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James Leonard Brierley Smith

Chimiste et ichtyologiste sud-africain (Graaf Reinet, province du Cap, 1897-Grahamstown 1968).

James Leonard Brierley Smith gardera toute sa vie des traces de la malaria contractée en Afrique orientale, où il a été envoyé comme soldat durant le premier conflit mondial. Il rentre en 1917 dans son pays natal, l'Afrique du Sud (alors appelée « Union sud-africaine »), et reprend à l'université du Cap ses études interrompues par la guerre. Il obtient son diplôme de chimiste en 1918 et entame une carrière de chercheur, qu'il poursuit en Angleterre, à l'université de Cambridge, où il passe son doctorat en 1922. De retour, l'année suivante, en Afrique du Sud, il devient enseignant à l'université Rhodes de Grahamstown. Il y sera pendant vingt-quatre ans professeur de chimie organique et y conduira des travaux sur les huiles essentielles extraites de plantes d'Afrique méridionale.

L'activité de plein air à laquelle il se livre, la pêche, l'incite à s'intéresser de plus en plus à l'ichtyologie. Ses recherches sur des poissons rares et les articles qu'il publie dans la presse scientifique lui valent d'être sollicité par les musées de la région quand un problème de classification se présente. Or, le 22 décembre 1938, un gros poisson bleuâtre est pêché au large d'un petit cours d'eau, le Chalumna, non loin de la ville d'East London, située sur la côte est de l'Afrique du Sud. Il mesure 1,35 m de long et pèse 57 kg. D'aspect rébarbatif, il a des écailles hérissées de pointes, une mandibule puissante et des nageoires musculeuses ressemblant à des bras. On apporte ce poisson singulier à miss Courtenay Latimer, conservateur du Musée d'histoire naturelle d'East London. Celle-ci soupçonne qu'il s'agit d'une espèce rarissime. Elle en fait un croquis, qu'elle expédie, avec un exposé sommaire des caractères extérieurs, à J.L.B. Smith, qui a déjà décrit et nommé plus de cent espèces de poissons. Quand il reçoit la lettre, le professeur est abasourdi, car l'animal représenté par miss Latimer ressemble tout à fait à un poisson dont on ne connaissait jusque-là que des empreintes fossiles vieilles de plus de soixante-dix millions d'années. « J'aurais croisé un dinosaure en pleine rue que je n'aurais guère été plus saisi », dira-t-il à la suite de son tout premier contact avec le cœlacanthe.

Nommé Latimeria en l'honneur de miss Latimer et chalumnae d'après le lieu de sa découverte, le cœlacanthe devient, pour les scientifiques, le témoin privilégié de la conquête de la terre ferme par les poissons, conquête qui s'est faite au prix de remaniements anatomiques considérables ayant conditionné toute l'évolution ultérieure des vertébrés. Comme le spécimen pêché en décembre 1938 était en trop mauvais état pour permettre une étude complète des tissus et des organes, Smith va essayer de s'en procurer d'autres. Mais, en dépit des nombreuses récompenses offertes aux pêcheurs et de ses propres explorations le long des côtes africaines, il lui faudra attendre quatorze ans avant de se trouver en présence d'un nouvel exemplaire du cœlacanthe. Capturé près de l'île d'Anjouan, dans l'archipel des Comores, le 20 décembre 1952, l'animal permet enfin à Smith de repérer l'habitat des cœlacanthes ; effectivement, tous ceux pêchés par la suite ne le seront que dans les eaux comoriennes (alors que, à l'ère primaire, les cœlacanthes avaient, semble-t-il, une répartition mondiale) jusqu'à ce qu'une nouvelle espèce indonésienne (Latimeria menadoensis) ne soit découverte dans la mer des Célèbes en 1998.

J.L.B. Smith a publié en 1949, avec sa femme, Margaret, un ouvrage très remarqué sur les Poissons marins de l'Afrique australe. Ce livre, paru en 1956 et traduit en français sous le titre À la poursuite du cœlacanthe, a été un grand succès de librairie.

Un « fossile vivant »

Un « fossile vivant »



Le cœlacanthe était connu sous le nom de « kombessa » par les indigènes des Comores, qui le mangeaient séché et salé. Il n'apparaissait guère sur les marchés, en raison de son peu de goût. Aussi les zoologistes l'ignoraient-ils, jusqu'au jour où un spécimen égaré dans les eaux sud-africaines vint, grâce à J.L.B. Smith, capter l'attention de la communauté scientifique internationale. Le cœlacanthe est un poisson marin, que l'on considérait, avant son étonnante résurgence, comme éteint depuis la fin du crétacé. Dans la classification traditionnelle, on distinguait autrefois un groupe fossile de poissons  « crossoptérygiens » du Paléozoïque, lointains ancêtres aquatiques des tétrapodes. Seule une branche des crossoptérygiens, les actinistiens, aurait perduré presque inchangée à travers les âges, son seul représentant étant aujourd'hui le cœlacanthe. Avec ses nageoires offrant certaines affinités avec les membres des tétrapodes, il fut qualifié parfois, à tort, d'« ancêtre poisson » des vertébrés terrestres. Ni « fossile vivant » ni ancêtre, il est en réalité l'un des derniers représentants, avec les dipneustes (« poissons pulmonés »), des poissons sarcoptérygiens.