outils, récipients, potions, produits de ménage... pas moins de cent vingt-cinq articles et ingrédients différents étaient tirés du bison, même la bouse séchée, qui devenait un précieux combustible dans cette grande plaine.

Avant l'arrivée des chevaux sur le continent nord-américain, les Indiens chassaient les bisons en repoussant les troupeaux jusqu'au bord de falaises abruptes. Le but étant ensuite d'affoler les animaux pour qu'ils fassent le saut de la mort. En bas, il ne restait qu'à les achever. Au Colorado, dans un ancien défilé, on a ainsi retrouvé les restes fossilisés de cent quatre-vingt-dix bisons. En comparant les résultats des fouilles et la connaissance actuelle que l'on a des Indiens des plaines aux temps historiques, Wheat a pu reconstituer le sort qu'avaient subi ces bisons il y a 6 000 à 8 000 ans. Les squelettes entassés étaient tous orientés dans la même direction, signe que les bovins s'étaient rués précipitamment dans le goulet. La présence de pointes de silex de lances a prouvé qu'une partie des Indiens rabattaient les bisons pour les empêcher de s'écarter du défilé.

Des carcasses démembrées ont permis d'analyser la façon dont les animaux avaient été dépecés : les méthodes étaient les mêmes que celles employées par les Indiens actuels. Langue et abats étaient prélevés et mangés sur place. La viande était découpée en morceaux : tête, bosse, côtes, pattes... Étant donné le nombre de bisons et les capacités d'ingestion de viande des Indiens, on a conclu que la tribu comptait environ 150 personnes et que cette chasse les avait fait vivre un mois.

Devenus cavaliers, les Indiens continuèrent à chasser le bison à l'arc ou à la lance. Mais ils n'en tuaient jamais plus que nécessaire. C'est l'arrivée de l'« homme blanc » qui signa l'arrêt de mort du bison.

5.2. Un sinistre carnage, par simple divertissement

La découverte du bison d'Amérique par les Européens suivit les étapes de leur conquête du continent nord-américain. Cortés fut le premier Européen à voir ces animaux : au zoo de Moctezuma, à Mexico, en 1521. Un peu plus tard, son compatriote Francisco Vazquez de Coronado eut l'occasion d'en observer un grand nombre à l'état sauvage, alors qu'il recherchait le royaume de Cibola, dans les plaines arides du sud-ouest des États-Unis, entre 1540 et 1542. Au Canada, ce n'est que le 20 août 1691 qu'Henry Kesley put voir d'immenses troupeaux qui pâturaient en toute quiétude dans les prairies du Manitoba. Enfin, Samuel Hearne fut le premier Européen à observer le bison des bois dans son milieu naturel, au Grand Lac de l'Esclave, le 9 janvier 1772.

On a estimé à plus de soixante millions de têtes, la population de bisons parcourant le pays avant la venue des Européens. Quand arrivèrent les premiers colons, entre 1730 et 1840, ils tuèrent des bisons pour se procurer de la viande et pour défendre les pâturages, qu'ils réservaient à leurs bovins domestiques. Mais, peu à peu, on assista à une perversion de la chasse : tuer le bison devint un « sport ». À la différence de l'Indien, l'homme blanc faisait un effroyable gâchis, ne prélevant que quelques rares morceaux (langue, bosse, quartiers arrière) et laissant les immenses carcasses pourrir au soleil. Un troupeau de 1 400 têtes fut ainsi décimé pour ne consommer finalement que la langue des animaux.

Les pires excès furent commis pendant les guerres contre les Indiens, au cours des années 1860 et 1870. Les officiers de l'armée américaine avaient compris que l'élimination des bisons était le meilleur moyen d'affamer les Indiens et de venir à bout de leur résistance. Des primes furent versées à l'abattage, le gouvernement encouragea les services d'abatteurs professionnels. C'est ainsi que William Frederick Cody, dit Buffalo Bill (le bison était appelé « buffalo ») sous contrat avec le Kansas Pacific Railway, devait approvisionner en nourriture les équipes chargées de la construction de la voie ferrée. Il fallait au cuisinier au moins douze bisons par jour. Buffalo Bill se vantait d'en tuer plus en une heure qu'un Indien en une journée. On raconte qu'en dix-huit mois, il en avait abattu six mille quatre cents !

À partir de 1865, les passagers des lignes des chemins de fer tiraient sur les bisons, par simple divertissement, de la fenêtre de leur wagon. Des kilomètres carrés de prairie furent transformés en charnier. Rien qu'en deux ans, de 1872 à 1874, quatre millions de bisons furent massacrés.

Dès 1800, les populations de bisons de l'Est étaient exterminées. En 1875, les troupeaux de l'Ouest se trouvaient réduits à quelques noyaux isolés. En 1885, il restait, au Canada, moins de mille bisons et, aux États-Unis, à peine plus de cinq cents. En 1893, on ne trouvait plus qu'une vingtaine de bisons sauvages dans le parc national de Yellowstone et environ trois cents dans la zone du parc Wood Buffalo. Parallèlement, les Indiens, qui étaient près d'un million en 1492, n'étaient plus que 300 000 en 1890. Ils vivaient désormais sur le territoire restreint des réserves indiennes.

5.3. Opération survie

Le tournant du siècle vit la fin du massacre et les premières mesures de protection des bisons. En 1893, une loi fut adoptée au Canada pour protéger ce qui restait du troupeau de bisons desbois (Bison bison athabascae). Aux États-Unis, des parcs furent délimités et soumis à des contrôles sévères.

En 1978, la population de bisons d'Amérique du Nord était remontée à 65 000 têtes. Elle en compte aujourd'hui plus de 200 000, dont 25 000 dans des réserves nationales et 180 000 dans des ranchs privés aux États-Unis et au Canada (qui en abrite environ 10 000). Les plus grands troupeaux des États-Unis se trouvent dans le parc national de Yellowstone, s'étendant entre le Wyoming, le Montana et l'Idaho (3 500 individus), le Custer State Park, dans le Dakota du Sud (1 500 bisons), le Badlands National Monument, dans le Dakota du Nord (600 animaux), le Wichita Mountains Wildlife Refuge, dans l'Oklahoma (600 têtes), le National Bison Range, dans le Montana (300-350 individus), ainsi que dans le Nebraska et le Wyoming.

Mais la majorité des bisons de plaine est confinée dans des espaces clôturés plus ou moins grands : réserves, parcs d'observation, ranches privés, où certains de ces bovins ne sont élevés que pour leur viande, leur trophée et leur fourrure.

Les bisons des bois ont failli disparaître après des erreurs de croisement avec des bisons de plaine. En 1957, on découvrit cependant un troupeau de race pure dont 18 individus furent capturés en 1963 et relâchés dans le Mackenzie Bison Sanctuary et la population put se reproduire pour atteindre un effectif de 1 900 animaux à partir de 1998. Une autre vingtaine de bisons des bois furent capturés en 1965 et relâchés dans le Elk Island National Park puis transférés dans la Liard River Valley (Territoires du Nord-Ouest) où ils forment aujourd'hui un troupeau de 150 à 200 individus. Environ 4 000 bisons vivent sur les quatre millions et demi d'hectares de forêt boréale et de plaine herbeuse du  parc national Wood Buffalo, et 600 dans les Slave River Lowlands (Alberta). Le bison des bois est considéré comme une espèce menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (C.O.S.E.P.A.C.). Un plan national de rétablissement de cette sous-espèce a été adopté en 2001.

Les bisons, que l'on croit sauvés, sont toujours menacés. Les éleveurs de bétail les accusent de constituer un foyer de brucellose, maladie qui provoque des avortements chez les vaches domestiques. C'est pourquoi les populations sont étroitement surveillées par les services vétérinaires avant un éventuel abattage et des mesures de confinement sont prises pour permettre la cohabitation entre les bisons et les animaux d'élevage.

5.4. Disparition et sauvetage du bison d'europe

De nombreux bisons vivaient autrefois dans une grande partie des forêts d'Europe jusqu'au Caucase. Deux sous-espèces existaient alors, le bison du Caucase (Bison bonasus caucasicus), qui a définitivement disparu entre 1925 et 1927, et le bison de plaine (Bison bonasus bonasus).

Le bison d'Europe se trouvait en Gaule, où il fut chassé à courre, avec chiens et chevaux, jusqu'au viie siècle, en Suisse jusqu'au xie siècle, en Allemagne jusqu'au xviie siècle et en Transylvanie jusqu'au xviiie siècle. Sa raréfaction fut sans doute l'effet du développement des cultures et de la régression des forêts. La Première Guerre mondiale lui porta un coup fatal. Les quelques spécimens qui subsistaient dans la forêt de Bialowieza, au cœur de la Pologne, disparurent en 1921 et ceux de Kouban, au Caucase, dès 1919. Une société internationale pour la protection du bison fut créée en 1923 à Paris pour rechercher les derniers spécimens (une quarantaine) existant encore dans des zoos. On ouvrit un livre des origines et on sélectionna les animaux conformes aux critères de la race. Puis on enferma dans un enclos de soixante hectares, dans la forêt de Bialowieza, un mâle et deux femelles.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'espèce paraissait sauvée. Mais les hostilités précipitèrent la fin de cet important noyau et le dernier bison sauvage fut abattu en 1942. Les réserves créées par le gouvernement polonais, dans la forêt de Bialowieza, et par le gouvernement allemand, à Berlin, Waren, Boitzenburg et Wilhelmsthal, furent plus ou moins anéanties.

Dès 1945, l'élevage reprit en prenant bien garde à sélectionner des spécimens de race pure et à éliminer les hybrides issus de croisements avec l'espèce américaine pratiqués par certains zoos. En 1956, des bisons furent réintroduits dans la forêt de Bialowieza, puis dans d'autres régions de Pologne. Aujourd'hui, non seulement l'espèce peut être considérée comme sauvée de l'extinction mais elle fait partie de l'une des rares espèces européennes (8 %) dont la population (environ 1 800 individus à l'état sauvage ou semi-sauvage) a augmenté, selon le premier recensement commandé par la Commission européenne à l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) sur l'état de la biodiversité pour les années 2000-2010.

5.5. Le risque d'hybridation et l'appauvrissement génétique menacent le bison d'Europe

Au début de la reconstitution de la population de bisons d'Europe, dans les années 1920, la sous-espèce B. b. bonasus en formait 70 %. Aujourd'hui, elle n'en représente que 42 % en raison des croisements avec la lignée déjà croisée de B. b. bonasus × B.b. caucasicus. Cette dernière forme par ailleurs 75 % des populations élevées dans des centres fermés, tandis que les deux lignées s'équilibrent dans les troupeaux sauvages. Les mélanges ultérieurs ont conduit enfin à la perte des gènes d'origine spécifiques à la seconde.  Au début des années 2000, on estimait la population totale de bisons européens à 2 900 individus, dont environ 1 700 à l'état sauvage ou semi-sauvage. La Pologne en abritait 700 et la Russie entre 500 et 1000.  Au moins 700 animaux n'étaient pas pris en compte en raison des informations incomplètes fournies par les propriétaires.

Malgré les mesures de conservation, l'espèce reste menacée : classée dans la catégorie « en danger » par l'U.I.C.N. depuis 2000, elle est disséminée et les populations isolées risquent de souffrir de problèmes génétiques dus à la consanguinité.  Par ailleurs, elle souffre de l'exiguïté de son aire de répartition : le développement du bison d'Europe n'est possible que dans quelques rares pays, principalement en Europe centrale et orientale, et risque de pâtir de la réduction de son habitat naturel due aux activités humaines tandis que les migrations sont désormais impossibles.  

Une sous-population d'environ 1 000  animaux hybrides issus du croisement entre le bison d'Amérique et le bison d'Europe vit librement dans les monts du Caucase, à proximité des troupeaux d'animaux de la sous-espèce caucasienne et les deux populations risquent de se mêler. Il est ainsi question de l'éliminer pour la remplacer par des animaux de pure race caucasienne.  

5.6. À la mode, la viande de bison

Le bison produit une viande de bonne qualité, à la teneur élevée en protéines, pauvre en cholestérol et hypoallergénique. Les associations américaines de lutte contre l'excès de poids, comme les « Weight Watchers », ont mis le bison sur la liste des aliments conseillés. En dépit d'un coût initial élevé, l'élevage du bison est, en Amérique, plus rentable que celui du bœuf. Si le prix de la viande de ces deux bovins est équivalent, l'éleveur peut arrondir ses bénéfices en commercialisant trophée, peau, laine et cornes, très prisés au Canada. Il peut également faire effectuer l'abattage par des chasseurs, combinant ainsi la production de viande et les activités touristiques.

En France, de jeunes éleveurs du Limousin ont également entrepris d'élever des bisons d'Amérique en liaison avec un grand distributeur et un chef cuisinier qui a inventé des recettes spéciales pour accommoder cette viande. Le bison est surtout vendu au moment des fêtes de fin d'année et à un prix supérieur à celui du bœuf. La production de bisons, encore à ses débuts, pourrait attirer des éleveurs dans des régions de moyenne montagne touchées par l'exode rural si les techniques s'améliorent et si les bisons s'adaptent à la terre limousine.