En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Jakob von Uexküll

Psychophysiologiste allemand (Gut Keblas, Estonie, 1864-Capri 1944).

Uexküll a mené pendant longtemps la vie d'un chercheur indépendant, sans attaches universitaires. Fils d'un riche propriétaire terrien qui deviendra maire de Reval (Tallin), capitale de l'Estonie, il fait des études de zoologie à l'université de Dorpat (Tartu) avant de poursuivre à Heidelberg des investigations sur la physiologie des muscles. On le retrouve ensuite à la station biologique de Naples, où il effectue des recherches sur les invertébrés marins. À Paris, où il travaille aussi, il s'intéresse à l'emploi du cinématographe pour enregistrer des processus physiologiques.

Ruiné à la suite de la Première Guerre mondiale, Uexküll se résout à entrer enfin dans les cadres traditionnels de la recherche : en 1925, il obtient une chaire à l'université de Hambourg et devient directeur de l'Institut d'étude du milieu et de l'environnement, qu'il a fondé et qu'il dirigera jusqu'en 1936.

« Tous les animaux, du plus simple au plus complexe, vivent avec un égal succès dans leur monde propre : un monde simple correspond à un animal simple, un monde complexe à un animal complexe. » Dans un ouvrage destiné au grand public et intitulé Mondes des animaux et mondes humains, Uexküll invite ses lecteurs à découvrir l'univers d'animaux tels que la mouche, l'escargot, le papillon, la taupe ou le chien. Le début du livre est consacré à l'évocation du milieu bien particulier de la tique, cet hôte importun des mammifères et de l'homme lui-même, qui se gorge de leur sang.

Il dépeint la femelle fécondée grimpant à l'aide de ses huit pattes jusqu'à l'extrémité de la branche d'un buisson d'où elle pourra soit se laisser tomber d'une hauteur suffisante sur les petits animaux, soit se faire accrocher par des animaux plus grands (chiens, par exemple). Privée d'yeux, la tique trouve, dit-il, le chemin de son poste de garde grâce à la sensibilité générale de sa peau à la lumière. Sourde aussi bien qu'aveugle, elle perçoit par l'odorat l'approche de ses proies : c'est l'odeur de l'acide butyrique dégagé par les follicules sébacés des mammifères qui l'attire et la conduit à lâcher la branche pour s'abattre sur sa proie. La tique n'a pas le sens du goût : des expériences ont montré qu'elle peut fort bien absorber un liquide ayant la même température que le sang. En revanche, si, stimulée par l'odeur de l'acide butyrique, elle tombe sur un corps froid, elle retourne à son poste d'observation pour y attendre un animal à sang chaud. Le copieux repas que la tique fait avec ce liquide sera d'ailleurs le dernier, car elle se laisse ensuite tomber sur le sol, y dépose ses œufs et meurt.

Si restreint que nous apparaisse le monde de la tique, si pauvres que soient ses perceptions sensorielles et la gamme de ses actions, elle ne fonctionne pourtant pas comme une machine, pour laquelle ni l'espace ni le temps n'existent. Uexküll la présente comme un organisme complexe, qui répond aux stimuli du monde extérieur et qui possède son temps propre. « Tout sujet, affirme-t-il, tisse ses relations comme autant de fils d'araignée avec certaines caractéristiques des choses et les entrelace pour faire un réseau qui porte son existence. » Cet explorateur des « univers parallèles » a un sens aigu de la diversité des mondes dans lesquels évoluent les animaux. S'il lui arrive de s'aventurer dans des spéculations hautement philosophiques, il est avant tout un observateur extraordinairement attentif de la nature et des créatures vivantes qui la peuplent. Ses travaux sur le comportement des animaux ont ouvert la voie à ceux de Konrad Lorenz ou de Nikolaas Tinbergen, et donc à l'éthologie moderne.