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Arno Schmidt

Écrivain allemand (Hambourg 1914-Celle, Basse-Saxe, 1979).

Durement confronté au nazisme, cet autodidacte provocateur à la culture encyclopédique, rebelle à toute « école », affirma toujours sa marginalité. Retiré dès 1958 à Bargfeld, dans les landes de Lüneburg (d'où le surnom qu'on lui donne : l'Ermite de la lande), il a voulu conserver dans et par la littérature ce qu'il avait sauvé du naufrage du monde : ainsi le narrateur de Léviathan (1949), soldat entraîné dans la débâcle, veut-il préserver son intégrité face à la « bestialité » générale. Les « romans courts » de sa trilogie, Nodaddy's Kinder (Scènes de la vie d'un faune, 1953 ; Brand's Haide, Schwarze Spiegel, 1951), réunis en 1963 fragmentent la continuité épique classique en éclairs instantanés de la conscience, celle des survivants d'une catastrophe cosmique (le nazisme, la guerre atomique) qui, perdant toute trace de civilisation, retourne à un pur état de nature. Théorisé dans Berechnungen I et II (1955-1956), ce pessimisme de la décomposition a des prolongements philosophiques et stylistiques : les pulsions de la conscience sont « biologiques », elles sont déterminées par la structure de notre cerveau et soustraites à l'histoire ; leur scintillement doit être rendu « topographiquement » dans des textes où l'orthographe phonétique et une ponctuation sans règles apparentes subordonnent les formes narratives aux processus psychiques (Berechnungen III (1980). Radicalisée dans la satire la République des savants (1957), cette écriture est poussée plus loin encore dans Zettels Traum (le Rêve de Zettel, 1970), œuvre énorme dont les collages, montages, références et citations s'apparentent aux expériences de certains « fous littéraires » : somme d'érudition, rempli d'allusions, de clins d'œil, d'associations d'idées et de mots, ce texte « tridimensionnel » (divisé page par page – 1 330 en tout – en trois colonnes de longueur inégale) met en scène quatre personnages qui discutent et disputent de l'œuvre d'Egdar Poe revue et corrigée par Sigmund Freud – miroir déformant où se reflète pourtant le moi, énigmatique et démultiplié à l'infini, de l'auteur. Vaches en demi-deuil (1964) rassemble dix nouvelles champêtres, dont « Caliban sur Setebos », version moderne du mythe d'Orphée.