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Erik Stensiö

Paléontologiste suédois (Döderhult 1891-Stockholm 1984).

Erik Stensiö fait ses études de sciences à l'université d'Uppsala. Sa thèse de doctorat, en 1923, porte sur les poissons du Spitzberg, où se trouvent des spécimens relativement bien conservés remontant au dévonien et au silurien, autour de 400 millions d'années. Il prend part à diverses expéditions dans la grande île de l'océan Glacial arctique. La notoriété que lui valent bientôt ses travaux lui permet d'avoir accès à diverses collections, dont celles très riches en poissons fossiles du British Museum, à Londres. Il devient professeur, puis directeur du Muséum d'histoire naturelle de Stockholm.

Les cyclostomes, que l'on nomme aussi agnathes (du grec gnathos, signifiant mâchoire), sont des animaux dépourvus de mâchoires. C'est en 1927 que paraît la grande monographie de Stensiö sur les ostracodermes, les plus anciens des cyclostomes. Elle constitue la première étude anatomique détaillée et comparative d'un groupe de vertébrés du paléozoïque, la première tentative de recherche systématique sur les relations de parenté entre un groupe uniquement fossile et les groupes actuels.

Les ostracodermes possédaient une carapace osseuse, le bouclier céphalique, couvrant la tête et la poitrine ; de petites écailles osseuses recouvraient le reste du corps. Ils avaient une forme aplatie, une tête large avec des yeux rapprochés et une narine unique. Nageurs indolents, ils vivaient à proximité des fonds marins. Comme ils étaient dépourvus de mâchoires, ils se nourrissaient sans doute en faisant tourbillonner la vase et en aspirant par la bouche de minuscules particules animales et végétales que filtrait ensuite leur appareil branchial. Ils avaient rarement plus de 30 cm de long et leur carapace, qui a permis leur fossilisation, constituait leur seule protection contre les euptéridés, ces arthropodes de grande dimension (2 m de long chez certains) qui, eux aussi, hantaient les eaux à ces époques lointaines. On croyait auparavant que l'habitat d'origine des ostracodermes se situait dans les eaux douces ; on sait maintenant que c'était la mer, car les spécimens les plus anciens proviennent des sédiments marins.

En dépit de l'absence de mâchoires, les cyclostomes dominèrent les mers et les eaux douces de l'hémisphère Nord pendant quelque 130 millions d'années. Deux groupes seulement ont survécu jusqu'à nous, mais sans la carapace osseuse de leurs ancêtres : les myxines et les lamproies.

Pour l'étude des poissons fossiles, Stensiö mit au point un procédé : la méthode des coupes sériées. Celle-ci consiste à découper en très fines lamelles la pièce à examiner – un crâne par exemple – ; les sections sont ensuite dessinées agrandies et, à partir des dessins, on construit un modèle en arc représentant le crâne très grossi. C'est ainsi que le savant suédois a pu reconstituer avec une extraordinaire précision l'encéphale, les nerfs crâniens et les vaisseaux sanguins de certains fossiles de vertèbres primitifs.

Les descendants des premiers vertébrés

Les descendants des premiers vertébrés



Les cyclostomes actuels, lamproies et myxines, se différencient de leurs ancêtres du dévonien et du silurien étudiés par Stensiö par un squelette qui est cartilagineux et non pas osseux. Cependant, l'absence de mâchoires et celle de nageoires paires bien différenciées, l'existence, le plus souvent, d'une narine unique sur la tête les rapprochent des vertébrés les plus anciens. Lorsqu'on ne connaissait pas encore de cyclostomes fossiles, on croyait que le squelette cartilagineux avait précédé dans le temps la carapace osseuse. Les travaux de Stensiö et d'autres paléontologistes ont montré que les poissons osseux sont bien antérieurs aux cartilagineux. La lamproie, qui ressemble à une anguille et peut atteindre 1 mètre de long, offre une bouche circulaire pavée de dents cornées lui permettant de se fixer sur les poissons dont elle se nourrit : elle supplée à l'absence de mâchoires par sa langue, sorte de piston râpeux qui arrache à la victime des lambeaux de chair. Quant aux myxines, qui sont plus petites, elles peuvent, grâce à leur langue musclée, perforer la peau des gros poissons morts ou mourants ; par l'orifice, elles pénètrent dans le corps de leur proie et dévorent celle-ci de l'intérieur, ne laissant que la peau et le squelette intacts.