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Claude Simon

Claude Simon
Claude Simon

Écrivain français (Tananarive 1913-Paris 2005).

Auteur d'une œuvre exigeante, Claude Simon tenta de rendre compte du réel dans toute sa complexité, brisant le moule du récit classique sans pour autant prôner la disparition totale des « histoires ». Il fut une figure emblématique du nouveau roman.

Dans la mouvance du nouveau roman

Fils d'un officier tué au combat près de Verdun en 1914, Claude Simon passe son enfance à Perpignan, où sa mère, qui appartient à une famille de l'aristocratie foncière, meurt d'un cancer en 1924. Il est ensuite interne au collège Stanislas, à Paris, puis élève de mathématiques supérieures au lycée Saint-Louis, classe qu'il abandonne pour suivre les cours de peinture d'André Lhote. En 1936, il rejoint les républicains espagnols à Barcelone pour convoyer des armes. Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier en mai 1940 et s'évade fin octobre.

À la Libération, Simon publie son premier livre, le Tricheur (1945) ; suivent la Corde raide (1947), Gulliver (1952) et le Sacre du printemps (1954), romans influencés par William Faulkner et l'existentialisme. Toutefois, dès 1951, son écriture avait subi une « mutation » : atteint de la tuberculose, l'écrivain avait dû rester cinq mois alité. Cette expérience, au cours de laquelle le souvenir occupe une place centrale, changera à jamais son approche de la littérature. Au milieu des années 1950, il rencontre Alain Robbe-Grillet, puis Michel Butor, et rejoint le mouvement du nouveau roman. Publiant le Vent, tentative de restitution d'un retable baroque aux Éditions de Minuit (1957), il trouve enfin sa manière propre : la « tentative de restitution » d'une mémoire fragmentaire et constamment mise en doute. L'année suivante, avec l'Herbe, il élabore peu à peu sa phrase baroque et foisonnante.

Une description fragmentaire du réel

En 1960, Simon fait paraître la Route des Flandres, où il se remémore la débâcle de 1940. Sous sa plume, l'enchaînement des images se fait plus rigoureux, le débit plus continu, le « réalisme » plus exigeant. Portés par un flux d'images, de citations, de jeux de mots et de métaphores, ses romans deviennent l'illustration d'une nouvelle pratique de l'espace littéraire, où la réalité fragmentée se recompose suivant un rythme proche de l'écriture picturale (le Palace, 1962 ; Histoire, 1967 [prix Médicis] ; la Bataille de Pharsale, 1969 ; les Corps conducteurs, 1971 ; Triptyque, 1973 ; Leçon de choses, 1975). Les époques et les lieux s'entremêlent, tandis que se retrouvent au fil de l'œuvre des thèmes préférentiels – comme la guerre, les chevaux, la peinture ou le temps.

Le texte, dont le fil logique est sans cesse coupé, demeure pourtant d'une rare cohérence. Car, même s'il refuse les principes du roman traditionnel qui organise la succession des événements comme un enchaînement de causes et d'effets, Simon s'assigne pour mission de reconstruire en une structure homogène la réalité présentée comme chaotique. Il s'évertue à rendre sensible dans sa phrase tout le « magma d'émotions, de souvenirs, d'images » qui se présente à lui au moment d'écrire. Longue, ample et sinueuse, riche en incises, en parenthèses et en digressions, sa phrase est animée par le désir de transcrire avec exactitude les mouvements de la conscience. Dans son essai Orion aveugle (1970), il théorisera sa pratique en insistant sur la combinatoire (« arrangements, permutations, combinaisons ») qu'il opère à partir des « carrefours de sens » des signifiants.

La consécration d'une œuvre

À partir des années 1980, Simon effectue son retour à la narration tout en s'attachant à la « disparition progressive du fictif ». Dans les Géorgiques (1981), l'Acacia (1989), le Jardin des plantes (1997) et le Tramway (2001), élargissant les expériences précédentes à travers un souffle langagier magistral, il explore la mémoire personnelle et familiale, dans des compositions de nature musicale (exposition des thèmes, développement, reprises, amplifications, modulations).

En 1985, malgré sa discrétion médiatique et le caractère exigeant de son œuvre, Simon reçoit le prix Nobel de littérature (Discours de Stockholm, 1986). En 2006, un an après sa mort, ses principaux romans seront publiés dans la Bibliothèque de la Pléiade.